- Définir un obstacle du cœur droit — obstacle à l'éjection du ventricule droit sans shunt ventriculaire hémodynamiquement significatif, le plus souvent à septum interventriculaire intact — et le distinguer d'un obstacle associé à une communication interventriculaire large, dont la physiologie est celle d'un shunt droite-gauche et dont la tétralogie de Fallot est la forme la plus fréquente sans en être la seule
- Expliquer pourquoi le ventricule droit, pompe de volume, s'adapte mal à une surcharge de pression : hypertrophie infundibulaire réactionnelle, chute de compliance, ischémie sous-endocardique, décompensation tardive et brutale
- Situer les quatre niveaux d'obstacle — sous-valvulaire, valvulaire, supravalvulaire, branches pulmonaires — et en déduire pour chacun le traitement qui lui correspond
- Opposer la sténose valvulaire typique en dôme et la forme dysplasique sur l'anatomie, la sémiologie et la réponse à la dilatation au ballon
- Reconnaître le tableau clinique, radiologique et électrique d'une sténose pulmonaire selon l'âge, et lire le clic d'éjection et la dilatation post-sténotique comme des marqueurs du niveau de l'obstacle
- Conduire l'analyse échocardiographique : coupes de référence, description de la valve, siège de la turbulence au Doppler couleur, gradient au Doppler continu, retentissement sur le ventricule droit
- Quantifier la sévérité par l'équation de Bernoulli simplifiée et poser l'indication de valvuloplastie sur le seuil de 64 mmHg, y compris chez un patient asymptomatique
- Décrire le principe, les résultats et les complications de la valvuloplastie percutanée au ballon, et énoncer les situations qui relèvent d'emblée de la chirurgie
- Prendre en charge une cyanose néonatale réfractaire à l'oxygène : perfusion immédiate de prostaglandine E1, posologie initiale de 0,01 à 0,02 µg/kg/min titrée sur la SpO2, caractère dose-dépendant du risque d'apnée, précautions respiratoires, valeur du diagnostic anténatal
- Analyser une atrésie pulmonaire à septum intact — anatomie du ventricule droit, Z-score tricuspide, sinusoïdes coronaires — et en déduire l'orientation biventriculaire ou univentriculaire
- Poser les indications de l'antibioprophylaxie de l'endocardite infectieuse chez ces patients, en distinguant la sténose valvulaire native, le matériel prothétique de réparation et la valve prothétique pulmonaire, chirurgicale ou percutanée
1. L'obstacle droit, et pourquoi le ventricule droit le supporte mal
1.1. Définition
On appelle obstacle du cœur droit tout rétrécissement organique s'opposant à l'éjection du ventricule droit, quel qu'en soit le niveau — infundibulum, anneau, valve pulmonaire, tronc de l'artère pulmonaire, branches — et sans shunt ventriculaire hémodynamiquement significatif, c'est-à-dire le plus souvent à septum interventriculaire intact.
Cette précision sépare deux maladies. Tant qu'aucun shunt ventriculaire ne décharge la cavité, le ventricule droit encaisse seul la surcharge, sans échappatoire vers la gauche : c'est une pompe qui se bat contre une pression. Qu'une communication interventriculaire large s'y ajoute, et le sang peut court-circuiter l'obstacle : la physiologie devient celle d'un shunt droite-gauche cyanogène. La forme de loin la plus fréquente en est la tétralogie de Fallot — définie par la déviation antéro-céphalique du septum de sortie, la communication interventriculaire par malalignement et l'aorte à cheval —, mais l'association « sténose pulmonaire + communication interventriculaire » ne suffit pas à la définir : on la rencontre aussi dans le ventricule droit à double chambre avec communication interventriculaire et dans le ventricule droit à double issue avec sténose pulmonaire.
Une exception à connaître d'emblée. Le ventricule droit à double chambre s'accompagne d'une communication interventriculaire dans la grande majorité des cas — souvent petite, voire en voie de fermeture spontanée. La physiologie y reste dominée par l'obstacle, et non par le shunt : c'est pourquoi il appartient bien au champ de ce cours (section 2.1).
Distinguez enfin les obstacles à l'éjection, objet de ce cours, des anomalies de la valve tricuspide et du ventricule droit — atrésie tricuspide (absence de connexion auriculo-ventriculaire droite, donc physiologie univentriculaire, et non une sténose), maladie d'Ebstein (déplacement apical des feuillets septal et postérieur, atrialisation du ventricule droit, fuite tricuspide et parfois atrésie pulmonaire fonctionnelle), cœur triatrial droit (seul véritable obstacle au remplissage) —, qui donnent elles aussi une cyanose par shunt auriculaire mais relèvent d'une autre analyse.
1.2. Épidémiologie
- La sténose pulmonaire isolée représente 7 à 10 % des cardiopathies congénitales, sans prédominance de sexe.
- Environ 85 à 90 % des obstacles droits siègent sur la valve ; 8 à 10 % sont sous-valvulaires ; les formes supravalvulaires et des branches représentent les quelques pour cent restants et sont souvent syndromiques. Parmi les sténoses valvulaires, la forme typique en dôme représente 80 à 90 % et la forme dysplasique 10 à 20 % — soit environ trois obstacles droits sur quatre pour la forme typique.
- C'est aussi une cardiopathie de l'adulte : 10 à 12 % des cardiopathies congénitales vues à cet âge, car elle est longtemps parfaitement tolérée.
- L'atrésie pulmonaire à septum intact est bien plus rare — moins de 1 % des cardiopathies congénitales, soit environ 4,5 pour 100 000 naissances vivantes — mais c'est une urgence néonatale absolue.
1.3. Ce que le ventricule droit fait — et ne fait pas — devant une pression
Tout ce cours découle d'une donnée d'anatomie. Le ventricule droit n'a ni la forme, ni l'épaisseur, ni le mode de contraction d'une pompe de pression : paroi de 3 à 5 mm contre 6 à 10 mm à gauche, masse six fois moindre, forme en croissant enroulé autour du ventricule gauche, raccourcissement surtout longitudinal. Il éjecte dans un lit à basse impédance et fournit environ le quart du travail du ventricule gauche pour le même débit. Placez un obstacle devant cette pompe : elle réagit par la seule solution qu'elle possède, l'hypertrophie concentrique. Mais cette hypertrophie est mal adaptée, pour quatre raisons.
