Cours 88 Complications ⏱ 30 min

No-reflow : l'artère est ouverte, le myocarde reste fermé — prévenir, reconnaître, traiter

Le tronc épicardique est parfaitement rouvert et le muscle ne se reperfuse pas : c'est la limite principale de l'angioplastie primaire, et elle se joue dans un lit vasculaire que l'angiographie ne montre pas. Quatre mécanismes, un diagnostic d'élimination, une prévention qui commence bien avant la salle — et un traitement dont la voie d'administration compte autant que la molécule.

🎯 Objectifs pédagogiques
  • Définir le no-reflow comme une perfusion myocardique tissulaire insuffisante malgré la recanalisation de l'artère épicardique, et justifier qu'il s'agit d'un diagnostic d'élimination
  • Énoncer la définition angiographique de travail — flux TIMI inférieur ou égal à 2, ou flux TIMI 3 avec blush myocardique inférieur à 2 — et expliquer pourquoi un flux TIMI 3 n'exclut pas le diagnostic
  • Énumérer les causes mécaniques à écarter avant toute injection de vasodilatateur, et décrire la séquence de vérification correspondante en salle de cathétérisme
  • Expliquer les quatre mécanismes du no-reflow — lésion d'ischémie, lésion de reperfusion, embolisation distale, susceptibilité individuelle — et en déduire pourquoi un agent isolé ne peut pas suffire
  • Classer les outils diagnostiques selon le lieu et le moment — angiographie et guide Doppler en salle, résolution du segment ST en soins intensifs, échographie de contraste et IRM avant la sortie — avec leurs seuils respectifs
  • Relier l'incidence rapportée au critère diagnostique retenu, et situer la fourchette de 3 à 15 % du support de référence — tous critères confondus, et non une incidence angiographique — face aux 50 à 60 % d'obstruction microvasculaire retrouvés en IRM
  • Exposer le pronostic hospitalier et à un an du no-reflow, en citant la relation dose-effet entre masse d'obstruction microvasculaire et événements cliniques
  • Reconnaître les prédicteurs indépendants de no-reflow avant et pendant la coronarographie, et expliquer comment un score de risque modifie la préparation sans modifier l'indication
  • Choisir les mesures de prévention efficaces — réduction du délai douleur-ballon, inhibition plaquettaire puissante et vérifiée, geste économe — et énoncer ce qui a échoué en cardioprotection pharmacologique
  • Dérouler la conduite d'urgence devant un no-reflow constaté sur la table, en respectant l'ordre : vérifier l'épicardique, stabiliser, injecter en distalité, répéter et associer, réévaluer et documenter
  • Choisir l'agent intracoronaire adapté à la situation hémodynamique et au vaisseau concerné — l'adénosine en première intention si la pression est conservée, l'adrénaline chez l'hypotendu —, citer les posologies correspondantes et distinguer la parade du bloc induit par l'adénosine de celle du bloc induit par les inhibiteurs calciques
  • Expliquer pourquoi la voie d'administration compte autant que la molécule, et décrire les trois techniques de délivrance distale : microcathéter, ballon monté sur guide, ballon perforé
Mots-clés no-reflowobstruction microvasculaireangioplastie primaireinfarctus du myocarde st+flux timimyocardial blush gradeslow-flowrésolution du segment stlésion de reperfusionlésion d'ischémieembolisation distalemicro-embolespore de transition mitochondrialhémorragie intramyocardiqueindex de résistance microcirculatoireirm cardiaquerehaussement tardifadénosine intracoronairevérapamil intracoronairenitroprussiate de sodiumnicardipineinhibiteurs des gpiib iiiathromboaspirationessai totalessai tapasticagrélorciclosporinemicrocathéterballon perforéisosorbide dinitrateadrénaline intracoronaireaminophyllinerécepteur a1

1. Définir le no-reflow : l'artère est ouverte, le myocarde reste fermé

1.1. Le constat qui a déplacé la cible

Pendant vingt ans, la réussite d'une angioplastie primaire s'est mesurée à une image : le tronc épicardique redevenu perméable, opacifié jusqu'à son extrémité distale. Cette image reste nécessaire. Elle n'est pas suffisante. Chez une fraction non négligeable des patients, l'artère est parfaitement ouverte et le muscle qu'elle irrigue ne se reperfuse pas. C'est le no-reflow, et c'est aujourd'hui la limite principale de la reperfusion mécanique de l'infarctus.

Rezkalla et Kloner résumaient ce déplacement en 2002 : les deux décennies précédentes avaient été celles de la reperfusion des gros troncs épicardiques, la suivante serait celle de la perfusion microvasculaire. Vingt ans plus tard, la prédiction est devenue le programme. Le lit microcirculatoire — vaisseaux de moins de 500 µm : pré-artérioles, artérioles, capillaires et veinules, soit l'immense majorité du volume vasculaire coronaire — est devenu la cible que l'on ne sait ni bien voir, ni bien atteindre, ni bien protéger.

La formule qui ouvre ce cours est volontairement simple, et elle suffit à orienter toute la conduite : vous avez rouvert le tuyau, vous n'avez pas rouvert le tissu. Tant que cette distinction n'est pas faite, on se rassure sur une angiographie normale devant un patient dont l'infarctus continue de s'étendre.

Figure 1 — L'artère est ouverte, le tissu reste fermé. Comparez les deux panneaux en suivant le sang, et non le cathéter. À gauche, la reperfusion réussie : le tronc épicardique est perméable, et le sang continue dans les artérioles puis dans un réseau capillaire largement ouvert qui colore tout le territoire. À droite, le no-reflow : le même tronc épicardique est tout aussi perméable — c'est le point à retenir — mais suivez les flèches vers l'aval : elles s'arrêtent. Les capillaires sont bouchés, écrasés ou rompus, et le territoire reste pâle. Regardez enfin la paroi du capillaire agrandi en médaillon : elle est agressée des deux côtés, par le gonflement de sa propre cellule endothéliale à l'intérieur et par l'œdème du myocyte à l'extérieur.

1.2. Les trois définitions opérationnelles

Il n'existe pas de définition unique du no-reflow, et c'est la première difficulté du sujet : l'incidence rapportée, les facteurs de risque identifiés et l'effet des traitements dépendent tous du critère choisi. Le diaporama source en retient la formulation clinique la plus utile :

Altération de la perfusion myocardique au niveau tissulaire malgré la recanalisation de l'artère épicardique, en l'absence de dissection, de thrombus résiduel, de spasme épicardique ou de sténose résiduelle significative.

Trois familles de critères la traduisent en pratique, selon le lieu et le moment où l'on se trouve.

OutilCritère de no-reflowCe que cela mesure vraiment
En salle de cathétérismeAngiographieFlux TIMI final inférieur ou égal à 2 ; ou TIMI 3 avec un blush myocardique (MBG) inférieur à 2Le débit épicardique, et — par le blush — l'opacification du tissu
En salle de cathétérismeGuide DopplerFlux systolique rétrograde, flux systolique antérograde diminué, décélération rapide du flux diastoliqueLa résistance du lit d'aval, en temps réel
En unité de soins intensifsÉlectrocardiogrammeAbsence de résolution du sus-décalage de ST — réduction inférieure à 30 % — à 60 ou 90 minutes de la reperfusion. Les études retiennent selon les cas un seuil d'inclusion de 50 % ou de 70 %, ce qui explique une large part de la dispersion des incidences publiéesLa reperfusion électrique du myocarde — le seul critère disponible partout
Avant la sortieÉchographie de contraste myocardiqueAbsence d'opacification intramyocardique dans le territoireLa perfusion capillaire, au lit du patient
Avant la sortieIRM avec gadoliniumAbsence de rehaussement au premier passage ; et zone sombre au sein d'un territoire de rehaussement tardif — c'est l'obstruction microvasculaireLa référence anatomique : elle chiffre la masse de microcirculation détruite
🎯 La définition à retenir, et pourquoi elle est négative Le no-reflow se définit par une perfusion tissulaire insuffisante malgré une artère épicardique ouverte, une fois écartées toutes les causes mécaniques de mauvais flux. C'est donc une définition en deux temps : un constat de perfusion (TIMI, blush, ST, IRM) et une exclusion. Retenez le couple angiographique qui sert de langage commun en salle : TIMI inférieur ou égal à 2, ou TIMI 3 avec blush inférieur à 2. Le second membre de cette phrase est celui que l'on oublie : un flux TIMI 3 n'exclut pas le no-reflow.

1.3. Un diagnostic d'élimination : ce qu'il faut avoir écarté

Avant de porter le diagnostic — et surtout avant d'injecter un vasodilatateur — il faut avoir écarté ce qui, sur la même image, produit exactement le même ralentissement et relève d'un geste et non d'un médicament. C'est le réflexe qui sépare l'opérateur entraîné du débutant : on ne traite pas un no-reflow avant d'avoir prouvé que l'épicardique est parfait.

