Cours 103 Lésions complexes ⏱ 20 min

Les techniques à deux endoprothèses : la même stratégie protège ou nuit selon la lésion

Le cours précédent enseigne que la stratégie provisionnelle est le point de départ. Celui-ci dit où passe la frontière. Deux endoprothèses posées dans une bifurcation simple multiplient par cinq la thrombose sans rien apporter ; posées dans une bifurcation complexe, elles réduisent les événements. Tout le cours tient dans cet appariement, puis dans la façon de l'exécuter.

🎯 Objectifs pédagogiques
  • Distinguer une seconde endoprothèse planifiée d'une seconde endoprothèse subie, et exposer ce qui les sépare
  • Énoncer les trois situations dans lesquelles le consensus admet une stratégie à deux endoprothèses d'emblée
  • Justifier pourquoi la difficulté d'accès à la branche fille est en elle-même une indication
  • Séparer une bifurcation simple d'une bifurcation complexe et énoncer ce que chacune change au pronostic
  • Établir que la même stratégie aggrave une bifurcation simple et protège une bifurcation complexe
  • Interpréter les résultats de DEFINITION II à un an et à trois ans, et distinguer bénéfice de lésion et bénéfice de survie
  • Classer les techniques à deux endoprothèses selon l'ordre d'implantation des endoprothèses
  • Décrire le principe du Culotte et relier son défaut de cicatrisation à ses résultats sur le tronc commun
  • Expliquer ce que le premier kissing du DK crush apporte par rapport au mini-crush
  • Reconnaître la limite d'interprétation de DKCRUSH-II, dont le critère principal n'était pas atteint
  • Dérouler les séquences du Culotte, du mini-crush et du DK crush étape par étape
  • Choisir une technique à partir de l'angle de bifurcation et du rapport des calibres
Mots-clés technique à deux endoprothèsesstratégie provisionnellebifurcation complexecritères DEFINITIONCulottecrushmini-crushdouble kissing crushtechnique en TT avec protrusionkissing balloon finalpremier kissingdébord de l'endoprothèseécrasementre-franchissementmaille proximalecouverture ostialedouble couche de métalguide emprisonnéoptimisation proximaleangle de bifurcationéchec de la lésion ciblethrombose d'endoprothèsetronc commun distalEuropean Bifurcation Clubéchographie endocoronaireclassification MADS

1. Deux endoprothèses : un aveu d'échec, ou une décision ?

Le cours précédent de cette discipline, Les lésions de bifurcation : notions de base, s'achève sur une règle : la stratégie provisionnelle est le point de départ, et l'on n'ajoute une seconde endoprothèse que si le résultat l'impose. Ce cours-ci commence par la nuancer. Il existe des bifurcations où l'attente coûte plus cher que la décision, et les reconnaître avant d'engager le matériel est ce que ce cours enseigne.

1.1. Les deux façons d'arriver à deux endoprothèses

Elles n'ont ni les mêmes chances de succès ni la même signification, et les confondre est la première erreur.

CheminCe qui s'est passéConditions du geste
Bascule depuis une stratégie provisionnelleLe résultat sur la branche fille impose d'y poser une endoprothèse, alors que la branche mère est déjà stentéeContraintes : franchir des mailles, travailler dans un vaisseau déjà appareillé, souvent en fin de procédure
Stratégie à deux endoprothèses planifiée d'embléeLa décision a été prise avant le premier ballon, sur l'anatomieSéquence complète disponible, guides en place dès le départ, choix libre de la technique
🎯 La distinction qui commande tout Une seconde endoprothèse posée par nécessité, après coup, n'est pas la même intervention qu'une seconde endoprothèse planifiée. La première subit la géométrie que la première endoprothèse a créée ; la seconde la construit. C'est pourquoi la question n'est pas « faut-il deux endoprothèses ? » mais « faut-il les décider maintenant ? »

1.2. Ce que la bascule coûte

Dans l'essai DKCRUSH-II, 28,6 % des lésions confiées à une stratégie provisionnelle ont finalement reçu une endoprothèse dans la branche fille. Près d'une sur trois. Ce chiffre n'est pas un échec de la stratégie provisionnelle — c'est son fonctionnement normal : elle prévoit cette bascule et la considère comme un aboutissement possible, non comme un accident.

Mais il dit deux choses. La première, qu'il vaut la peine de savoir à l'avance chez qui la bascule est probable. La seconde, plus dérangeante : dans près d'un tiers des cas, le geste final aura été fait dans les conditions les plus défavorables — à travers des mailles, dans une géométrie déjà figée, souvent après une heure de procédure.

1.3. D'où viennent ces techniques, et ce que ce cours suppose acquis

Toutes les techniques décrites dans ce cours résolvent un même problème historique : la technique la plus simple, celle en T, laisse fréquemment l'ostium de la branche fille imparfaitement couvert. Positionner une endoprothèse exactement à l'ostium, sans déborder ni laisser de trou, est difficile ; et le résultat d'une couverture incomplète est une resténose focale de cet ostium, quelques mois plus tard.

Chacune des techniques suivantes est une réponse différente à cette même difficulté. Les connaître comme des réponses, et non comme une liste de noms, est la seule façon de ne pas s'y perdre.

Tout ce qui suit s'appuie sur les notions du cours précédent, qui ne sont pas redémontrées ici : les trois diamètres d'une bifurcation et la formule de Finet, la classification de Medina et les trois configurations de vraie bifurcation, l'angle de bifurcation et ce qu'il annonce, le pincement de la carène comme mécanisme de dégradation de la branche fille, et l'optimisation proximale.

Trois clichés angiographiques légendés : une incidence oblique antérieure droite caudale montrant une vraie bifurcation entre l'artère circonflexe et la première marginale obtuse, puis deux clichés d'inflation successive d'un ballon dans la branche principale et dans la branche collatérale.
Figure 1 — Une bifurcation traitée par Culotte : la lésion initiale entre l'artère circonflexe et sa première marginale, puis la dilatation successive des deux branches.

