- Définir le no-reflow comme une perfusion myocardique tissulaire insuffisante malgré la recanalisation de l'artère épicardique, et justifier qu'il s'agit d'un diagnostic d'élimination
- Énoncer la définition angiographique de travail — flux TIMI inférieur ou égal à 2, ou flux TIMI 3 avec blush myocardique inférieur à 2 — et expliquer pourquoi un flux TIMI 3 n'exclut pas le diagnostic
- Énumérer les causes mécaniques à écarter avant toute injection de vasodilatateur, et décrire la séquence de vérification correspondante en salle de cathétérisme
- Expliquer les quatre mécanismes du no-reflow — lésion d'ischémie, lésion de reperfusion, embolisation distale, susceptibilité individuelle — et en déduire pourquoi un agent isolé ne peut pas suffire
- Classer les outils diagnostiques selon le lieu et le moment — angiographie et guide Doppler en salle, résolution du segment ST en soins intensifs, échographie de contraste et IRM avant la sortie — avec leurs seuils respectifs
- Relier l'incidence rapportée au critère diagnostique retenu, et situer la fourchette de 3 à 15 % du support de référence — tous critères confondus, et non une incidence angiographique — face aux 50 à 60 % d'obstruction microvasculaire retrouvés en IRM
- Exposer le pronostic hospitalier et à un an du no-reflow, en citant la relation dose-effet entre masse d'obstruction microvasculaire et événements cliniques
- Reconnaître les prédicteurs indépendants de no-reflow avant et pendant la coronarographie, et expliquer comment un score de risque modifie la préparation sans modifier l'indication
- Choisir les mesures de prévention efficaces — réduction du délai douleur-ballon, inhibition plaquettaire puissante et vérifiée, geste économe — et énoncer ce qui a échoué en cardioprotection pharmacologique
- Dérouler la conduite d'urgence devant un no-reflow constaté sur la table, en respectant l'ordre : vérifier l'épicardique, stabiliser, injecter en distalité, répéter et associer, réévaluer et documenter
- Choisir l'agent intracoronaire adapté à la situation hémodynamique et au vaisseau concerné — l'adénosine en première intention si la pression est conservée, l'adrénaline chez l'hypotendu —, citer les posologies correspondantes et distinguer la parade du bloc induit par l'adénosine de celle du bloc induit par les inhibiteurs calciques
- Expliquer pourquoi la voie d'administration compte autant que la molécule, et décrire les trois techniques de délivrance distale : microcathéter, ballon monté sur guide, ballon perforé
1. Définir le no-reflow : l'artère est ouverte, le myocarde reste fermé
1.1. Le constat qui a déplacé la cible
Pendant vingt ans, la réussite d'une angioplastie primaire s'est mesurée à une image : le tronc épicardique redevenu perméable, opacifié jusqu'à son extrémité distale. Cette image reste nécessaire. Elle n'est pas suffisante. Chez une fraction non négligeable des patients, l'artère est parfaitement ouverte et le muscle qu'elle irrigue ne se reperfuse pas. C'est le no-reflow, et c'est aujourd'hui la limite principale de la reperfusion mécanique de l'infarctus.
Rezkalla et Kloner résumaient ce déplacement en 2002 : les deux décennies précédentes avaient été celles de la reperfusion des gros troncs épicardiques, la suivante serait celle de la perfusion microvasculaire. Vingt ans plus tard, la prédiction est devenue le programme. Le lit microcirculatoire — vaisseaux de moins de 500 µm : pré-artérioles, artérioles, capillaires et veinules, soit l'immense majorité du volume vasculaire coronaire — est devenu la cible que l'on ne sait ni bien voir, ni bien atteindre, ni bien protéger.
La formule qui ouvre ce cours est volontairement simple, et elle suffit à orienter toute la conduite : vous avez rouvert le tuyau, vous n'avez pas rouvert le tissu. Tant que cette distinction n'est pas faite, on se rassure sur une angiographie normale devant un patient dont l'infarctus continue de s'étendre.
1.2. Les trois définitions opérationnelles
Il n'existe pas de définition unique du no-reflow, et c'est la première difficulté du sujet : l'incidence rapportée, les facteurs de risque identifiés et l'effet des traitements dépendent tous du critère choisi. Le diaporama source en retient la formulation clinique la plus utile :
Altération de la perfusion myocardique au niveau tissulaire malgré la recanalisation de l'artère épicardique, en l'absence de dissection, de thrombus résiduel, de spasme épicardique ou de sténose résiduelle significative.
Trois familles de critères la traduisent en pratique, selon le lieu et le moment où l'on se trouve.
| Où | Outil | Critère de no-reflow | Ce que cela mesure vraiment |
|---|---|---|---|
| En salle de cathétérisme | Angiographie | Flux TIMI final inférieur ou égal à 2 ; ou TIMI 3 avec un blush myocardique (MBG) inférieur à 2 | Le débit épicardique, et — par le blush — l'opacification du tissu |
| En salle de cathétérisme | Guide Doppler | Flux systolique rétrograde, flux systolique antérograde diminué, décélération rapide du flux diastolique | La résistance du lit d'aval, en temps réel |
| En unité de soins intensifs | Électrocardiogramme | Absence de résolution du sus-décalage de ST — réduction inférieure à 30 % — à 60 ou 90 minutes de la reperfusion. Les études retiennent selon les cas un seuil d'inclusion de 50 % ou de 70 %, ce qui explique une large part de la dispersion des incidences publiées | La reperfusion électrique du myocarde — le seul critère disponible partout |
| Avant la sortie | Échographie de contraste myocardique | Absence d'opacification intramyocardique dans le territoire | La perfusion capillaire, au lit du patient |
| Avant la sortie | IRM avec gadolinium | Absence de rehaussement au premier passage ; et zone sombre au sein d'un territoire de rehaussement tardif — c'est l'obstruction microvasculaire | La référence anatomique : elle chiffre la masse de microcirculation détruite |
1.3. Un diagnostic d'élimination : ce qu'il faut avoir écarté
Avant de porter le diagnostic — et surtout avant d'injecter un vasodilatateur — il faut avoir écarté ce qui, sur la même image, produit exactement le même ralentissement et relève d'un geste et non d'un médicament. C'est le réflexe qui sépare l'opérateur entraîné du débutant : on ne traite pas un no-reflow avant d'avoir prouvé que l'épicardique est parfait.
- Dissection, en particulier à la sortie distale du stent ou sur le bord du ballon de prédilatation : à chercher sur des incidences orthogonales, en fin d'opacification.
- Hématome pariétal propagé en aval du stent, souvent peu visible en angiographie et évident en imagerie endocoronaire.
- Sténose résiduelle significative, sous-expansion du stent, prolapsus de plaque à travers les mailles.
- Thrombose suraiguë de stent ou thrombus résiduel massif en aval.
- Spasme épicardique, très fréquent après manipulation, et qui répond à l'isosorbide dinitrate intracoronaire — lequel sert ici de test.
- Occlusion d'une branche collatérale, embolisation d'un gros fragment dans une branche visible : c'est une embolie macroscopique, pas un no-reflow.
- Cathéter guide en surengagement ou amorti : la pression est amputée, l'opacification est fausse, et l'injection ne descend pas.