  • Dissection, en particulier à la sortie distale du stent ou sur le bord du ballon de prédilatation : à chercher sur des incidences orthogonales, en fin d'opacification.
  • Hématome pariétal propagé en aval du stent, souvent peu visible en angiographie et évident en imagerie endocoronaire.
  • Sténose résiduelle significative, sous-expansion du stent, prolapsus de plaque à travers les mailles.
  • Thrombose suraiguë de stent ou thrombus résiduel massif en aval.
  • Spasme épicardique, très fréquent après manipulation, et qui répond à l'isosorbide dinitrate intracoronaire — lequel sert ici de test.
  • Occlusion d'une branche collatérale, embolisation d'un gros fragment dans une branche visible : c'est une embolie macroscopique, pas un no-reflow.
  • Cathéter guide en surengagement ou amorti : la pression est amputée, l'opacification est fausse, et l'injection ne descend pas.
⚠️ Ne baptisez pas « no-reflow » un problème mécanique Appeler no-reflow une dissection méconnue, c'est injecter de l'adénosine à un patient qui a besoin d'un stent — et perdre les minutes qui comptent. La séquence est invariable : injecter un dérivé nitré intracoronaire — isosorbide dinitrate 1 à 3 mg en intracoronaire —, refaire deux incidences orthogonales, vérifier la courbe de pression au cathéter guide, et — au moindre doute — passer une sonde d'imagerie endocoronaire. Ce test suppose une hémodynamique qui l'autorise : l'injection d'un dérivé nitré est à récuser en cas d'hypotension, d'état de choc, d'infarctus du ventricule droit, de rétrécissement aortique serré ou de prise récente d'un inhibiteur de la phosphodiestérase de type 5. L'échographie endocoronaire et la tomographie par cohérence optique tranchent en une acquisition ce que dix injections ne trancheront pas.

2. Physiopathologie : quatre mécanismes qui convergent

2.1. Un phénomène, quatre coupables

Niccoli et Crea ont proposé en 2009 la grille qui reste la référence : le no-reflow humain résulte de la somme de quatre mécanismes, présents à des degrés variables chez le même patient. Cette architecture n'est pas une élégance théorique : elle explique directement pourquoi aucun médicament isolé n'a jamais résolu le problème, et pourquoi la prévention l'emporte sur le traitement.

MécanismeCe qui se passeQuandRéversible ?
Lésion d'ischémieŒdème cellulaire, blebs endothéliaux, tuméfaction du myocyte qui comprime le capillaire de l'extérieurPendant l'occlusion — proportionnelle à sa duréeNon au-delà d'un certain délai : c'est du temps perdu
Lésion de reperfusionAfflux de polynucléaires et de plaquettes activées, radicaux libres, surcharge calcique, ouverture du pore de transition de perméabilité mitochondriale, hémorragie intramyocardiqueDans les minutes qui suivent la réouverturePartiellement — cible théorique de la cardioprotection
Embolisation distaleMatériel solide : emboles de cholestérol, fragments plaquettaires et cruoriques. Matériel soluble : sérotonine, thromboxane A2, facteur de nécrose tumoraleAu moment du franchissement, de la prédilatation et de l'implantationOui, en partie — c'est le mécanisme sur lequel le geste agit
Susceptibilité individuelleTerrain génétique — polymorphismes du récepteur A2A de l'adénosine — et acquis : diabète, hypercholestérolémie, absence de préconditionnementPréexistanteNon — mais elle se prédit
Figure 2 — Les quatre mécanismes qui convergent vers le no-reflow. Suivez les quatre flèches qui entrent dans le disque central, et notez qu'elles n'arrivent pas au même moment. Celle de la lésion d'ischémie part de la gauche et s'épaissit avec la durée de l'occlusion : c'est le temps perdu avant l'arrivée du patient. Celle de l'embolisation distale part du ballon et du stent : c'est le geste lui-même. Celle de la lésion de reperfusion part de la réouverture, avec ses polynucléaires, ses plaquettes et sa mitochondrie ouverte. La quatrième, en pointillés, vient du terrain : elle ne se traite pas, elle se prédit. Retenez la conséquence thérapeutique inscrite dans cette convergence : quatre entrées, donc jamais un seul médicament.
🎯 Multifactoriel veut dire multithérapeutique Retenez cette phrase du diaporama, qui commande tout le chapitre thérapeutique : le mécanisme est multifactoriel, donc un seul agent est insuffisant. Un vasodilatateur artériolaire ne fera rien contre un capillaire écrasé par un myocyte œdémateux ; un antiplaquettaire ne fera rien contre une mitochondrie déjà ouverte. C'est aussi pourquoi le meilleur traitement du no-reflow est un ensemble de décisions prises avant qu'il ne survienne.

2.2. La lésion d'ischémie : le temps, d'abord

Reimer et Jennings l'ont établi dès 1977 avec le wavefront phenomenon : la nécrose progresse de l'endocarde vers l'épicarde en fonction de la durée de l'occlusion. Le lit microvasculaire suit la même loi, avec un léger retard : la microcirculation meurt après le myocyte, mais elle meurt. Au-delà de trois à six heures d'occlusion complète, une partie du lit capillaire est anatomiquement détruite, et aucune molécule ne la rouvrira.

Sur le plan ultrastructural, la lésion d'ischémie associe trois choses : un gonflement des cellules endothéliales qui rétrécit la lumière, des bourgeons endothéliaux (blebs) qui font saillie dans le capillaire, et un œdème du myocyte dont le volume comprime le vaisseau de l'extérieur. Le capillaire est donc attaqué des deux côtés de sa paroi. S'y ajoutent des ruptures endothéliales par lesquelles s'extravasent des hématies — première étape de l'hémorragie intramyocardique.

Conséquence pratique, et elle est majeure : le principal déterminant du no-reflow n'est pas ce que vous faites en salle, c'est l'heure à laquelle le patient arrive. Le délai douleur-ballon est simultanément le premier facteur de risque et le premier levier de prévention.

2.3. La lésion de reperfusion : le prix de la réouverture

Rouvrir n'est pas neutre. Le retour brutal de sang oxygéné dans un tissu ischémique déclenche une cascade que l'on résume en quatre temps.

  • Inflammation : infiltration massive des capillaires par des polynucléaires neutrophiles et des plaquettes activées. Les bouchons de neutrophiles (neutrophil plugs) obstruent mécaniquement la lumière et libèrent des radicaux libres oxygénés.
  • Dysfonction endothéliale : effondrement de la production de monoxyde d'azote, libération d'endothéline, perte de la vasodilatation dépendante de l'endothélium.
  • Surcharge calcique et lésion mitochondriale : l'ouverture brutale du pore de transition de perméabilité mitochondriale découple la phosphorylation oxydative et fait basculer la cellule vers la nécrose. C'est la cible qu'a visée la ciclosporine.
  • Hémorragie intramyocardique : le sang sort des capillaires rompus. C'est la forme la plus sévère, et son pronostic est pire que celui de l'obstruction microvasculaire seule.

2.4. Embolisation distale et susceptibilité individuelle

L'embolisation distale est le seul mécanisme sur lequel le geste a une prise directe, et c'est pourquoi il occupe une place disproportionnée dans les recommandations. Deux types de matériel partent en aval au moment où l'on écrase la plaque.

  • Matériel solide : cristaux et emboles de cholestérol issus du cœur lipidique, fragments de thrombus plaquettaire et cruorique, débris de la chape fibreuse. Ils obstruent mécaniquement les artérioles et les capillaires.
  • Matériel soluble, plus insidieux car invisible : sérotonine libérée par les plaquettes, thromboxane A2 issu des macrophages, facteur de nécrose tumorale issu des cellules inflammatoires. Ces médiateurs produisent une vasoconstriction et une agrégation à distance, dans un territoire qu'aucun débris n'a atteint.

La susceptibilité individuelle, enfin, explique pourquoi deux patients au même délai et à la même charge thrombotique n'évoluent pas de la même façon. Elle est en partie génétique — les polymorphismes du récepteur A2A de l'adénosine modifient la réponse vasodilatatrice — et en partie acquise : le diabète altère la réserve coronaire microvasculaire bien avant l'infarctus, l'hypercholestérolémie et l'âge raréfient le lit capillaire, et l'absence d'angor pré-infarctus prive le myocarde du bénéfice du préconditionnement ischémique.

Figure 3 — Ce que le microscope voit dans un capillaire en no-reflow. Parcourez le vaisseau de gauche à droite, comme le ferait une hématie. À l'entrée, la lumière est déjà déformée par des bourgeons endothéliaux et par un gonflement régional de l'endothélium. Plus loin, repérez la brèche endothéliale par laquelle des hématies s'échappent dans le tissu — c'est le début de l'hémorragie intramyocardique — puis les filaments de fibrine et les bouchons de polynucléaires qui libèrent leurs radicaux libres. Regardez maintenant au-dessus et au-dessous de la paroi : les myocytes tuméfiés compriment le capillaire de l'extérieur. À droite enfin, les micro-emboles venus de la plaque et les hématies empilées en rouleaux achèvent d'obstruer la lumière. Une seule image, cinq mécanismes.

3. Reconnaître et graduer : du flux TIMI à l'IRM

3.1. Le flux TIMI : nécessaire, insuffisant

La classification TIMI décrit le débit épicardique et rien d'autre. Elle reste le langage de la salle parce qu'elle est immédiate, reproductible et universellement comprise.

GradeDéfinition angiographiqueLecture
TIMI 0Aucune opacification au-delà de l'occlusionOcclusion complète
TIMI 1Le produit de contraste franchit la lésion mais n'opacifie pas tout le lit d'avalPénétration sans perfusion
TIMI 2Tout le lit d'aval s'opacifie, mais plus lentement que dans un territoire normal, avec lavage retardéC'est le slow-flow
TIMI 3Opacification et lavage de vitesse normaleFlux épicardique normal — mais cela ne dit rien du tissu

Deux pièges de vocabulaire méritent d'être fixés une fois pour toutes. Le slow-flow correspond à un TIMI 2 : le sang passe, lentement. Le no-reflow au sens strict correspond à un TIMI 0 ou 1 après une désobstruction mécanique réussie. Et le no-reflow à flux TIMI 3 existe : il se démasque uniquement sur le blush ou sur l'électrocardiogramme.