2. Les trois situations où deux endoprothèses se décident d'emblée

2.1. Ce que dit le consensus

Le douzième document de consensus de l'European Bifurcation Club, publié en 2018, maintient la stratégie provisionnelle comme référence et n'admet une stratégie à deux endoprothèses planifiée que dans trois situations :

  • une bifurcation complexe ;
  • une lésion ostiale de la branche fille s'étendant au-delà de 5 mm de la carène, lorsque son diamètre est important ;
  • une branche fille d'accès difficile, qu'il faut sécuriser une fois qu'on y est parvenu.

2.2. La troisième est la moins intuitive, et la plus pratique

Les deux premières relèvent de l'anatomie de la lésion. La troisième relève de l'anatomie de l'accès, et c'est un raisonnement de salle : si le guide n'est entré dans la branche fille qu'au prix d'une manœuvre longue et incertaine, le laisser ressortir sans avoir traité cette branche revient à parier qu'on saura y revenir. Or on n'y reviendra peut-être pas, et cette fois-là il faudra passer à travers des mailles — c'est-à-dire refaire, en plus difficile, ce qui venait déjà d'être difficile.

🎯 Ce que « sécuriser » veut dire Sécuriser une branche fille d'accès difficile, ce n'est pas la traiter parce qu'elle est malade : c'est la traiter pendant qu'on y a accès. La difficulté du franchissement est elle-même une indication, indépendamment de la sévérité de la sténose.

2.3. Ce que la longueur de la lésion filiale change

Le seuil de 5 mm depuis la carène n'est pas arbitraire. En deçà, l'atteinte est ostiale : une optimisation proximale et un ballon de kissing suffisent le plus souvent à ouvrir l'ostium, et le métal de la branche mère suffit à l'appareiller. Au-delà, la lésion s'étend dans le corps de la branche, et aucune manœuvre depuis la branche mère ne l'atteindra. Il faut une endoprothèse dans la branche fille, et il vaut mieux le savoir avant de poser la première.

2.4. Un seuil qui suppose de regarder la branche fille

Mesurer une lésion filiale sur 5 mm depuis la carène demande une incidence qui dégage cet ostium et le segment qui le suit. C'est le prolongement direct de ce qu'enseigne le cours 87 de cette discipline, Interpréter une coronarographie pathologique : la décision stratégique se prépare au moment de l'angiographie diagnostique, pas au moment du geste.

3. Simple ou complexe : le partage qui commande tout

3.1. Le mot « complexe » a reçu une définition

Le consensus fait de la « bifurcation complexe » sa première indication, ce qui ne servirait à rien si le mot restait une impression. L'étude DEFINITION, publiée en 2014, a précisément établi des critères permettant de séparer une bifurcation simple d'une bifurcation complexe. Ils ont été construits sur 1 500 patients, puis testés indépendamment sur 3 660 vraies bifurcations traitées par endoprothèse active.

Le critère dominant est l'étendue de la lésion de la branche fille — une atteinte d'au moins 10 mm — auquel s'ajoutent des critères secondaires tenant à la calcification, à l'angle, au calibre du vaisseau principal et à la longueur de sa lésion.

L'important n'est pas de retenir la grille par cœur — elle se consulte — mais de comprendre ce qu'elle a apporté. Avant elle, « bifurcation complexe » était une appréciation d'opérateur, et deux équipes ne parlaient pas de la même chose. Depuis, la complexité se coche, se compare d'un essai à l'autre, et surtout : elle prédit le devenir du patient avant qu'on ait choisi quoi que ce soit.

3.2. Ce que la complexité change à elle seule

Le premier résultat de cette étude ne concerne aucune technique : il concerne le pronostic. À un an, les bifurcations classées complexes ont connu 16,8 % d'événements cardiaques majeurs, contre 8,9 % pour les simples. Le simple fait d'être complexe double le risque.

3.3. Le résultat qui fonde tout ce cours

Le second résultat est celui qu'il faut retenir, parce qu'il montre que la même technique aide ou nuit selon la lésion à laquelle on l'applique.

Type de bifurcationCe que fait une stratégie à deux endoprothèses
SimpleElle aggrave : thrombose d'endoprothèse hospitalière 1,0 % contre 0,2 % (p = 0,007) et revascularisation de la lésion cible à un an 5,6 % contre 3,2 % (p = 0,009), sans aucun gain sur les événements majeurs
ComplexeElle protège : décès cardiaque à un an 2,8 % contre 5,3 % (p = 0,047) et événements majeurs hospitaliers 5,0 % contre 8,4 % (p = 0,031)
🎯 Le principe le plus important de ce cours Poser deux endoprothèses dans une bifurcation simple n'est pas une précaution sans conséquence : c'est une faute, qui multiplie par cinq la thrombose hospitalière et augmente les reprises, sans rien apporter. La même stratégie, dans une bifurcation complexe, réduit la mortalité cardiaque. Ce n'est donc pas la technique qui est bonne ou mauvaise : c'est son appariement à la lésion.

3.4. La nuance à garder sur la mortalité

Ce résultat sur le décès cardiaque provient d'une comparaison stratifiée, non randomisée : les patients n'ont pas été tirés au sort entre les deux stratégies. Aucun essai randomisé n'a montré, depuis, de différence de mortalité — ni DEFINITION II, ni DKCRUSH-V. Ce que la randomisation confirme, c'est le bénéfice sur les événements de lésion ; ce qu'elle ne confirme pas, c'est un bénéfice de survie.

Série de six clichés angiographiques légendés montrant, dans l'ordre, l'implantation de l'endoprothèse de la branche principale, le re-franchissement de la collatérale par un guide souple, le positionnement de la seconde endoprothèse à travers les mailles de la première, l'inflation finale et le résultat après injection de contraste.
Figure 2 — La suite de la même procédure : implantation dans la branche principale, re-franchissement de la collatérale à travers les mailles, seconde endoprothèse, inflation finale et résultat.

4. Ce que DEFINITION II a tranché

4.1. La question posée

Jusqu'en 2020, la supériorité d'une stratégie à deux endoprothèses planifiée reposait sur des essais menés en majorité par une seule équipe et sur des populations non sélectionnées. L'essai DEFINITION II a posé la question autrement : et si l'on ne randomisait que des bifurcations répondant aux critères de complexité ?