2. Physiopathologie : quatre mécanismes qui convergent
2.1. Un phénomène, quatre coupables
Niccoli et Crea ont proposé en 2009 la grille qui reste la référence : le no-reflow humain résulte de la somme de quatre mécanismes, présents à des degrés variables chez le même patient. Cette architecture n'est pas une élégance théorique : elle explique directement pourquoi aucun médicament isolé n'a jamais résolu le problème, et pourquoi la prévention l'emporte sur le traitement.
| Mécanisme | Ce qui se passe | Quand | Réversible ? |
|---|---|---|---|
| Lésion d'ischémie | Œdème cellulaire, blebs endothéliaux, tuméfaction du myocyte qui comprime le capillaire de l'extérieur | Pendant l'occlusion — proportionnelle à sa durée | Non au-delà d'un certain délai : c'est du temps perdu |
| Lésion de reperfusion | Afflux de polynucléaires et de plaquettes activées, radicaux libres, surcharge calcique, ouverture du pore de transition de perméabilité mitochondriale, hémorragie intramyocardique | Dans les minutes qui suivent la réouverture | Partiellement — cible théorique de la cardioprotection |
| Embolisation distale | Matériel solide : emboles de cholestérol, fragments plaquettaires et cruoriques. Matériel soluble : sérotonine, thromboxane A2, facteur de nécrose tumorale | Au moment du franchissement, de la prédilatation et de l'implantation | Oui, en partie — c'est le mécanisme sur lequel le geste agit |
| Susceptibilité individuelle | Terrain génétique — polymorphismes du récepteur A2A de l'adénosine — et acquis : diabète, hypercholestérolémie, absence de préconditionnement | Préexistante | Non — mais elle se prédit |
2.2. La lésion d'ischémie : le temps, d'abord
Reimer et Jennings l'ont établi dès 1977 avec le wavefront phenomenon : la nécrose progresse de l'endocarde vers l'épicarde en fonction de la durée de l'occlusion. Le lit microvasculaire suit la même loi, avec un léger retard : la microcirculation meurt après le myocyte, mais elle meurt. Au-delà de trois à six heures d'occlusion complète, une partie du lit capillaire est anatomiquement détruite, et aucune molécule ne la rouvrira.
Sur le plan ultrastructural, la lésion d'ischémie associe trois choses : un gonflement des cellules endothéliales qui rétrécit la lumière, des bourgeons endothéliaux (blebs) qui font saillie dans le capillaire, et un œdème du myocyte dont le volume comprime le vaisseau de l'extérieur. Le capillaire est donc attaqué des deux côtés de sa paroi. S'y ajoutent des ruptures endothéliales par lesquelles s'extravasent des hématies — première étape de l'hémorragie intramyocardique.
Conséquence pratique, et elle est majeure : le principal déterminant du no-reflow n'est pas ce que vous faites en salle, c'est l'heure à laquelle le patient arrive. Le délai douleur-ballon est simultanément le premier facteur de risque et le premier levier de prévention.
2.3. La lésion de reperfusion : le prix de la réouverture
Rouvrir n'est pas neutre. Le retour brutal de sang oxygéné dans un tissu ischémique déclenche une cascade que l'on résume en quatre temps.
- Inflammation : infiltration massive des capillaires par des polynucléaires neutrophiles et des plaquettes activées. Les bouchons de neutrophiles (neutrophil plugs) obstruent mécaniquement la lumière et libèrent des radicaux libres oxygénés.
- Dysfonction endothéliale : effondrement de la production de monoxyde d'azote, libération d'endothéline, perte de la vasodilatation dépendante de l'endothélium.
- Surcharge calcique et lésion mitochondriale : l'ouverture brutale du pore de transition de perméabilité mitochondriale découple la phosphorylation oxydative et fait basculer la cellule vers la nécrose. C'est la cible qu'a visée la ciclosporine.
- Hémorragie intramyocardique : le sang sort des capillaires rompus. C'est la forme la plus sévère, et son pronostic est pire que celui de l'obstruction microvasculaire seule.
2.4. Embolisation distale et susceptibilité individuelle
L'embolisation distale est le seul mécanisme sur lequel le geste a une prise directe, et c'est pourquoi il occupe une place disproportionnée dans les recommandations. Deux types de matériel partent en aval au moment où l'on écrase la plaque.
- Matériel solide : cristaux et emboles de cholestérol issus du cœur lipidique, fragments de thrombus plaquettaire et cruorique, débris de la chape fibreuse. Ils obstruent mécaniquement les artérioles et les capillaires.
- Matériel soluble, plus insidieux car invisible : sérotonine libérée par les plaquettes, thromboxane A2 issu des macrophages, facteur de nécrose tumorale issu des cellules inflammatoires. Ces médiateurs produisent une vasoconstriction et une agrégation à distance, dans un territoire qu'aucun débris n'a atteint.
La susceptibilité individuelle, enfin, explique pourquoi deux patients au même délai et à la même charge thrombotique n'évoluent pas de la même façon. Elle est en partie génétique — les polymorphismes du récepteur A2A de l'adénosine modifient la réponse vasodilatatrice — et en partie acquise : le diabète altère la réserve coronaire microvasculaire bien avant l'infarctus, l'hypercholestérolémie et l'âge raréfient le lit capillaire, et l'absence d'angor pré-infarctus prive le myocarde du bénéfice du préconditionnement ischémique.
3. Reconnaître et graduer : du flux TIMI à l'IRM
3.1. Le flux TIMI : nécessaire, insuffisant
La classification TIMI décrit le débit épicardique et rien d'autre. Elle reste le langage de la salle parce qu'elle est immédiate, reproductible et universellement comprise.
| Grade | Définition angiographique | Lecture |
|---|---|---|
| TIMI 0 | Aucune opacification au-delà de l'occlusion | Occlusion complète |
| TIMI 1 | Le produit de contraste franchit la lésion mais n'opacifie pas tout le lit d'aval | Pénétration sans perfusion |
| TIMI 2 | Tout le lit d'aval s'opacifie, mais plus lentement que dans un territoire normal, avec lavage retardé | C'est le slow-flow |
| TIMI 3 | Opacification et lavage de vitesse normale | Flux épicardique normal — mais cela ne dit rien du tissu |
Deux pièges de vocabulaire méritent d'être fixés une fois pour toutes. Le slow-flow correspond à un TIMI 2 : le sang passe, lentement. Le no-reflow au sens strict correspond à un TIMI 0 ou 1 après une désobstruction mécanique réussie. Et le no-reflow à flux TIMI 3 existe : il se démasque uniquement sur le blush ou sur l'électrocardiogramme.
3.2. Le blush myocardique : regarder le muscle, pas le tuyau
Le myocardial blush grade (MBG) — et sa variante, le TIMI myocardial perfusion grade — cote l'opacification en « nuage » du myocarde pendant l'injection, sur une acquisition prolongée d'au moins trois cycles cardiaques après la fin de l'injection.
| Grade | Aspect | Signification |
|---|---|---|
| MBG 0 | Aucun blush myocardique | Microcirculation non perfusée |
| MBG 1 | Blush minime, à peine perceptible | Perfusion tissulaire très altérée |
| MBG 2 | Blush présent mais moins dense que dans un territoire controlatéral normal | Perfusion tissulaire altérée |
| MBG 3 | Blush normal, comparable au territoire de référence | Perfusion tissulaire satisfaisante |
Une nuance technique compte : un blush qui persiste au-delà de trois cycles, en « tatouage » du myocarde, ne traduit pas une bonne perfusion mais une stase du produit de contraste dans un lit qui ne se vidange pas ; dans la classification originale, il est coté MBG 0. C'est l'erreur de lecture la plus fréquente.
3.3. La résolution du segment ST : le critère de tout le monde
C'est le critère le plus accessible, le seul disponible dans une unité de soins intensifs sans plateau technique, et l'un des plus solides sur le plan pronostique. On compare le sus-décalage maximal avant reperfusion à celui mesuré 60 ou 90 minutes après, sur la même dérivation ou sur la somme des dérivations concernées.
- Résolution complète : réduction d'au moins 70 % — reperfusion tissulaire réussie.
- Résolution partielle : entre 30 et 70 %.
- Absence de résolution : moins de 30 % — no-reflow électrique, quel que soit l'aspect angiographique.
Le seuil retenu comme critère de no-reflow varie selon les études entre moins de 50 % et moins de 70 % : c'est l'une des raisons pour lesquelles les incidences publiées diffèrent d'un facteur cinq. En pratique clinique, retenez que l'absence de régression du sus-décalage à 90 minutes chez un patient dont l'artère est ouverte est un signal de gravité, qui doit faire répéter l'échocardiographie et renforcer la surveillance.
3.4. L'IRM, la mesure invasive, et le choix de l'outil
L'IRM cardiaque est la référence anatomique. Réalisée dans les sept jours qui suivent l'angioplastie primaire, elle identifie l'obstruction microvasculaire comme une zone sombre, non rehaussée par le gadolinium, siégeant au centre d'un territoire d'infarctus en rehaussement tardif — l'image de la cible manquée. Elle fournit deux données que rien d'autre ne donne : la masse d'obstruction microvasculaire, exprimée en pourcentage de la masse ventriculaire gauche, et la présence d'une hémorragie intramyocardique en séquence T2 ou T2 étoile, dont le pronostic est encore plus défavorable.