- Elle se construit dans l'infundibulum, portion la plus musculaire de la cavité : le muscle qui s'épaissit pour franchir l'obstacle crée un second obstacle, dynamique celui-là.
- Elle rigidifie la cavité. La compliance s'effondre, la pression de l'oreillette droite monte, le foramen ovale se rouvre : l'enfant désature alors que ses poumons sont normaux.
- Elle expose à l'ischémie. Le ventricule droit est normalement perfusé pendant tout le cycle, systole comprise. Quand sa pression approche celle de l'aorte, la perfusion coronaire droite devient exclusivement diastolique — sur un muscle hypertrophié et avide. D'où l'angor et la syncope d'effort des formes serrées.
- Elle finit par se fibroser. La contractilité baisse, le ventricule se dilate, la fuite tricuspide apparaît et aggrave la dilatation. Une partie des dégâts n'est alors plus réversible.
2. Où siège l'obstacle ? Les quatre niveaux
Le diagnostic de « sténose pulmonaire » ne suffit pas : c'est le niveau de l'obstacle qui dicte le traitement. Un ballon ouvre une valve fusionnée ; il n'ouvre pas un muscle.
2.1. Sous-valvulaire : infundibulaire et médio-ventriculaire
Obstacles musculaires ou fibro-musculaires développés à l'intérieur du ventricule droit, environ 10 % des cas, rarement isolés.
- La sténose infundibulaire tient à l'hypertrophie de la bande pariétale et de la crête supraventriculaire. La valve étant normale, il n'y a ni clic d'éjection, ni dilatation post-sténotique — deux absences qui orientent à elles seules.
- La sténose médio-ventriculaire résulte de faisceaux musculaires anormaux, notamment d'une bandelette modératrice hypertrophiée, qui cloisonnent le ventricule en une chambre proximale à haute pression et un infundibulum distal à basse pression : c'est le ventricule droit à double chambre, évolutif et associé à une communication interventriculaire dans la grande majorité des cas — laquelle se ferme parfois spontanément pendant que l'obstacle s'aggrave, produisant un tableau trompeur.
Ces formes ne relèvent pas du ballon mais de la chirurgie de résection, aux excellents résultats à long terme. Les reconnaître avant le cathétérisme évite une procédure inutile.
2.2. Valvulaire : la forme typique, dite « en dôme »

C'est de loin la plus fréquente : 80 à 90 % des sténoses valvulaires, soit environ trois obstacles droits sur quatre. Les trois commissures sont fusionnées et l'appareil valvulaire se comporte en systole comme une membrane tendue : il bombe en dôme vers l'artère pulmonaire, percé d'un orifice central rétréci que les auteurs classiques appellent le gicleur. La surface du dôme reste parcourue par les raphés, traces des lignes de fusion. Feuillets fins et souples, anneau le plus souvent normal.
Deux conséquences, visibles en échographie comme en radiographie : la dilatation post-sténotique du tronc de l'artère pulmonaire, produite par la lésion de jet et s'étendant volontiers à l'artère pulmonaire gauche — elle n'existe pas dans les sténoses sous-valvulaires ; et le clic d'éjection protosystolique, bruit de mise en tension brutale d'une valve souple.
2.3. Valvulaire : la forme dysplasique
Plus rare — 10 à 20 % des sténoses valvulaires — et entièrement différente. Les feuillets sont épais, gélatineux, infiltrés de tissu myxoïde, presque immobiles, et les commissures ne sont pas fusionnées : l'obstacle vient de la masse même des feuillets. L'anneau est souvent hypoplasique. Ni dôme, ni clic, ni dilatation post-sténotique. Et surtout, il n'y a rien à déchirer : le ballon écarte des feuillets qui reviennent aussitôt. Cette forme relève de la chirurgie — valvotomie, résection des feuillets, patch transannulaire si l'anneau est petit — et se rencontre électivement dans le syndrome de Noonan ou le syndrome LEOPARD.
2.4. Supravalvulaire et sténoses des branches pulmonaires
Rares, souvent syndromiques. Deux présentations : la sténose supravalvulaire, à type de diaphragme juste au-dessus des sigmoïdes ou d'hypoplasie tubulaire du tronc ; et les sténoses des branches, proximales — visibles en échographie — ou distales et multiples, qui n'apparaissent qu'au scanner, en IRM ou à l'angiographie. Le souffle y est peu intense, haut situé, sans clic, et irradie vers les aisselles et le dos ; la radiographie est souvent normale.
| Niveau | Clic d'éjection | Dilatation post-sténotique | Traitement |
|---|---|---|---|
| Sous-valvulaire (8 à 10 % des obstacles droits) | Non | Non | Chirurgie de résection |
| Valvulaire typique (80 à 90 % des sténoses valvulaires, ≈ 3 obstacles droits sur 4) | Oui | Oui | Ballon |
| Valvulaire dysplasique (10 à 20 % des sténoses valvulaires) | Non | Non | Chirurgie |
| Supravalvulaire | Non | Non | Ballon ou chirurgie |
| Branches pulmonaires | Non | Non | Angioplastie ± endoprothèse |
3. Reconnaître : clinique, électrocardiogramme, radiographie
3.1. Circonstances de découverte, selon l'âge
- Nouveau-né : une cyanose réfractaire — non corrigée par l'oxygène — impose d'évoquer un obstacle droit serré et de poser aussitôt la question de la ducto-dépendance (section 6).
- Nourrisson et enfant : découverte fortuite d'un souffle. Tolérance excellente.
- Grand enfant, adolescent : dyspnée d'effort, fatigabilité, plus rarement douleur thoracique ou syncope d'effort — signes d'ischémie ventriculaire droite traduisant une sténose serrée.
- Adulte : insuffisance cardiaque droite, arythmie atriale, ou cyanose si une communication interauriculaire est associée.
À l'inverse, tout souffle pulmonaire du nouveau-né n'est pas une malformation. Les branches pulmonaires sont à la naissance fines et coudées, parce qu'elles n'ont reçu qu'un débit très faible in utero : il en résulte un souffle systolique doux, haut situé, sans clic, irradiant vers les aisselles et le dos, tout à fait comparable à celui d'une sténose organique des branches. Ce souffle physiologique des branches pulmonaires est banal en maternité et disparaît avant six à douze mois. Mais l'invoquer chez un enfant cyanosé, dysmorphique ou qui ne grossit pas serait une faute.