3.2. Le blush myocardique : regarder le muscle, pas le tuyau

Le myocardial blush grade (MBG) — et sa variante, le TIMI myocardial perfusion grade — cote l'opacification en « nuage » du myocarde pendant l'injection, sur une acquisition prolongée d'au moins trois cycles cardiaques après la fin de l'injection.

GradeAspectSignification
MBG 0Aucun blush myocardiqueMicrocirculation non perfusée
MBG 1Blush minime, à peine perceptiblePerfusion tissulaire très altérée
MBG 2Blush présent mais moins dense que dans un territoire controlatéral normalPerfusion tissulaire altérée
MBG 3Blush normal, comparable au territoire de référencePerfusion tissulaire satisfaisante

Une nuance technique compte : un blush qui persiste au-delà de trois cycles, en « tatouage » du myocarde, ne traduit pas une bonne perfusion mais une stase du produit de contraste dans un lit qui ne se vidange pas ; dans la classification originale, il est coté MBG 0. C'est l'erreur de lecture la plus fréquente.

Figure 4 — Où et comment se fait le diagnostic, selon le moment. Lisez cette planche de haut en bas, comme le trajet du patient. En haut, la salle de cathétérisme : l'angiographie, avec le flux TIMI inférieur ou égal à 2 ou le flux TIMI 3 associé à un blush inférieur à 2 ; puis le guide Doppler, dont la courbe montre les trois signatures du no-reflow — flux systolique rétrograde, flux systolique antérograde diminué, décélération diastolique rapide. Au milieu, l'unité de soins intensifs : l'électrocardiogramme, et la comparaison du sus-décalage avant et après la procédure. En bas, avant la sortie : l'échographie de contraste, puis l'IRM avec ses deux temps, premier passage et rehaussement tardif. Retenez que chaque étage voit la même chose avec une sensibilité croissante.
🎯 Le geste de fin de procédure que l'on ne fait pas assez Avant de retirer le matériel, faites une injection longue, en incidence dégagée, enregistrée sur au moins trois cycles après la fin de l'injection, et cotez le blush. Cette acquisition de dix secondes change la conclusion chez une part non négligeable de patients à TIMI 3 : elle est le seul moyen, en salle, de voir la microcirculation. Un opérateur qui ne cote jamais le blush ne diagnostique jamais de no-reflow à flux normal.

3.3. La résolution du segment ST : le critère de tout le monde

C'est le critère le plus accessible, le seul disponible dans une unité de soins intensifs sans plateau technique, et l'un des plus solides sur le plan pronostique. On compare le sus-décalage maximal avant reperfusion à celui mesuré 60 ou 90 minutes après, sur la même dérivation ou sur la somme des dérivations concernées.

  • Résolution complète : réduction d'au moins 70 % — reperfusion tissulaire réussie.
  • Résolution partielle : entre 30 et 70 %.
  • Absence de résolution : moins de 30 % — no-reflow électrique, quel que soit l'aspect angiographique.

Le seuil retenu comme critère de no-reflow varie selon les études entre moins de 50 % et moins de 70 % : c'est l'une des raisons pour lesquelles les incidences publiées diffèrent d'un facteur cinq. En pratique clinique, retenez que l'absence de régression du sus-décalage à 90 minutes chez un patient dont l'artère est ouverte est un signal de gravité, qui doit faire répéter l'échocardiographie et renforcer la surveillance.

3.4. L'IRM, la mesure invasive, et le choix de l'outil

L'IRM cardiaque est la référence anatomique. Réalisée dans les sept jours qui suivent l'angioplastie primaire, elle identifie l'obstruction microvasculaire comme une zone sombre, non rehaussée par le gadolinium, siégeant au centre d'un territoire d'infarctus en rehaussement tardif — l'image de la cible manquée. Elle fournit deux données que rien d'autre ne donne : la masse d'obstruction microvasculaire, exprimée en pourcentage de la masse ventriculaire gauche, et la présence d'une hémorragie intramyocardique en séquence T2 ou T2 étoile, dont le pronostic est encore plus défavorable.

IRM cardiaque en petit axe montrant une zone d'obstruction microvasculaire au centre d'un infarctus rehaussé.
Figure 5 — L'obstruction microvasculaire en IRM, une semaine après l'angioplastie primaire. Regardez d'abord l'image de gauche, brute : dans la paroi antéro-septale du ventricule gauche, repérez la bande claire du rehaussement tardif — c'est l'infarctus — puis, en son centre, la zone franchement plus sombre que la flèche désigne. Cette zone noire au cœur d'une zone blanche est le signe : le gadolinium n'y est pas entré, parce que la microcirculation y est détruite. L'image de droite reprend la même coupe avec la zone d'infarctus colorée, ce qui rend le contraste évident. Retenez la définition en une phrase : absence de rehaussement au centre d'un territoire qui, lui, se rehausse.

En salle, la mesure invasive de la microcirculation existe et progresse. Le guide Doppler montre les trois signatures du no-reflow : flux systolique rétrograde, flux systolique antérograde diminué, décélération rapide du flux diastolique. Les guides de pression et de thermodilution permettent de calculer l'index de résistance microcirculatoire (IMR) : une valeur supérieure à 40 mesurée immédiatement après l'angioplastie primaire identifie une obstruction microvasculaire significative et prédit la taille d'infarctus, la récupération de la fonction ventriculaire et le pronostic. Ces outils restent d'usage sélectif, mais ils constituent le seul moyen de chiffrer la microcirculation avant que le patient ne quitte la table.

4. Incidence et pronostic : pourquoi cette complication compte

4.1. Une incidence qui dépend entièrement du critère

Le diaporama source donne la fourchette de référence : 3 à 15 %, tous critères diagnostiques confondus — angiographie, résolution du segment ST, obstruction microvasculaire en IRM. Le point est à ne pas déformer : cette fourchette n'est pas une incidence angiographique, c'est l'amplitude d'un phénomène dont la mesure dépend entièrement de l'outil. Une série monocentrique de Sfax rapportée dans le support de référence retrouvait, entre 2012 et 2013, un no-reflow angiographique de 8 %. Les registres qui appliquent une définition angiographique stricte sont plus bas ; les études d'IRM sont beaucoup plus hautes.

CritèreIncidence rapportéeCommentaire
Angiographique strict (TIMI inférieur ou égal à 2)La plus basseCe que comptent les grands registres interventionnels : les seuls no-reflow visibles sur le débit épicardique
Angiographique élargi (TIMI ou blush)Plus élevéeSérie de Sfax du support de référence : 8 %
Résolution de STNettement plus élevéeDépend fortement du seuil retenu (50 % ou 70 %) : c'est là que la dispersion publiée est maximale
Obstruction microvasculaire en IRM50 à 60 % des infarctus reperfusésLe critère le plus sensible — et le plus pronostique

La conclusion pratique est contre-intuitive : le no-reflow n'est rare qu'en angiographie. Sur le plan tissulaire, une majorité des patients reperfusés en gardent une trace. Ce que l'on appelle « no-reflow » en salle n'est que la partie visible, la plus sévère, d'un phénomène continu.

4.2. Le pronostic hospitalier

Le registre analysé par Harrison et coll. porte sur 291 380 patients traités par angioplastie au décours d'un infarctus. Le constat est sans ambiguïté : la survenue d'un no-reflow s'accompagne d'une augmentation nette et concordante de la mortalité hospitalière, du réinfarctus, du choc cardiogénique et de l'insuffisance cardiaque. Aucun de ces critères ne va dans l'autre sens.

🚨 Le no-reflow est une urgence, pas une curiosité angiographique Un patient chez qui apparaît un no-reflow pendant l'angioplastie primaire est en train d'étendre son infarctus sur la table. Le risque immédiat est triple : troubles du rythme ventriculaire — le lit reperfusé de façon hétérogène est arythmogène —, bradycardie et bloc auriculo-ventriculaire dans le territoire inférieur, et chute du débit cardiaque jusqu'au choc. Le traitement se décide en quelques minutes, sur la table, pas après le retour en unité de soins intensifs. Prévenez l'équipe, mettez le patient sous scope et pression sanglante, préparez le remplissage, une sonde d'entraînement électrosystolique et l'atropine — en sachant que l'atropine ne lèvera pas un bloc induit par l'adénosine.

4.3. Le pronostic à long terme : la quantité et la durée comptent

L'analyse poolée sur données individuelles de sept essais randomisés avec IRM, publiée par de Waha et coll., a établi que l'obstruction microvasculaire est un facteur de risque indépendant de mortalité toutes causes et d'hospitalisation pour insuffisance cardiaque à un an. Le résultat le plus parlant est la relation dose-effet par tertiles de masse d'obstruction microvasculaire : 2,3 % d'événements quand elle est nulle, 4,0 % entre 0 et 1,55 % de la masse ventriculaire, 7,0 % au-delà de 1,55 % — soit un triplement du risque pour une lésion qui, en volume absolu, reste minime.