En salle, la mesure invasive de la microcirculation existe et progresse. Le guide Doppler montre les trois signatures du no-reflow : flux systolique rétrograde, flux systolique antérograde diminué, décélération rapide du flux diastolique. Les guides de pression et de thermodilution permettent de calculer l'index de résistance microcirculatoire (IMR) : une valeur supérieure à 40 mesurée immédiatement après l'angioplastie primaire identifie une obstruction microvasculaire significative et prédit la taille d'infarctus, la récupération de la fonction ventriculaire et le pronostic. Ces outils restent d'usage sélectif, mais ils constituent le seul moyen de chiffrer la microcirculation avant que le patient ne quitte la table.
4. Incidence et pronostic : pourquoi cette complication compte
4.1. Une incidence qui dépend entièrement du critère
Le diaporama source donne la fourchette de référence : 3 à 15 %, tous critères diagnostiques confondus — angiographie, résolution du segment ST, obstruction microvasculaire en IRM. Le point est à ne pas déformer : cette fourchette n'est pas une incidence angiographique, c'est l'amplitude d'un phénomène dont la mesure dépend entièrement de l'outil. Une série monocentrique de Sfax rapportée dans le support de référence retrouvait, entre 2012 et 2013, un no-reflow angiographique de 8 %. Les registres qui appliquent une définition angiographique stricte sont plus bas ; les études d'IRM sont beaucoup plus hautes.
| Critère | Incidence rapportée | Commentaire |
|---|---|---|
| Angiographique strict (TIMI inférieur ou égal à 2) | La plus basse | Ce que comptent les grands registres interventionnels : les seuls no-reflow visibles sur le débit épicardique |
| Angiographique élargi (TIMI ou blush) | Plus élevée | Série de Sfax du support de référence : 8 % |
| Résolution de ST | Nettement plus élevée | Dépend fortement du seuil retenu (50 % ou 70 %) : c'est là que la dispersion publiée est maximale |
| Obstruction microvasculaire en IRM | 50 à 60 % des infarctus reperfusés | Le critère le plus sensible — et le plus pronostique |
La conclusion pratique est contre-intuitive : le no-reflow n'est rare qu'en angiographie. Sur le plan tissulaire, une majorité des patients reperfusés en gardent une trace. Ce que l'on appelle « no-reflow » en salle n'est que la partie visible, la plus sévère, d'un phénomène continu.
4.2. Le pronostic hospitalier
Le registre analysé par Harrison et coll. porte sur 291 380 patients traités par angioplastie au décours d'un infarctus. Le constat est sans ambiguïté : la survenue d'un no-reflow s'accompagne d'une augmentation nette et concordante de la mortalité hospitalière, du réinfarctus, du choc cardiogénique et de l'insuffisance cardiaque. Aucun de ces critères ne va dans l'autre sens.
4.3. Le pronostic à long terme : la quantité et la durée comptent
L'analyse poolée sur données individuelles de sept essais randomisés avec IRM, publiée par de Waha et coll., a établi que l'obstruction microvasculaire est un facteur de risque indépendant de mortalité toutes causes et d'hospitalisation pour insuffisance cardiaque à un an. Le résultat le plus parlant est la relation dose-effet par tertiles de masse d'obstruction microvasculaire : 2,3 % d'événements quand elle est nulle, 4,0 % entre 0 et 1,55 % de la masse ventriculaire, 7,0 % au-delà de 1,55 % — soit un triplement du risque pour une lésion qui, en volume absolu, reste minime.

Le diaporama insiste sur une seconde distinction, capitale en salle : le no-reflow persistant, qui ne cède à aucune manœuvre, a un pronostic nettement plus sombre que le no-reflow transitoire, qui se corrige après injection intracoronaire. Ce n'est pas seulement un marqueur de sévérité initiale : c'est aussi l'argument qui justifie d'insister, de changer d'agent et de changer de voie d'administration plutôt que de conclure trop vite à l'échec.
Le corollaire clinique est simple. Un patient ayant présenté un no-reflow doit être considéré comme à haut risque de remodelage ventriculaire gauche : surveillance rythmique prolongée, échocardiographie répétée, réévaluation de la fraction d'éjection à distance (voir, dans la discipline Échocardiographie, le cours 11, Évaluation échographique de la fonction systolique du VG).
5. Prédire le risque : le patient, la lésion, le délai
5.1. Ce qui se sait avant même la coronarographie
Une partie du risque est fixée avant que le patient n'entre en salle. La reconnaître change trois choses : l'urgence du transfert, la préparation antithrombotique, et le niveau d'anticipation de l'opérateur.
- Âge élevé — facteur indépendant dans tous les modèles.
- Délai douleur-ballon prolongé, en pratique au-delà de quatre heures : c'est le facteur modifiable le plus puissant.
- Classe Killip élevée, à partir de la classe III : l'insuffisance cardiaque à l'admission est l'un des prédicteurs indépendants les plus puissants du modèle multivarié repris à la section 5.2.
- Fraction d'éjection abaissée, en pratique inférieure ou égale à 40 %.
- Diabète, hypercholestérolémie, insuffisance rénale, hyperglycémie à l'admission — atteinte microvasculaire préexistante.
- Absence d'angor pré-infarctus : pas de préconditionnement ischémique.
- Traitement antiplaquettaire insuffisant ou trop tardif — le seul facteur entièrement entre nos mains.
5.2. Ce que dit l'angiographie initiale
Le second groupe de facteurs se lit sur la première injection, avant tout geste. Le diaporama source reprend le modèle multivarié publié par Bayramoğlu et coll. dans le Journal of Interventional Cardiology en 2018, dont les rapports de cotes ajustés hiérarchisent utilement les prédicteurs.
| Prédicteur | Rapport de cotes ajusté | Lecture pratique |
|---|---|---|
| Score SYNTAX supérieur ou égal à 22 | Environ 3,7 | Complexité coronaire globale — pas seulement la lésion coupable |
| Longueur de stent supérieure ou égale à 20 mm | Environ 3,6 | Plus de plaque écrasée, donc plus d'embolisation |
| Classe Killip supérieure ou égale à III | Environ 3,5 | Bas débit et pression de remplissage élevée |
| Délai douleur-angioplastie supérieur ou égal à 4 h | Environ 3,2 | Le facteur modifiable par l'organisation du réseau |
| Charge thrombotique élevée (grade TIMI thrombus supérieur ou égal à 4) | Environ 3,1 | Le prédicteur le plus directement lu sur l'image |
| Fraction d'éjection inférieure ou égale à 40 % | Environ 2,2 | Reflet de l'étendue de l'ischémie |
| Âge élevé | Environ 2,1 | Raréfaction capillaire préexistante |
Cinq résultats négatifs de ce modèle méritent d'être connus, parce qu'ils contredisent des intuitions répandues : le sexe, le tabagisme, le diabète pris isolément, l'angor pré-infarctus et les chiffres tensionnels d'admission n'y ressortaient pas comme prédicteurs indépendants.

5.3. Que faire d'un score
Le modèle dérivé de ces variables atteint une aire sous la courbe de l'ordre de 0,79, avec une sensibilité d'environ 76 % et une spécificité d'environ 75 % dans la cohorte de validation. C'est correct pour un score de risque, et insuffisant pour décider individuellement.
L'usage raisonnable est donc le suivant : un score élevé ne contre-indique rien et n'impose aucun traitement particulier ; il modifie la préparation. Concrètement, chez un patient cumulant délai long, charge thrombotique majeure et Killip élevé, on anticipe : dose de charge d'antiagrégant vérifiée et documentée, voie veineuse fiable, vasodilatateurs préparés et dilués avant le premier passage du guide, sonde d'entraînement électrosystolique et atropine à portée, décision réfléchie sur la stratégie de dilatation. Cette anticipation vaut mieux que n'importe quel médicament administré dans l'urgence.
6. Prévenir avant la salle : le temps et les antithrombotiques
6.1. Le temps, encore
Le premier traitement du no-reflow est l'organisation du réseau. Chaque heure gagnée sur le délai douleur-ballon réduit à la fois la taille d'infarctus et l'obstruction microvasculaire, et l'effet est d'autant plus marqué que l'on se situe dans les premières heures. Les leviers ne sont pas médicaux : diagnostic électrocardiographique préhospitalier, transmission de l'électrocardiogramme, activation directe de la salle sans passage aux urgences, court-circuit du service d'accueil.
