Cours 30 Maladie coronaire & urgences ⏱ 27 min

Syndromes coronariens aigus : du diagnostic à la stratégie de reperfusion

De la rupture de plaque à la salle de cathétérisme : reconnaître, stratifier, reperfuser — chaque minute compte.

🎯 Objectifs pédagogiques
  • Expliquer le substratum physiopathologique commun aux syndromes coronariens aigus et les conséquences de la cascade ischémique.
  • Établir le diagnostic positif d'un SCA à partir de l'anamnèse, de l'ECG 18 dérivations et de la troponine ultrasensible.
  • Distinguer SCA ST(+) et SCA ST(-) sur des critères électriques précis et en tirer immédiatement la conséquence thérapeutique.
  • Stratifier le risque ischémique et hémorragique d'un SCA ST(-) et en déduire le délai de la coronarographie.
  • Choisir la stratégie de reperfusion d'un SCA ST(+) en fonction des délais organisationnels (angioplastie primaire vs fibrinolyse).
  • Énoncer le mécanisme d'action, les indications, les contre-indications et les critères d'efficacité des fibrinolytiques.
  • Reconnaître et hiérarchiser les complications précoces et tardives d'un infarctus du myocarde.
  • Rédiger l'ordonnance de sortie et planifier la surveillance d'un patient au décours d'un SCA.
  • Reconnaître les quatre présentations cliniques du SCA ST(-) — angor de novo, crescendo, de repos et post-infarctus — et l'artère coupable désignée par le territoire électrique.
  • Citer les principales causes non ischémiques de sus-décalage du segment ST et énoncer les trois critères qui les distinguent d'un SCA ST(+).
  • Interpréter une troponine ultrasensible en cinétique, en tenant compte du delta, des seuils propres à chaque trousse de dosage et du délai depuis le début de la douleur.
  • Classer un infarctus selon les cinq types de la définition universelle et en tirer la conséquence pratique pour la prise en charge.
  • Reconnaître une récidive ischémique ou une thrombose de stent au décours d'un infarctus et énoncer la conduite immédiate.
  • Distinguer angioplastie et pontage aorto-coronarien dans la revascularisation d'un SCA et énoncer les situations qui orientent vers l'un ou l'autre.
  • Organiser la sortie : réadaptation cardiaque, reprise progressive des activités et éducation du patient à la reconnaissance d'une récidive.
Mots-clés syndrome coronarien aiguSTEMINSTEMIangor instablerupture de plaquetroponine ultrasensibleonde de Pardeeangioplastie primairefibrinolysescore GRACEdouble antiagrégation plaquettairechoc cardiogéniqueclassification Killipreperfusion coronaireARC-HBRdéfinition universelle de l'infarctusinfarctus de type 2artère coupabledominance coronairedelta de troponinethrombose de stentangor crescendorepolarisation précocepontage aorto-coronarienréadaptation cardiaque

1. Trois maladies, un seul parcours de soins

Les syndromes coronariens aigus (SCA) regroupent trois entités qui partagent le même mécanisme initial et le même parcours diagnostique : l'angor instable, l'infarctus du myocarde sans sus-décalage du segment ST (NSTEMI) et l'infarctus du myocarde avec sus-décalage du segment ST (STEMI). Cliniquement, un SCA se définit comme une douleur thoracique d'allure angineuse survenant de novo, de façon prolongée, ou en aggravation récente, chez un patient avec ou sans antécédent coronarien connu.

La classification actuelle ne repose ni sur la biologie ni sur l'anatomie, mais sur un seul critère, disponible en moins de dix minutes au lit du malade : la présence ou non d'un sus-décalage persistant du segment ST. Ce choix n'est pas académique, il est opérationnel : il sépare d'emblée deux stratégies thérapeutiques radicalement différentes.

  • SCA ST(+) / STEMI : l'artère coronaire épicardique est complètement et durablement occluse. Le myocarde meurt à chaque minute qui passe. La réponse est la reperfusion urgente — « déboucher l'artère » — par angioplastie primaire ou fibrinolyse. En l'absence d'intervention, l'évolution naturelle se fait vers la nécrose transmurale et l'infarctus avec onde Q.
  • SCA ST(-) / NSTEMI et angor instable : l'occlusion est partielle ou intermittente. La réponse immédiate est de « fluidifier au maximum le sang » (traitement antithrombotique), puis de programmer la coronarographie selon le niveau de risque. Au sein des SCA ST(-), c'est l'élévation de la troponine qui sépare le NSTEMI (nécrose présente) de l'angor instable (pas de nécrose).
Figure 1 — Une même plaque compliquée, deux maladies. Comparez les deux panneaux, d'abord artère par artère, puis paroi par paroi. À gauche, la lumière est totalement et durablement comblée : la paroi ventriculaire en aval est atteinte sur toute son épaisseur, de l'endocarde à l'épicarde — c'est la nécrose transmurale du SCA ST(+), celle que la reperfusion urgente vient interrompre. À droite, un chenal résiduel laisse encore passer du sang, et de petits fragments partent obstruer les branches distales : seule la moitié interne de la paroi, la plus mal servie, porte des foyers dispersés — ce sont les micronécroses du SCA ST(-), qui élèvent la troponine sans détruire toute l'épaisseur. Retenez le sens de lecture : ce qui sépare les deux colonnes n'est pas la taille de la plaque, mais le caractère complet et persistant de l'occlusion.

Une idée fausse circule : le SCA ST(-) serait la forme « bénigne ». C'est l'inverse qui est vrai à distance. Le patient qui fait un SCA ST(-) est en moyenne plus âgé, plus souvent diabétique, insuffisant rénal ou pluritronculaire : sa mortalité hospitalière est plus basse que celle du SCA ST(+), mais sa mortalité à un an la rejoint. Le SCA ST(+) est une urgence de la première heure, le SCA ST(-) une urgence de la première journée. Deux horloges, un enjeu identique.

L'infarctus du myocarde reste une pathologie fréquente et grave : environ 100 000 cas par an en France, toutes formes confondues, dont 40 à 60 % de SCA ST(+). Dans les registres européens, la mortalité hospitalière du SCA ST(+) se situe entre 4 et 12 % selon le recrutement, et la mortalité à 1 an avoisine 10 %. Le SCA ST(-) constitue quant à lui une entité clinique et pronostique hétérogène : c'est précisément pourquoi sa prise en charge repose sur une stratification du risque.

2. Rappel anatomique : savoir nommer l'artère coupable

La vascularisation artérielle du cœur est assurée par deux artères coronaires.

L'artère coronaire gauche naît du sinus de Valsalva gauche par un segment initial, le tronc commun, qui passe derrière le tronc de l'artère pulmonaire avant de se diviser en deux branches :

  • l'artère interventriculaire antérieure (IVA), qui descend dans le sillon interventriculaire antérieur, contourne la pointe du cœur et se termine dans la partie inférieure du sillon interventriculaire. Elle donne les branches diagonales (paroi antérieure du VG) et les branches septales (septum interventriculaire) ;
  • l'artère circonflexe, qui chemine dans le sillon auriculo-ventriculaire gauche jusqu'à la face inférieure du VG, généralement sans atteindre la croix des sillons, et donne les branches marginales (latérales) destinées à la paroi postéro-latérale.

L'artère coronaire droite naît du sinus de Valsalva droit, chemine dans la partie droite du sillon auriculo-ventriculaire, contourne le bord latéral du ventricule droit jusqu'à la croix des sillons où elle bifurque dans la portion postéro-inférieure du sillon interventriculaire. Elle vascularise les parties inférieures du septum et des ventricules, ainsi que l'essentiel du tissu nodal — ce qui explique la fréquence des troubles conductifs dans l'infarctus inférieur.

Deux notions complètent ce schéma. La dominance désigne l'artère qui donne l'interventriculaire postérieure et vascularise la face inférieure du cœur : elle est droite dans la grande majorité des cas, plus rarement gauche (circonflexe) ou équilibrée — c'est elle qui explique qu'un infarctus inférieur puisse relever d'une circonflexe. L'artère coupable (culprit lesion) est celle qui porte la plaque compliquée à l'origine de l'épisode : c'est elle que l'ECG désigne, elle que la coronarographie confirme, et elle qu'on traite en premier ; les autres sténoses, lorsqu'elles existent, se discutent ensuite.

Pourquoi une occlusion brutale est-elle si grave ? Chez l'homme, la circulation coronaire est quasiment de type terminal. Des anastomoses existent (septum, paroi libre) mais restent non fonctionnelles ; elles ne se développent qu'à la faveur d'une sténose se constituant très progressivement. D'où ce paradoxe clinique : une occlusion brutale entraîne un infarctus transmural étendu, alors qu'une occlusion tout aussi complète, mais lentement constituée, peut rester pauci-symptomatique grâce au réseau collatéral.

3. Physiopathologie : de la plaque vulnérable au thrombus

3.1. La plaque vulnérable

Tous les SCA partagent le même substratum : la rupture ou l'érosion d'une plaque d'athérome compliquée de la formation d'un thrombus plus ou moins occlusif. Contrairement à une intuition répandue, ce n'est pas la plaque la plus sténosante qui est la plus dangereuse, mais la plus instable. Une plaque vulnérable associe quatre caractéristiques :

  • une chape fibreuse fine ;
  • un gros cœur lipidique ;
  • une faible densité en cellules musculaires lisses (donc peu de synthèse de matrice de soutien) ;
  • un infiltrat inflammatoire important (macrophages sécrétant des métalloprotéases qui digèrent la chape).