Six cent cinquante-trois patients, dans quarante-neuf centres internationaux, ont été répartis entre une stratégie à deux endoprothèses systématique — c'était un DK crush dans 77,8 % des cas — et une stratégie provisionnelle.

4.2. Le résultat à un an

À un anProvisionnelDeux endoprothèsesRapport de risque
Échec de la lésion cible11,4 %6,1 %0,52 (0,30-0,90) ; p = 0,019
Infarctus du vaisseau cible7,1 %0,43 (0,20-0,90) ; p = 0,025
Revascularisation de la lésion cible5,5 %0,43 (0,19-1,00) ; p = 0,049
Décès cardiaque2,5 %2,1 %0,86 (0,31-2,37) ; p = 0,772
⚠️ Ce que le résultat dit, et ce qu'il ne dit pas Le bénéfice porte sur l'infarctus du vaisseau cible et la revascularisation — c'est un bénéfice de lésion, pas un bénéfice de survie. La mortalité cardiaque ne diffère pas, et elle ne diffère dans aucun essai randomisé du domaine. Annoncer une stratégie à deux endoprothèses comme « sauvant des vies » serait faux.

4.3. Le suivi à trois ans, et sa leçon

Les mêmes patients ont été suivis trois ans. L'échec de la lésion cible reste en faveur de la stratégie à deux endoprothèses — 16,0 % contre 10,4 %, rapport de risque 0,63 (0,41-0,97), p = 0,035 — porté par l'infarctus du vaisseau cible (8,0 % contre 3,7 %) et la revascularisation (8,3 % contre 4,3 %).

Mais le point le plus instructif est ailleurs : entre la première et la troisième année, les deux groupes ne diffèrent plus. Le bénéfice est acquis dans les douze premiers mois et n'augmente pas ensuite.

⚠️ Ce que cela change pour le suivi Passé un an sans événement, la technique employée au départ n'est plus un facteur de risque pour l'avenir. Mais le risque, lui, ne disparaît pas : les auteurs soulignent que ces patients continuent d'accumuler des événements après la première année. Un patient porteur d'une bifurcation complexe traitée reste un patient à surveiller, quelle qu'ait été la technique.

5. La famille des techniques, et ce qui les sépare

5.1. Une seule question distingue toutes ces techniques

Les noms sont nombreux — T, TAP, Culotte, crush, mini-crush, DK crush — et l'on s'y perd si l'on essaie de les mémoriser comme une liste. Une seule question les organise : où passe le métal, et dans quel ordre a-t-il été posé ?

TechniqueOù va la première endoprothèseCe qui caractérise le montage final
TBranche mère, puis branche filleL'endoprothèse filiale s'arrête à l'ostium, sans déborder
TAP (T avec protrusion)Branche mère, puis branche filleL'endoprothèse filiale déborde volontairement de quelques millimètres dans la branche mère
CulotteLa branche la plus angulée d'abordLes deux endoprothèses se recouvrent sur toute la branche mère proximale : double couche continue
Crush et mini-crushBranche fille d'abordL'endoprothèse filiale, qui débordait, est écrasée contre la paroi par le ballon de la branche mère
DK crushBranche fille d'abordComme le crush, mais avec un premier kissing intercalé avant la pose de l'endoprothèse de la branche mère

5.2. La classification qui range les techniques

Le consensus de l'European Bifurcation Club a proposé, dès 2008, de classer les techniques non par leur nom mais par la façon dont la première endoprothèse est implantée : dans la branche principale, en la traversant, dans la branche mère distale, ou dans la branche fille. C'est le seul critère qui reste stable quand les noms changent d'un centre à l'autre — et ils changent. Décrire une procédure par l'ordre des implantations plutôt que par un nom de technique évite l'essentiel des malentendus.

5.3. Le compromis que chacune tente de tenir, et le geste qui les clôt toutes

Toutes ces techniques cherchent le même équilibre, et n'y parviennent pas de la même façon. D'un côté, couvrir complètement l'ostium de la branche fille — car une couverture incomplète est une source de resténose ostiale. De l'autre, ne pas accumuler de métal dans la branche mère — car les couches superposées se cicatrisent mal et exposent à la thrombose. Chaque technique déplace le curseur, aucune ne supprime l'arbitrage.

Planche en huit vignettes appariant chacune un cliché angiographique et un schéma en coupe : positionnement de l'endoprothèse de la branche fille avec un ballon déjà avancé dans la branche principale, déploiement, écrasement à haute pression, implantation de l'endoprothèse principale, re-franchissement par un troisième guide, kissing final et résultat.
Figure 3 — Le mini-crush pas à pas : à gauche l'angiographie, à droite le schéma correspondant, du positionnement de l'endoprothèse filiale jusqu'au résultat après kissing final.

Quelle que soit la technique retenue, un kissing balloon final est obligatoire. Il ouvre l'ostium de la branche fille, corrige la déformation que les manœuvres ont imprimée à l'endoprothèse de la branche mère, et rétablit une géométrie où les deux branches sont réellement appareillées. Une technique à deux endoprothèses sans kissing final n'est pas la technique : c'est son abandon en cours de route.

6. Le Culotte : le principe et son prix

6.1. Le principe

Le Culotte consiste à implanter une première endoprothèse d'une branche vers la branche mère, à franchir ses mailles vers l'autre branche, puis à implanter une seconde endoprothèse de cette seconde branche vers la branche mère. Les deux se recouvrent sur toute la longueur de la branche mère proximale.

6.2. Ce qu'il réussit

Sa couverture est la plus complète de toutes : les deux ostia sont appareillés, et il n'y a aucun trou possible à la carène. C'est la technique qui traite le mieux une bifurcation dont les deux branches filles sont de calibres voisins, parce que le recouvrement se fait alors sans sur-dimensionner l'une des deux.

6.3. Ce qu'il coûte

Ce recouvrement complet est aussi son défaut : il crée une double couche de métal continue sur toute la branche mère proximale. C'est beaucoup de mailles à cicatriser, dans le segment où le flux est le plus rapide — et le cours précédent a montré que le versant de la carène est justement l'endroit où les mailles restent le plus longtemps découvertes.