Courbes d'événements à douze mois selon trois tertiles de masse d'obstruction microvasculaire.
Figure 6 — Le pronostic dépend de la quantité de microcirculation perdue. Regardez les trois courbes d'événements — mortalité toutes causes et hospitalisation pour insuffisance cardiaque — et notez d'abord qu'elles se séparent dans les toutes premières semaines, puis restent séparées jusqu'à douze mois. Suivez ensuite l'ordre des courbes : celle des patients sans obstruction microvasculaire reste la plus basse, celle du tertile intermédiaire monte au-dessus, celle du tertile supérieur monte encore. Lisez enfin les trois chiffres portés à droite : ils passent d'environ 2 % à environ 7 %. Ce triplement correspond à une masse d'obstruction qui, en valeur absolue, dépasse à peine 1,5 % de la masse ventriculaire gauche.

Le diaporama insiste sur une seconde distinction, capitale en salle : le no-reflow persistant, qui ne cède à aucune manœuvre, a un pronostic nettement plus sombre que le no-reflow transitoire, qui se corrige après injection intracoronaire. Ce n'est pas seulement un marqueur de sévérité initiale : c'est aussi l'argument qui justifie d'insister, de changer d'agent et de changer de voie d'administration plutôt que de conclure trop vite à l'échec.

Le corollaire clinique est simple. Un patient ayant présenté un no-reflow doit être considéré comme à haut risque de remodelage ventriculaire gauche : surveillance rythmique prolongée, échocardiographie répétée, réévaluation de la fraction d'éjection à distance (voir, dans la discipline Échocardiographie, le cours 11, Évaluation échographique de la fonction systolique du VG).

5. Prédire le risque : le patient, la lésion, le délai

5.1. Ce qui se sait avant même la coronarographie

Une partie du risque est fixée avant que le patient n'entre en salle. La reconnaître change trois choses : l'urgence du transfert, la préparation antithrombotique, et le niveau d'anticipation de l'opérateur.

  • Âge élevé — facteur indépendant dans tous les modèles.
  • Délai douleur-ballon prolongé, en pratique au-delà de quatre heures : c'est le facteur modifiable le plus puissant.
  • Classe Killip élevée, à partir de la classe III : l'insuffisance cardiaque à l'admission est l'un des prédicteurs indépendants les plus puissants du modèle multivarié repris à la section 5.2.
  • Fraction d'éjection abaissée, en pratique inférieure ou égale à 40 %.
  • Diabète, hypercholestérolémie, insuffisance rénale, hyperglycémie à l'admission — atteinte microvasculaire préexistante.
  • Absence d'angor pré-infarctus : pas de préconditionnement ischémique.
  • Traitement antiplaquettaire insuffisant ou trop tardif — le seul facteur entièrement entre nos mains.

5.2. Ce que dit l'angiographie initiale

Le second groupe de facteurs se lit sur la première injection, avant tout geste. Le diaporama source reprend le modèle multivarié publié par Bayramoğlu et coll. dans le Journal of Interventional Cardiology en 2018, dont les rapports de cotes ajustés hiérarchisent utilement les prédicteurs.

PrédicteurRapport de cotes ajustéLecture pratique
Score SYNTAX supérieur ou égal à 22Environ 3,7Complexité coronaire globale — pas seulement la lésion coupable
Longueur de stent supérieure ou égale à 20 mmEnviron 3,6Plus de plaque écrasée, donc plus d'embolisation
Classe Killip supérieure ou égale à IIIEnviron 3,5Bas débit et pression de remplissage élevée
Délai douleur-angioplastie supérieur ou égal à 4 hEnviron 3,2Le facteur modifiable par l'organisation du réseau
Charge thrombotique élevée (grade TIMI thrombus supérieur ou égal à 4)Environ 3,1Le prédicteur le plus directement lu sur l'image
Fraction d'éjection inférieure ou égale à 40 %Environ 2,2Reflet de l'étendue de l'ischémie
Âge élevéEnviron 2,1Raréfaction capillaire préexistante

Cinq résultats négatifs de ce modèle méritent d'être connus, parce qu'ils contredisent des intuitions répandues : le sexe, le tabagisme, le diabète pris isolément, l'angor pré-infarctus et les chiffres tensionnels d'admission n'y ressortaient pas comme prédicteurs indépendants.

Tableau des analyses univariée et multivariée des prédicteurs du no-reflow accompagné de la courbe ROC de validation.
Figure 7 — Les facteurs prédictifs du no-reflow, et ce que vaut un score. Parcourez d'abord la colonne des analyses univariées, puis celle des analyses multivariées, et notez surtout ce qui ne ressort dans aucune des deux : le sexe, le tabagisme et le diabète pris isolément ne sont pas retenus comme prédicteurs de no-reflow dans ce travail. Repérez ensuite les lignes soulignées, celles qui restent : score SYNTAX élevé, charge thrombotique élevée, délai douleur-angioplastie d'au moins quatre heures, classe Killip élevée, fraction d'éjection basse, longueur de stent d'au moins vingt millimètres, âge. Regardez enfin la courbe ROC du groupe de validation : l'aire sous la courbe est proche de 0,79. C'est un bon score, et cela reste insuffisant pour décider chez un patient donné.

5.3. Que faire d'un score

Le modèle dérivé de ces variables atteint une aire sous la courbe de l'ordre de 0,79, avec une sensibilité d'environ 76 % et une spécificité d'environ 75 % dans la cohorte de validation. C'est correct pour un score de risque, et insuffisant pour décider individuellement.

L'usage raisonnable est donc le suivant : un score élevé ne contre-indique rien et n'impose aucun traitement particulier ; il modifie la préparation. Concrètement, chez un patient cumulant délai long, charge thrombotique majeure et Killip élevé, on anticipe : dose de charge d'antiagrégant vérifiée et documentée, voie veineuse fiable, vasodilatateurs préparés et dilués avant le premier passage du guide, sonde d'entraînement électrosystolique et atropine à portée, décision réfléchie sur la stratégie de dilatation. Cette anticipation vaut mieux que n'importe quel médicament administré dans l'urgence.

6. Prévenir avant la salle : le temps et les antithrombotiques

6.1. Le temps, encore

Le premier traitement du no-reflow est l'organisation du réseau. Chaque heure gagnée sur le délai douleur-ballon réduit à la fois la taille d'infarctus et l'obstruction microvasculaire, et l'effet est d'autant plus marqué que l'on se situe dans les premières heures. Les leviers ne sont pas médicaux : diagnostic électrocardiographique préhospitalier, transmission de l'électrocardiogramme, activation directe de la salle sans passage aux urgences, court-circuit du service d'accueil.

Le second levier, souvent négligé, est la stabilisation avant reperfusion : correction de l'hypovolémie, de l'hypoxémie, des troubles ioniques et de l'hyperglycémie majeure. Un patient reperfusé en bas débit reperfuse mal son myocarde, quelle que soit la qualité du geste.

6.2. Le traitement antiplaquettaire : vérifier ce qui a été donné

Le diaporama en fait la première consigne de prévention, et la formulation est délibérément terre à terre : vérifier le traitement antithrombotique administré. Avant de mettre le guide, l'opérateur doit savoir quelle molécule a été donnée, à quelle dose et à quelle heure. C'est trivial et c'est régulièrement pris en défaut.

L'essai ATLANTIC a randomisé 1 862 patients avec infarctus ST+ entre une dose de charge de ticagrélor 180 mg administrée en préhospitalier et la même dose administrée à l'hôpital. Les deux critères de jugement principaux — absence de résolution du sus-décalage d'au moins 70 % avant l'angioplastie, et absence de flux TIMI 3 sur l'artère coupable à l'angiographie initiale — n'ont pas été atteints. Mais le délai médian entre les deux stratégies n'était que de 31 minutes, et le critère secondaire est éloquent : la thrombose de stent, aiguë et à 30 jours, était significativement réduite par l'administration préhospitalière.

Une méta-analyse portant sur 4 162 patients comparant le ticagrélor 180 mg au clopidogrel 600 mg en dose de charge avant coronarographie a, elle, montré une réduction significative de l'incidence du no-reflow et des événements cardiovasculaires majeurs sous ticagrélor. La leçon est double : la puissance de l'inhibition plaquettaire compte, et son délai d'installation compte.

⚠️ La dose de charge donnée n'est pas la dose de charge absorbée Chez un patient en infarctus, douloureux, sous morphine, souvent nauséeux, l'absorption digestive des inhibiteurs oraux du récepteur P2Y12 est retardée et imprévisible. La morphine ralentit la vidange gastrique et diminue mesurablement les concentrations de ticagrélor et de prasugrel. Un patient qui a reçu sa dose vingt minutes avant la ponction n'est pas un patient inhibé. Devant une charge thrombotique majeure chez un patient dont l'inhibition plaquettaire est incertaine, discutez une stratégie intraveineuse — inhibiteur des récepteurs GPIIb/IIIa en sauvetage, ou cangrélor lorsqu'il est disponible.

6.3. Anticoagulation, anti-GPIIb/IIIa, et ce qui a échoué

L'anticoagulation périprocédurale doit être suffisante et documentée : héparine non fractionnée en bolus de 70 à 100 UI/kg en l'absence d'inhibiteur des GPIIb/IIIa, réduit à 50 à 70 UI/kg en cas d'association, avec contrôle du temps de coagulation activé lorsque la procédure se prolonge. L'énoxaparine intraveineuse à 0,5 mg/kg est une alternative validée.