3.2. L'enchaînement thrombotique

La rupture ou l'érosion déclenche une séquence stéréotypée : exposition du cœur lipidique au sang circulant → adhésion, activation et agrégation plaquettairesactivation de la cascade de la coagulationformation d'un caillot fibrino-cruorique plus ou moins occlusif → réduction brutale de la perfusion coronaire, encore aggravée par un spasme associé (libération locale de thromboxane A2 et de sérotonine) → ischémie myocardique sévère de type primaire.

Le devenir clinique dépend alors du caractère total et persistant ou partiel et transitoire de l'occlusion :

  • Occlusion totale et persistante : l'ischémie se prolonge, évolue vers la lésion puis la nécrose myocytaire, aboutissant à une nécrose transmurale en l'absence de désobstruction urgente. C'est le STEMI, qui devient un infarctus avec onde Q s'il n'est pas reperfusé.
  • Occlusion partielle ou transitoire : l'ischémie sévère s'exprime cliniquement par l'angor instable. Des fragments de thrombus peuvent emboliser les artérioles distales et créer des foyers de micronécrose responsables d'une élévation de la troponine : c'est le NSTEMI (autrefois « infarctus sans onde Q » ou « sous-endocardique »).

Plus rarement, le mécanisme n'est pas athérothrombotique : embolie coronaire, spasme prolongé, dissection coronaire. On parle alors d'ischémie myocardique secondaire, notion qui recoupe l'infarctus de type 2 de la définition universelle (déséquilibre entre apports et besoins en oxygène, sans rupture de plaque).

Planche composite associant l'arbre physiopathologique de la rupture de plaque et deux macrophotographies de coupes de coronaire, l'une partiellement, l'autre totalement thrombosée.
Figure 2 — L'enchaînement thrombotique, avec deux pièces réelles en son centre. Suivez d'abord la colonne du milieu, de haut en bas : rupture ou érosion de plaque, thrombus dans la lumière, occlusion coronaire aiguë. Arrêtez-vous ensuite sur les deux photographies de coupes d'artère coronaire : à gauche, le thrombus laisse encore un croissant de lumière libre ; à droite, il occupe toute la section. Descendez enfin vers les deux devenirs : à gauche l'occlusion partielle, l'embolisation distale et les micronécroses, avec des tracés sans sus-décalage persistant qui aboutissent au NSTEMI si la troponine s'élève, à l'angor instable sinon ; à droite l'occlusion totale et persistante, avec un tracé sus-décalé qui aboutit au STEMI. Ce que ces deux coupes ne montrent pas : ni le moment où la plaque s'est rompue, ni l'état du myocarde en aval — une occlusion complète mais lentement constituée peut rester pauci-symptomatique grâce au réseau collatéral, comme le rappelle l'encart de la section 2.

3.3. La cascade ischémique : pourquoi la douleur arrive en dernier

L'ischémie ne se manifeste pas d'emblée par la douleur. Elle suit une séquence chronologique — la cascade ischémique — dont la connaissance explique la sensibilité respective des examens complémentaires :

  1. Anomalies métaboliques : bascule vers le métabolisme anaérobie, accumulation d'acide lactique.
  2. Anomalies hémodynamiques : d'abord altération de la fonction diastolique (défaut de relaxation, augmentation des résistances à l'étirement, élévation de la PTDVG), puis seulement altération de la fonction systolique par perte du pouvoir contractile des zones nécrosées et des zones bordantes ischémiées.
  3. Anomalies électriques : troubles de la repolarisation (modifications du segment ST et de l'onde T).
  4. Manifestations cliniques : la douleur angineuse, stade ultime de la cascade.

Retenez-en une conséquence pratique majeure : un patient peut être en ischémie sévère sans douleur (ischémie silencieuse du diabétique) et l'échocardiographie peut objectiver un trouble de la cinétique segmentaire avant même que l'ECG ne se modifie franchement.

Un dernier point de chronologie commande toute la suite du cours. La nécrose n'est pas instantanée : le front de nécrose progresse de l'endocarde vers l'épicarde, du centre du territoire vers sa périphérie, sur plusieurs heures. Tant qu'il n'a pas atteint l'épicarde, une part du myocarde reste récupérable — c'est précisément ce que la reperfusion vient sauver. D'où la formule qui résume ce cours : le temps, c'est du myocarde.

Les conséquences de la thrombose varient selon la taille, la topographie et la durée de l'obstruction, allant de l'ischémie transitoire à l'infarctus étendu. C'est l'étendue de la zone touchée qui dictera l'évolution, de l'insuffisance cardiaque minime au choc cardiogénique.

4. Facteurs de risque cardiovasculaire

CatégorieFacteurPrécisions et poids du risque
Non modifiablesÂgeRisque continu, significatif à partir de 50 ans chez l'homme et 60 ans chez la femme
Sexe masculinAvant 70 ans, 2/3 des infarctus surviennent chez l'homme ; l'écart diminue après la ménopause et disparaît après 75 ans
HéréditéÉvénement cardiovasculaire <55 ans chez le père (ou parent du 1er degré masculin), <65 ans chez la mère
ModifiablesTabagismeAthérogène et prothrombotique (dysfonction endothéliale, agrégation plaquettaire) : ×5 le risque d'IDM
HTATous les types comptent (permanente, paroxystique, traitée ou non) : ×3 le risque coronaire
DyslipidémieLDL-cholestérol >1,60 g/L (4,1 mmol/L) : rôle direct sur la croissance de la plaque et sur son instabilité
DiabèteTypes 1 et 2 ; complications précoces dès 30 ans dans le type 1 ; incidence galopante du type 2
AutresSédentaritéRisque relatif d'infarctus de 2 à 3
ObésitéCorrélée à l'IMC, surtout si répartition androïde ; très souvent associée à l'HTA et au diabète

Ces facteurs ne s'additionnent pas, ils se multiplient : ce qui compte est le risque cardiovasculaire global, non le nombre de cases cochées. Deux d'entre eux font l'objet d'un cours entier dans cette discipline — cours 32, Hypertension artérielle : diagnostic, bilan de retentissement et prise en charge, et cours 33, Les dyslipidémies : du métabolisme des lipoprotéines à la stratégie hypolipémiante. S'y ajoutent des amplificateurs souvent oubliés : insuffisance rénale chronique, maladie inflammatoire chronique, facteurs psychosociaux.

5. Diagnostic positif

5.1. La clinique : le diagnostic est d'abord un diagnostic d'interrogatoire

La douleur thoracique est le maître symptôme. La douleur angineuse typique s'analyse en cinq points :

  • Siège : rétrosternal, en barre, médiothoracique entre les deux seins — le patient l'exprime par la paume de la main posée à plat sur le thorax (et non par la pointe d'un doigt).
  • Irradiations : épaule, bras et/ou poignet gauche, dos, région pectorale, mâchoire.
  • Caractère : constrictive — « en étau », « pesante », « en torsion », poitrine « enserrée dans des griffes » — parfois sensation de brûlure.
  • Intensité : variable ; dans le SCA ST(+) elle est généralement très intense, avec angoisse et sensation de mort imminente, résistante à la trinitrine sublinguale et aux antalgiques usuels.
  • Durée : prolongée (>20-30 min) dans le SCA ST(+), parfois entrecoupée de répits incomplets ; plus courte (<20 min) mais récidivante dans le SCA ST(-).

Les formes graves surviennent le plus souvent au repos. Des signes d'accompagnement sont fréquents : nausées, vomissements, éructations, sueurs, angoisse majeure.

Dans le SCA ST(-), la douleur ne s'analyse pas seulement en elle-même, mais dans son histoire récente. Quatre présentations doivent faire porter le diagnostic :

  • angor de novo : angor apparu depuis moins d'un mois, d'emblée pour des efforts modestes ;
  • angor crescendo : angor connu survenant pour des efforts de plus en plus faibles, plus souvent, plus longtemps, ou devenant moins sensible à la trinitrine ;
  • angor de repos : douleur prolongée survenant sans effort, volontiers nocturne ;
  • angor post-infarctus : récidive douloureuse dans les jours qui suivent un infarctus, qui impose de reprendre toute la démarche à zéro.
Les formes trompeuses Chez le sujet âgé, le diabétique et souvent la femme, le tableau peut être atypique voire muet : douleur limitée à un seul site d'irradiation (bras gauche, poignet, mâchoire, creux épigastrique), simples signes digestifs (nausées, éructations), manifestations vagales isolées (sueurs, vomissements), ou dyspnée aiguë inaugurale. Une épigastralgie brutale chez un diabétique de 70 ans mérite un ECG, pas un pansement gastrique.

5.2. L'ECG : l'examen clé, dans les 10 minutes

L'ECG doit être réalisé et interprété dans les 10 minutes suivant le premier contact médical. Il doit être complet : aux 12 dérivations standard s'ajoutent les dérivations postérieures V7-V8-V9 et droites V3R-V4R (soit 17 dérivations, 18 avec VE), indispensables devant un territoire inférieur ou devant une forte suspicion clinique avec un tracé 12 dérivations non concluant. Dès le diagnostic posé, un monitorage ECG continu est requis.