⚠️ Ce que le suivi à trois ans a montré Sur des bifurcations du tronc commun distal, le Culotte a produit à trois ans 23,7 % d'événements cardiaques majeurs contre 8,2 % pour le DK crush, avec une thrombose certaine d'endoprothèse chez 3,4 % contre 0 %. L'écart tenait surtout à l'infarctus (8,2 % contre 3,4 %) et à la revascularisation du vaisseau cible (18,8 % contre 5,8 %). Et il se creusait avec la complexité : dans le bras Culotte, les bifurcations complexes atteignaient 51,5 % d'événements contre 15,1 % pour les simples.
Deux planches superposées : la première montre en schéma un ostium de branche fille laissé découvert puis, au contrôle, une resténose focale à cet endroit ; la seconde montre en vue longitudinale et en quatre coupes transversales le chevauchement minimal des mailles obtenu après écrasement, avec une lumière régulière dans le vaisseau principal.
Figure 4 — Ce que le mini-crush évite et ce qu'il expose : en haut la couverture incomplète d'un ostium et la resténose focale qui s'ensuit, en bas le chevauchement minimal des mailles obtenu par l'écrasement.

7. Le crush et le mini-crush

7.1. Le principe du crush

Le crush inverse l'ordre : l'endoprothèse de la branche fille est posée en premier, en la laissant déborder dans la branche mère. Un ballon placé dans la branche mère l'écrase alors contre la paroi. L'endoprothèse de la branche mère est ensuite implantée par-dessus.

L'intérêt est double : l'ostium de la branche fille est couvert par construction, sans avoir à positionner une endoprothèse au millimètre ; et la branche fille est traitée pendant qu'on y a encore un accès facile — ce qui répond directement à la troisième indication du consensus.

7.2. Ce que « mini » veut dire

Le crush classique laissait déborder l'endoprothèse filiale de plusieurs millimètres, ce qui produisait après écrasement trois couches de métal dans la branche mère. Le mini-crush réduit ce débord à 1 à 2 mm. Le résultat est le même — l'ostium est couvert — avec beaucoup moins de métal superposé, et un chevauchement des mailles réduit au minimum sur le site d'écrasement.

🛡️ Sécurité — vérifier la position sur deux incidences Avant de déployer l'endoprothèse de la branche fille, sa position doit être contrôlée sur au moins deux incidences. Un débord vu de face peut être nul de profil. Trop court, l'ostium reste découvert et l'on retombe sur le défaut de la technique en T ; trop long, on reconstitue le crush classique et ses trois couches.

7.3. Son risque propre

L'écrasement laisse, au niveau de la carène, des mailles qui peuvent rester mal apposées. Les plaquer suppose de re-franchir l'endoprothèse filiale, puis de la dilater — et de le faire au bon endroit, ce qui fait l'objet de la section 10. C'est le point faible de la technique, et il est entièrement dans la main de l'opérateur.

Six vues rapprochées d'un modèle de bifurcation transparent, numérotées et légendées en anglais : avancée du ballon dans la branche principale, avancée puis déploiement de l'endoprothèse de la branche fille, retrait de son ballon, opacification de contrôle, et écrasement de l'endoprothèse contre la paroi.
Figure 5 — Les six premières étapes du DK crush sur banc : avancer le ballon principal, déployer puis écraser l'endoprothèse de la branche fille, en évaluant la branche avant l'écrasement.

8. Le DK crush et ce que les essais lui reconnaissent

8.1. Une seule différence, et elle est décisive

Le DK crush — pour double kissing crush — est un mini-crush auquel on ajoute un premier kissing balloon avant d'implanter l'endoprothèse de la branche mère. C'est la seule différence. Tout le reste de la séquence est identique.

8.2. Pourquoi cette différence compte

Dans le crush ordinaire, on ne re-franchit l'endoprothèse filiale écrasée qu'à la toute fin, après avoir posé l'endoprothèse de la branche mère par-dessus. Il faut alors traverser deux couches de métal superposées, dans une géométrie qu'on ne contrôle plus. C'est l'étape qui échoue.

Le DK crush place ce re-franchissement plus tôt, quand il n'y a encore qu'une couche à traverser, et ouvre l'ostium filial par un premier kissing. Quand l'endoprothèse de la branche mère est ensuite posée, elle recouvre un ostium déjà ouvert et déjà appareillé.

🎯 Ce que le premier kissing achète Il améliore l'accès à la branche fille et augmente le taux de succès du kissing final. Ce n'est pas un raffinement esthétique : le kissing final est obligatoire, et une technique qui rend son échec moins probable change le résultat de la procédure entière.
Trois vues successives du même modèle de bifurcation, numérotées et légendées : avancée d'un ballon dans la branche fille déjà écrasée, inflation simultanée des deux ballons réalisant le premier kissing, puis retrait des ballons et du guide de la branche fille.
Figure 6 — Les étapes 8 à 10, où le DK crush diverge du mini-crush : un ballon est avancé dans la branche fille, un premier kissing est réalisé, puis le guide de la branche fille est retiré.

8.3. Contre la stratégie provisionnelle, en population non sélectionnée

DKCRUSH-II a comparé le DK crush à la stratégie provisionnelle chez 370 patients non sélectionnés, dans sept centres asiatiques. À huit mois, la resténose angiographique de la branche fille était de 4,9 % contre 22,2 % (p < 0,001), et celle de la branche mère de 3,8 % contre 9,7 % (p = 0,036). La revascularisation du vaisseau cible était de 6,5 % contre 14,6 % (p = 0,017).

⚠️ Le critère principal n'était pas atteint Le critère principal de cet essai était la survenue d'événements cardiaques majeurs à douze mois. Elle était de 10,3 % contre 17,3 %, avec un p à 0,070 : la différence n'était pas significative. L'essai démontre une réduction de la resténose et des revascularisations, pas une réduction des événements majeurs. Le présenter comme une supériorité globale est une surinterprétation — fréquente, et fausse.