Le second levier, souvent négligé, est la stabilisation avant reperfusion : correction de l'hypovolémie, de l'hypoxémie, des troubles ioniques et de l'hyperglycémie majeure. Un patient reperfusé en bas débit reperfuse mal son myocarde, quelle que soit la qualité du geste.
6.2. Le traitement antiplaquettaire : vérifier ce qui a été donné
Le diaporama en fait la première consigne de prévention, et la formulation est délibérément terre à terre : vérifier le traitement antithrombotique administré. Avant de mettre le guide, l'opérateur doit savoir quelle molécule a été donnée, à quelle dose et à quelle heure. C'est trivial et c'est régulièrement pris en défaut.
L'essai ATLANTIC a randomisé 1 862 patients avec infarctus ST+ entre une dose de charge de ticagrélor 180 mg administrée en préhospitalier et la même dose administrée à l'hôpital. Les deux critères de jugement principaux — absence de résolution du sus-décalage d'au moins 70 % avant l'angioplastie, et absence de flux TIMI 3 sur l'artère coupable à l'angiographie initiale — n'ont pas été atteints. Mais le délai médian entre les deux stratégies n'était que de 31 minutes, et le critère secondaire est éloquent : la thrombose de stent, aiguë et à 30 jours, était significativement réduite par l'administration préhospitalière.
Une méta-analyse portant sur 4 162 patients comparant le ticagrélor 180 mg au clopidogrel 600 mg en dose de charge avant coronarographie a, elle, montré une réduction significative de l'incidence du no-reflow et des événements cardiovasculaires majeurs sous ticagrélor. La leçon est double : la puissance de l'inhibition plaquettaire compte, et son délai d'installation compte.
6.3. Anticoagulation, anti-GPIIb/IIIa, et ce qui a échoué
L'anticoagulation périprocédurale doit être suffisante et documentée : héparine non fractionnée en bolus de 70 à 100 UI/kg en l'absence d'inhibiteur des GPIIb/IIIa, réduit à 50 à 70 UI/kg en cas d'association, avec contrôle du temps de coagulation activé lorsque la procédure se prolonge. L'énoxaparine intraveineuse à 0,5 mg/kg est une alternative validée.
Les inhibiteurs des récepteurs GPIIb/IIIa ne sont plus recommandés en administration systématique : le bénéfice antithrombotique est contrebalancé par le risque hémorragique. Ils gardent une place de sauvetage — en cas de charge thrombotique massive, de complication thrombotique perprocédurale ou de no-reflow avéré.
Enfin, il faut connaître ce qui a été essayé et n'a pas tenu ses promesses, parce que ces échecs structurent la doctrine actuelle. La ciclosporine, administrée en bolus intraveineux de 2,5 mg/kg juste avant la reperfusion pour bloquer l'ouverture du pore mitochondrial, avait réduit la taille d'infarctus dans une étude pilote de 58 patients. L'essai CIRCUS, sur 970 patients avec infarctus ST+ antérieur de moins de 12 heures et occlusion complète de l'artère interventriculaire antérieure (flux TIMI inférieur ou égal à 1), n'a montré aucun bénéfice sur le critère clinique combiné à un an. Le post-conditionnement ischémique et le préconditionnement à distance ont connu la même trajectoire : prometteurs sur des critères de substitution, neutres sur les critères cliniques dans les grands essais. Aucune cardioprotection pharmacologique n'est aujourd'hui recommandée en routine.
7. Le traitement pharmacologique du no-reflow
7.1. Le principe : comprendre pour bien agir
Le titre que donne le diaporama à ce chapitre est une consigne de méthode : en cas de no-reflow, comprendre pour bien agir. Puisque le mécanisme est multifactoriel, la réponse est une association, administrée tôt, et délivrée au bon endroit. Trois idées, dans cet ordre.
1. Vérifier l'épicardique. Dérivé nitré intracoronaire — isosorbide dinitrate 1 à 3 mg en intracoronaire, sous réserve d'une pression artérielle conservée —, deux incidences orthogonales, courbe de pression au cathéter guide. Éliminer dissection, hématome, thrombus, sous-expansion, spasme. Au moindre doute, imagerie endocoronaire.
2. Stabiliser le patient. Scope et pression sanglante. Corriger l'hypovolémie. Sonde d'entraînement électrosystolique disponible si territoire inférieur : c'est elle, et non l'atropine, qui couvre le bloc induit par l'adénosine. Atropine prête pour un bloc lié à un inhibiteur calcique. Ne pas injecter un vasodilatateur chez un patient hypotendu sans support.
3. Injecter un vasodilatateur, distalement. Adénosine en premier chez un patient dont la pression est conservée. Sinon vérapamil ou nitroprussiate. Chez l'hypotendu, l'agent est l'adrénaline intracoronaire, 50 à 200 µg. Par un microcathéter ou un ballon monté sur guide (OTW) — guide retiré et lumière centrale purgée de son air —, au-delà du stent, jamais par le seul cathéter guide.
4. Répéter et associer. Bolus itératifs. Changer de classe si absence de réponse après deux à trois bolus. Ajouter un inhibiteur des GPIIb/IIIa si la charge thrombotique est en cause.
5. Réévaluer et documenter. Nouvelle acquisition longue, cotation du flux TIMI et du blush. Si le flux remonte, s'arrêter là et ne pas surcharger le geste.
7.2. Les molécules, les doses, les mécanismes
Le tableau ci-dessous reprend les agents et les posologies retenus par le diaporama source, complétés des précautions d'emploi.
| Agent | Mécanisme | Voie et dose | Précautions |
|---|---|---|---|
| Adénosine | Nucléoside purique : baisse la résistance artériolaire, ouvre les canaux potassiques ATP-dépendants, inhibe la migration des polynucléaires, la production de superoxyde et la libération d'endothéline | Intracoronaire : bolus de 48 à 200 µg, répétables — c'est le plafond par bolus retenu pour l'enseignement. La perfusion intraveineuse de 70 µg/kg/min pendant 3 h est le régime d'AMISTAD-II, dont le critère principal était neutre : elle n'est pas validée dans cette indication | Bloc auriculo-ventriculaire et asystolie transitoires, surtout en coronaire droite : ce bloc passe par les récepteurs A1 et résiste largement à l'atropine — les parades sont la brièveté de la demi-vie, l'entraînement électrosystolique temporaire et l'aminophylline. Bronchospasme. Demi-vie de quelques secondes : l'effet est bref, d'où les bolus répétés. Par voie intraveineuse prolongée, hypotension systémique soutenue |
| Vérapamil | Inhibiteur calcique : vasodilatation artériolaire, levée du spasme microvasculaire | Intracoronaire : 100 à 250 µg en bolus, ou 100 µg/min jusqu'à 1 000 µg | Bradycardie, bloc, hypotension, inotropisme négatif. Ce bloc-là, contrairement à celui de l'adénosine, répond à l'atropine. À éviter en cas de dysfonction ventriculaire sévère ou de bas débit |
| Diltiazem | Inhibiteur calcique | Intracoronaire : 400 µg | Mêmes précautions, effet chronotrope un peu moindre ; son bloc répond lui aussi à l'atropine |
| Nicardipine | Dihydropyridine : vasodilatation artériolaire pure | Intracoronaire : 50 à 200 µg, jusqu'à 500 µg | Pas d'effet sur la conduction — utile en coronaire droite. Hypotension |
| Nitroprussiate de sodium | Donneur de monoxyde d'azote, indépendant de l'endothélium | Intracoronaire : 50 à 200 µg en bolus, répétables | Hypotension marquée et rapide. Photosensible, à protéger de la lumière |
| Nicorandil | Ouvreur des canaux potassiques ATP-dépendants et donneur de monoxyde d'azote ; effet possible sur le pore mitochondrial | Intracoronaire : 2 mg ; intraveineux : 8 mg/h | Disponibilité variable selon les pays |
| Inhibiteurs des GPIIb/IIIa | Blocage de la voie finale de l'agrégation plaquettaire | Intracoronaire ou intraveineux selon la molécule ; eptifibatide et tirofiban aux doses habituelles | Risque hémorragique. L'abciximab, largement étudié dans cette indication, n'est plus commercialisé : les données le concernant ne sont pas transposables telles quelles |
| Adrénaline | Vasodilatation coronaire par effet bêta-2 associée à un soutien de la pression de perfusion | Intracoronaire : 50 à 200 µg | C'est l'agent à retenir chez le patient hypotendu, chez qui tous les autres vasodilatateurs sont dangereux : elle seule associe l'action microvasculaire au maintien de la pression de perfusion. Arythmogène : scope, pression sanglante, équipe prévenue |
Deux données d'essai éclairent le choix. Pour l'adénosine intracoronaire pendant l'angioplastie primaire, la méta-analyse de Polimeni et coll., qui regroupe 13 essais et 1 487 patients, montre une amélioration significative de la résolution du segment ST — risque relatif 1,20, intervalle de confiance à 95 % de 1,05 à 1,38 — mais aussi une réduction des événements cardiovasculaires majeurs, à court terme (risque relatif 0,62 ; 0,39 à 0,98) comme à long terme (0,61 ; 0,39 à 0,95), et une réduction de l'insuffisance cardiaque (0,50 ; 0,28 à 0,89). Le signal le plus net porte donc bien sur le tissu et non sur le tuyau — mais il ne s'arrête pas au critère de substitution. Pour l'abciximab intracoronaire, l'essai monocentrique de Thiele et coll. avait montré, chez 154 patients avec évaluation par IRM à 30 jours, une réduction de la taille d'infarctus et de l'obstruction microvasculaire par rapport à la voie intraveineuse — résultat non confirmé sur les critères cliniques par l'essai multicentrique ultérieur, mais qui a durablement installé l'idée que la voie d'administration compte autant que la molécule.