Dans le SCA ST(+), l'ECG confirme le diagnostic, localise le siège de l'infarctus et désigne l'artère coupable. Les signes évoluent en phases, toujours sur au moins deux dérivations contiguës d'un territoire systématisé :

  1. Onde T ample, pointue et symétrique (ischémie sous-endocardique), très précoce et éphémère — première heure ;
  2. Onde de Pardee : sus-décalage de ST convexe vers le haut, englobant l'onde T, avec sous-décalage en miroir dans les dérivations opposées — à partir de la 2e heure ;
  3. Onde Q de nécrose : large (>0,04 s) et profonde (>1/3 de l'onde R qui la suit), apparaissant après la 6e heure et persistant habituellement comme séquelle électrique définitive ;
  4. Retour de ST à la ligne isoélectrique et négativation des ondes T en quelques heures à quelques jours (vers le 2e jour) ; l'aspect séquellaire associe onde Q et onde T négative.
DérivationsSeuil de sus-décalage du point J
Dérivations frontales (DI, DII, DIII, aVL, aVF, aVR)≥ 1 mm (0,1 mV)
V4 à V6≥ 1 mm (0,1 mV)
V7 à V9 (postérieures)≥ 0,5 mm
V3R-V4R (droites)≥ 0,5 mm (≥ 1 mm si homme <30 ans)
V2-V3, homme <40 ans≥ 2,5 mm
V2-V3, homme ≥40 ans≥ 2 mm
V2-V3, femme (tout âge)≥ 1,5 mm

Un bloc de branche gauche, quelle que soit son ancienneté (connue ou non), chez un patient présentant une douleur ou une ischémie persistante, doit être considéré comme un équivalent de STEMI et conduire à la même urgence de reperfusion : le caractère « récent » n'est plus exigé, car il n'est presque jamais documentable en urgence. Il en va de même du bloc de branche droit apparaissant dans un contexte d'ischémie persistante, qui impose lui aussi une coronarographie immédiate.

Symétriquement, tout sus-décalage n'est pas un SCA ST(+). Les principaux pièges sont la repolarisation précoce du sujet jeune (sus-décalage concave, point J empâté, tracé stable dans le temps), la péricardite aiguë (sus-décalage concave, diffus, non systématisé, sans miroir, avec sous-décalage du segment PQ), l'anévrysme du ventricule gauche (sus-décalage figé, associé à une onde Q, chez un patient non douloureux), l'hypertrophie ventriculaire gauche et le bloc de branche gauche (discordance attendue entre le QRS et la repolarisation), le syndrome de Brugada et l'hyperkaliémie. Trois critères tranchent dans l'immense majorité des cas : la systématisation à un territoire, la présence d'un miroir, et l'évolutivité d'un tracé au suivant. Devant un doute persistant chez un patient qui a mal, ce sont la répétition de l'ECG et l'avis du cardiologue qui tranchent.

TerritoireDérivationsArtère coupable probable
Antéro-septalV1, V2, V3IVA proximale / branches septales
ApicalV4IVA distale
Antérieur étenduV1 à V6, DI, aVLIVA proximale (avant la 1re diagonale)
Latéral hautDI, aVLDiagonale ou circonflexe (marginale)
Latéral basV5, V6Circonflexe (marginale)
InférieurDII, DIII, aVFCoronaire droite (ou circonflexe dominante)
Postérieur (basal)V7, V8, V9 (miroir en V1-V3)Circonflexe ou coronaire droite
Ventricule droitV3R, V4R (± V1, aVR)Coronaire droite proximale
Tracé ECG douze dérivations sur papier quadrillé montrant un sus-décalage convexe du segment ST en DII, DIII et aVF avec sous-décalage en miroir en DI et aVL.
Figure 3 — Lisez ce tracé avec le tableau des territoires sous les yeux. Repérez d'abord DII, DIII et aVF : le segment ST y est sus-décalé, convexe vers le haut, et englobe une onde T ample — c'est l'onde de Pardee du territoire inférieur. Cherchez ensuite le miroir : en DI et surtout en aVL, le segment ST est sous-décalé, dans les dérivations exactement opposées. Vérifiez enfin le rythme sur la bande de DII, en bas : il est sinusal et régulier. Concluez : SCA ST(+) inférieur, artère coupable probablement la coronaire droite. Ce que ce tracé ne permet pas d'affirmer : ni une extension au ventricule droit, ni un infarctus postérieur associé — V3R-V4R et V7-V8-V9 n'ont pas été enregistrés ici, et c'est précisément le réflexe qui manque le plus souvent devant un territoire inférieur.

Dans le SCA ST(-), trois situations peuvent se rencontrer. L'ECG per-critique (pendant la douleur) est anormal dans environ 95 % des cas :

  • Sous-décalage du segment ST (lésion sous-endocardique), en particulier dans les précordiales gauches, observé pendant la douleur mais pouvant persister entre les crises — c'est le signe le plus péjoratif ;
  • Inversion des ondes T (ischémie sous-épicardique), ondes T plates, biphasiques, ou pseudo-normalisation (positivation transitoire d'une onde T habituellement négative) ;
  • Tracé strictement normal dans environ un tiers des cas, fréquent en période inter-critique : un ECG normal n'élimine en rien le diagnostic.

Peuvent s'y associer des troubles conductifs (bloc de branche droit ou gauche) ou rythmiques, auriculaires ou ventriculaires. Les ECG doivent être répétés et comparés entre eux, ainsi qu'avec un tracé de référence si disponible.

5.3. La biologie : la troponine

Le dosage de la troponine I ou T est l'examen biologique de référence : son élévation signe la nécrose cellulaire myocardique. Avec les dosages conventionnels, la libération débute vers la 4e heure, avec un pic autour de la 14e heure ; l'élévation persiste 75 à 140 heures pour la troponine I et plus de 10 jours pour la troponine T. L'amplitude de l'élévation est proportionnelle à l'étendue de l'infarctus, et la cinétique est accélérée par la reperfusion (pic précoce après thrombolyse ou angioplastie réussie).

Les troponines ultrasensibles (hs-cTn) sont détectables beaucoup plus tôt (dès la 1re-3e heure) et offrent une valeur prédictive négative nettement supérieure. Elles permettent des algorithmes rapides d'inclusion/exclusion à deux points séparés d'une heure (0 h / 1 h), validés chez les patients hémodynamiquement stables aux urgences. Ces algorithmes raccourcissent considérablement le délai diagnostique, réduisent la durée de séjour aux urgences et les coûts.

Trois précautions rendent ces algorithmes utilisables sans danger. D'abord, les seuils sont propres à chaque trousse de dosage : une valeur ne s'interprète qu'avec les bornes du laboratoire qui l'a rendue, jamais avec celles d'un autre hôpital. Ensuite, c'est la variation entre deux dosages — le « delta » — qui signe la lésion aiguë, bien davantage qu'une valeur isolée : une troponine élevée mais strictement stable oriente vers une lésion chronique (insuffisance rénale, cardiopathie hypertensive, insuffisance cardiaque). Enfin, une valeur très basse au premier dosage n'autorise à écarter le diagnostic que si la douleur a débuté depuis plus de trois heures : plus tôt, le prélèvement peut précéder la libération de troponine et doit être répété. Dans tous les cas, la biologie ne remplace pas l'évaluation clinique — c'est la probabilité clinique qui commande, la troponine ne fait que la déplacer.

Règle d'or Dans le SCA ST(+), on n'attend jamais le résultat de la troponine pour déclencher la reperfusion. Le diagnostic est clinique et électrique ; la biologie est rétrospective. Attendre la troponine, c'est perdre du myocarde.
Algorithme européen en trois voies — éliminer, observer, diagnostiquer — fondé sur la troponine ultrasensible dosée à l'admission puis une heure plus tard.
Figure 4 — Parcourez cet algorithme ligne par ligne, de haut en bas. La première ligne est le dosage fait à l'admission, la deuxième le second dosage une heure plus tard. Repérez ensuite les trois voies de sortie — éliminer, observer, diagnostiquer. Regardez de près la boîte de gauche : un trait vertical y sépare deux sorties d'exclusion distinctes, une valeur très basse au seul dosage d'admission d'un côté, une valeur basse assortie d'une absence d'augmentation significative à une heure de l'autre. L'appel de note est accolé au mot « très basse », et à lui seul : l'exclusion sur un dosage unique n'est recevable que si la douleur a débuté depuis plus de trois heures, alors que la voie du delta à une heure n'attend pas ce délai. Symétriquement, à droite, une valeur haute dès l'admission oriente vers la voie « diagnostiquer » sans attendre le second dosage. Suivez enfin les deux dernières lignes, le devenir du patient puis les examens complémentaires : la même troponine n'a pas la même conséquence selon la probabilité clinique. Ce que cette figure ne donne pas, et c'est volontaire : la valeur numérique des seuils. La dernière puce le dit — ils sont propres à chaque trousse de dosage et se lisent sur le protocole du laboratoire.

6. Diagnostics différentiels

Devant une douleur thoracique, quatre grands groupes doivent être systématiquement envisagés :

  • Cardiovasculaire : péricardite aiguë, myocardite aiguë, dissection aortique, cardiomyopathie de Tako-Tsubo ;
  • Pulmonaire : embolie pulmonaire et infarctus pulmonaire, pneumonie, pleurésie, pneumothorax ;
  • Gastro-intestinal : spasme œsophagien, œsophagite, ulcère peptique, pancréatite, cholécystite ;
  • Pariétal / autres : douleur musculo-squelettique, anémie profonde.

Devant une élévation de la troponine, il faut se souvenir d'un principe fondamental : la troponine est un marqueur de lésion myocardique, pas un marqueur d'athérothrombose coronaire. Une élévation peut relever d'un déséquilibre apports/besoins (ischémie secondaire, IDM de type 2) ou de causes non ischémiques : myocardite, Tako-Tsubo, embolie pulmonaire, insuffisance cardiaque aiguë et OAP, états de choc (cardiogénique, hypovolémique, septique), anémie sévère, tachycardies ou bradycardies extrêmes, contusion cardiaque et réanimation cardio-pulmonaire, insuffisance respiratoire sévère, sepsis, insuffisance rénale, affections neurologiques aiguës (AVC, hémorragie méningée).