8.4. Contre le Culotte, puis contre le provisionnel, sur le tronc commun

DKCRUSH-III a comparé les deux techniques à deux endoprothèses entre elles, chez 419 patients porteurs d'une bifurcation du tronc commun distal, avec un suivi de trois ans : les résultats figurent à la section 6.3, et ils sont nettement en faveur du DK crush.

DKCRUSH-V a ensuite randomisé 482 patients, dans vingt-six centres et cinq pays, porteurs d'une vraie bifurcation du tronc commun distal — Medina 1,1,1 ou 0,1,1.

À un anProvisionnelDK crushp
Échec de la lésion cible10,7 %5,0 %0,02 (rapport de risque 0,42)
Infarctus du vaisseau cible2,9 %0,4 %0,03
Thrombose certaine ou probable3,3 %0,4 %0,02
Revascularisation de la lésion cible7,9 %3,8 %0,06
Décès cardiaqueaucune différence

Les mêmes patients ont été suivis trois ans, et l'écart s'est maintenu : l'échec de la lésion cible était de 16,9 % contre 8,3 % (p = 0,005), porté par l'infarctus du vaisseau cible (5,8 % contre 1,7 %) et la revascularisation de la lésion cible (10,3 % contre 5,0 %). La thrombose certaine ou probable d'endoprothèse s'établissait à 4,1 % contre 0,4 % (p = 0,006). Le bénéfice était concentré, là encore, sur les lésions complexes et les patients à haut risque.

8.5. La limite du corpus, et ce qui pèse peut-être davantage

Les trois essais DKCRUSH ont été conduits par la même équipe, avec des opérateurs entraînés à cette technique. DEFINITION II, mené dans quarante-neuf centres internationaux, est ce qui donne à ce corpus sa portée : il montre que le bénéfice tient hors du centre qui l'a décrit — à condition que la bifurcation soit réellement complexe.

Un essai récent a randomisé 555 patients porteurs d'une bifurcation complexe, traités par DK crush dans 96,8 % des cas, entre un guidage par échographie endocoronaire et un guidage angiographique seul. À un an, l'échec du vaisseau cible est survenu chez 6,1 % des patients guidés par imagerie contre 14,7 % des patients guidés par l'angiographie — rapport de risque 0,40, intervalle de 0,23 à 0,71, p = 0,002.

🎯 Un ordre de grandeur à mettre en regard Ce bénéfice est plus ample que celui obtenu en passant du provisionnel à deux endoprothèses chez des patients comparables. Autrement dit : à technique égale, la façon dont on la guide pèse au moins autant que le choix de la technique elle-même. Le cours 95 de cette discipline, L'IVUS, en détaille la méthode et les mesures.

9. Le Culotte pas à pas — pour aller plus loin

📘 À partir d'ici Ce qui précède se décide devant un écran : reconnaître une bifurcation qui justifie deux endoprothèses d'emblée, nommer les techniques, savoir ce que les essais ont montré et ce qu'ils n'ont pas montré. Les quatre sections qui suivent se déroulent en salle, étape par étape : les trois séquences complètes, puis la façon de choisir entre elles. Le cardiologue qui n'implante pas peut s'arrêter ici.

9.1. La séquence

Douze étapes, dans cet ordre.

#Geste
1Franchir les deux branches par un guide
2Prédilater les deux branches
3Implanter la première endoprothèse dans la branche la plus angulée
4Retirer le ballon de l'endoprothèse
5Optimisation proximale
6Re-franchir la branche non stentée, puis retirer le guide emprisonné
7Dilater les mailles vers la branche non stentée
8Implanter la seconde endoprothèse
9Optimisation proximale
10Re-franchir la branche stentée en premier, puis retirer le guide emprisonné
11Kissing balloon final
12Optimisation proximale

9.2. Les trois optimisations proximales

Elles ne sont pas une redondance de prudence : chacune corrige un état différent. Celle de l'étape 5 apprête la première endoprothèse et ouvre la cellule qui fait face à l'autre branche. Celle de l'étape 9 fait la même chose pour la seconde. Celle de l'étape 12 corrige la déformation que le kissing final vient d'imprimer au segment proximal. Sauter l'une des trois laisse derrière soi un défaut que les étapes suivantes ne corrigeront pas.

9.3. Pourquoi commencer par la branche la plus angulée

Parce que c'est celle dans laquelle il sera le plus difficile de revenir. La logique est la même que celle qui gouverne la troisième indication du consensus : on traite en premier ce à quoi l'accès est le plus incertain, tant qu'on y est. Franchir ensuite les mailles vers la branche la moins angulée est le geste le plus facile de la séquence.

Il y a une seconde raison, moins évidente. L'endoprothèse posée en second doit traverser les mailles de la première : elle passe donc par une cellule qu'il a fallu dilater. Faire subir cette contrainte à la branche la plus angulée reviendrait à demander à un dispositif de franchir un coude en même temps qu'une maille. En commençant par elle, on lui épargne ce cumul.

9.4. Le retrait des guides emprisonnés

Il intervient deux fois, aux étapes 6 et 10, et chaque fois après le re-franchissement, jamais avant. Le guide emprisonné garde l'accès à la branche tant que le nouveau guide n'y est pas ; le retirer trop tôt, c'est perdre le seul repère dont on dispose si le re-franchissement échoue.

10. Le mini-crush pas à pas — pour aller plus loin

10.1. La séquence

Elle commence par la branche fille, et c'est ce qui la distingue du Culotte.

  • Franchir les deux branches ; prédilater.
  • Avancer un ballon dans la branche mère, sans l'inflater : il attend.
  • Positionner l'endoprothèse de la branche fille en la faisant déborder de 1 à 2 mm dans la branche mère, et vérifier ce débord sur au moins deux incidences.
  • Déployer l'endoprothèse de la branche fille, retirer son ballon et son guide.
  • Écraser le débord contre la paroi en inflatant à haute pression le ballon resté dans la branche mère.
  • Implanter l'endoprothèse de la branche mère.
  • Re-franchir l'endoprothèse de la branche fille avec un troisième guide.
  • Kissing balloon final, en deux temps.
  • Optimisation proximale.

10.2. L'endroit exact où re-franchir

C'est le geste le plus délicat de toute la technique, et il a une règle simple.