Les inhibiteurs des récepteurs GPIIb/IIIa ne sont plus recommandés en administration systématique : le bénéfice antithrombotique est contrebalancé par le risque hémorragique. Ils gardent une place de sauvetage — en cas de charge thrombotique massive, de complication thrombotique perprocédurale ou de no-reflow avéré.

Enfin, il faut connaître ce qui a été essayé et n'a pas tenu ses promesses, parce que ces échecs structurent la doctrine actuelle. La ciclosporine, administrée en bolus intraveineux de 2,5 mg/kg juste avant la reperfusion pour bloquer l'ouverture du pore mitochondrial, avait réduit la taille d'infarctus dans une étude pilote de 58 patients. L'essai CIRCUS, sur 970 patients avec infarctus ST+ antérieur de moins de 12 heures et occlusion complète de l'artère interventriculaire antérieure (flux TIMI inférieur ou égal à 1), n'a montré aucun bénéfice sur le critère clinique combiné à un an. Le post-conditionnement ischémique et le préconditionnement à distance ont connu la même trajectoire : prometteurs sur des critères de substitution, neutres sur les critères cliniques dans les grands essais. Aucune cardioprotection pharmacologique n'est aujourd'hui recommandée en routine.

7. Le traitement pharmacologique du no-reflow

7.1. Le principe : comprendre pour bien agir

Le titre que donne le diaporama à ce chapitre est une consigne de méthode : en cas de no-reflow, comprendre pour bien agir. Puisque le mécanisme est multifactoriel, la réponse est une association, administrée tôt, et délivrée au bon endroit. Trois idées, dans cet ordre.

🚨 Conduite en urgence devant un no-reflow constaté sur la table

1. Vérifier l'épicardique. Dérivé nitré intracoronaire — isosorbide dinitrate 1 à 3 mg en intracoronaire, sous réserve d'une pression artérielle conservée —, deux incidences orthogonales, courbe de pression au cathéter guide. Éliminer dissection, hématome, thrombus, sous-expansion, spasme. Au moindre doute, imagerie endocoronaire.

2. Stabiliser le patient. Scope et pression sanglante. Corriger l'hypovolémie. Sonde d'entraînement électrosystolique disponible si territoire inférieur : c'est elle, et non l'atropine, qui couvre le bloc induit par l'adénosine. Atropine prête pour un bloc lié à un inhibiteur calcique. Ne pas injecter un vasodilatateur chez un patient hypotendu sans support.

3. Injecter un vasodilatateur, distalement. Adénosine en premier chez un patient dont la pression est conservée. Sinon vérapamil ou nitroprussiate. Chez l'hypotendu, l'agent est l'adrénaline intracoronaire, 50 à 200 µg. Par un microcathéter ou un ballon monté sur guide (OTW) — guide retiré et lumière centrale purgée de son air —, au-delà du stent, jamais par le seul cathéter guide.

4. Répéter et associer. Bolus itératifs. Changer de classe si absence de réponse après deux à trois bolus. Ajouter un inhibiteur des GPIIb/IIIa si la charge thrombotique est en cause.

5. Réévaluer et documenter. Nouvelle acquisition longue, cotation du flux TIMI et du blush. Si le flux remonte, s'arrêter là et ne pas surcharger le geste.

7.2. Les molécules, les doses, les mécanismes

Le tableau ci-dessous reprend les agents et les posologies retenus par le diaporama source, complétés des précautions d'emploi.

AgentMécanismeVoie et dosePrécautions
AdénosineNucléoside purique : baisse la résistance artériolaire, ouvre les canaux potassiques ATP-dépendants, inhibe la migration des polynucléaires, la production de superoxyde et la libération d'endothélineIntracoronaire : bolus de 48 à 200 µg, répétables — c'est le plafond par bolus retenu pour l'enseignement. La perfusion intraveineuse de 70 µg/kg/min pendant 3 h est le régime d'AMISTAD-II, dont le critère principal était neutre : elle n'est pas validée dans cette indicationBloc auriculo-ventriculaire et asystolie transitoires, surtout en coronaire droite : ce bloc passe par les récepteurs A1 et résiste largement à l'atropine — les parades sont la brièveté de la demi-vie, l'entraînement électrosystolique temporaire et l'aminophylline. Bronchospasme. Demi-vie de quelques secondes : l'effet est bref, d'où les bolus répétés. Par voie intraveineuse prolongée, hypotension systémique soutenue
VérapamilInhibiteur calcique : vasodilatation artériolaire, levée du spasme microvasculaireIntracoronaire : 100 à 250 µg en bolus, ou 100 µg/min jusqu'à 1 000 µgBradycardie, bloc, hypotension, inotropisme négatif. Ce bloc-là, contrairement à celui de l'adénosine, répond à l'atropine. À éviter en cas de dysfonction ventriculaire sévère ou de bas débit
DiltiazemInhibiteur calciqueIntracoronaire : 400 µgMêmes précautions, effet chronotrope un peu moindre ; son bloc répond lui aussi à l'atropine
NicardipineDihydropyridine : vasodilatation artériolaire pureIntracoronaire : 50 à 200 µg, jusqu'à 500 µgPas d'effet sur la conduction — utile en coronaire droite. Hypotension
Nitroprussiate de sodiumDonneur de monoxyde d'azote, indépendant de l'endothéliumIntracoronaire : 50 à 200 µg en bolus, répétablesHypotension marquée et rapide. Photosensible, à protéger de la lumière
NicorandilOuvreur des canaux potassiques ATP-dépendants et donneur de monoxyde d'azote ; effet possible sur le pore mitochondrialIntracoronaire : 2 mg ; intraveineux : 8 mg/hDisponibilité variable selon les pays
Inhibiteurs des GPIIb/IIIaBlocage de la voie finale de l'agrégation plaquettaireIntracoronaire ou intraveineux selon la molécule ; eptifibatide et tirofiban aux doses habituellesRisque hémorragique. L'abciximab, largement étudié dans cette indication, n'est plus commercialisé : les données le concernant ne sont pas transposables telles quelles
AdrénalineVasodilatation coronaire par effet bêta-2 associée à un soutien de la pression de perfusionIntracoronaire : 50 à 200 µgC'est l'agent à retenir chez le patient hypotendu, chez qui tous les autres vasodilatateurs sont dangereux : elle seule associe l'action microvasculaire au maintien de la pression de perfusion. Arythmogène : scope, pression sanglante, équipe prévenue
Figure 8 — Où agit chaque famille de médicaments dans le lit microvasculaire. Suivez le vaisseau de gauche à droite, du stent vers le capillaire, et repérez à chaque étage la cible atteinte. Sur l'artériole, les vasodilatateurs : l'adénosine et les inhibiteurs calciques relâchent la paroi musculaire lisse, les donneurs de monoxyde d'azote agissent indépendamment de l'endothélium lésé. Sur le thrombus et les agrégats plaquettaires, les inhibiteurs des récepteurs GPIIb/IIIa. Notez maintenant les deux cibles que ces flèches n'atteignent pas : le capillaire écrasé par le myocyte œdémateux, et la mitochondrie dont le pore est ouvert. Ces deux zones restées sans flèche sont l'illustration exacte de la phrase à retenir : un seul agent ne peut pas suffire.

Deux données d'essai éclairent le choix. Pour l'adénosine intracoronaire pendant l'angioplastie primaire, la méta-analyse de Polimeni et coll., qui regroupe 13 essais et 1 487 patients, montre une amélioration significative de la résolution du segment ST — risque relatif 1,20, intervalle de confiance à 95 % de 1,05 à 1,38 — mais aussi une réduction des événements cardiovasculaires majeurs, à court terme (risque relatif 0,62 ; 0,39 à 0,98) comme à long terme (0,61 ; 0,39 à 0,95), et une réduction de l'insuffisance cardiaque (0,50 ; 0,28 à 0,89). Le signal le plus net porte donc bien sur le tissu et non sur le tuyau — mais il ne s'arrête pas au critère de substitution. Pour l'abciximab intracoronaire, l'essai monocentrique de Thiele et coll. avait montré, chez 154 patients avec évaluation par IRM à 30 jours, une réduction de la taille d'infarctus et de l'obstruction microvasculaire par rapport à la voie intraveineuse — résultat non confirmé sur les critères cliniques par l'essai multicentrique ultérieur, mais qui a durablement installé l'idée que la voie d'administration compte autant que la molécule.

7.3. Intracoronaire ou intraveineux

La logique est purement pharmacocinétique. Une molécule à demi-vie très courte comme l'adénosine, administrée par voie veineuse périphérique, est largement dégradée avant d'atteindre le lit coronaire, et sa concentration locale est faible au prix d'effets systémiques importants. Administrée en intracoronaire, en aval de la lésion, elle atteint une concentration locale élevée dans le territoire visé, avec peu d'effets systémiques.

Cette logique s'étend aux inhibiteurs des GPIIb/IIIa : l'idée d'une concentration locale élevée au contact direct du thrombus et du lit distal est séduisante et physiologiquement fondée. Le bénéfice clinique, lui, reste débattu. Retenez la règle générale : en cas de no-reflow, la voie intracoronaire distale est la voie de première intention pour les vasodilatateurs. La voie intraveineuse n'en est pas l'équivalent différé : la perfusion prolongée d'adénosine, régime testé dans AMISTAD-II, n'a pas atteint son critère principal, expose à une hypotension systémique soutenue — exactement ce qu'il faut éviter ici — et n'est pas recommandée dans cette indication.