Cette distinction est formalisée par la définition universelle de l'infarctus, qui classe les infarctus selon leur mécanisme et non selon l'ECG. Elle ne change pas la conduite de la première heure, mais évite deux erreurs fréquentes : traiter comme un SCA une lésion de type 2, et méconnaître un infarctus survenu au décours d'un geste.

TypeMécanismeSituation typique
Type 1Athérothrombose coronaire aiguë (rupture ou érosion de plaque)Le SCA au sens de ce cours
Type 2Déséquilibre entre apports et besoins en oxygène, sans rupture de plaqueTachyarythmie rapide, anémie profonde, état de choc, poussée hypertensive, spasme
Type 3Mort subite avec signes d'ischémie, survenue avant tout dosage exploitableDécès avant le prélèvement ou avant sa restitution
Type 4Lié à l'angioplastie : 4a péri-procédural, 4b thrombose de stent, 4c resténoseAu décours immédiat ou à distance d'une angioplastie
Type 5Lié au pontage aorto-coronarienAu décours d'une chirurgie de revascularisation

7. Stratifier le risque dans le SCA ST(-)

Si le SCA ST(+) impose d'emblée la reperfusion, la prise en charge du SCA ST(-) repose sur une double stratification — ischémique et hémorragique — qui détermine le timing de la stratégie invasive. Le diagnostic et la stratification du risque sont indissociables et constituent un processus continu et dynamique.

La seule suspicion diagnostique implique une hospitalisation systématique en USIC ou en unité de soins continus, en raison de l'incidence des arythmies ventriculaires menaçant le pronostic vital, maximale durant les premières heures suivant le début des symptômes.

Deux examens complètent la stratification dès l'admission, sans jamais la retarder : une échocardiographie transthoracique, qui cherche un trouble de la cinétique segmentaire, mesure la FEVG et écarte un diagnostic différentiel (dissection, embolie pulmonaire, épanchement) ; et un monitorage ECG continu, qui documente les modifications dynamiques du segment ST, celles-là mêmes qui font basculer un patient d'un niveau de risque à l'autre. La stratification n'est pas un examen d'entrée : toute récidive douloureuse impose de la refaire.

7.1. Risque ischémique

Le risque ischémique correspond au risque de décès et d'évolution vers l'IDM. Il repose sur trois familles de critères : cliniques, électriques (troubles de la repolarisation) et biologiques (troponinémie).

Niveau de risquePrincipaux critèresStratégie invasive
Très haut risqueInstabilité hémodynamique ou choc cardiogénique ; douleur thoracique réfractaire au traitement médical ; arythmies ventriculaires menaçantes ou arrêt cardiaque récupéré ; complication mécanique ; insuffisance cardiaque aiguë liée au SCA ; modifications dynamiques récidivantes du segment ST ou de l'onde T, en particulier avec sus-décalage intermittent ; sous-décalage de ST >1 mm dans ≥6 dérivations associé à un sus-décalage en aVR et/ou V1Coronarographie immédiate (<2 h)
Haut risqueDiagnostic de NSTEMI confirmé (cinétique de troponine) ; modifications dynamiques isolées du segment ST ou de l'onde T (non récidivantes, sans sus-décalage intermittent) ; angor récidivant ou récurrent ; score GRACE >140Coronarographie précoce (<24 h)
Bas risqueAucun des critères ci-dessusStratégie sélective guidée par un test d'ischémie ou un coroscanner

L'évaluation quantitative repose sur le score GRACE, qui offre les meilleures performances discriminantes et fournit une estimation directe de la mortalité hospitalière et à long terme, ainsi que du risque combiné décès-IDM. Il intègre : l'âge, la fréquence cardiaque, la pression artérielle systolique, la créatininémie, les signes d'insuffisance ventriculaire gauche (classe Killip), la survenue d'un arrêt cardiaque, le sous-décalage du segment ST et l'élévation de la troponine. Le haut risque est retenu à partir de 140.

7.2. Risque hémorragique

Les hémorragies majeures sont associées à une augmentation de la mortalité. Le risque principal est digestif, mais aussi cérébral ou lié au site de ponction artérielle. Les scores historiques (CRUSADE…) ont été rétrogradés au profit du consensus ARC-HBR (Academic Research Consortium – High Bleeding Risk), qui définit en amont du geste interventionnel les patients à haut risque hémorragique à partir de critères majeurs et mineurs :

  • Terrain : âge ≥75 ans — critère MINEUR ;
  • ComorbiditésMAJEURS : insuffisance rénale sévère ou terminale (DFG <30 mL/min), cirrhose avec hypertension portale, cancer actif dans les 12 mois ; MINEUR : insuffisance rénale modérée (DFG 30-59 mL/min) ;
  • BiologieMAJEURS : anémie <11 g/dL, thrombopénie <100 G/L, diathèse hémorragique chronique ; MINEUR : anémie 11-12,9 g/dL (homme) ou 11-11,9 g/dL (femme) ;
  • Système nerveux centralMAJEURS : hémorragie intracrânienne spontanée (à tout moment) ou traumatique dans les 12 mois, malformation artérioveineuse cérébrale, AVC ischémique modéré à sévère dans les 6 mois ; MINEUR : tout autre AVC ischémique ;
  • AntécédentsMAJEUR : hémorragie spontanée ayant nécessité une hospitalisation ou une transfusion dans les 6 mois, ou récidivante quelle que soit la date ; MINEUR : même événement survenu entre 6 et 12 mois ;
  • IatrogénieMAJEURS : anticoagulation orale au long cours, chirurgie majeure non reportable sous double antiagrégation, chirurgie majeure ou traumatisme majeur dans les 30 jours précédant l'angioplastie ; MINEUR : AINS ou corticoïdes au long cours.

Un patient est classé à haut risque hémorragique dès qu'il réunit un critère majeur OU deux critères mineurs : l'âge ≥75 ans, à lui seul, ne suffit donc pas.

Un haut risque hémorragique dicte le choix des agents antithrombotiques (préférence au clopidogrel plutôt qu'aux inhibiteurs puissants) et la durée de la double antiagrégation. Il faut en revanche se garder d'une confusion fréquente : depuis l'ESC 2020 (confirmé en 2023), le prétraitement systématique par inhibiteur du P2Y12 n'est pas recommandé (classe III) chez TOUT patient en SCA ST(-) dont l'anatomie coronaire n'est pas connue et pour qui une stratégie invasive précoce est prévue — indépendamment du risque hémorragique (cf. section 11.2).

Figure européenne du parcours d'un patient en SCA sans sus-décalage, croisant le lieu du premier contact médical et les trois niveaux de risque avec le délai de la stratégie invasive.
Figure 5 — Ne lisez pas cette figure comme un tableau, mais comme le trajet d'un patient. À gauche, le lieu du premier contact médical : centre sans salle de cathétérisme, ou ambulance ; à droite, le centre équipé. Suivez la bande du très haut risque : transfert immédiat, puis stratégie invasive immédiate. Descendez au haut risque : transfert précoce, stratégie invasive dans les vingt-quatre heures. Puis au non-haut risque, qui relève d'une stratégie sélective. Comparez maintenant les deux encadrés de critères : la même anomalie électrique n'a pas le même poids selon qu'elle est isolée ou récidivante — un sus-décalage transitoire unique figure au haut risque, tandis que des modifications récurrentes du tracé font basculer au très haut risque et ramènent le délai sous deux heures. Ce que la figure ne montre pas : le risque hémorragique, qui ne retarde jamais la coronarographie d'un très haut risque mais commande le choix et la durée des antiagrégants (section 7.2).

8. Formes cliniques particulières

L'infarctus du ventricule droit complique le plus souvent le STEMI inférieur. Il peut être infraclinique, mais la triade classique associe hypotension, champs pulmonaires clairs (pas de crépitants) et turgescence jugulaire. L'ECG montre un sus-décalage en V3R-V4R (± V1, aVR) ; l'échocardiographie confirme la dysfonction ventriculaire droite. Sa prise en charge obéit à des règles propres : reperfusion précoce (idéalement angioplastie primaire), contre-indication formelle de tout ce qui baisse la précharge (nitrés, diurétiques), remplissage vasculaire prudent, catécholamines si besoin (dobutamine et/ou noradrénaline), correction des troubles conductifs fréquemment associés.

L'angor vasospastique (Prinzmetal) se caractérise par des douleurs de repos souvent nocturnes avec sus-décalage transitoire, entièrement réversible. Les inhibiteurs calciques et les nitrés sont indiqués ; les bêtabloquants doivent être évités. Il en va de même du SCA compliquant la consommation de cocaïne.

Le MINOCA (infarctus à coronaires non obstructives) et la dissection coronaire spontanée (à évoquer chez la femme jeune, en particulier en péri-partum) illustrent les mécanismes non athérothrombotiques ; ils imposent une démarche étiologique complémentaire, notamment par IRM cardiaque.

9. Évolution et complications

9.1. Complications précoces

L'insuffisance cardiaque est la complication la plus fréquente et un facteur de mauvais pronostic. Elle résulte d'une dysfonction systolique du VG (nécrose étendue), d'une complication mécanique, d'une dysfonction valvulaire, ou est favorisée par une arythmie. Elle justifie une échocardiographie transthoracique précoce. Sa sévérité est cotée par la classification de Killip.