🎯 Re-franchir par la maille la plus proximale Le guide doit traverser la cellule la plus proximale de l'endoprothèse filiale écrasée — pas la plus distale. Un re-franchissement trop distal laisse les mailles de la carène mal apposées et le déploiement final ne les rattrape pas. C'est pour cela que le guide emprisonné, qui est par construction proximal, sert de repère : il indique où passer.

10.3. Le ballon qui attend dans la branche mère

Il est avancé avant le déploiement de l'endoprothèse filiale, et cela n'est pas un détail d'organisation. Une fois l'endoprothèse filiale déployée avec son débord, faire entrer un ballon dans la branche mère en passant à côté de ce débord devient difficile, voire impossible sans le déplacer. Le ballon doit donc être en place avant.

10.4. Ce que le mini-crush gagne sur la technique en T

Il supprime le risque de couverture incomplète de l'ostium filial, qui est le défaut structurel du T et la cause de sa resténose ostiale focale. Le débord volontaire garantit la couverture ; l'écrasement en supprime l'encombrement.

Il gagne aussi sur le crush classique, dont il descend. Là où celui-ci empilait trois couches de métal dans la branche mère — l'endoprothèse filiale écrasée, sa portion repliée, puis l'endoprothèse de la branche mère —, le mini-crush n'en laisse que deux, et sur une hauteur de un à deux millimètres seulement. C'est toute la différence entre une technique abandonnée pour excès de métal et une technique encore employée.

Planche associant des vues au microscope électronique d'endoprothèses écrasées et des schémas en coupe : à gauche le site d'écrasement vu de côté, au centre un ballon franchissant une maille distale avec une mention d'avertissement, à droite le repérage de la maille proximale qui permet l'expansion complète de l'endoprothèse de la branche fille.
Figure 7 — Où re-franchir une endoprothèse écrasée : par la maille la plus proximale, jamais par une maille distale, sous peine de laisser les mailles de la carène mal apposées.

11. Le DK crush pas à pas — pour aller plus loin

11.1. Les dix premières étapes

Sur banc, la séquence se lit sans ambiguïté :

#Geste
1Avancer le ballon dans la branche mère
2Avancer l'endoprothèse de la branche fille
3Déployer l'endoprothèse de la branche fille
4Retirer le ballon de la branche fille
5Opacifier pour évaluer la branche fille
6Écraser l'endoprothèse de la branche fille
7Re-franchir la branche fille — par la maille proximale
8Avancer un ballon dans la branche fille
9Premier kissing — c'est ici que la technique diverge du mini-crush
10Retirer les ballons, et retirer le guide de la branche fille

La séquence se poursuit par l'implantation de l'endoprothèse de la branche mère, une optimisation proximale, un nouveau re-franchissement de la branche fille, le kissing final, puis une dernière optimisation proximale.

11.2. L'étape 5, qu'on saute à tort

Opacifier pour évaluer la branche fille avant d'écraser est la dernière occasion de voir cette branche telle qu'elle est, endoprothèse déployée et rien par-dessus. Après l'écrasement, tout jugement sur son résultat devient plus difficile. Une dissection ou une sous-expansion découverte à ce moment se corrige encore facilement.

Après l'écrasement, la même anomalie demanderait de re-franchir, de redilater, puis de tout réévaluer à travers du métal replié — quand elle reste visible. C'est une opacification de deux secondes qui évite une reprise de dix minutes, et parfois un résultat qu'on ne rattrape plus.

11.3. Ce que le premier kissing exige

Il suppose d'avoir re-franchi correctement, par la maille proximale. Un premier kissing réalisé après un re-franchissement distal ouvre une cellule qui n'est pas la bonne et fige le défaut au lieu de le corriger — l'endoprothèse de la branche mère viendra ensuite par-dessus.

Deux schémas côte à côte d'une bifurcation appareillée : à gauche une branche fille à angle fermé dont l'ostium est entièrement couvert par les mailles, à droite une branche fille à angle ouvert où subsiste un espace non couvert au versant de la carène, signalé par une flèche.
Figure 8 — L'influence de l'angle sur la couverture ostiale : plus la branche fille part perpendiculairement, moins son ostium est réellement appareillé — et cela vaut aussi pour le DK crush.

11.4. Deux mises en garde de fin de procédure

🛡️ Sécurité — deux gestes à ne pas manquer Ne pas re-franchir l'endoprothèse de la branche fille trop près de la carène — la règle de la maille proximale vaut aussi au second re-franchissement. Et retirer le guide de la branche fille à l'étape 10, avant de poser l'endoprothèse de la branche mère : oublié, il sera emprisonné sous deux couches de métal, et son retrait exercera alors une traction capable de déformer tout le montage.

Ces deux gestes ont un point commun : ils se jouent en quelques secondes, à un moment où la procédure paraît presque finie, et leur oubli ne se voit pas immédiatement. Le premier produit une malapposition qu'on découvrira à l'imagerie ou à la resténose ; le second, une déformation qu'on découvrira en tirant. Les deux se préviennent par une seule habitude : réciter la séquence à voix haute avant d'entamer sa seconde moitié.

12. Choisir la technique — pour aller plus loin

12.1. Deux paramètres, dans cet ordre

Le choix se fait sur l'angle de la bifurcation d'abord, les calibres ensuite. Ce sont les deux paramètres que l'on mesure avant toute chose, et ils suffisent.

Angle de la branche filleRapport des calibresTechniques praticables
Supérieur à 60°TAP, T, mini-crush
Inférieur à 60°Branche mère et branche fille de calibres voisinsCulotte, TAP
Inférieur à 60°Branche mère nettement plus large que la branche filleTAP, mini-crush
Arbre de décision partant des techniques à deux endoprothèses : une première division selon que l'angle de la branche fille dépasse ou non soixante degrés, puis une seconde division selon que la branche mère et la branche fille sont de calibres voisins ou nettement différents, chaque branche aboutissant à une ou deux techniques nommées, toutes convergeant vers la mention d'un kissing balloon final obligatoire.
Figure 9 — Choisir la technique : l'angle de la branche fille d'abord, le rapport des calibres ensuite — et un kissing balloon final obligatoire au bout de chaque chemin.