7.3. Intracoronaire ou intraveineux
La logique est purement pharmacocinétique. Une molécule à demi-vie très courte comme l'adénosine, administrée par voie veineuse périphérique, est largement dégradée avant d'atteindre le lit coronaire, et sa concentration locale est faible au prix d'effets systémiques importants. Administrée en intracoronaire, en aval de la lésion, elle atteint une concentration locale élevée dans le territoire visé, avec peu d'effets systémiques.
Cette logique s'étend aux inhibiteurs des GPIIb/IIIa : l'idée d'une concentration locale élevée au contact direct du thrombus et du lit distal est séduisante et physiologiquement fondée. Le bénéfice clinique, lui, reste débattu. Retenez la règle générale : en cas de no-reflow, la voie intracoronaire distale est la voie de première intention pour les vasodilatateurs. La voie intraveineuse n'en est pas l'équivalent différé : la perfusion prolongée d'adénosine, régime testé dans AMISTAD-II, n'a pas atteint son critère principal, expose à une hypotension systémique soutenue — exactement ce qu'il faut éviter ici — et n'est pas recommandée dans cette indication.
7.4. La sécurité de l'injection intracoronaire
8. Après la salle : surveillance, imagerie et suivi
8.1. Les premières vingt-quatre heures
Un patient ayant présenté un no-reflow est un patient à haut risque à court terme. La surveillance en unité de soins intensifs cardiologiques comporte quelques exigences propres.
- Monitorage rythmique prolongé : le myocarde reperfusé de façon hétérogène est arythmogène, avec un pic de risque dans les 24 à 48 premières heures.
- Électrocardiogrammes répétés à 60 et 90 minutes, puis quotidiens : la cinétique de résolution du ST est le meilleur marqueur non invasif de reperfusion tissulaire.
- Surveillance hémodynamique : le no-reflow étendu se complique de bas débit et d'insuffisance cardiaque ; l'échographie pulmonaire est un excellent outil de dépistage précoce (voir, dans la discipline Insuffisance cardiaque, le cours 42, Échographie pulmonaire dans l'insuffisance cardiaque).
- Éviter l'agression supplémentaire : pas de bêtabloquant intraveineux chez un patient limite, prudence avec les produits de contraste supplémentaires, contrôle glycémique raisonnable.
8.2. L'imagerie de stratification
L'échocardiographie précoce, dans les 24 à 72 heures, chiffre la fraction d'éjection, recherche un thrombus apical — dont le risque est majoré dans les infarctus antérieurs étendus à microcirculation détruite — et dépiste les complications mécaniques. Elle sera répétée à distance.
L'IRM cardiaque, réalisée entre le troisième et le septième jour, est l'examen qui donne le pronostic le plus fin : taille d'infarctus, masse d'obstruction microvasculaire, présence d'une hémorragie intramyocardique, viabilité résiduelle. Elle n'est pas indispensable à la prise en charge courante, mais elle est précieuse chez les patients à fonction ventriculaire altérée, chez qui la décision de dispositif implantable se posera.
8.3. Le traitement de sortie et le message au patient
Le traitement de sortie ne diffère pas de celui d'un infarctus sans no-reflow — bithérapie antiplaquettaire, statine de haute intensité, inhibiteur du système rénine-angiotensine, bêtabloquant, et antagoniste des récepteurs minéralocorticoïdes en cas de dysfonction ventriculaire (voir, dans la discipline Cardiologie générale, le cours 30, Syndromes coronariens aigus). Trois points méritent une attention particulière.
- La réévaluation de la fraction d'éjection à six à douze semaines conditionne l'indication d'un défibrillateur en prévention primaire ; le no-reflow étendu est précisément la situation où la récupération est incomplète (voir, dans la discipline Insuffisance cardiaque, le cours 53, Le défibrillateur automatique implantable en prévention primaire).
- L'observance de la bithérapie antiplaquettaire doit être expliquée avec un soin particulier : ces patients cumulent souvent stent long, charge thrombotique élevée et lit d'aval altéré.
- Le message au patient doit être honnête sans être anxiogène : l'artère a été rouverte, une partie du muscle a néanmoins souffert, et la récupération se jugera dans les semaines qui viennent. Cela prépare aussi l'annonce d'une éventuelle dysfonction ventriculaire persistante.
9. Prévenir en salle : la stratégie qui protège la microcirculation — pour aller plus loin
Ce qui précède suffit au cardiologue qui pose l'indication de reperfusion, prépare le patient et assure son suivi. La suite s'adresse à l'opérateur en salle de cathétérisme : choix du matériel, gestes, astuces techniques et gestion des incidents.
9.1. Les cinq consignes du diaporama
La prévention en salle tient, dans le support source, en cinq lignes que l'on peut afficher au mur d'une salle de cathétérisme.
- Optimiser les délais de reperfusion — y compris les délais internes : temps porte-salle, temps salle-guide.
- Bien dimensionner la lésion et choisir un stent adapté.
- Éviter les gros ballons pour la prédilatation : cela minimise les dissections et l'embolisation distale.
- Éviter les hautes pressions d'inflation.
- Penser à l'attitude minimaliste en cas de charge thrombotique importante avec flux TIMI 3, avec recours aux inhibiteurs des GPIIb/IIIa.
Derrière chaque ligne, un raisonnement mécanique simple : tout ce qui écrase de la plaque envoie du matériel en aval. La question n'est pas d'éviter d'écraser — il faut bien ouvrir — mais d'écraser le moins de fois possible, le plus doucement possible, et de préférence une seule fois.
9.2. Dimensionner, prédilater, implanter
Quelques principes de conduite technique découlent directement de cette logique.
- Abord radial chaque fois que possible : la réduction des complications hémorragiques et de la mortalité est établie, et un patient qui saigne est un patient chez qui l'on interrompt les antithrombotiques.
- Franchissement doux : guide à extrémité souple, mouvements minimaux dans le thrombus, éviter les allers-retours répétés du guide dans le segment coupable.
- Prédilatation sous-dimensionnée lorsqu'elle est nécessaire, avec un ballon de rapport ballon-artère nettement inférieur à 1 : l'objectif est de créer un passage, pas d'obtenir un résultat.
- Envisager le stenting direct lorsque l'anatomie s'y prête : moins de manipulations, moins d'embolisation.
- Éviter les post-dilatations inutiles et les hautes pressions dans un segment très thrombotique ; l'optimisation fine peut souvent attendre le contrôle différé.
- Traiter d'abord la lésion coupable ; les lésions non coupables relèvent d'une procédure ultérieure programmée. Allonger la procédure initiale, c'est allonger l'ischémie et multiplier les injections.