7.4. La sécurité de l'injection intracoronaire

🛡️ Sécurité — avant d'injecter dans une coronaire Diluez et étiquetez. L'adénosine se prépare à une concentration permettant des bolus de 48 à 200 µg dans 2 à 5 mL de sérum salé ; le vérapamil et le nitroprussiate doivent être dilués et l'ampoule vérifiée à voix haute. Les erreurs de dose intracoronaire sont d'un facteur dix, pas de 20 %. Anticipez la bradycardie, et sachez quelle parade correspond à quelle molécule. En coronaire droite ou en circonflexe dominante, l'adénosine, le vérapamil et le diltiazem produisent tous un bloc auriculo-ventriculaire de haut degré transitoire — mais ils ne se traitent pas de la même façon. Le bloc de l'adénosine passe par les récepteurs A1 et résiste largement à l'atropine : ce qui le rend acceptable, c'est la brièveté de sa demi-vie ; ce qui le sécurise, c'est une sonde d'entraînement électrosystolique en place ou immédiatement disponible et, s'il se prolonge, l'aminophylline, antagoniste des récepteurs de l'adénosine. Le bloc du vérapamil et du diltiazem, lui, répond à l'atropine. Prévenez l'équipe avant d'injecter. Anticipez l'hypotension. Le nitroprussiate peut faire chuter la pression en quelques secondes : pression sanglante affichée, remplissage prêt, vasopresseur accessible. Ne jamais injecter dans un cathéter guide amorti : vérifiez la courbe de pression avant chaque bolus, désengagez si elle est ventricularisée. Purgez l'air : une bulle injectée dans une coronaire déjà en no-reflow est une catastrophe évitable.

8. Après la salle : surveillance, imagerie et suivi

8.1. Les premières vingt-quatre heures

Un patient ayant présenté un no-reflow est un patient à haut risque à court terme. La surveillance en unité de soins intensifs cardiologiques comporte quelques exigences propres.

  • Monitorage rythmique prolongé : le myocarde reperfusé de façon hétérogène est arythmogène, avec un pic de risque dans les 24 à 48 premières heures.
  • Électrocardiogrammes répétés à 60 et 90 minutes, puis quotidiens : la cinétique de résolution du ST est le meilleur marqueur non invasif de reperfusion tissulaire.
  • Surveillance hémodynamique : le no-reflow étendu se complique de bas débit et d'insuffisance cardiaque ; l'échographie pulmonaire est un excellent outil de dépistage précoce (voir, dans la discipline Insuffisance cardiaque, le cours 42, Échographie pulmonaire dans l'insuffisance cardiaque).
  • Éviter l'agression supplémentaire : pas de bêtabloquant intraveineux chez un patient limite, prudence avec les produits de contraste supplémentaires, contrôle glycémique raisonnable.

8.2. L'imagerie de stratification

L'échocardiographie précoce, dans les 24 à 72 heures, chiffre la fraction d'éjection, recherche un thrombus apical — dont le risque est majoré dans les infarctus antérieurs étendus à microcirculation détruite — et dépiste les complications mécaniques. Elle sera répétée à distance.

L'IRM cardiaque, réalisée entre le troisième et le septième jour, est l'examen qui donne le pronostic le plus fin : taille d'infarctus, masse d'obstruction microvasculaire, présence d'une hémorragie intramyocardique, viabilité résiduelle. Elle n'est pas indispensable à la prise en charge courante, mais elle est précieuse chez les patients à fonction ventriculaire altérée, chez qui la décision de dispositif implantable se posera.

8.3. Le traitement de sortie et le message au patient

Le traitement de sortie ne diffère pas de celui d'un infarctus sans no-reflow — bithérapie antiplaquettaire, statine de haute intensité, inhibiteur du système rénine-angiotensine, bêtabloquant, et antagoniste des récepteurs minéralocorticoïdes en cas de dysfonction ventriculaire (voir, dans la discipline Cardiologie générale, le cours 30, Syndromes coronariens aigus). Trois points méritent une attention particulière.

  • La réévaluation de la fraction d'éjection à six à douze semaines conditionne l'indication d'un défibrillateur en prévention primaire ; le no-reflow étendu est précisément la situation où la récupération est incomplète (voir, dans la discipline Insuffisance cardiaque, le cours 53, Le défibrillateur automatique implantable en prévention primaire).
  • L'observance de la bithérapie antiplaquettaire doit être expliquée avec un soin particulier : ces patients cumulent souvent stent long, charge thrombotique élevée et lit d'aval altéré.
  • Le message au patient doit être honnête sans être anxiogène : l'artère a été rouverte, une partie du muscle a néanmoins souffert, et la récupération se jugera dans les semaines qui viennent. Cela prépare aussi l'annonce d'une éventuelle dysfonction ventriculaire persistante.

9. Prévenir en salle : la stratégie qui protège la microcirculation — pour aller plus loin

📘 À partir d'ici

Ce qui précède suffit au cardiologue qui pose l'indication de reperfusion, prépare le patient et assure son suivi. La suite s'adresse à l'opérateur en salle de cathétérisme : choix du matériel, gestes, astuces techniques et gestion des incidents.

9.1. Les cinq consignes du diaporama

La prévention en salle tient, dans le support source, en cinq lignes que l'on peut afficher au mur d'une salle de cathétérisme.

  1. Optimiser les délais de reperfusion — y compris les délais internes : temps porte-salle, temps salle-guide.
  2. Bien dimensionner la lésion et choisir un stent adapté.
  3. Éviter les gros ballons pour la prédilatation : cela minimise les dissections et l'embolisation distale.
  4. Éviter les hautes pressions d'inflation.
  5. Penser à l'attitude minimaliste en cas de charge thrombotique importante avec flux TIMI 3, avec recours aux inhibiteurs des GPIIb/IIIa.

Derrière chaque ligne, un raisonnement mécanique simple : tout ce qui écrase de la plaque envoie du matériel en aval. La question n'est pas d'éviter d'écraser — il faut bien ouvrir — mais d'écraser le moins de fois possible, le plus doucement possible, et de préférence une seule fois.

9.2. Dimensionner, prédilater, implanter

Quelques principes de conduite technique découlent directement de cette logique.

  • Abord radial chaque fois que possible : la réduction des complications hémorragiques et de la mortalité est établie, et un patient qui saigne est un patient chez qui l'on interrompt les antithrombotiques.
  • Franchissement doux : guide à extrémité souple, mouvements minimaux dans le thrombus, éviter les allers-retours répétés du guide dans le segment coupable.
  • Prédilatation sous-dimensionnée lorsqu'elle est nécessaire, avec un ballon de rapport ballon-artère nettement inférieur à 1 : l'objectif est de créer un passage, pas d'obtenir un résultat.
  • Envisager le stenting direct lorsque l'anatomie s'y prête : moins de manipulations, moins d'embolisation.
  • Éviter les post-dilatations inutiles et les hautes pressions dans un segment très thrombotique ; l'optimisation fine peut souvent attendre le contrôle différé.
  • Traiter d'abord la lésion coupable ; les lésions non coupables relèvent d'une procédure ultérieure programmée. Allonger la procédure initiale, c'est allonger l'ischémie et multiplier les injections.

9.3. La dernière vérification : l'épicardique doit être parfait

Le diaporama en fait, à juste titre, une consigne à part entière : s'assurer que l'artère épicardique est traitée de façon optimale. Avant de conclure au no-reflow, quatre vérifications, dans cet ordre.

  1. Dissection à la sortie du stent — la cause la plus fréquemment méconnue.
  2. Hématome en aval du stent ou sténose résiduelle significative.
  3. Thrombose suraiguë de stent — elle survient sur la table, en quelques minutes, chez un patient insuffisamment inhibé.
  4. Spasme de l'artère épicardique — test à l'isosorbide dinitrate intracoronaire, 1 à 3 mg.

Si l'un de ces quatre éléments est présent, le traitement est mécanique et non pharmacologique. C'est aussi le moment de se rappeler que la sous-expansion du stent se voit mal en angiographie et bien en imagerie endocoronaire.

10. Thromboaspiration et protection embolique : ce qu'il en reste — pour aller plus loin

10.1. TAPAS : l'espoir

L'essai TAPAS, monocentrique, randomisé, ouvert, a comparé chez 1 071 patients avec infarctus ST+ une thromboaspiration manuelle systématique associée à l'angioplastie contre l'angioplastie seule. Le critère principal, un blush myocardique de grade 0 ou 1, était atteint chez 17,1 % des patients aspirés contre 26,3 % des patients non aspirés (p inférieur à 0,001). La mortalité à 30 jours était de 2,1 % contre 4,0 % (p = 0,07). À un an, le chiffre le plus souvent cité — 3,6 % contre 6,7 % (p = 0,02) — est la mortalité cardiaque, et non la mortalité toutes causes, qui était de 4,7 % contre 7,6 %. La confusion entre les deux circule largement : elle vaut d'être connue. Le raisonnement paraissait bouclé : moins d'embolisation distale, meilleure perfusion tissulaire, meilleure survie.