12.2. Pourquoi le Culotte veut des calibres voisins

Parce que ses deux endoprothèses se recouvrent sur toute la branche mère proximale. Si les deux branches filles sont de calibres très différents, l'endoprothèse partie de la plus petite devra être portée au calibre de la branche mère sur une longue distance — ce que sa plage d'expansion ne permet pas toujours, et ce qui déforme ses mailles là où elles se superposent.

La formule de Finet donne ici un repère utilisable en salle : si le diamètre calculé de la branche mère dépasse nettement la plage d'expansion de l'endoprothèse qu'on envisage de faire partir de la petite branche, le Culotte est écarté avant même d'avoir été tenté.

12.3. Ce que l'angle ouvert coûte à toutes les techniques du groupe crush

Il existe une limite commune au crush, au mini-crush et au DK crush, et elle est rarement dite : plus l'angle est ouvert, moins l'ostium de la branche fille est réellement appareillé. Le métal écrasé puis redéployé couvre mal une ostium qui part presque perpendiculairement, et il subsiste un espace au versant de la carène. Cette limite vaut aussi pour le DK crush.

La raison est géométrique. L'endoprothèse filiale, une fois écrasée puis redéployée, revient dans l'axe de sa branche ; plus cet axe s'écarte de celui de la branche mère, plus la portion de métal qui devrait couvrir le bord carénaire de l'ostium se retrouve décalée. Le kissing final corrige une partie de ce décalage, jamais sa totalité.

⚠️ Ce que cela implique pour le choix Devant un angle très ouvert, une technique du groupe crush n'est pas le meilleur choix — c'est d'ailleurs ce que dit le tableau ci-dessus, qui oriente alors vers le TAP ou le T. Retenez que l'angle ne se contente pas de rendre l'accès difficile : il dégrade aussi le résultat final de certaines techniques.

12.4. La technique la mieux étayée n'est pas la technique par défaut

Le DK crush est la technique à deux endoprothèses la plus étudiée et celle dont les résultats sont les meilleurs dans les essais. Cela n'en fait pas la réponse à toute bifurcation : sa place est celle que le tableau lui donne, et son bénéfice a été démontré chez des opérateurs entraînés, sur des bifurcations complexes. Une technique complexe mal exécutée est pire qu'une technique simple bien faite.

Cette réserve n'est pas une prudence de principe : c'est ce que dit le corpus lui-même. Les essais qui ont établi la supériorité du DK crush l'ont fait avec des opérateurs qui le pratiquaient couramment, et l'essai récent sur le guidage montre qu'à technique identique, la façon de la conduire fait varier l'échec du vaisseau cible du simple au double. Le choix raisonnable est donc celui d'une technique que l'on maîtrise, conduite sous imagerie, plutôt que celui de la technique la mieux classée dans la littérature.

13. Points clés à retenir

⭐ Points clés à retenir
  • Une seconde endoprothèse planifiée et une seconde endoprothèse subie ne sont pas la même intervention : la première construit la géométrie, la seconde la subit.
  • Dans une population non sélectionnée, 28,6 % des stratégies provisionnelles basculent vers une endoprothèse de branche fille.
  • Trois situations justifient deux endoprothèses d'emblée : bifurcation complexe, lésion filiale au-delà de 5 mm de la carène avec un diamètre important, et branche fille d'accès difficile à sécuriser.
  • La difficulté d'accès est en elle-même une indication, indépendamment de la sévérité de la sténose.
  • Sur des bifurcations réellement complexes, la stratégie à deux endoprothèses réduit l'échec de la lésion cible à un an — 11,4 % contre 6,1 % — mais ne modifie pas la mortalité cardiaque.
  • Ce bénéfice est acquis dans la première année : entre un et trois ans, les deux stratégies ne diffèrent plus.
  • Toutes ces techniques cherchent le même compromis : couvrir l'ostium filial sans accumuler du métal dans la branche mère.
  • Le kissing balloon final est obligatoire, quelle que soit la technique.
  • Le Culotte couvre parfaitement mais laisse une double couche continue sur toute la branche mère proximale ; sur le tronc commun distal, il a produit à trois ans 23,7 % d'événements contre 8,2 % pour le DK crush, avec 3,4 % de thromboses certaines contre 0 %.
  • Le mini-crush fait déborder l'endoprothèse filiale de 1 à 2 mm seulement, vérifiés sur deux incidences, et l'écrase par un ballon déjà en place dans la branche mère.
  • Le DK crush est un mini-crush plus un premier kissing avant l'endoprothèse de la branche mère : il fait re-franchir une seule couche au lieu de deux.
  • Dans toutes les techniques du groupe crush, re-franchir par la maille la plus proximale ; le guide emprisonné, proximal par construction, sert de repère.
  • DKCRUSH-II a réduit la resténose filiale de 22,2 % à 4,9 %, mais son critère principal, les événements majeurs à un an, n'était pas significatif (p = 0,070).