9.3. La dernière vérification : l'épicardique doit être parfait
Le diaporama en fait, à juste titre, une consigne à part entière : s'assurer que l'artère épicardique est traitée de façon optimale. Avant de conclure au no-reflow, quatre vérifications, dans cet ordre.
- Dissection à la sortie du stent — la cause la plus fréquemment méconnue.
- Hématome en aval du stent ou sténose résiduelle significative.
- Thrombose suraiguë de stent — elle survient sur la table, en quelques minutes, chez un patient insuffisamment inhibé.
- Spasme de l'artère épicardique — test à l'isosorbide dinitrate intracoronaire, 1 à 3 mg.
Si l'un de ces quatre éléments est présent, le traitement est mécanique et non pharmacologique. C'est aussi le moment de se rappeler que la sous-expansion du stent se voit mal en angiographie et bien en imagerie endocoronaire.
10. Thromboaspiration et protection embolique : ce qu'il en reste — pour aller plus loin
10.1. TAPAS : l'espoir
L'essai TAPAS, monocentrique, randomisé, ouvert, a comparé chez 1 071 patients avec infarctus ST+ une thromboaspiration manuelle systématique associée à l'angioplastie contre l'angioplastie seule. Le critère principal, un blush myocardique de grade 0 ou 1, était atteint chez 17,1 % des patients aspirés contre 26,3 % des patients non aspirés (p inférieur à 0,001). La mortalité à 30 jours était de 2,1 % contre 4,0 % (p = 0,07). À un an, le chiffre le plus souvent cité — 3,6 % contre 6,7 % (p = 0,02) — est la mortalité cardiaque, et non la mortalité toutes causes, qui était de 4,7 % contre 7,6 %. La confusion entre les deux circule largement : elle vaut d'être connue. Le raisonnement paraissait bouclé : moins d'embolisation distale, meilleure perfusion tissulaire, meilleure survie.
10.2. TOTAL : la fin de la routine
L'essai TOTAL, multicentrique, randomisé, ouvert, en population non sélectionnée, a repris la même question sur 10 732 patients, avec randomisation avant l'angiographie. Le critère principal — décès cardiovasculaire, réinfarctus, choc cardiogénique ou insuffisance cardiaque de classe IV à 180 jours — était de 6,9 % dans le groupe thromboaspiration contre 7,0 % dans le groupe angioplastie seule (rapport de risque 0,99 ; intervalle de confiance à 95 % de 0,85 à 1,15 ; p = 0,86). Et le critère de sécurité a tranché : accident vasculaire cérébral à 30 jours 0,7 % contre 0,3 % (p = 0,02).
| TAPAS | TOTAL | |
|---|---|---|
| Effectif | 1 071 | 10 732 |
| Design | Monocentrique, randomisation après angiographie | Multicentrique, randomisation avant angiographie, tout-venant |
| Critère principal | Blush 0-1 : 17,1 % contre 26,3 % (p inférieur à 0,001) | Décès CV, IDM, choc, IC IV à 180 j : 6,9 % contre 7,0 % (rapport de risque 0,99 ; IC 95 % 0,85-1,15 ; p = 0,86) |
| Mortalité | 1 an, mortalité cardiaque : 3,6 % contre 6,7 % (p = 0,02) ; toutes causes : 4,7 % contre 7,6 % | Pas de différence |
| Sécurité | Non signalée | AVC à 30 j : 0,7 % contre 0,3 % (p = 0,02) |
| Conclusion | Amélioration des critères angiographiques de reperfusion | Pas d'impact clinique, excès d'AVC |
10.3. Ce qu'il reste : le sauvetage, et la protection embolique
Le diaporama défend une position nuancée et cliniquement juste : si la charge thrombotique est importante, la thromboaspiration garde sa place. Les situations où elle se discute encore, à titre de sauvetage et non de routine :
- Flux TIMI 0 avec occlusion thrombotique massive et présentation précoce.
- Charge thrombotique majeure empêchant le franchissement ou la visualisation de la lésion.
- Thrombus volumineux dans un gros vaisseau, typiquement une coronaire droite dominante.
- No-reflow déjà installé avec thrombus persistant visible malgré le traitement pharmacologique.
Les dispositifs de protection embolique distale — filtres, ballons d'occlusion — n'ont pas fait la preuve d'un bénéfice dans l'artère coronaire native au cours de l'infarctus, et ne sont pas recommandés en routine. Leur indication reconnue reste l'angioplastie des pontages veineux saphènes, contexte où la charge athéro-embolique est d'une autre nature. Enfin, le stenting différé systématique — rouvrir, laisser le thrombus se lyser sous antithrombotiques, revenir implanter à 48 heures — a été évalué et n'a pas montré de bénéfice clinique ; il reste une option ponctuelle, réfléchie, chez un patient à flux TIMI 3 avec charge thrombotique massive et lésion résiduelle peu serrée.
11. Délivrer le médicament au bon endroit — pour aller plus loin
11.1. Pourquoi l'injection dans le cathéter guide échoue
C'est le point le plus sous-estimé de tout le sujet, et le diaporama en fait l'un de ses messages finaux. Injecter un vasodilatateur dans le cathéter guide, en amont d'un stent implanté dans une artère à flux nul ou très ralenti, revient à déposer le médicament dans une colonne de sang qui n'avance pas. La molécule stagne, se dilue, part dans les branches perméables voisines — et n'atteint jamais le lit d'aval qui en aurait besoin. Le paradoxe est cruel : plus le no-reflow est sévère, moins le médicament injecté en proximal arrive à destination.
À cela s'ajoute un second problème : la demi-vie de l'adénosine se compte en secondes. Une molécule qui met dix secondes à descendre est une molécule largement dégradée à l'arrivée.
11.2. Les trois solutions techniques
Trois dispositifs permettent de porter le médicament au-delà du stent, dans le lit distal.
| Dispositif | Principe | Avantages | Limites |
|---|---|---|---|
| Microcathéter | Avancé sur le guide au-delà du stent, il délivre le bolus directement dans le segment distal | Simple, disponible, solution de première intention. Permet aussi une mesure de pression distale | Occupe la lumière ; nécessite un guide bien positionné et un support suffisant |
| Ballon à échange sur guide (OTW) | Ballon monté sur guide, guide retiré, purge de l'air, puis injection par la lumière centrale en distalité | Souvent déjà sur la table ; permet d'associer une inflation douce si nécessaire | Purge de l'air impérative ; perte temporaire du guide, donc perte d'accès distal |
| Ballon perforé | Ballon conventionnel perforé au bistouri ou à l'aiguille, gonflé à basse pression : le liquide s'échappe par les micro-orifices et diffuse dans le lit distal | Diffusion homogène sur toute la longueur du segment ; coût nul, matériel immédiatement disponible | Technique artisanale, non standardisée ; contrôle imprécis de la dose délivrée ; à réserver aux opérateurs entraînés |
La série publiée par Patel et coll. sur la technique du ballon perforé illustre le potentiel de cette approche : sur 1 634 angioplasties, la technique a été utilisée chez 24 patients (1,5 %) pour instiller de l'adénosine dans le lit distal ; un flux TIMI 3 a été obtenu chez 21 d'entre eux, soit 87,5 %, un flux TIMI 2 chez 2 patients (8,3 %), et l'échec a concerné un seul patient (4,2 %). Effectif faible, série non contrôlée — mais le principe physique est solide et le rapport bénéfice-coût remarquable.
11.3. Le protocole pratique
Une séquence reproductible, qui gagne à être écrite dans le protocole de service :
- Diluer et étiqueter les vasodilatateurs dès le constat du no-reflow ; désigner une personne pour la préparation.
- Avancer le microcathéter sur le guide déjà en place, au-delà du stent, dans le tiers distal du vaisseau.
- Purger soigneusement — vérification visuelle de l'absence de bulle.
- Injecter le premier bolus lentement, en surveillant l'électrocardiogramme et la pression sanglante.
- Réévaluer après 30 à 60 secondes par une injection longue avec cotation du flux et du blush.
- Répéter deux à trois fois ; changer de classe en l'absence de réponse ; associer un inhibiteur des GPIIb/IIIa si le thrombus est en cause.
- Consigner dans le compte rendu : agent, dose totale, voie, flux TIMI et blush avant et après. Cette traçabilité conditionne l'interprétation du suivi.