Point d'évolution : l'obstacle s'aggrave surtout dans la première année et à l'adolescence, la croissance somatique dépassant celle de l'orifice. Un enfant classé « sténose légère » à six mois doit être revu.
3.2. L'examen physique
Palpation : signe de Harzer et frémissement systolique aux deuxième et troisième espaces intercostaux gauches.
| Signe | Caractères | Valeur |
|---|---|---|
| Souffle systolique éjectionnel | Losangique, maximal au foyer pulmonaire, irradiant dans le dos | Constant. Intensité et surtout durée proportionnelles à la sévérité : plus la sténose est serrée, plus le pic est tardif |
| Clic d'éjection protosystolique | Bruit sec, précoce. Diminue à l'inspiration — seul bruit droit à se comporter ainsi | Signe la forme valvulaire souple. Disparaît si la valve devient rigide ou dysplasique |
| Deuxième bruit | Dédoublement large ; composante pulmonaire diminuée puis abolie | Allongement de l'éjection droite ; son affaiblissement suit la sévérité |
| Cyanose | Réfractaire à l'oxygène | Shunt droite-gauche auriculaire : sténose serrée, ventricule peu compliant |
| Insuffisance cardiaque droite | Hépatomégalie surtout, turgescence, œdèmes | Tardive — décompensation déjà avancée |
3.3. L'électrocardiogramme
Normal dans les formes légères, sa richesse suit la sévérité : déviation axiale droite, hypertrophie ventriculaire droite — R ample en V1-V2, S profondes en V5-V6, onde T positive en V1 au-delà de la première semaine de vie —, bloc de branche droit souvent incomplet, hypertrophie auriculaire droite dans les formes sévères. L'amplitude de R en V1 est grossièrement corrélée à la pression ventriculaire droite.

Détail précieux : dans le syndrome de Noonan, l'axe est volontiers dévié à gauche ou vers le haut, parfois franchement en aVR — l'inverse de ce qu'on attend. Devant cette discordance, regardez le visage de l'enfant.
3.4. La radiographie de thorax
Dans la sténose valvulaire pure de l'enfant : volume cardiaque normal, saillie convexe de l'arc moyen gauche par dilatation post-sténotique, vascularisation pulmonaire normale. Le cliché passe donc facilement pour normal : la seule anomalie est cette convexité isolée. Doivent alerter : une cardiomégalie par dilatation de l'oreillette droite avec hypoperfusion pulmonaire — sténose critique du nouveau-né ou atrésie — et une congestion droite, qui dans l'atrésie traduit une communication interauriculaire trop petite.
3.5. Les formes syndromiques : regarder l'enfant avant l'écran
| Syndrome | Gène | Signes à repérer | Cardiopathie |
|---|---|---|---|
| Noonan | RASopathie autosomique dominante, PTPN11 ≈ 50 % ; caryotype normal | Hypertélorisme, fentes palpébrales antimongoloïdes, ptosis, oreilles bas implantées à hélix épais, ptérygium colli, thorax déformé, petite taille | Sténose pulmonaire dysplasique (première cause syndromique), cardiomyopathie hypertrophique |
| LEOPARD (Noonan avec lentigines) | PTPN11 | Lentigines, anomalies de conduction, hypertélorisme, sténose pulmonaire, anomalies génitales, retard de croissance, surdité | Sténose pulmonaire, cardiomyopathie hypertrophique |
| Williams-Beuren | Microdélétion 7q11.23 (élastine) | Faciès d'« elfe », voix rauque, hypercalcémie | Sténose aortique supravalvulaire et sténoses des branches pulmonaires |
| Alagille ; rubéole congénitale | JAG1 ; embryofœtopathie | Cholestase, faciès triangulaire, embryotoxon postérieur — ou surdité, cataracte, retard de croissance | Sténoses périphériques des artères pulmonaires ; canal artériel dans la rubéole |
4. L'échocardiographie : affirmer, localiser, quantifier
C'est l'examen clé ; le cathétérisme n'a aucun intérêt diagnostique et n'est que la première étape d'un geste interventionnel. Le compte rendu répond à cinq questions : où est l'obstacle, quelle est la morphologie de la valve, quel est le gradient, que subit le ventricule droit, quelles lésions sont associées.
4.1. Les coupes
- Parasternale petit axe à l'étage des gros vaisseaux : la coupe de référence. L'aorte apparaît en section circulaire au centre, entourée par la chambre de chasse droite, la valve pulmonaire et le tronc jusqu'à sa bifurcation.
- Sous-costale, petit axe et coupe sagittale de l'infundibulum : irremplaçable chez le nouveau-né.
- Parasternale haute gauche, dite coupe du canal : tronc, branches et canal artériel d'un même regard. La suprasternale complète l'étude des branches.
4.2. Le temps bidimensionnel : décrire la valve, pas seulement le chiffre

Cinq éléments décident du traitement : l'aspect des feuillets — fins et ouverts en dôme, ou épais et immobiles, c'est-à-dire ballon ou chirurgie ; le diamètre de l'anneau pulmonaire, qui choisit le calibre du ballon ; la dilatation post-sténotique, qui confirme le niveau valvulaire ; l'infundibulum, à la recherche d'une hypertrophie primitive ou réactionnelle ; le ventricule droit — épaisseur pariétale, taille de la cavité, aplatissement systolique du septum.
4.3. Le Doppler couleur : il localise mieux qu'il ne quantifie

Son intérêt principal n'est pas la sévérité mais le siège : le point où le flux laminaire devient une mosaïque en aliasing marque le début de l'obstacle. Une turbulence qui naît sous la valve signe une sténose infundibulaire ; une turbulence qui naît au niveau des sigmoïdes signe la sténose valvulaire.