10.2. TOTAL : la fin de la routine

L'essai TOTAL, multicentrique, randomisé, ouvert, en population non sélectionnée, a repris la même question sur 10 732 patients, avec randomisation avant l'angiographie. Le critère principal — décès cardiovasculaire, réinfarctus, choc cardiogénique ou insuffisance cardiaque de classe IV à 180 jours — était de 6,9 % dans le groupe thromboaspiration contre 7,0 % dans le groupe angioplastie seule (rapport de risque 0,99 ; intervalle de confiance à 95 % de 0,85 à 1,15 ; p = 0,86). Et le critère de sécurité a tranché : accident vasculaire cérébral à 30 jours 0,7 % contre 0,3 % (p = 0,02).

TAPASTOTAL
Effectif1 07110 732
DesignMonocentrique, randomisation après angiographieMulticentrique, randomisation avant angiographie, tout-venant
Critère principalBlush 0-1 : 17,1 % contre 26,3 % (p inférieur à 0,001)Décès CV, IDM, choc, IC IV à 180 j : 6,9 % contre 7,0 % (rapport de risque 0,99 ; IC 95 % 0,85-1,15 ; p = 0,86)
Mortalité1 an, mortalité cardiaque : 3,6 % contre 6,7 % (p = 0,02) ; toutes causes : 4,7 % contre 7,6 %Pas de différence
SécuritéNon signaléeAVC à 30 j : 0,7 % contre 0,3 % (p = 0,02)
ConclusionAmélioration des critères angiographiques de reperfusionPas d'impact clinique, excès d'AVC
⛔ La thromboaspiration systématique n'a plus sa place Les recommandations européennes sur les syndromes coronariens aigus classent la thromboaspiration manuelle systématique en classe III : elle ne doit pas être réalisée en routine au cours de l'angioplastie primaire. La raison n'est pas seulement l'absence de bénéfice : c'est l'excès d'accidents vasculaires cérébraux. Le débat pédagogique classique — « TAPAS était positif, pourquoi a-t-on changé ? » — se résout en regardant les critères de jugement : TAPAS a démontré un effet sur des critères angiographiques, TOTAL a démontré l'absence d'effet sur des critères cliniques avec dix fois plus de patients. Un critère de substitution amélioré n'est pas un patient sauvé.

10.3. Ce qu'il reste : le sauvetage, et la protection embolique

Le diaporama défend une position nuancée et cliniquement juste : si la charge thrombotique est importante, la thromboaspiration garde sa place. Les situations où elle se discute encore, à titre de sauvetage et non de routine :

  • Flux TIMI 0 avec occlusion thrombotique massive et présentation précoce.
  • Charge thrombotique majeure empêchant le franchissement ou la visualisation de la lésion.
  • Thrombus volumineux dans un gros vaisseau, typiquement une coronaire droite dominante.
  • No-reflow déjà installé avec thrombus persistant visible malgré le traitement pharmacologique.

Les dispositifs de protection embolique distale — filtres, ballons d'occlusion — n'ont pas fait la preuve d'un bénéfice dans l'artère coronaire native au cours de l'infarctus, et ne sont pas recommandés en routine. Leur indication reconnue reste l'angioplastie des pontages veineux saphènes, contexte où la charge athéro-embolique est d'une autre nature. Enfin, le stenting différé systématique — rouvrir, laisser le thrombus se lyser sous antithrombotiques, revenir implanter à 48 heures — a été évalué et n'a pas montré de bénéfice clinique ; il reste une option ponctuelle, réfléchie, chez un patient à flux TIMI 3 avec charge thrombotique massive et lésion résiduelle peu serrée.

11. Délivrer le médicament au bon endroit — pour aller plus loin

11.1. Pourquoi l'injection dans le cathéter guide échoue

C'est le point le plus sous-estimé de tout le sujet, et le diaporama en fait l'un de ses messages finaux. Injecter un vasodilatateur dans le cathéter guide, en amont d'un stent implanté dans une artère à flux nul ou très ralenti, revient à déposer le médicament dans une colonne de sang qui n'avance pas. La molécule stagne, se dilue, part dans les branches perméables voisines — et n'atteint jamais le lit d'aval qui en aurait besoin. Le paradoxe est cruel : plus le no-reflow est sévère, moins le médicament injecté en proximal arrive à destination.

À cela s'ajoute un second problème : la demi-vie de l'adénosine se compte en secondes. Une molécule qui met dix secondes à descendre est une molécule largement dégradée à l'arrivée.

11.2. Les trois solutions techniques

Trois dispositifs permettent de porter le médicament au-delà du stent, dans le lit distal.

DispositifPrincipeAvantagesLimites
MicrocathéterAvancé sur le guide au-delà du stent, il délivre le bolus directement dans le segment distalSimple, disponible, solution de première intention. Permet aussi une mesure de pression distaleOccupe la lumière ; nécessite un guide bien positionné et un support suffisant
Ballon à échange sur guide (OTW)Ballon monté sur guide, guide retiré, purge de l'air, puis injection par la lumière centrale en distalitéSouvent déjà sur la table ; permet d'associer une inflation douce si nécessairePurge de l'air impérative ; perte temporaire du guide, donc perte d'accès distal
Ballon perforéBallon conventionnel perforé au bistouri ou à l'aiguille, gonflé à basse pression : le liquide s'échappe par les micro-orifices et diffuse dans le lit distalDiffusion homogène sur toute la longueur du segment ; coût nul, matériel immédiatement disponibleTechnique artisanale, non standardisée ; contrôle imprécis de la dose délivrée ; à réserver aux opérateurs entraînés

La série publiée par Patel et coll. sur la technique du ballon perforé illustre le potentiel de cette approche : sur 1 634 angioplasties, la technique a été utilisée chez 24 patients (1,5 %) pour instiller de l'adénosine dans le lit distal ; un flux TIMI 3 a été obtenu chez 21 d'entre eux, soit 87,5 %, un flux TIMI 2 chez 2 patients (8,3 %), et l'échec a concerné un seul patient (4,2 %). Effectif faible, série non contrôlée — mais le principe physique est solide et le rapport bénéfice-coût remarquable.

Figure 9 — Trois façons de porter le médicament au-delà du stent. Comparez d'abord le panneau d'échec, en haut : le produit injecté par le cathéter guide se dilue dans une colonne de sang immobile et n'atteint jamais le lit d'aval — les flèches s'arrêtent avant le stent. Regardez ensuite les trois solutions. Avec le microcathéter, l'extrémité du dispositif dépasse le stent et le produit sort dans le segment distal. Avec le ballon monté sur guide, le guide a été retiré, la lumière centrale a été purgée de son air, et l'injection se fait par cette lumière. Avec le ballon perforé, gonflé à basse pression, le liquide s'échappe par une série de micro-orifices et diffuse sur toute la longueur du segment. Notez que dans les trois cas, le point de sortie est en aval du stent.

11.3. Le protocole pratique

Une séquence reproductible, qui gagne à être écrite dans le protocole de service :

  1. Diluer et étiqueter les vasodilatateurs dès le constat du no-reflow ; désigner une personne pour la préparation.
  2. Avancer le microcathéter sur le guide déjà en place, au-delà du stent, dans le tiers distal du vaisseau.
  3. Purger soigneusement — vérification visuelle de l'absence de bulle.
  4. Injecter le premier bolus lentement, en surveillant l'électrocardiogramme et la pression sanglante.
  5. Réévaluer après 30 à 60 secondes par une injection longue avec cotation du flux et du blush.
  6. Répéter deux à trois fois ; changer de classe en l'absence de réponse ; associer un inhibiteur des GPIIb/IIIa si le thrombus est en cause.
  7. Consigner dans le compte rendu : agent, dose totale, voie, flux TIMI et blush avant et après. Cette traçabilité conditionne l'interprétation du suivi.

12. No-reflow réfractaire et instabilité hémodynamique — pour aller plus loin

12.1. Reconnaître l'échec, et savoir s'arrêter

Le no-reflow réfractaire se définit par la persistance d'un flux TIMI inférieur ou égal à 2 après épuisement raisonnable des options pharmacologiques — typiquement deux classes de vasodilatateurs délivrées en distalité, associées le cas échéant à un inhibiteur des GPIIb/IIIa. C'est la situation la plus difficile de la salle, et elle exige deux décisions simultanées et contradictoires : ne pas abandonner trop vite, et ne pas s'acharner.

Les arguments pour s'arrêter : la durée d'exposition aux rayons et au produit de contraste, le risque de néphropathie chez un patient déjà en bas débit, le risque de dissection et de complication liée au matériel à mesure que la procédure s'allonge, et le fait qu'un lit capillaire anatomiquement détruit ne se rouvrira pas. Les arguments pour insister : le no-reflow transitoire a un bien meilleur pronostic que le persistant, et un changement de voie d'administration transforme parfois complètement le résultat après plusieurs injections proximales inefficaces.

12.2. Soutenir l'hémodynamique

Le no-reflow étendu d'un territoire antérieur peut faire basculer un patient stable en choc cardiogénique en quelques minutes. La conduite est celle du choc cardiogénique de l'infarctus, avec deux particularités.

  • La pression de perfusion coronaire est le paramètre à défendre : la microcirculation lésée perd son autorégulation et devient directement dépendante de la pression aortique diastolique. Une hypotension aggrave immédiatement le no-reflow — d'où la prudence extrême avec les vasodilatateurs chez un patient limite, et le fait que l'adrénaline intracoronaire soit, chez l'hypotendu, l'agent de choix.
  • La contre-pulsion intra-aortique n'est pas recommandée en routine dans le choc cardiogénique de l'infarctus. Les dispositifs d'assistance micro-axiale relèvent d'une discussion en équipe, au cas par cas (voir, dans la discipline Insuffisance cardiaque, le cours 56, Assistance circulatoire de courte durée).