Classe KillipTraduction clinique
IPas de râles crépitants
IIRâles crépitants aux bases
IIIŒdème aigu du poumon : crépitants dépassant les hémichamps pulmonaires
IVChoc cardiogénique

Le choc cardiogénique se définit par une hypotension persistante (PAS <90 mmHg) malgré une volémie correcte, associée à des signes d'hypoperfusion : tachycardie, altération de la conscience, oligurie (<20 mL/h), extrémités froides, congestion pulmonaire. Le diagnostic est également retenu si des inotropes IV ou une assistance mécanique sont nécessaires pour maintenir une PAS >90 mmHg. Il complique 6 à 10 % des STEMI et constitue leur principale cause de décès, avec une mortalité intrahospitalière ≥50 %. La règle est la reperfusion par angioplastie primaire. Une échocardiographie urgente évalue la FEVG et la fonction ventriculaire droite et, avant toute autre décision, recherche une complication mécanique. Si le délai dépasse 120 minutes, une fibrinolyse immédiate suivie d'un transfert pour coronarographie urgente doit être envisagée, indépendamment de la résolution du segment ST, mais seulement une fois la complication mécanique écartée : sur une rupture de paroi libre colmatée, le lytique lève l'hémostase qui contient l'hémopéricarde ; sur une rupture septale ou de pilier, il ne traite rien et retarde la chirurgie.

Les troubles du rythme ventriculaire (TV, FV) sont fréquents à la phase aiguë, indépendamment de l'étendue de la zone ischémique, et constituent la principale cause de mort subite préhospitalière — d'où l'impératif d'un transport médicalisé (SMUR) dès que le diagnostic est évoqué. Le traitement repose sur la reperfusion urgente (le facteur ischémique est causal), les bêtabloquants en l'absence de contre-indication, la cardioversion ou la défibrillation si nécessaire, l'amiodarone ou la lidocaïne en cas de contrôle insuffisant. La signification pronostique des TV/FV survenant dans les 48 premières heures est controversée : la mortalité à 30 jours est augmentée, mais il n'y a pas de conséquence sur le pronostic rythmique à long terme (donc pas d'indication de défibrillateur sur ce seul argument).

Les troubles du rythme supraventriculaire, au premier rang desquels la fibrillation atriale, peuvent entraîner une décompensation hémodynamique ou des accidents emboliques. L'ischémie aiguë contre-indique les digitaliques.

Les troubles de la conduction ont une signification radicalement différente selon la topographie de l'infarctus.

BAV et IDM inférieurBAV et IDM antérieur
FréquencePlus fréquentPlus rare
MécanismeHypertonie vagale et/ou ischémie de l'artère du nœud auriculo-ventriculaireNécrose myocardique impliquant les branches du faisceau de His au niveau du septum
SiègeHaut situé (supra-hissien)Bas situé (infra-hissien)
ÉchappementRelativement rapide, à QRS finsLent, instable, à QRS larges
ToléranceBien toléréMal toléré
PronosticRésolution spontanée après reperfusionSouvent irréversible, mortalité élevée (nécrose extensive associée)

Les bradycardies sinusales d'origine vagale, fréquentes dans l'IDM inférieur et parfois associées à une hypotension, répondent à l'atropine et au remplissage. Les blocs sino-atriaux traduisent une atteinte de l'artère du nœud sinusal.

Les complications mécaniques, dont l'incidence a chuté à l'ère de l'angioplastie primaire, mettent en jeu le pronostic vital et imposent une échocardiographie immédiate dès la suspicion :

  • Rupture de la paroi libre du VG : dans sa forme aiguë, hémopéricarde avec collapsus brutal et dissociation électromécanique d'issue rapidement fatale (favorisée par l'âge avancé, l'absence de reperfusion, la fibrinolyse tardive). Dans sa forme subaiguë — rupture serpigineuse partiellement colmatée par un thrombus et le péricarde — elle se traduit par une récidive douloureuse et une hypotension brutale et profonde avec signes précoces de tamponnade. La péricardiocentèse peut stabiliser, mais la réparation chirurgicale immédiate par patch péricardique s'impose.
  • Rupture septale ventriculaire : altération hémodynamique rapide avec insuffisance cardiaque aiguë ou choc, souffle systolique ; le shunt peut réaliser un tableau d'insuffisance cardiaque droite aiguë. Diagnostic par échocardiographie-Doppler. Le ballon de contre-pulsion intra-aortique stabilise dans l'attente de la chirurgie ; une réparation différée en tissu cicatriciel est préférable lorsque le patient répond au traitement médical. L'occlusion percutanée est une alternative.
  • Rupture du muscle papillaire : concerne surtout le pilier postéro-médian, vascularisé par une artère unique. Tableau brutal de dyspnée aiguë, OAP et/ou choc, avec un souffle souvent discret (piège classique : la sévérité est inversement proportionnelle à l'intensité du souffle). Diagnostic échocardiographique ; traitement chirurgical, le plus souvent par remplacement valvulaire mitral.

La récidive ischémique mérite une place à part : c'est la seule complication que l'on puisse confondre avec une évolution normale. Elle associe une récidive douloureuse et une réascension du segment ST sur un tracé qui s'était normalisé. Elle traduit soit une réocclusion de l'artère traitée — au premier rang une thrombose de stent, favorisée par un traitement antiagrégant interrompu ou mal absorbé —, soit l'activation d'une autre lésion. La conduite ne se discute pas au lit du malade : ECG immédiat, appel du cardiologue, coronarographie en urgence. C'est l'une des rares situations où l'on retourne en salle sans attendre aucun résultat biologique.

9.2. Complications secondaires et tardives

  • Dysfonction VG et insuffisance cardiaque chronique : facteur prédictif majeur de mortalité. Elle résulte de la perte de myocarde (nécrose irréversible) ou d'une dysfonction ischémique (sidération myocardique, réversible après reperfusion). Souvent silencieuse, elle est dépistée par l'échocardiographie.
  • Anévrysme du VG : conséquence du remodelage après IDM transmural étendu. L'anévrysectomie n'apporte pas de bénéfice systématique ; la chirurgie se discute pour les larges anévrysmes avec insuffisance cardiaque non contrôlée ou TV récidivantes.
  • Thrombus ventriculaire gauche : fréquent après infarctus antérieur, même sans anévrysme apical. Diagnostic échocardiographique, complété si besoin par l'échocardiographie de contraste ou l'IRM. Il impose une anticoagulation curative de 3 à 6 mois, guidée par des échocardiographies répétées et poursuivie jusqu'à la disparition documentée du thrombus. L'ESC 2023 place désormais AVK et anticoagulants oraux directs sur un pied comparable dans cette indication : le point discriminant n'est pas la classe d'anticoagulant, mais la durée, guidée par l'imagerie.
  • Insuffisance mitrale secondaire (fonctionnelle) : liée au remodelage VG ou à une dysfonction du pilier. L'ETT fait le diagnostic, l'ETO précise mécanisme et sévérité. Sa sévérité peut régresser après revascularisation et traitement optimal de l'insuffisance cardiaque ; chez les non-répondeurs, une chirurgie mitrale peut s'imposer.
  • Troubles du rythme ventriculaire tardifs (>48 h, non déclenchés par une récidive ischémique) : pronostic péjoratif, évaluation en vue d'un défibrillateur automatique implantable (DAI) en prévention secondaire. L'ablation par radiofréquence se discute en cas de TV récidivantes malgré revascularisation et traitement optimal. En prévention primaire, la réévaluation se fait au-delà du 40e jour post-IDM (entre 6 et 12 semaines) : une FEVG ≤35 % associée à une insuffisance cardiaque symptomatique (NYHA II-III) persistant malgré revascularisation et au moins 3 mois de traitement médical optimal constitue une indication de classe I au DAI, sous réserve d'une espérance de vie d'au moins 1 an avec un bon statut fonctionnel.
  • Complications péricardiques : la péricardite précoce, transitoire, survient rapidement après le STEMI ; la péricardite tardive ou post-lésionnelle (syndrome de Dressler) survient classiquement 1 à 6 semaines après l'infarctus (le plus souvent à la 2e-3e semaine), d'origine présumée immunologique, associant épanchement pleural, arthralgies et reprise thermique. Les deux sont devenues rares à l'ère de l'angioplastie primaire et témoignent souvent d'une reperfusion tardive ou en échec. Le traitement repose sur l'aspirine à dose anti-inflammatoire (500-1000 mg toutes les 6-8 h, avec dégression par paliers de 250-500 mg toutes les 1-2 semaines) et la colchicine en adjuvant (3 mois ; 6 mois dans les formes récurrentes). Les corticoïdes sont contre-indiqués : ils amincissent la cicatrice et exposent à l'anévrysme et à la rupture. Un épanchement circonférentiel >10 mm sans signes inflammatoires, a fortiori avec tamponnade, doit faire suspecter une rupture subaiguë.

10. Prise en charge du SCA ST(+) : la course contre la montre

10.1. Les gestes des dix premières minutes

ECG dans les 10 minutes du premier contact médical ; monitorage ECG continu dès le diagnostic ; voie veineuse ; antalgie ; transport médicalisé. L'oxygénothérapie systématique est déconseillée : elle est réservée aux patients ayant une SaO₂ <90 % ou une PaO₂ <60 mmHg — chez un patient normoxémique, elle n'apporte aucun bénéfice démontré.