12. No-reflow réfractaire et instabilité hémodynamique — pour aller plus loin
12.1. Reconnaître l'échec, et savoir s'arrêter
Le no-reflow réfractaire se définit par la persistance d'un flux TIMI inférieur ou égal à 2 après épuisement raisonnable des options pharmacologiques — typiquement deux classes de vasodilatateurs délivrées en distalité, associées le cas échéant à un inhibiteur des GPIIb/IIIa. C'est la situation la plus difficile de la salle, et elle exige deux décisions simultanées et contradictoires : ne pas abandonner trop vite, et ne pas s'acharner.
Les arguments pour s'arrêter : la durée d'exposition aux rayons et au produit de contraste, le risque de néphropathie chez un patient déjà en bas débit, le risque de dissection et de complication liée au matériel à mesure que la procédure s'allonge, et le fait qu'un lit capillaire anatomiquement détruit ne se rouvrira pas. Les arguments pour insister : le no-reflow transitoire a un bien meilleur pronostic que le persistant, et un changement de voie d'administration transforme parfois complètement le résultat après plusieurs injections proximales inefficaces.
12.2. Soutenir l'hémodynamique
Le no-reflow étendu d'un territoire antérieur peut faire basculer un patient stable en choc cardiogénique en quelques minutes. La conduite est celle du choc cardiogénique de l'infarctus, avec deux particularités.
- La pression de perfusion coronaire est le paramètre à défendre : la microcirculation lésée perd son autorégulation et devient directement dépendante de la pression aortique diastolique. Une hypotension aggrave immédiatement le no-reflow — d'où la prudence extrême avec les vasodilatateurs chez un patient limite, et le fait que l'adrénaline intracoronaire soit, chez l'hypotendu, l'agent de choix.
- La contre-pulsion intra-aortique n'est pas recommandée en routine dans le choc cardiogénique de l'infarctus. Les dispositifs d'assistance micro-axiale relèvent d'une discussion en équipe, au cas par cas (voir, dans la discipline Insuffisance cardiaque, le cours 56, Assistance circulatoire de courte durée).
S'y ajoutent les mesures de base, qui font souvent la différence : correction de l'hypovolémie relative avant d'introduire une amine, gestion des bradycardies — atropine si le bloc relève d'un inhibiteur calcique, entraînement électrosystolique temporaire d'emblée s'il relève de l'adénosine, qui y résiste, et traitement immédiat des arythmies ventriculaires de reperfusion.
12.3. Les pistes en évaluation
Plusieurs approches non pharmacologiques visent spécifiquement la microcirculation et méritent d'être connues, sans être aujourd'hui de pratique courante : l'oxygénothérapie hyperoxémique supersaturée délivrée par voie intracoronaire après angioplastie d'un infarctus antérieur, l'occlusion intermittente du sinus coronaire contrôlée par la pression, qui vise à redistribuer le flux vers la zone d'infarctus par voie veineuse, et les stratégies d'hypothermie thérapeutique précoce, dont les résultats sont jusqu'ici décevants. Aucune n'a le niveau de preuve qui permettrait de la recommander largement.
13. Points clés à retenir
- Le no-reflow est une perfusion myocardique tissulaire insuffisante malgré une artère épicardique rouverte, une fois écartées dissection, thrombus, spasme et sténose résiduelle. C'est un diagnostic d'élimination.
- Définition angiographique de travail : flux TIMI inférieur ou égal à 2, ou TIMI 3 avec blush myocardique inférieur à 2. Un flux TIMI 3 n'exclut pas le no-reflow — il faut coter le blush.
- Quatre mécanismes convergent : lésion d'ischémie, lésion de reperfusion, embolisation distale (matériel solide et soluble), susceptibilité individuelle. Mécanisme multifactoriel, donc un seul agent est insuffisant.
- L'incidence va de 3 à 15 % tous critères diagnostiques confondus — 8 % de no-reflow angiographique dans une série de Sfax de 2012-2013 rapportée dans le support de référence — et atteint 50 à 60 % si l'on retient l'obstruction microvasculaire en IRM.
- Le pronostic est mauvais : sur 291 380 patients, excès de mortalité hospitalière, de réinfarctus, de choc et d'insuffisance cardiaque. En IRM, la masse d'obstruction microvasculaire est un facteur indépendant de mortalité à un an (2,3 %, 4,0 %, 7,0 % par tertiles croissants).
- Le no-reflow persistant est plus grave que le transitoire : c'est l'argument pour insister, changer d'agent et changer de voie plutôt que de conclure trop vite.
- Les prédicteurs indépendants : SYNTAX élevé, stent long, Killip élevé, délai douleur-ballon supérieur ou égal à 4 h, charge thrombotique élevée, fraction d'éjection basse, âge. Un score sert à préparer, pas à décider.
- Prévention supérieure à traitement. Le premier levier est le temps ; le deuxième, un traitement antiplaquettaire puissant et vérifié — le ticagrélor réduit l'incidence du no-reflow par rapport au clopidogrel ; le troisième, un geste économe : stent bien dimensionné, prédilatation sous-dimensionnée, pressions modérées.
- Traitement : vasodilatateurs intracoronaires. Adénosine 48 à 200 µg par bolus, répétables, en première intention chez un patient dont la pression est conservée ; vérapamil 100 à 250 µg ; nicardipine 50 à 200 µg (sans effet sur la conduction) ; nitroprussiate 50 à 200 µg. Chez l'hypotendu, l'agent est l'adrénaline intracoronaire, 50 à 200 µg. La perfusion intraveineuse prolongée d'adénosine (AMISTAD-II) n'est pas validée dans cette indication.
- Le bloc auriculo-ventriculaire de l'adénosine ne se traite pas comme celui des inhibiteurs calciques. Il passe par les récepteurs A1 et résiste largement à l'atropine : on compte sur la brièveté de la demi-vie, sur l'entraînement électrosystolique temporaire et, s'il se prolonge, sur l'aminophylline. Le bloc du vérapamil et du diltiazem, lui, répond à l'atropine.
- La voie compte autant que la molécule : injectée dans le cathéter guide, la molécule n'atteint pas un lit qui ne circule pas. Microcathéter, ballon sur guide purgé de son air, ou ballon perforé — au-delà du stent.
- La thromboaspiration systématique est en classe III depuis TOTAL (pas de bénéfice clinique, excès d'accidents vasculaires cérébraux). Elle garde une place de sauvetage en cas de charge thrombotique majeure.
- Aucune cardioprotection pharmacologique n'est recommandée : la ciclosporine, positive dans une étude pilote, a été négative dans CIRCUS ; post-conditionnement et préconditionnement à distance également neutres.
- Après la salle : monitorage rythmique, cinétique de résolution du ST, échocardiographie précoce puis réévaluation de la fraction d'éjection à six à douze semaines — c'est elle qui décidera du défibrillateur.
14. Pièges fréquents
- Conclure à une reperfusion réussie sur le seul flux TIMI 3. Le TIMI décrit le tuyau. Sans cotation du blush ni contrôle de la résolution du segment ST, un no-reflow tissulaire passe totalement inaperçu.
- Baptiser « no-reflow » une dissection, un hématome ou une sous-expansion. Ce sont des problèmes mécaniques qui appellent un geste, pas une injection. L'imagerie endocoronaire tranche en une acquisition.
- Injecter le vasodilatateur par le cathéter guide. Dans une artère à flux nul, le produit stagne en amont et n'arrive pas. Il faut un microcathéter, un ballon sur guide ou un ballon perforé, au-delà du stent.
- Oublier de purger l'air du ballon sur guide avant d'injecter. Une bulle envoyée dans une coronaire déjà en no-reflow est une complication entièrement évitable.
- Compter sur l'atropine pour lever un bloc induit par l'adénosine. Ce bloc passe par les récepteurs A1 et y résiste largement. Ce qui protège le patient, c'est la demi-vie de quelques secondes, la sonde d'entraînement électrosystolique disponible et, si le bloc se prolonge, l'aminophylline. L'atropine garde en revanche toute sa place devant le bloc du vérapamil ou du diltiazem : c'est la distinction à faire avant d'injecter, pas après.
- Donner un vasodilatateur à un patient hypotendu sans support. La microcirculation lésée dépend directement de la pression aortique diastolique : une chute de pression aggrave le no-reflow. Chez l'hypotendu, l'agent à retenir est l'adrénaline intracoronaire — ni le nitroprussiate, ni un inhibiteur calcique.