S'y ajoutent les mesures de base, qui font souvent la différence : correction de l'hypovolémie relative avant d'introduire une amine, gestion des bradycardies — atropine si le bloc relève d'un inhibiteur calcique, entraînement électrosystolique temporaire d'emblée s'il relève de l'adénosine, qui y résiste, et traitement immédiat des arythmies ventriculaires de reperfusion.

12.3. Les pistes en évaluation

Plusieurs approches non pharmacologiques visent spécifiquement la microcirculation et méritent d'être connues, sans être aujourd'hui de pratique courante : l'oxygénothérapie hyperoxémique supersaturée délivrée par voie intracoronaire après angioplastie d'un infarctus antérieur, l'occlusion intermittente du sinus coronaire contrôlée par la pression, qui vise à redistribuer le flux vers la zone d'infarctus par voie veineuse, et les stratégies d'hypothermie thérapeutique précoce, dont les résultats sont jusqu'ici décevants. Aucune n'a le niveau de preuve qui permettrait de la recommander largement.

📚 Pour approfondir dans cette discipline Le diagnostic différentiel majeur du no-reflow survenant sur la table est traité en détail dans le cours consacré à la thrombose de stent ; les autres incidents périprocéduraux — dissection, perforation, no-flow d'origine mécanique, complications liées au matériel — font l'objet du cours consacré aux complications de l'angioplastie. Pour la stratégie de reperfusion et le traitement médical de l'infarctus, voir, dans la discipline Cardiologie générale, le cours 30, Syndromes coronariens aigus.

13. Points clés à retenir

⭐ Points clés à retenir
  • Le no-reflow est une perfusion myocardique tissulaire insuffisante malgré une artère épicardique rouverte, une fois écartées dissection, thrombus, spasme et sténose résiduelle. C'est un diagnostic d'élimination.
  • Définition angiographique de travail : flux TIMI inférieur ou égal à 2, ou TIMI 3 avec blush myocardique inférieur à 2. Un flux TIMI 3 n'exclut pas le no-reflow — il faut coter le blush.
  • Quatre mécanismes convergent : lésion d'ischémie, lésion de reperfusion, embolisation distale (matériel solide et soluble), susceptibilité individuelle. Mécanisme multifactoriel, donc un seul agent est insuffisant.
  • L'incidence va de 3 à 15 % tous critères diagnostiques confondus — 8 % de no-reflow angiographique dans une série de Sfax de 2012-2013 rapportée dans le support de référence — et atteint 50 à 60 % si l'on retient l'obstruction microvasculaire en IRM.
  • Le pronostic est mauvais : sur 291 380 patients, excès de mortalité hospitalière, de réinfarctus, de choc et d'insuffisance cardiaque. En IRM, la masse d'obstruction microvasculaire est un facteur indépendant de mortalité à un an (2,3 %, 4,0 %, 7,0 % par tertiles croissants).
  • Le no-reflow persistant est plus grave que le transitoire : c'est l'argument pour insister, changer d'agent et changer de voie plutôt que de conclure trop vite.
  • Les prédicteurs indépendants : SYNTAX élevé, stent long, Killip élevé, délai douleur-ballon supérieur ou égal à 4 h, charge thrombotique élevée, fraction d'éjection basse, âge. Un score sert à préparer, pas à décider.
  • Prévention supérieure à traitement. Le premier levier est le temps ; le deuxième, un traitement antiplaquettaire puissant et vérifié — le ticagrélor réduit l'incidence du no-reflow par rapport au clopidogrel ; le troisième, un geste économe : stent bien dimensionné, prédilatation sous-dimensionnée, pressions modérées.
  • Traitement : vasodilatateurs intracoronaires. Adénosine 48 à 200 µg par bolus, répétables, en première intention chez un patient dont la pression est conservée ; vérapamil 100 à 250 µg ; nicardipine 50 à 200 µg (sans effet sur la conduction) ; nitroprussiate 50 à 200 µg. Chez l'hypotendu, l'agent est l'adrénaline intracoronaire, 50 à 200 µg. La perfusion intraveineuse prolongée d'adénosine (AMISTAD-II) n'est pas validée dans cette indication.
  • Le bloc auriculo-ventriculaire de l'adénosine ne se traite pas comme celui des inhibiteurs calciques. Il passe par les récepteurs A1 et résiste largement à l'atropine : on compte sur la brièveté de la demi-vie, sur l'entraînement électrosystolique temporaire et, s'il se prolonge, sur l'aminophylline. Le bloc du vérapamil et du diltiazem, lui, répond à l'atropine.
  • La voie compte autant que la molécule : injectée dans le cathéter guide, la molécule n'atteint pas un lit qui ne circule pas. Microcathéter, ballon sur guide purgé de son air, ou ballon perforé — au-delà du stent.
  • La thromboaspiration systématique est en classe III depuis TOTAL (pas de bénéfice clinique, excès d'accidents vasculaires cérébraux). Elle garde une place de sauvetage en cas de charge thrombotique majeure.
  • Aucune cardioprotection pharmacologique n'est recommandée : la ciclosporine, positive dans une étude pilote, a été négative dans CIRCUS ; post-conditionnement et préconditionnement à distance également neutres.
  • Après la salle : monitorage rythmique, cinétique de résolution du ST, échocardiographie précoce puis réévaluation de la fraction d'éjection à six à douze semaines — c'est elle qui décidera du défibrillateur.

14. Pièges fréquents

⚠️ Pièges fréquents
  • Conclure à une reperfusion réussie sur le seul flux TIMI 3. Le TIMI décrit le tuyau. Sans cotation du blush ni contrôle de la résolution du segment ST, un no-reflow tissulaire passe totalement inaperçu.
  • Baptiser « no-reflow » une dissection, un hématome ou une sous-expansion. Ce sont des problèmes mécaniques qui appellent un geste, pas une injection. L'imagerie endocoronaire tranche en une acquisition.
  • Injecter le vasodilatateur par le cathéter guide. Dans une artère à flux nul, le produit stagne en amont et n'arrive pas. Il faut un microcathéter, un ballon sur guide ou un ballon perforé, au-delà du stent.
  • Oublier de purger l'air du ballon sur guide avant d'injecter. Une bulle envoyée dans une coronaire déjà en no-reflow est une complication entièrement évitable.
  • Compter sur l'atropine pour lever un bloc induit par l'adénosine. Ce bloc passe par les récepteurs A1 et y résiste largement. Ce qui protège le patient, c'est la demi-vie de quelques secondes, la sonde d'entraînement électrosystolique disponible et, si le bloc se prolonge, l'aminophylline. L'atropine garde en revanche toute sa place devant le bloc du vérapamil ou du diltiazem : c'est la distinction à faire avant d'injecter, pas après.
  • Donner un vasodilatateur à un patient hypotendu sans support. La microcirculation lésée dépend directement de la pression aortique diastolique : une chute de pression aggrave le no-reflow. Chez l'hypotendu, l'agent à retenir est l'adrénaline intracoronaire — ni le nitroprussiate, ni un inhibiteur calcique.
  • Transposer l'adénosine intracoronaire en perfusion intraveineuse prolongée. Le régime de 70 µg/kg/min pendant trois heures est celui d'AMISTAD-II, dont le critère principal était neutre : il n'est pas recommandé et expose à une hypotension systémique soutenue, c'est-à-dire précisément à ce qui aggrave un no-reflow.
  • Injecter dans un cathéter guide amorti ou ventricularisé. La pression est amputée, le produit ne descend pas et l'ischémie s'aggrave. Vérifier la courbe de pression avant chaque bolus.
  • Considérer que la dose de charge orale prescrite équivaut à une inhibition plaquettaire effective. Douleur, morphine et vomissements retardent l'absorption ; le patient peut être non inhibé au moment du geste.
  • Prédilater avec un ballon trop gros ou à haute pression dans une lésion très thrombotique. C'est la façon la plus efficace de fabriquer une embolisation distale que rien ne rattrapera.
  • Traiter les lésions non coupables dans le même temps chez un patient en infarctus instable. Chaque minute et chaque injection supplémentaires se paient sur la microcirculation.
  • Faire une thromboaspiration systématique. Elle est en classe III : pas de bénéfice clinique et excès d'accidents vasculaires cérébraux. Elle se discute en sauvetage, sur charge thrombotique majeure.
  • Renoncer après deux bolus proximaux inefficaces. L'échec vient souvent de la voie d'administration, pas de la molécule : avant de conclure au réfractaire, il faut avoir injecté en distalité.
  • Extrapoler les données de l'abciximab intracoronaire à la pratique actuelle. Cette molécule n'est plus commercialisée ; les essais qui la concernent ne se transposent pas directement aux autres inhibiteurs des GPIIb/IIIa.
  • Ignorer un no-reflow parce qu'il s'est corrigé. Même transitoire, il identifie un patient à risque de remodelage : la fraction d'éjection doit être réévaluée à distance.
  • Croire qu'une cardioprotection pharmacologique va rattraper le retard. Ciclosporine, post-conditionnement et préconditionnement à distance ont tous échoué sur les critères cliniques. Le seul traitement qui marche s'appelle le temps.

Sources

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Cours de la Pr Ag Yosra Messaoudi, Faculté de Médecine de Sousse.

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