Trois gestes méritent d'être nommés, parce qu'ils sont régulièrement mal faits. L'antalgie repose sur un morphinique titré chez un patient dont on surveille en continu la conscience, la fréquence respiratoire et la pression artérielle — la douleur entretient la décharge adrénergique et augmente la consommation myocardique en oxygène, mais la morphine ralentit l'absorption des inhibiteurs oraux du P2Y12, ce dont l'équipe qui prend le relais doit être informée. Aucune injection intramusculaire ne doit être faite tant qu'une fibrinolyse reste envisageable : elle crée un hématome et perturbe l'interprétation des enzymes. Enfin, le patient reste à portée immédiate d'un défibrillateur, du premier contact médical jusqu'à la salle de cathétérisme, sans interruption pendant les transferts — c'est là que survient l'essentiel des morts subites.

10.2. Choisir la stratégie de reperfusion

Toute la décision tient dans une seule question : puis-je faire franchir la lésion par un guide d'angioplastie dans les 120 minutes suivant le diagnostic ?

  • Oui (≤120 min)angioplastie primaire, stratégie de référence, par voie radiale de préférence.
  • Non (>120 min)fibrinolyse en l'absence de contre-indication, administrée dans les 10 minutes suivant le diagnostic ECG, si possible en préhospitalier, suivie d'un transfert immédiat vers un centre d'angioplastie — sans attendre le résultat.
  • Fibrinolyse contre-indiquéetransfert immédiat pour angioplastie primaire, quel que soit le délai d'accès à la salle. Une contre-indication à la lyse ne fait pas renoncer à la reperfusion : elle la rend obligatoirement mécanique.

Encore faut-il savoir d'où part le compte à rebours. Les 120 minutes se comptent à partir du diagnostic ECG — ni de l'appel, ni de l'arrivée à l'hôpital — et se terminent au franchissement de la lésion par le guide, non à l'entrée en salle. Chez un patient qui se présente directement dans un centre d'angioplastie, l'objectif est plus exigeant : franchir la lésion dans les 60 minutes suivant le diagnostic. Le délai n'est donc pas une caractéristique du patient, mais du système de soins : il se mesure et il s'audite.

Après fibrinolyse, la réévaluation se fait à 60-90 minutes :

  • Critères de reperfusion présents → coronarographie entre la 2e et la 24e heure en vue d'une angioplastie élective.
  • Critères absents (échec)angioplastie de sauvetage en urgence.
Les critères de reperfusion (à connaître par cœur) 1. Disparition de la douleur. 2. Régression du sus-décalage de ST >50 % de son amplitude. 3. Troubles du rythme ventriculaire dits « de reperfusion » : extrasystoles ventriculaires, TV, et surtout le rythme idio-ventriculaire accéléré (RIVA), quasi pathognomonique. 4. Plus tardivement : pic précoce de troponine ou de CPK-MB.
Arbre décisionnel français du STEMI opposant angioplastie primaire et fibrinolyse selon le délai d'accès à la salle de cathétérisme.
Figure 6 — Tout cet arbre tient dans une seule question ; cherchez-la avant de lire le reste. Partez du diagnostic de STEMI, en haut. À gauche, le patient se trouve déjà dans un centre d'angioplastie : l'objectif est de franchir la lésion dans les soixante minutes. À droite, il n'y est pas, et c'est là que se pose la question centrale — l'angioplastie est-elle réalisable en moins de cent vingt minutes ? Si oui, transfert immédiat en salle. Si non, fibrinolyse dans les dix minutes qui suivent : le schéma ne le rappelle pas, mais la liste des contre-indications se lit avant l'injection — et si elle contre-indique la lyse, la branche que le schéma n'a pas dessinée est le transfert pour angioplastie primaire, quel que soit le délai. Puis transfert immédiat, sans attendre le résultat. Suivez enfin la branche du bas : en cas d'échec, angioplastie de sauvetage immédiate ; en cas de succès, coronarographie tout de même, entre la deuxième et la vingt-quatrième heure. Retenez ce que le schéma rend visible : dans les deux cas, ce patient finit en salle de cathétérisme. Ce qui change, c'est le délai.

10.3. Les fibrinolytiques

Tous les fibrinolytiques sont des activateurs du plasminogène : ils transforment le plasminogène en plasmine, laquelle dégrade la fibrine, constituant fondamental du thrombus.

La streptokinase, d'origine naturelle (culture de streptocoques hémolytiques), doit se combiner au plasminogène pour être active ; le complexe hydrolyse indifféremment le plasminogène circulant et celui lié à la fibrine. Étant exogène, elle est antigénique : réactions d'hypersensibilité (hypotension fréquente, allergie sévère rare) et formation d'anticorps interdisant la ré-administration. L'urokinase est isolée de cultures de cellules rénales embryonnaires humaines. Ces deux agents de 1re génération ne sont pas fibrino-spécifiques : ils ont une importante activité fibrinogénolytique systémique.

Les dérivés du t-PA (alteplase, retéplase, ténectéplase), obtenus par recombinaison génétique, se fixent préférentiellement au plasminogène lié à la fibrine du caillot. Ils doivent être préférés : meilleur profil efficacité/sécurité (mortalité à 30 jours, hémorragies non cérébrales, besoins transfusionnels), et demi-vie suffisamment prolongée pour permettre une administration en bolus.

MédicamentOrigineDemi-vieFibrino-spécificitéAntigénicitéSchéma d'administration
StreptokinaseNaturelle80 minNonOui1,5 MUI en perfusion IV sur 30-60 min
UrokinaseNaturelle2 minNonNonPerfusion IV
Alteplase (t-PA)Synthétique4-5 minOuiNon15 mg bolus, puis 0,75 mg/kg/30 min (max 50 mg), puis 0,5 mg/kg/60 min (max 35 mg)
Retéplase (r-PA)Synthétique5 h 30OuiNon10 U + 10 U en bolus IV à 30 min d'intervalle
Ténectéplase (TNK-tPA)Synthétique1-3 hOuiNonBolus IV unique adapté au poids (30 à 50 mg) ; demi-dose si âge ≥75 ans

Le protocole de la streptokinase impose l'administration préalable de 100 mg d'hémisuccinate d'hydrocortisone IVD (risque allergique) ; l'héparine n'est débutée que 6 heures plus tard, si le fibrinogène est >1 g/L.

Indications : douleur précordiale prolongée de plus de 30 minutes et de moins de 12 heures, trinitro-résistante, associée à des modifications ECG typiques (sus-décalage aux seuils du tableau ci-dessus dans ≥2 dérivations contiguës, ou bloc de branche — gauche ou droit — chez un patient en ischémie persistante). L'efficacité est maximale dans les 3 premières heures.

La fibrinolyse n'est pas un traitement de second choix par défaut : administrée tôt, elle sauve autant de myocarde qu'une angioplastie faite tard. Son prix est hémorragique, et le risque qui commande la décision est l'hémorragie intracrânienne, d'autant plus fréquente que le patient est âgé, hypertendu, de faible poids ou de sexe féminin. C'est pourquoi la liste ci-dessous se lit avant l'injection, ligne par ligne, sur le document — jamais de mémoire.

Contre-indications ABSOLUESContre-indications RELATIVES
Antécédent d'hémorragie intracrânienne (à tout moment) ou d'AVC d'origine inconnueAccident ischémique transitoire dans les 6 derniers mois
AVC ischémique dans les 6 derniers moisTraitement anticoagulant oral en cours
Lésion, néoplasie ou malformation artérioveineuse du système nerveux centralGrossesse ou première semaine du post-partum
Traumatisme majeur, chirurgie ou traumatisme crânien dans le dernier moisHTA réfractaire (PAS >180 mmHg et/ou PAD >110 mmHg)
Hémorragie digestive dans le dernier moisHépatopathie sévère
Trouble hémorragique connu (hors règles)Endocardite infectieuse
Dissection aortiqueUlcère peptique évolutif
Ponction non compressible dans les 24 h (biopsie hépatique, ponction lombaire)Réanimation cardio-pulmonaire prolongée ou traumatique
Figure 7 — Comparez les deux panneaux sur un seul critère : où l'agent agit-il ? À gauche, l'activateur non fibrino-spécifique est dispersé dans tout le plasma ; il dégrade le maillage du caillot, mais aussi la fibrine et le fibrinogène circulants — d'où l'appauvrissement général que traduit la jauge presque pleine, et le risque hémorragique systémique. À droite, l'agent fibrino-spécifique ne se fixe qu'à la surface du caillot : le maillage se désagrège, le plasma alentour reste limpide et ses filaments libres intacts, la jauge reste presque vide. Retenez la conséquence pratique : c'est cette différence de cible, et non une puissance brute, qui fait préférer les dérivés du t-PA. Ce que la figure ne compare pas : ni les schémas d'administration, ni les demi-vies, ni l'antigénicité, qui sont dans le tableau de cette section.