4.4. Le Doppler continu : le gradient
Aligné dans l'axe du jet, il enregistre une enveloppe systolique dont la vitesse maximale se convertit en gradient par l'équation de Bernoulli simplifiée :
ΔP (mmHg) = 4 × V² (V en m/s)
Une vitesse de 3,5 m/s correspond ainsi à environ 50 mmHg ; 4 m/s à 64 mmHg ; 5 m/s à 100 mmHg.
| Sévérité | Vitesse maximale | Gradient maximal instantané | Conduite |
|---|---|---|---|
| Légère | < 3 m/s | < 36 mmHg | Surveillance simple ; progression rare après l'enfance |
| Modérée | 3 à 4 m/s | 36 à 64 mmHg | Surveillance rapprochée ; intervention si symptômes, dysfonction droite ou shunt droite-gauche |
| Sévère | > 4 m/s | > 64 mmHg | Intervention indiquée même chez un patient asymptomatique |
Ce tableau ne vaut cependant que si l'on a mesuré le bon flux, chez un patient dont le débit est normal. Deux pièges appartiennent au socle, parce qu'ils changent la conduite dès le premier examen.
- Le bas débit — le piège le plus dangereux du chapitre. Un gradient traduit une vitesse, et une vitesse traduit un débit. Chez un nouveau-né dont le ventricule droit défaille et dont une partie du sang shunte à droite-gauche par le foramen ovale, le gradient s'effondre alors que la sténose s'aggrave : un gradient « rassurant » chez un enfant cyanosé en insuffisance cardiaque droite est un signe de gravité. La grille ci-dessus ne s'y applique pas, et le geste est indiqué en urgence quel que soit le chiffre (sections 5.1 et 6.1).
- La confusion avec le flux d'insuffisance tricuspide. Les deux flux sont systoliques, dirigés dans le même sens et voisins l'un de l'autre ; en Doppler continu, le faisceau les enregistre tous les deux. Le flux de sténose est éjectionnel : il commence après la contraction isovolumétrique, dure le temps de l'éjection et s'arrête avec elle. Le flux d'insuffisance tricuspide est holosystolique : il débute dès la fermeture tricuspide, avant l'ouverture pulmonaire, se prolonge pendant la relaxation isovolumétrique, occupe donc une part beaucoup plus large du cycle, et sa vitesse est habituellement plus élevée. Prendre l'un pour l'autre, c'est annoncer un gradient transpulmonaire qui n'existe pas.
Les autres pièges de mesure — mauvais alignement, obstacles en série, hyperdébit, recouvrement de pression — sont détaillés en section 7.2.
4.5. Retentissement et lésions associées
C'est la partie du compte rendu qu'on oublie, et c'est pourtant elle qui, avec le gradient, fonde la décision : épaisseur de la paroi libre ; taille de la cavité — une cavité qui se réduit signe une hypertrophie majeure, une cavité qui se dilate signe la défaillance ; fonction longitudinale ; fuite tricuspide et vitesse de son flux, qui donne accès à la pression ventriculaire droite ; dilatation de l'oreillette droite ; sens du shunt auriculaire. À ne pas manquer : communication interauriculaire ou foramen ovale perméable — dont dépend la cyanose ; communication interventriculaire — qui change le diagnostic ; canal artériel ; sténoses des branches ; anomalie d'Ebstein.
5. Traiter : la valvuloplastie percutanée au ballon
5.1. Qui dilater
- Sténose sévère — gradient maximal Doppler supérieur à 64 mmHg, soit une vitesse supérieure à 4 m/s : dilatation indiquée, symptômes ou non.
- Sténose modérée symptomatique, ou avec dysfonction ventriculaire droite, shunt droite-gauche ou arythmie induite : dilatation à discuter.
- Sténose légère asymptomatique : abstention et surveillance ; le pronostic spontané est excellent.
Chez le nouveau-né la logique s'inverse : dans une sténose critique, le geste est indiqué en urgence quel que soit le gradient, car un ventricule droit qui n'éjecte presque rien ne peut pas générer un gradient élevé (section 7.2).
5.2. Le principe du geste
Par voie veineuse fémorale, un cathéter franchit l'orifice sténosé ; un guide est ancré dans une branche pulmonaire distale — ou, chez le nouveau-né, dans l'aorte descendante par le canal artériel. Un ballon de diamètre égal à 1,2 à 1,4 fois celui de l'anneau est positionné à cheval sur la valve puis gonflé brièvement : l'encoche imprimée par l'anneau sur le ballon disparaît au moment où les commissures cèdent.
Le mécanisme est purement mécanique : le ballon déchire la valve le long de ses lignes de fusion commissurale. Cela explique tout — pourquoi il réussit sur une valve en dôme, pourquoi il échoue sur une valve dysplasique non fusionnée, et pourquoi il n'a aucune prise sur un obstacle musculaire.
5.3. Ce qu'on obtient
- Succès immédiat dans plus de 85 à 90 % des formes typiques, gradient résiduel généralement inférieur à 25-30 mmHg.
- Le gradient ne tombe pas toujours à zéro, et ce n'est pas un échec : il persiste souvent une composante infundibulaire réactionnelle, faite d'un muscle hypertrophié qui met des semaines à des mois à régresser. On ne redilate pas : bêtabloquant et patience — posologie et garde-fous dans l'encadré ci-dessous.
- Une insuffisance pulmonaire apparaît fréquemment ; longtemps bien tolérée, elle se surveille à l'échelle des décennies (section 8.3).
- La resténose concerne environ 10 % des patients — plus souvent si l'anneau est petit, la valve dysplasique, le geste néonatal ou le gradient résiduel immédiat élevé. Une seconde dilatation est le plus souvent efficace.
5.4. Quand la chirurgie s'impose
- Valve dysplasique — pas de fusion commissurale à déchirer : valvotomie et résection des feuillets.
- Anneau hypoplasique — le ballon est limité par l'anneau : patch transannulaire.
- Sténose infundibulaire ou médio-ventriculaire — obstacle musculaire, qui se réexpanse dès le dégonflage : résection des faisceaux.
- Échec, récidive précoce, ou lésion associée à corriger.
5.5. Prophylaxie de l'endocardite infectieuse : qui la reçoit
La question se pose à chaque consultation, et la réponse n'est pas la même avant et après un geste. Une sténose pulmonaire valvulaire native isolée, opérée ou non par simple dilatation au ballon, ne relève pas d'une antibioprophylaxie. Celle-ci est réservée :
- aux porteurs d'une valve prothétique, chirurgicale ou percutanée — dont les remplacements valvulaires pulmonaires de type Melody ou Sapien — et de tout matériel prothétique utilisé pour une réparation valvulaire : à vie ;
- aux patients ayant un antécédent d'endocardite : à vie ;
- aux cardiopathies congénitales cyanogènes non réparées ;
- aux cardiopathies congénitales réparées avec matériel prothétique, pendant les six mois qui suivent le geste — ou à vie s'il persiste un shunt ou une fuite résiduelle au contact du matériel.