14. Pièges fréquents

⚠️ Pièges fréquents
  • Traiter une seconde endoprothèse comme un échec de la stratégie provisionnelle. La bascule est prévue par la stratégie ; ce qui compte est de savoir chez qui elle est probable, et de décider avant plutôt que de subir après.
  • Décider deux endoprothèses sur la seule sévérité de la sténose filiale. Les trois indications du consensus portent sur la complexité, l'extension au-delà de 5 mm et la difficulté d'accès — pas sur le pourcentage.
  • Ignorer la difficulté d'accès comme indication. Une branche atteinte au prix d'une manœuvre longue ne doit pas être abandonnée en pariant qu'on saura y revenir à travers des mailles.
  • Annoncer que deux endoprothèses sauvent des vies. Le bénéfice porte sur l'infarctus du vaisseau cible et la revascularisation. La mortalité cardiaque ne diffère dans aucun de ces essais.
  • Présenter DKCRUSH-II comme une supériorité globale. Son critère principal — les événements cardiaques majeurs à douze mois — n'était pas significatif.
  • Transposer les résultats des essais à une population non sélectionnée. Le bénéfice de DEFINITION II a été obtenu sur des bifurcations définies comme complexes. Hors de cette définition, la stratégie provisionnelle reste la référence.
  • Omettre le kissing final. Il n'est pas la dernière touche d'une technique à deux endoprothèses : il en fait partie, et son absence en annule le principe.
  • Choisir le Culotte devant deux branches de calibres très différents. Son recouvrement complet suppose des calibres voisins ; sinon l'endoprothèse partie de la petite branche est portée au-delà de sa plage d'expansion.
  • Laisser déborder l'endoprothèse filiale de plus de deux millimètres. On reconstitue alors le crush classique et ses trois couches de métal dans la branche mère.
  • Ne vérifier le débord que sur une incidence. Un débord correct de face peut être nul de profil — et l'ostium reste alors découvert, comme dans une technique en T.
  • Avancer le ballon de la branche mère après avoir déployé l'endoprothèse filiale. Il faut passer à côté du débord, ce qui est difficile et risque de le déplacer : le ballon se place avant.
  • Re-franchir trop distalement. C'est l'erreur qui laisse les mailles de la carène mal apposées, dans toutes les techniques du groupe crush — et le déploiement final ne les rattrape pas.
  • Retirer un guide emprisonné avant d'avoir re-franchi. Il est le seul repère disponible si le re-franchissement échoue.
  • Oublier de retirer le guide de la branche fille avant l'endoprothèse de la branche mère, dans le DK crush. Emprisonné sous deux couches, son retrait déforme tout le montage.
  • Sauter l'opacification qui précède l'écrasement. C'est la dernière occasion de voir la branche fille sans métal par-dessus.
  • Croire qu'un angle ouvert ne gêne que l'accès. Il dégrade aussi la couverture ostiale obtenue par toutes les techniques du groupe crush, DK crush compris.
  • Choisir la technique la mieux étayée plutôt que celle qu'on maîtrise. Une technique complexe mal exécutée est pire qu'une technique simple bien faite.

Sources

  1. Messaoudi Y. Les techniques à deux endoprothèses dans les lésions de bifurcation : Culotte, mini-crush, DK crush. CEC de Cardiologie Interventionnelle, Faculté de Médecine de Sousse. 80 diapositives réparties en trois supports. document interne, non publié
  2. Lassen JF, Burzotta F, Banning AP, et al. Percutaneous coronary intervention for the left main stem and other bifurcation lesions: 12th consensus document from the European Bifurcation Club. EuroIntervention. 2018;13(13):1540-1553. doi:10.4244/EIJ-D-17-00622
  3. Chen SL, Sheiban I, Xu B, et al. Impact of the complexity of bifurcation lesions treated with drug-eluting stents: the DEFINITION study. JACC Cardiovasc Interv. 2014;7(11):1266-1276. doi:10.1016/j.jcin.2014.04.026
  4. Zhang JJ, Ye F, Xu K, et al. Multicentre, randomized comparison of two-stent and provisional stenting techniques in patients with complex coronary bifurcation lesions: the DEFINITION II trial. Eur Heart J. 2020;41(27):2523-2536. doi:10.1093/eurheartj/ehaa543
  5. Kan J, Zhang JJ, Sheiban I, et al. 3-Year outcomes after 2-stent with provisional stenting for complex bifurcation lesions defined by DEFINITION criteria. JACC Cardiovasc Interv. 2022;15(12):1310-1320. doi:10.1016/j.jcin.2022.05.026
  6. Chen SL, Santoso T, Zhang JJ, et al. A randomized clinical study comparing double kissing crush with provisional stenting for treatment of coronary bifurcation lesions: results from the DKCRUSH-II trial. J Am Coll Cardiol. 2011;57(8):914-920. doi:10.1016/j.jacc.2010.10.023
  7. Chen SL, Xu B, Han YL, et al. Clinical outcome after DK crush versus culotte stenting of distal left main bifurcation lesions: the 3-year follow-up results of the DKCRUSH-III study. JACC Cardiovasc Interv. 2015;8(10):1335-1342. doi:10.1016/j.jcin.2015.05.017
  8. Chen SL, Zhang JJ, Han Y, et al. Double kissing crush versus provisional stenting for left main distal bifurcation lesions: DKCRUSH-V randomized trial. J Am Coll Cardiol. 2017;70(21):2605-2617. doi:10.1016/j.jacc.2017.09.1066
  9. Chen X, Li X, Zhang JJ, et al. 3-Year outcomes of the DKCRUSH-V trial comparing DK crush with provisional stenting for left main bifurcation lesions. JACC Cardiovasc Interv. 2019;12(19):1927-1937. doi:10.1016/j.jcin.2019.04.056
  10. Gao X, Kan J, Zhang JJ, et al. IVUS or angiography guidance for percutaneous coronary intervention in complex coronary bifurcation lesions: the DKCRUSH VIII randomized clinical trial. J Am Coll Cardiol. 2026;87(17):2080-2095. doi:10.1016/j.jacc.2026.01.081
  11. Louvard Y, Thomas M, Dzavik V, et al. Classification of coronary artery bifurcation lesions and treatments: time for a consensus! Catheter Cardiovasc Interv. 2008;71(2):175-183. doi:10.1002/ccd.21314
  12. Albiero R, Burzotta F, Lassen JF, et al. Treatment of coronary bifurcation lesions, part I: implanting the first stent in the provisional pathway. The 16th expert consensus document of the European Bifurcation Club. EuroIntervention. 2022;18(5):e362-e376. doi:10.4244/EIJ-D-22-00165
  13. Lassen JF, Albiero R, Johnson TW, et al. Treatment of coronary bifurcation lesions, part II: implanting two stents. The 16th expert consensus document of the European Bifurcation Club. EuroIntervention. 2022;18(6):457-470. doi:10.4244/EIJ-D-22-00166
  14. Burzotta F, Lassen JF, Banning AP, et al. Percutaneous coronary intervention in left main coronary artery disease: the 13th consensus document from the European Bifurcation Club. EuroIntervention. 2018;14(1):112-120. doi:10.4244/EIJ-D-18-00357

Cours de la Pr Ag Yosra Messaoudi, Faculté de Médecine de Sousse.

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