10.4. Traitement antithrombotique associé

Angioplastie primaireFibrinolyse
AspirineDose de charge 150-300 mg per os (ou 75-250 mg IV), puis 75-100 mg/j à vie
Inhibiteur du P2Y12Prasugrel 60 mg puis 10 mg/j (contre-indiqué si antécédent d'AVC ou d'AIT ; non recommandé si âge ≥75 ans ou poids <60 kg) ou ticagrélor 180 mg puis 90 mg ×2/j ou clopidogrel 600 mg puis 75 mg/jClopidogrel seul validé : 300 mg de charge (75 mg sans dose de charge si âge ≥75 ans) puis 75 mg/j
AnticoagulantHNF 70-100 UI/kg en bolus IV (50-70 UI/kg si anti-GPIIb/IIIa associé) ou énoxaparine 0,5 mg/kg en bolus IVHNF 60 UI/kg bolus IV (max 4000 UI) puis 12 UI/kg/h (max 1000 UI/h), TCA cible 1,5-2 × témoin ou énoxaparine 30 mg bolus IV puis 1 mg/kg/12 h SC — si âge ≥75 ans : pas de bolus IV, 0,75 mg/kg/12 h SC

Les posologies de ce tableau sont celles des recommandations européennes. Elles ne se récitent pas de mémoire : elles se vérifient sur le protocole écrit du service et se réévaluent sur l'âge, le poids et la fonction rénale.

11. Prise en charge du SCA ST(-)

11.1. Traitement anti-ischémique

Ces médicaments diminuent la consommation d'oxygène du myocarde (baisse de la fréquence cardiaque, de la pression artérielle ou de la contractilité) et/ou augmentent les apports (vasodilatation coronaire).

  • Bêtabloquants (par exemple aténolol 50-100 mg/j) : à initier précocement en cas de symptômes ischémiques, sauf contre-indication. Ils diminuent la mortalité précoce. Leur administration doit être prudente avant l'évaluation de la fonction VG, particulièrement chez le sujet âgé, si FC >110 bpm ou PAS <120 mmHg. Contre-indiqués en cas de vasospasme ou de SCA lié à la cocaïne.
  • Dérivés nitrés : sublinguaux ou IV en cas de douleur angineuse. Au-delà du contrôle symptomatique, ils n'ont d'indication que devant une HTA mal contrôlée ou une insuffisance ventriculaire gauche. Contre-indiqués après prise d'inhibiteur de la phosphodiestérase de type 5 (sildénafil ou vardénafil <24 h, tadalafil <48 h) : risque d'hypotension sévère.
  • Inhibiteurs calciques : indiqués, avec les nitrés, dans l'angor vasospastique suspecté ou confirmé.

11.2. Antiagrégants plaquettaires

L'aspirine bloque la synthèse plaquettaire de thromboxane A2, puissant vasoconstricteur et inducteur de l'agrégation. Elle est recommandée chez tous les patients sans contre-indication : dose de charge 150-300 mg per os (75-250 mg IV si la voie orale est impossible), puis 75-100 mg/j au long cours, quelle que soit la stratégie. Principal effet indésirable aux doses usuelles : l'intolérance gastrique (gastralgies, gastrite érosive).

Les inhibiteurs du récepteur P2Y12 empêchent la fixation de l'ADP sur son récepteur plaquettaire. Un inhibiteur du P2Y12 est recommandé en association à l'aspirine pendant 12 mois, sauf risque hémorragique excessif.

MoléculeNatureLiaisonPosologiePoints clés
ClopidogrelThiénopyridine, prodrogue (activation hépatique via les cytochromes)Irréversible300-600 mg puis 75 mg/jGrande variabilité interindividuelle (polymorphisme génétique : hypo- et hyper-répondeurs). Déclassé, mais reste indiqué si les autres ne sont pas disponibles ou en cas d'anticoagulation orale associée
PrasugrelThiénopyridine, prodrogueIrréversible60 mg puis 10 mg/jAction plus rapide et plus efficace que le clopidogrel, au prix de plus d'hémorragies. Contre-indiqué si antécédent d'AVC ou d'AIT. Non recommandé si âge ≥75 ans ou poids <60 kg (dose d'entretien réduite à 5 mg/j si nécessaire)
TicagrélorCyclopentyl-triazolopyrimidine, actif d'embléeRéversible180 mg puis 90 mg ×2/jAction rapide, plus efficace que le clopidogrel à tolérance hémorragique majeure comparable. Effets indésirables propres : dyspnée, pauses ventriculaires
CangrélorIV, actif d'embléeRéversible, très courte duréeBolus + perfusion IVÀ envisager chez le patient n'ayant reçu aucun inhibiteur du P2Y12 et devant subir une angioplastie
Le prétraitement : un changement de doctrine Dans le SCA ST(-), le prétraitement systématique par un inhibiteur du P2Y12 avant de connaître l'anatomie coronaire n'est plus recommandé lorsqu'une stratégie invasive précoce est prévue : le surrisque hémorragique n'est pas compensé par un bénéfice ischémique. La stratégie actuelle privilégie un inhibiteur puissant à délai d'action rapide (ticagrélor ou prasugrel) administré après la coronarographie diagnostique, juste avant l'angioplastie. Un prétraitement peut être envisagé au cas par cas si un retard important de la coronarographie est prévisible — jamais en cas de haut risque hémorragique selon ARC-HBR.

Les inhibiteurs de la glycoprotéine IIb/IIIa (abciximab, eptifibatide, tirofiban) bloquent la fixation du fibrinogène sur la plaquette, dernière étape de l'agrégation. Ils ne sont utilisés que pendant l'angioplastie, en situation de sauvetage ou de complication thrombotique.

Figure 8 — Une plaquette, trois verrous. Repérez d'abord les trois sites marqués sur la plaquette centrale, puis regardez ce que chacun empêche. Le premier verrou est interne : l'enzyme qui fabrique le thromboxane est neutralisée, la plaquette ne recrute plus ses voisines — c'est l'aspirine. Le deuxième est un récepteur de membrane : la petite molécule qui devait s'y loger, l'ADP, ne peut plus l'activer — ce sont les inhibiteurs du P2Y12. Le troisième est la pince périphérique, maintenue ouverte : elle ne saisit plus le filament de fibrinogène qui relierait deux plaquettes — ce sont les inhibiteurs de la glycoprotéine IIb/IIIa, dernière étape commune. Comparez enfin les deux amas placés en bas : le même stimulus donne un agrégat soudé d'un côté, des plaquettes libres de l'autre. Ce que la figure ne hiérarchise pas : la puissance respective des molécules ni leurs indications, qui se lisent dans le tableau de cette section.

11.3. Anticoagulants

Une anticoagulation parentérale est recommandée chez tous les patients, en complément du traitement antiplaquettaire, dès le diagnostic et surtout lors de la revascularisation.

MoléculeMécanismePosologieAvantages / limites
FondaparinuxInhibiteur sélectif du facteur Xa2,5 mg/j SCMeilleur profil efficacité/sécurité ; demi-vie 17 h (1 injection/j) ; pas de monitorage ; pas de TIH. Recommandé en 1re intention dans le SCA ST(-) sauf si coronarographie immédiate. Ajouter un bolus unique d'HNF au moment de l'angioplastie (prévention des thrombi de cathéter)
HNFPotentialise l'antithrombine60-70 UI/kg IVD (max 5000 UI) puis 12-15 UI/kg/h (max 1000 UI/h), TCA cible 1,5-2,5 ×Large variabilité interindividuelle, fenêtre thérapeutique étroite, risque de TIH. Reste le standard lors de l'angioplastie
ÉnoxaparineHBPM, anti-Xa > anti-IIa1 mg/kg ×2/j SC (0,75 mg/kg ×2/j si ≥75 ans ; 1 mg/kg ×1/j si ClCr 15-30 mL/min ; contre-indiquée si ClCr <15)Relation dose-effet plus prévisible, moins de TIH ; monitorage de l'anti-Xa inutile sauf insuffisance rénale sévère ou poids >100 kg
BivalirudineInhibiteur direct de la thrombinePéri-angioplastie : 0,75 mg/kg bolus puis 1,75 mg/kg/h (≤4 h après le geste)Effet plus prévisible que l'HNF ; bénéfice hémorragique initialement démontré aujourd'hui controversé, indication rétrogradée : alternative à l'HNF

Trois règles pratiques : le crossover HNF ↔ HBPM n'est pas recommandé ; l'anticoagulation parentérale doit être arrêtée immédiatement après l'angioplastie ; en stratégie conservatrice, elle est poursuivie à dose curative jusqu'à la sortie.

11.4. Coronarographie et revascularisation

La coronarographie identifie la lésion coupable et évalue les possibilités de revascularisation percutanée ou chirurgicale. L'abord radial est préféré à l'abord fémoral pour réduire le risque hémorragique. Le choix entre angioplastie et pontage aorto-coronarien dépend de : le statut clinique (instabilité hémodynamique ou rythmique), les comorbidités (rénales, respiratoires, neurologiques), le statut coronarien (distribution des lésions, score SYNTAX), les scores de risque opératoire (EuroSCORE, STS), et de la discussion médico-chirurgicale au sein du Heart Team local.

Deux principes suffisent à comprendre ce choix. L'angioplastie ouvre la lésion de l'intérieur et y laisse une armature métallique : rapide, peu invasive, elle est adaptée à l'urgence et aux lésions peu nombreuses. Le pontage contourne les lésions en apportant un nouveau réseau nourricier : plus lourd, il est plus durable lorsque les lésions sont diffuses, calcifiées, tritronculaires, ou qu'il s'agit du tronc commun — en particulier chez le diabétique. Reste l'étendue de la revascularisation : dans le SCA ST(+), on traite d'abord l'artère coupable, les autres lésions significatives étant reprises dans un second temps ; en situation de choc cardiogénique, on s'en tient à l'artère coupable lors du geste initial.