La distinction est loin d'être théorique dans ce cours : les valves pulmonaires percutanées, posées des années après une valvuloplastie (section 8.3), comptent parmi les prothèses à plus haut risque d'endocardite, et leurs porteurs relèvent d'une prophylaxie à vie, non de six mois. L'hygiène bucco-dentaire, elle, est recommandée à tous.
6. Deux urgences néonatales : sténose critique et atrésie pulmonaire à septum intact
Ce sont les seules situations de ce cours où la décision se prend en minutes, et où le geste précède le diagnostic précis.
6.1. La sténose pulmonaire critique du nouveau-né
Définition physiologique : sténose si serrée que la perfusion pulmonaire dépend du canal artériel. L'orifice est réduit à un gicleur punctiforme.
Le tableau : cyanose réfractaire par shunt droite-gauche à travers un foramen ovale « forcé » ; insuffisance cardiaque droite avec hépatomégalie ; souffle éjectionnel parfois discret, car le débit qui traverse l'obstacle est faible ; cardiomégalie et hypovascularisation pulmonaire radiologiques ; hypertrophie auriculaire et ventriculaire droites à l'électrocardiogramme.
- Prostaglandine E1 (alprostadil) en perfusion continue, immédiatement, pour rouvrir et maintenir le canal artériel : débuter à 0,01–0,02 µg/kg/min — soit 10 à 20 ng/kg/min — et titrer sur la SpO₂ (plage usuelle 0,01 à 0,05 µg/kg/min). Voir l'encadré de la section 6.2.
- Correction du milieu intérieur : acidose, glycémie, calcémie ; ventilation assistée et diurétiques si défaillance droite.
- Valvuloplastie au ballon en urgence ; en cas d'échec, chirurgie immédiate.
- Le sevrage des prostaglandines se décide sur la compliance du ventricule droit plus que sur sa taille. On accepte une saturation autour de 75 à 80 % tant qu'il n'y a pas d'acidose et que l'enfant grossit ; un bêtabloquant traite la composante infundibulaire — propranolol 0,5 à 1 mg/kg/j en 3 à 4 prises, sous les réserves de l'encadré de la section 5.3, la dysfonction droite avec bas débit et l'hypoglycémie néonatale étant ici les deux risques à surveiller. Si le sevrage reste impossible : anastomose systémico-pulmonaire ou stenting du canal artériel.
6.2. L'atrésie pulmonaire à septum intact
Ici, il n'y a plus de gicleur : la valve pulmonaire est imperforée. Le ventricule droit est une cavité close en systole. Toute la circulation pulmonaire passe par le canal artériel, à contre-courant depuis l'aorte. Et tout le retour veineux systémique doit franchir le septum interauriculaire : la communication interauriculaire n'est pas ici une malformation surajoutée, c'est une condition de survie.

Le tableau : cyanose réfractaire précoce et profonde, qui s'aggrave à mesure que le canal se ferme ; souffle d'insuffisance tricuspide possible mais pas de souffle éjectionnel — rien ne traverse la voie pulmonaire ; cardiomégalie par dilatation de l'oreillette droite ; congestion droite si la communication interauriculaire est restrictive ; hypoperfusion pulmonaire.
Posologie — alprostadil (PGE1) en perfusion intraveineuse continue. Débuter à 0,01 à 0,02 µg/kg/min (10 à 20 ng/kg/min) et titrer sur la SpO₂ ; plage usuelle 0,01 à 0,05 µg/kg/min. Les faibles doses suffisent le plus souvent à maintenir ouvert un canal encore perméable ; les doses hautes sont réservées au canal en voie de fermeture et doivent être réduites dès que la saturation remonte. Le risque d'apnée est dose-dépendant : il devient majeur au-delà de 0,05 µg/kg/min. C'est la raison pour laquelle on commence bas.
Effets à anticiper : apnées, hypotension, fièvre, hyperexcitabilité, bouffées vasomotrices. On ne débute jamais une prostaglandine sans être en mesure d'intuber, et un transfert se fait sous perfusion, avec une équipe médicalisée.
La seule vraie réserve du geste : la prostaglandine n'améliore pas — et peut aggraver — la cyanose d'un retour veineux pulmonaire anormal total bloqué, où l'augmentation du débit pulmonaire majore l'œdème ; et elle n'a aucune indication dans une cyanose d'origine pulmonaire. Ces situations n'annulent pas la règle — on perfuse d'abord — mais imposent l'échocardiographie sans délai et l'arrêt de la perfusion si le diagnostic se confirme.
Le diagnostic anténatal change le pronostic : naître dans un centre équipé, perfuser dans les premières minutes, éviter l'acidose — qui se paie ensuite en séquelles neurologiques et rénales.
7. Quantifier finement : gradients, pièges de mesure et Z-scores — pour aller plus loin
7.1. Trois gradients qui ne sont pas le même nombre
Le gradient maximal instantané est celui du Doppler, 4 × V max² : il compare deux pressions au même instant. Le gradient pic-à-pic est celui du cathétérisme et compare le pic de pression ventriculaire droite au pic de pression pulmonaire, qui ne surviennent pas au même moment : il est donc systématiquement inférieur au gradient Doppler. Le gradient moyen, par planimétrie de l'enveloppe, est mieux corrélé au gradient hémodynamique dans les sténoses serrées. Second repère utile : une pression systolique du ventricule droit dépassant 75 % de la pression systémique est classiquement retenue comme seuil d'intervention, en particulier chez le nourrisson.
7.2. Les six pièges de la mesure
Les pièges 3 et 5 ont déjà été posés dans le socle (section 4.4), parce qu'ils décident d'une conduite ; ils sont repris ici dans la série complète.
- Le mauvais alignement. Toute obliquité sous-estime la vitesse. Multipliez les fenêtres, gardez la meilleure.