- Transposer l'adénosine intracoronaire en perfusion intraveineuse prolongée. Le régime de 70 µg/kg/min pendant trois heures est celui d'AMISTAD-II, dont le critère principal était neutre : il n'est pas recommandé et expose à une hypotension systémique soutenue, c'est-à-dire précisément à ce qui aggrave un no-reflow.
- Injecter dans un cathéter guide amorti ou ventricularisé. La pression est amputée, le produit ne descend pas et l'ischémie s'aggrave. Vérifier la courbe de pression avant chaque bolus.
- Considérer que la dose de charge orale prescrite équivaut à une inhibition plaquettaire effective. Douleur, morphine et vomissements retardent l'absorption ; le patient peut être non inhibé au moment du geste.
- Prédilater avec un ballon trop gros ou à haute pression dans une lésion très thrombotique. C'est la façon la plus efficace de fabriquer une embolisation distale que rien ne rattrapera.
- Traiter les lésions non coupables dans le même temps chez un patient en infarctus instable. Chaque minute et chaque injection supplémentaires se paient sur la microcirculation.
- Faire une thromboaspiration systématique. Elle est en classe III : pas de bénéfice clinique et excès d'accidents vasculaires cérébraux. Elle se discute en sauvetage, sur charge thrombotique majeure.
- Renoncer après deux bolus proximaux inefficaces. L'échec vient souvent de la voie d'administration, pas de la molécule : avant de conclure au réfractaire, il faut avoir injecté en distalité.
- Extrapoler les données de l'abciximab intracoronaire à la pratique actuelle. Cette molécule n'est plus commercialisée ; les essais qui la concernent ne se transposent pas directement aux autres inhibiteurs des GPIIb/IIIa.
- Ignorer un no-reflow parce qu'il s'est corrigé. Même transitoire, il identifie un patient à risque de remodelage : la fraction d'éjection doit être réévaluée à distance.
- Croire qu'une cardioprotection pharmacologique va rattraper le retard. Ciclosporine, post-conditionnement et préconditionnement à distance ont tous échoué sur les critères cliniques. Le seul traitement qui marche s'appelle le temps.
Sources
- MESSAOUDI Y. No-reflow : complication de l'angioplastie primaire. Diaporama, CEC de cardiologie interventionnelle ; 2020. document interne, non publié
- Byrne RA, Rossello X, Coughlan JJ, Barbato E, Berry C, Chieffo A, et al. 2023 ESC Guidelines for the management of acute coronary syndromes. Eur Heart J. 2023;44(38):3720-3826. doi:10.1093/eurheartj/ehad191
- Niccoli G, Burzotta F, Galiuto L, Crea F. Myocardial no-reflow in humans. J Am Coll Cardiol. 2009;54(4):281-92. doi:10.1016/j.jacc.2009.03.054
- Niccoli G, Kharbanda RK, Crea F, Banning AP. No-reflow: again prevention is better than treatment. Eur Heart J. 2010;31(20):2449-55. doi:10.1093/eurheartj/ehq299
- Reffelmann T, Kloner RA. The « no-reflow » phenomenon: basic science and clinical correlates. Heart. 2002;87(2):162-8. doi:10.1136/heart.87.2.162
- Rezkalla SH, Kloner RA. No-reflow phenomenon. Circulation. 2002;105(5):656-62. doi:10.1161/hc0502.102867
- Gupta S, Gupta MM. No reflow phenomenon in percutaneous coronary interventions in ST-segment elevation myocardial infarction. Indian Heart J. 2016;68(4):539-51. doi:10.1016/j.ihj.2016.04.006
- Harrison RW, Aggarwal A, Ou FS, Klein LW, Rumsfeld JS, Roe MT, et al. Incidence and outcomes of no-reflow phenomenon during percutaneous coronary intervention among patients with acute myocardial infarction. Am J Cardiol. 2013;111(2):178-84. doi:10.1016/j.amjcard.2012.09.015
- de Waha S, Patel MR, Granger CB, Ohman EM, Maehara A, Eitel I, et al. Relationship between microvascular obstruction and adverse events following primary percutaneous coronary intervention for ST-segment elevation myocardial infarction: an individual patient data pooled analysis from seven randomized trials. Eur Heart J. 2017;38(47):3502-10. doi:10.1093/eurheartj/ehx414
- Bayramoğlu A, Taşolar H, Kaya A, Tanboğa İH, Yaman M, Bektaş O, et al. Prediction of no-reflow and major adverse cardiovascular events with a new scoring system in STEMI patients. J Interv Cardiol. 2018;31(2):144-9. doi:10.1111/joic.12463
- Jolly SS, Cairns JA, Yusuf S, Meeks B, Pogue J, Rokoss MJ, et al. Randomized trial of primary PCI with or without routine manual thrombectomy. N Engl J Med. 2015;372(15):1389-98. doi:10.1056/NEJMoa1415098
- Svilaas T, Vlaar PJ, van der Horst IC, Diercks GF, de Smet BJ, van den Heuvel AF, et al. Thrombus aspiration during primary percutaneous coronary intervention. N Engl J Med. 2008;358(6):557-67. doi:10.1056/NEJMoa0706416
- Vlaar PJ, Svilaas T, van der Horst IC, Diercks GF, Fokkema ML, de Smet BJ, et al. Cardiac death and reinfarction after 1 year in the Thrombus Aspiration during Percutaneous coronary intervention in Acute myocardial infarction Study (TAPAS): a 1-year follow-up study. Lancet. 2008;371(9628):1915-20. doi:10.1016/S0140-6736(08)60833-8
- Montalescot G, van 't Hof AW, Lapostolle F, Silvain J, Lassen JF, Bolognese L, et al. Prehospital ticagrelor in ST-segment elevation myocardial infarction. N Engl J Med. 2014;371(11):1016-27. doi:10.1056/NEJMoa1407024
- Dai W, Ye Z, Li L, Su Q. Effect of preoperative loading dose ticagrelor and clopidogrel on no-reflow phenomenon during intervention in patients with ST-segment elevation myocardial infarction undergoing primary percutaneous coronary intervention: a systematic review and meta-analysis. Drug Des Devel Ther. 2018;12:2039-49. doi:10.2147/DDDT.S165431
- Piot C, Croisille P, Staat P, Thibault H, Rioufol G, Mewton N, et al. Effect of cyclosporine on reperfusion injury in acute myocardial infarction. N Engl J Med. 2008;359(5):473-81. doi:10.1056/NEJMoa071142
- Cung TT, Morel O, Cayla G, Rioufol G, Garcia-Dorado D, Angoulvant D, et al. Cyclosporine before PCI in patients with acute myocardial infarction. N Engl J Med. 2015;373(11):1021-31. doi:10.1056/NEJMoa1505489
- Polimeni A, De Rosa S, Sabatino J, Sorrentino S, Indolfi C. Impact of intracoronary adenosine administration during primary PCI: a meta-analysis. Int J Cardiol. 2016;203:1032-41. doi:10.1016/j.ijcard.2015.11.086
- Ross AM, Gibbons RJ, Stone GW, Kloner RA, Alexander RW; AMISTAD-II Investigators. A randomized, double-blinded, placebo-controlled multicenter trial of adenosine as an adjunct to reperfusion in the treatment of acute myocardial infarction (AMISTAD-II). J Am Coll Cardiol. 2005;45(11):1775-80. doi:10.1016/j.jacc.2005.02.061
- Thiele H, Schindler K, Friedenberger J, Eitel I, Fürnau G, Grebe E, et al. Intracoronary compared with intravenous bolus abciximab application in patients with ST-elevation myocardial infarction undergoing primary percutaneous coronary intervention. Circulation. 2008;118(1):49-57. doi:10.1161/CIRCULATIONAHA.107.747642
- Patel T, Shah S, Gulati R, Kwan T, Cohen MG, Pancholy S. Perforated balloon technique: a simple and handy technique to combat no-reflow phenomenon in coronary system. Catheter Cardiovasc Interv. 2018;92(5):890-4. Epub 2017 Dec 27. doi:10.1002/ccd.27477
Cours de la Pr Ag Yosra Messaoudi, Faculté de Médecine de Sousse.