Figure 9 — Deux façons de rétablir le flux, et elles ne font pas la même chose. À gauche, l'angioplastie : suivez les trois vignettes de haut en bas — le guide franchit la lésion, le ballon écrase la plaque contre la paroi, l'armature métallique reste en place et maintient la lumière ouverte. La lésion a été traitée là où elle est. À droite, le pontage : deux conduits amènent du sang en aval des lésions, l'un depuis un vaisseau de la paroi thoracique, l'autre depuis l'aorte. Regardez bien les rétrécissements : ils sont toujours là, contournés et non traités. Tenez cette différence pour la clé du choix — on ouvre lorsque les lésions sont peu nombreuses et l'urgence pressante, on contourne lorsqu'elles sont diffuses, calcifiées ou situées sur le tronc commun. Ce que la figure ne montre pas : le score SYNTAX, le risque opératoire et la discussion en Heart Team, qui restent les vrais outils de la décision.

12. Surveillance, sortie et prévention secondaire

Le patient est surveillé en USIC : paramètres vitaux et auscultation cardio-pulmonaire biquotidienne, recherche de signes d'insuffisance cardiaque ; monitorage ECG continu et ECG 12 dérivations biquotidien et à chaque nouvelle douleur ; bilan biologique régulier (troponine, NFS-plaquettes, TCA si HNF, glycémie, créatininémie, ionogramme) ; échocardiographie (FEVG, thrombus, épanchement, complication mécanique). Un séjour minimal de 24 heures en USIC est requis après reperfusion réussie non compliquée. Une sortie précoce (48-72 h) est envisageable au cas par cas : âge <70 ans, FEVG >40 %, absence d'instabilité hémodynamique, d'arythmie majeure et de lésion critique résiduelle, sous réserve d'une réadaptation et d'un suivi organisés. L'arrêt de travail proposé est d'environ un mois.

VoletPrescriptionCible / durée
AntiagrégationAspirine 75-100 mg/jÀ vie
AntiagrégationTicagrélor, prasugrel (ou clopidogrel à défaut) en association12 mois, modulable selon la balance risque ischémique / hémorragique
Protection gastriqueIPPSi haut risque d'hémorragie digestive
BêtabloquantRecommandé, en particulier si FEVG ≤40 % et/ou insuffisance cardiaqueAu long cours
Bloqueur du SRAAIEC (ARA2 si intolérance)Surtout si FEVG ≤40 %, diabète, HTA, IRC ou STEMI antérieur
Anti-aldostéroneAntagoniste des récepteurs minéralocorticoïdesSi FEVG ≤40 % avec insuffisance cardiaque ou diabète (hors IR ou hyperkaliémie)
HypolipémiantStatine forte dose, le plus tôt possible ; ézétimibe en association si objectif non atteint à 4-6 semainesLDL-c <0,55 g/L (1,4 mmol/L) et réduction ≥50 %
Pression artérielleTraitement antihypertenseurPAS 120-130 mmHg (<140 si ≥65 ans), PAD 70-80 mmHg — ne pas descendre sous 120/70
DiabèteTraitement adapté au terrainHbA1c <7 % (cible assouplie chez le sujet âgé ou fragile), en évitant l'hypoglycémie
Mode de vieArrêt du tabac, activité physique régulière, alimentation saine, réadaptation cardiaque structuréeÀ vie
VaccinationVaccin antigrippalRecommandé chez tous les patients

Trois points achèvent la sortie et sont régulièrement oubliés. La réadaptation cardiaque n'est pas une gymnastique de confort : elle associe réentraînement à l'effort personnalisé, éducation thérapeutique et prise en charge des facteurs de risque, et améliore capacité fonctionnelle comme pronostic. La reprise des activités se prépare avant la sortie : activité physique progressive, travail, conduite automobile et activité sexuelle, chacune après avis médical et selon la tolérance à l'effort. Enfin, l'éducation du patient doit porter sur un point précis et vérifiable : reconnaître une récidive douloureuse et appeler immédiatement le service d'aide médicale urgente plutôt que se rendre par ses propres moyens à l'hôpital, en n'interrompant jamais de sa propre initiative le traitement antiagrégant.

Points clés à retenir

L'essentiel
  • Un SCA est une urgence diagnostique et thérapeutique : interrogatoire, ECG dans les 10 minutes du premier contact médical, transport médicalisé.
  • Le substratum commun est la rupture ou l'érosion d'une plaque vulnérable avec thrombose ; c'est le caractère occlusif ou non du thrombus qui sépare STEMI et SCA ST(-).
  • SCA ST(+) = reperfusion immédiate. Angioplastie primaire si réalisable en ≤120 min ; sinon, en l'absence de contre-indication, fibrinolyse en ≤10 min après le diagnostic puis transfert systématique ; si la fibrinolyse est contre-indiquée, transfert pour angioplastie primaire quel que soit le délai.
  • SCA ST(-) = stratification du risque. Très haut risque → coronarographie <2 h ; haut risque (dont GRACE >140) → <24 h ; bas risque → stratégie sélective.
  • Un ECG normal n'élimine pas un SCA ST(-) : répéter les tracés et les comparer.
  • Les critères de reperfusion après fibrinolyse : disparition de la douleur, régression du sus-décalage >50 %, arythmies de reperfusion (RIVA), pic enzymatique précoce. Absents à 60-90 min → angioplastie de sauvetage.
  • Tout sus-décalage n'est pas un SCA : ce sont la systématisation à un territoire, le miroir et l'évolutivité d'un tracé au suivant qui tranchent.
  • La troponine se lit en cinétique, avec les bornes du laboratoire qui l'a rendue : une valeur élevée mais strictement stable n'est pas un SCA.
  • La prévention secondaire se joue à la sortie : aspirine à vie, DAPT 12 mois, statine forte dose (LDL <0,55 g/L), IEC et bêtabloquant si FEVG ≤40 %, sevrage tabagique, réadaptation cardiaque.

Pièges fréquents

Erreurs classiques
  • Attendre la troponine devant un sus-décalage. Dans le STEMI, le diagnostic est clinico-électrique. Chaque minute d'attente est du myocarde perdu.
  • Se contenter de 12 dérivations dans un infarctus inférieur. Sans V3R-V4R et V7-V9, on manque l'extension au ventricule droit et l'infarctus postérieur isolé.
  • Donner des nitrés ou des diurétiques dans l'infarctus du ventricule droit. Ce patient est précharge-dépendant : baisser sa précharge, c'est provoquer un collapsus.
  • Éliminer le diagnostic sur un ECG intercritique normal. Un tiers des SCA ST(-) ont un tracé normal entre les crises.
  • Confondre « troponine élevée » et « SCA ». La troponine marque une lésion myocardique, pas nécessairement une athérothrombose : embolie pulmonaire, myocardite, sepsis, insuffisance rénale…
  • Prétraiter systématiquement par un anti-P2Y12 dans le SCA ST(-). Ce n'est plus la doctrine lorsqu'une coronarographie précoce est prévue.
  • Prescrire des corticoïdes dans une péricardite post-infarctus. Ils amincissent la cicatrice : risque d'anévrysme et de rupture. Aspirine à dose anti-inflammatoire + colchicine.
  • Implanter un DAI sur une FV survenue dans les 48 premières heures. Ces arythmies précoces n'ont pas la même valeur pronostique rythmique à long terme ; la réévaluation se fait au-delà du 40e jour.
  • Rassurer devant un petit souffle systolique après un infarctus. Dans la rupture de pilier, le souffle est souvent discret alors que le tableau est dramatique.
  • Compter les 120 minutes à partir de l'arrivée à l'hôpital. Le compte à rebours part du diagnostic ECG et s'arrête au franchissement de la lésion par le guide.
  • Faire une injection intramusculaire chez un candidat à la fibrinolyse. Hématome au point de ponction et enzymes ininterprétables.
  • Passer d'une HBPM à l'HNF (ou l'inverse) en cours de traitement. Le crossover augmente le risque hémorragique sans bénéfice.

Sources

  1. MESSAOUDI Y. Les syndromes coronaires aigus (SCA). Support de cours, Faculté de Médecine Ibn El Jazzar, Sousse ; 18 octobre 2024. document interne, non publié
  2. MESSAOUDI Y. Cours commun EE-TCEM. Sujet 65 : Syndromes coronariens aigus — physiopathologie, diagnostic, traitement. Support de cours, n° de validation 2005202565 ; mai 2025. document interne, non publié
  3. Byrne RA, Rossello X, Coughlan JJ, et al. 2023 ESC Guidelines for the management of acute coronary syndromes. Eur Heart J. 2023;44(38):3720-826. doi:10.1093/eurheartj/ehad191
  4. Thygesen K, Alpert JS, Jaffe AS, et al. Fourth Universal Definition of Myocardial Infarction (2018). J Am Coll Cardiol. 2018;72(18):2231-64. doi:10.1016/j.jacc.2018.08.1038
  5. Urban P, Mehran R, Colleran R, et al. Defining High Bleeding Risk in Patients Undergoing Percutaneous Coronary Intervention: A Consensus Document From the Academic Research Consortium for High Bleeding Risk. Circulation. 2019;140(3):240-61. doi:10.1161/CIRCULATIONAHA.119.040167
  6. Zeppenfeld K, Tfelt-Hansen J, de Riva M, et al. 2022 ESC Guidelines for the management of patients with ventricular arrhythmias and the prevention of sudden cardiac death. Eur Heart J. 2022;43(40):3997-4126. doi:10.1093/eurheartj/ehac262

Cours de la Pr Ag Yosra Messaoudi, Faculté de Médecine de Sousse.

Carte mentale interactive — dépliez/repliez les branches pour explorer le cours.

15 cartes de révision — retournez la carte, puis auto-évaluez-vous.

Entraînement libre : correction après chaque réponse, non enregistrée.

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