- Les obstacles en série. Sténose valvulaire et hypertrophie infundibulaire s'additionnent : la vitesse maximale mesure la somme. L'enveloppe aide — pic précoce et arrondi pour un obstacle fixe, pic tardif, en lame de poignard, pour un obstacle dynamique.
- Le bas débit. Un gradient traduit une vitesse, une vitesse traduit un débit. Chez un nouveau-né dont le ventricule droit défaille, le gradient s'effondre alors que la sténose s'aggrave : un gradient « rassurant » chez un enfant cyanosé en insuffisance droite est un signe de gravité.
- L'hyperdébit. À l'inverse, une insuffisance pulmonaire importante, un canal artériel, une anémie ou une fièvre majorent le gradient sans que l'orifice ait changé.
- La confusion avec le flux d'insuffisance tricuspide. Le flux tricuspide est holosystolique, débute avant l'ouverture pulmonaire et sa vitesse est plus élevée ; le flux de sténose est éjectionnel et respecte les temps isovolumétriques.
- Le recouvrement de pression. Dans un tronc étroit, une part de l'énergie cinétique se reconvertit en pression en aval : la vitesse maximale surestime le gradient net.
7.3. Estimer les pressions, et rapporter les mesures à la taille
À partir du flux d'insuffisance tricuspide : pression systolique du ventricule droit = 4 × V max² de l'insuffisance tricuspide + pression de l'oreillette droite ; on en déduit la pression artérielle pulmonaire systolique en soustrayant le gradient transvalvulaire. C'est le seul moyen non invasif d'affirmer, devant une valve dysplasique mal analysable, que la pression droite est réellement élevée (discipline Échocardiographie, cours 18).
En pédiatrie, une mesure isolée ne veut rien dire : elle se rapporte à la surface corporelle. Le Z-score exprime l'écart à la moyenne attendue pour la taille de l'enfant, en écarts-types : 0 est la moyenne, −2 la limite inférieure de la normale. Celui de l'anneau pulmonaire conditionne le choix du ballon et prédit le résultat ; celui de l'anneau tricuspide est, dans l'atrésie pulmonaire à septum intact, le meilleur indicateur indirect de la taille du ventricule droit (section 9.2).
8. Indications, technique et résultats de la valvuloplastie — pour aller plus loin
8.1. Ce que disent les recommandations
| Situation | Conduite | Niveau |
|---|---|---|
| Valve en dôme, gradient maximal Doppler > 64 mmHg, fonction droite normale | Valvuloplastie au ballon recommandée, symptômes ou non | ESC 2020 — classe I |
| Anatomie non favorable au ballon (valve dysplasique, anneau hypoplasique) avec sténose sévère | Chirurgie | ESC 2020 — classe I |
| Patient symptomatique sous le seuil ; ou dysfonction droite, shunt droite-gauche, arythmies induites | Intervention à considérer | ESC 2020 — classe IIa |
| Patient asymptomatique : gradient maximal > 60 mmHg ou gradient moyen > 40 mmHg, insuffisance pulmonaire inférieure à modérée | Valvuloplastie recommandée | AHA/ACC 2018 — classe I |
| Patient symptomatique : seuils abaissés — gradient maximal > 50 mmHg ou gradient moyen > 30 mmHg, insuffisance pulmonaire inférieure à modérée | Valvuloplastie recommandée | AHA/ACC 2018 — classe I |
| Anatomie défavorable au ballon : anneau hypoplasique, valve dysplasique, sténose sous- ou supravalvulaire associée, fuite tricuspide sévère | Chirurgie raisonnable | AHA/ACC 2018 — classe IIa |
Attention à une erreur répandue : dans le guide AHA/ACC 2018, le patient symptomatique ne relève pas d'une simple option « raisonnable » mais d'une recommandation de classe I, avec des seuils seulement abaissés — 50 mmHg de gradient maximal ou 30 mmHg de gradient moyen. La classe IIa de ce guide concerne la chirurgie lorsque l'anatomie est défavorable au ballon. Les seuils diffèrent légèrement d'une société à l'autre — 64 mmHg de gradient maximal pour l'ESC, 60 mmHg de gradient maximal ou 40 mmHg de gradient moyen pour l'AHA/ACC chez l'asymptomatique — mais la logique est identique : le seuil suffit, le symptôme n'est pas requis.
8.2. Technique, résultats et complications
La valvuloplastie pulmonaire est la première valvuloplastie percutanée de l'histoire, décrite par Kan en 1982.
- Le rapport ballon/anneau est le paramètre critique : classiquement 1,2 à 1,4. En deçà, le résultat est incomplet ; au-delà, on abîme l'anneau et l'infundibulum et l'on crée une insuffisance pulmonaire définitive.
- Chez le nouveau-né en sténose critique ou en atrésie membraneuse, le franchissement peut être laborieux : guide fin, parfois perforation à l'aiguille ou par radiofréquence.
- Chaque inflation obstrue l'éjection droite : bradycardie et chute tensionnelle sont attendues, les inflations doivent être brèves.
Les grands registres — dont le registre nord-américain de valvuloplastie et d'angioplastie des anomalies congénitales — ont établi la solidité du résultat : la très grande majorité des patients dilatés dans l'enfance pour une forme typique ne nécessite aucune réintervention à dix ans. Facteurs d'échec constants : valve dysplasique, anneau hypoplasique, âge néonatal, gradient résiduel immédiat élevé. Les complications sont dominées par l'insuffisance pulmonaire, presque constante à un degré au moins minime, et par la réaction infundibulaire — parfois appelée « ventricule droit suicidaire » quand elle abaisse le débit après le geste, traitée par bêtabloquant et patience. Plus rares : lésion de la voie d'éjection ou de l'appareil tricuspide, troubles du rythme, thrombose fémorale du nouveau-né. Mortalité très faible, non nulle en sténose critique néonatale.
8.3. L'insuffisance pulmonaire résiduelle : le prix différé
Une insuffisance pulmonaire massive est bien tolérée pendant deux ou trois décennies, puis dilate le ventricule droit et altère sa fonction — le mécanisme connu après cure de tétralogie de Fallot. D'où trois règles : ne pas surdimensionner le ballon ; suivre à vie le diamètre et la fonction du ventricule droit ; discuter un remplacement valvulaire pulmonaire, chirurgical ou percutané, quand la dilatation progresse ou que la capacité d'effort baisse (discipline Insuffisance cardiaque).
9. L'atrésie pulmonaire à septum intact : anatomie, sinusoïdes et stratégie — pour aller plus loin
9.1. Les trois anatomies du ventricule droit
Un ventricule droit normal comporte trois composantes : chambre d'admission (inlet), chambre trabéculée apicale, chambre de chasse ou infundibulum (outlet). Dans l'atrésie pulmonaire à septum intact, l'hypoplasie ampute le ventricule de l'aval vers l'amont : la forme tripartite est le « beau ventricule droit », candidat à une réparation biventriculaire ; la forme bipartite manque de chambre trabéculée ; la forme unipartite, ou « ventricule droit croupion », n'a ni chambre trabéculée ni infundibulum et n'autorise aucune réparation biventriculaire. L'atrésie elle-même est membraneuse dans environ trois quarts des cas — plaque fibreuse imperforée, accessible à une perforation par cathétérisme — ou musculaire, avec absence de tout infundibulum, ce qui interdit la perforation.
9.2. Le Z-score tricuspide, marqueur indirect du ventricule droit
La taille du ventricule droit est difficile à mesurer directement ; celle de l'anneau tricuspide ne l'est pas, et les deux sont étroitement corrélées. D'où l'usage universel du Z-score de l'anneau tricuspide : Z supérieur à −2, soit en pratique un anneau supérieur à environ 8 mm chez un nouveau-né à terme, autorise à envisager une réparation biventriculaire ; un Z très abaissé oriente vers une palliation univentriculaire ; entre les deux, une stratégie « à un ventricule et demi » associe décompression du ventricule droit et dérivation cavo-pulmonaire supérieure.
9.3. La circulation coronaire ventriculo-dépendante
Dans un ventricule droit clos et hypertendu, le sang peut s'évacuer par des sinusoïdes myocardiques — vestiges embryonnaires — qui communiquent avec le réseau coronaire. Ces sinusoïdes sont fréquentes : environ 45 % des atrésies pulmonaires à septum intact dans les séries populationnelles. Elles sont, à elles seules, sans conséquence décisionnelle.
Ce qui change tout, c'est leur association à une sténose, une interruption ou une atrésie d'un tronc coronaire proximal. Le myocarde n'est alors plus perfusé par l'aorte mais par le ventricule droit lui-même, à contre-courant : c'est la circulation coronaire ventriculo-dépendante, qui concerne environ 9 % des cas — un patient sur dix.
9.4. Les trois stratégies
| Anatomie | Objectif | Gestes |
|---|---|---|
| Tripartite, anneau tricuspide correct, atrésie membraneuse, coronaires non ventriculo-dépendantes (des sinusoïdes isolées sont permises) | Réparation biventriculaire | Décompression du ventricule droit : perforation puis dilatation par cathétérisme, ou valvotomie chirurgicale. Prostaglandine 24 heures ou plus, à 0,01–0,02 µg/kg/min ; bêtabloquant selon l'encadré de la section 5.3 ; saturation acceptée vers 75-80 % |
| Petit ou bipartite, coronaires non ventriculo-dépendantes, atrésie membraneuse | Décomprimer et sécuriser le débit pulmonaire, en pariant sur la croissance ventriculaire | Décompression (souvent patch infundibulaire) associée à une anastomose systémico-pulmonaire ou à un stenting du canal |
| Croupion, ou circulation coronaire ventriculo-dépendante | Palliation univentriculaire — la décompression est contre-indiquée | Anastomose systémico-pulmonaire ou stenting du canal ; atrio-septostomie de Rashkind si la communication interauriculaire est restrictive ; puis dérivation cavo-pulmonaire |
10. Branches pulmonaires, formes trompeuses et suivi — pour aller plus loin
10.1. Sténoses des branches : les explorer, les dilater — et ne pas les confondre
L'échocardiographie transthoracique voit bien le tronc et l'origine des branches, mal la branche droite dans son trajet rétro-aortique, et pas du tout les sténoses distales. Devant une hypertrophie ventriculaire droite sans obstacle proximal évident, on poursuit par angioscanner, IRM ou angiographies pulmonaires sélectives, référence des formes périphériques. Le traitement est interventionnel : angioplastie au ballon, ballons à haute pression ou à lames pour les sténoses fibreuses, endoprothèses pour les récidives élastiques ; la chirurgie ne convient qu'aux sténoses proximales isolées.
Piège classique en regard : le souffle physiologique des branches pulmonaires du nouveau-né, exposé dans le socle (section 3.1), a exactement le même timbre et la même irradiation qu'une sténose organique des branches. Devant un nourrisson qui grossit bien, eupnéique et non cyanosé, c'est lui qu'il faut évoquer d'abord ; devant un enfant cyanosé, dysmorphique ou qui stagne, jamais.
10.2. Suivi, endocardite, sport, grossesse
- Après valvuloplastie : contrôle clinique et échographique à 1 mois, 6 mois et 12 mois, puis annuel ou espacé — gradient résiduel, régression de l'hypertrophie, insuffisance pulmonaire, taille et fonction du ventricule droit.
- Sténose légère non opérée : progression rare après l'enfance.
- Endocardite infectieuse : les indications d'antibioprophylaxie sont détaillées dans le socle (section 5.5). À retenir ici : une sténose valvulaire native isolée n'en relève pas, un remplacement valvulaire pulmonaire chirurgical ou percutané en relève à vie, et la règle des six mois ne s'applique qu'au matériel prothétique de réparation, en l'absence de shunt ou de fuite résiduelle à son contact.
- Activité physique : aucune restriction si la sténose est légère ou le résultat bon ; limitation des sports intenses tant qu'une sténose modérée à sévère n'est pas traitée.
- Grossesse : une sténose légère à modérée est bien tolérée. Une sténose serrée doit être levée avant la conception ; mal tolérée pendant la grossesse, elle reste accessible à une valvuloplastie, de préférence au deuxième trimestre.
11. Points clés à retenir
- Le ventricule droit est une pompe de volume, pas de pression : il compense longtemps, puis bascule vite. D'où une décision fondée sur le gradient et l'épaisseur pariétale, non sur les symptômes.
- Obstacle droit = rétrécissement de la voie d'éjection droite sans shunt ventriculaire significatif, le plus souvent à septum interventriculaire intact. Avec une communication interventriculaire large, la physiologie devient celle d'un shunt droite-gauche cyanogène : la tétralogie de Fallot en est la forme la plus fréquente, mais l'association sténose pulmonaire + communication interventriculaire ne la définit pas à elle seule.
- Quatre niveaux : sous-valvulaire (8 à 10 %), valvulaire (85 à 90 %), supravalvulaire, branches. Parmi les sténoses valvulaires, la forme typique représente 80 à 90 % — soit environ trois obstacles droits sur quatre. Le niveau commande le traitement : le ballon ouvre une valve, jamais un muscle.
- Forme typique : valve en dôme, commissures fusionnées, clic, dilatation post-sténotique — le ballon la guérit. Forme dysplasique : feuillets épais, pas de fusion, anneau petit, pas de clic — chirurgie, et Noonan à chercher.
- Clic et dilatation post-sténotique sont absents dans les sténoses sous-valvulaires : deux absences qui localisent l'obstacle.
- Radiographie de la sténose valvulaire pure : pas de cardiomégalie, arc moyen gauche saillant, vascularisation normale. Cardiomégalie et hypovascularisation = forme critique ou atrésie.
- Quantification : ΔP = 4V². Sévère au-delà de 4 m/s, soit 64 mmHg — seuil d'intervention chez un patient asymptomatique.
- Après valvuloplastie, un gradient résiduel infundibulaire est habituel : il régresse sous bêtabloquant, on ne redilate pas.
- Toute cyanose néonatale réfractaire à l'oxygène impose une prostaglandine E1 immédiate, avant le diagnostic précis : 0,01 à 0,02 µg/kg/min, à titrer sur la SpO₂, avec les moyens d'intuber à portée de main — l'apnée est dose-dépendante. Seule vraie réserve : le retour veineux pulmonaire anormal total bloqué.
- Dans l'atrésie pulmonaire à septum intact, la communication interauriculaire est vitale et le canal est la seule voie pulmonaire. Les sinusoïdes myocardiques sont fréquentes (≈ 45 %) et ne contre-indiquent rien à elles seules ; seule la circulation coronaire ventriculo-dépendante (≈ 9 %) contre-indique la décompression du ventricule droit — d'où la coronarographie préalable.
- Antibioprophylaxie de l'endocardite : aucune pour une sténose pulmonaire valvulaire native isolée ; à vie après remplacement valvulaire pulmonaire, chirurgical ou percutané, et en cas d'antécédent d'endocardite.
12. Pièges fréquents
- Poser l'indication sur les symptômes. Le ventricule droit ne prévient pas : une sténose sévère chez un enfant qui court et grandit doit être dilatée.
- Dire « sténose pulmonaire » sans dire à quel niveau. Envoyer une sténose infundibulaire au cathétérisme, c'est une procédure inutile : le muscle ne se dilate pas.
- Prendre un gradient résiduel après ballon pour un échec. C'est le plus souvent l'infundibulum hypertrophié qui n'a pas régressé : bêtabloquant et patience.
- Se rassurer sur un gradient bas chez un nouveau-né cyanosé. Un gradient exige un débit ; dans la sténose critique, la sévérité abaisse le gradient. C'est le piège le plus dangereux du chapitre (section 4.4).
- Prendre le flux d'insuffisance tricuspide pour le flux de sténose. Le premier est holosystolique et plus rapide, le second éjectionnel : les confondre fait annoncer un gradient transpulmonaire qui n'existe pas (section 4.4).
- Perfuser une prostaglandine sans chiffre. On débute à 0,01–0,02 µg/kg/min et l'on titre : l'apnée est dose-dépendante, et la dose « classique » de 0,1 µg/kg/min expose inutilement à l'intubation.
- Arrêter l'antibioprophylaxie six mois après un remplacement valvulaire pulmonaire. La règle des six mois vaut pour le matériel de réparation, pas pour une valve prothétique : celle-ci impose une prophylaxie à vie.
- Monter au ballon sans avoir décrit la valve. Une valve dysplasique ne répond pas : c'est le 2D qui décide, pas le chiffre du gradient.
- Ne pas regarder l'enfant. Hypertélorisme, ptosis, oreilles bas implantées, cou palmé, petite taille : Noonan — donc valve probablement dysplasique, et cardiomyopathie hypertrophique à chercher.
- Attendre l'échographie pour perfuser une prostaglandine. Devant une cyanose néonatale réfractaire, on perfuse d'abord — et jamais sans pouvoir intuber.
- Ouvrir la voie pulmonaire d'une atrésie sans avoir étudié les coronaires — ou, symétriquement, récuser la décompression sur la seule présence de sinusoïdes. Les sinusoïdes existent dans près d'une atrésie sur deux et ne contre-indiquent rien à elles seules ; c'est la circulation coronaire ventriculo-dépendante — sinusoïdes plus obstruction coronaire proximale, environ un patient sur dix — qui transforme la décompression en infarctus. La coronarographie tranche ; la seule recherche de sinusoïdes, non.
- Prendre le souffle physiologique des branches du nouveau-né pour une sténose organique — ou l'inverse, l'invoquer chez un enfant cyanosé, dysmorphique ou qui ne grossit pas.
- Surdimensionner le ballon. Il soulage aujourd'hui et dilate le ventricule droit dans trente ans, par insuffisance pulmonaire.
Sources
- MESSAOUDI Y. Obstacles du cœur droit. Diaporama du Mastère de cardiopathie congénitale et pédiatrique, Faculté de Médecine de Sousse. document interne, non publié
- MESSAOUDI Y. L'échocardiographie dans les obstacles du cœur. Diaporama du Mastère de cardiopathie congénitale et pédiatrique, Faculté de Médecine de Sousse. document interne, non publié
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- Stout KK, Daniels CJ, Aboulhosn JA, et al. 2018 AHA/ACC Guideline for the Management of Adults With Congenital Heart Disease: A Report of the American College of Cardiology/American Heart Association Task Force on Clinical Practice Guidelines. Circulation. 2019;139(14):e698-e800. doi:10.1161/CIR.0000000000000603
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Cours de la Pr Ag Yosra Messaoudi, Faculté de Médecine de Sousse.