Cours 95 Imagerie et physiologie endocoronaires ⏱ 20 min

L'IVUS : voir la paroi que la coronarographie ne montre pas, et changer le geste en conséquence

La coronarographie est un luminogramme : elle montre le moulage de la lumière, jamais la paroi. Le remodelage fait qu'un vaisseau largement envahi peut y paraître normal. Principe physique et résolutions, réalisation et retrait motorisé, sémiologie de la plaque, hématome et dissection, contrôle d'un stent, artefacts, mesures, et ce que les essais randomisés ont établi.

🎯 Objectifs pédagogiques
  • Expliquer pourquoi la coronarographie est un luminogramme, et énumérer les quatre limites qui en découlent.
  • Décrire le remodelage artériel et en déduire pourquoi une coronarographie normale n'exclut pas l'athérome.
  • Exposer le principe physique de l'IVUS, de l'effet piézoélectrique à la reconstruction de la coupe.
  • Distinguer résolution axiale et résolution latérale, en donner les ordres de grandeur, et dire ce que la fréquence fait gagner et perdre.
  • Séparer les deux familles de sondes et rattacher à ce choix technique la purge, la consigne du moteur arrêté et l'artefact de rotation.
  • Conduire un examen : préparation, cathéter guide, descente de la sonde, retrait motorisé, repères.
  • Justifier le retrait motorisé à 0,5 mm par seconde par ce qu'il permet de mesurer.
  • Reconnaître l'aspect trilaminaire normal et lire toute échogénicité par rapport à l'adventice.
  • Identifier les composants de la plaque — lipidique, fibreux, calcaire — et énoncer ce que le calcium empêche de mesurer.
  • Reconnaître un hématome sous-pariétal, une rupture de plaque et une dissection, et apprécier la profondeur de cette dernière.
  • Contrôler le résultat d'un stent en cherchant dans l'ordre la sous-expansion, la malapposition et l'état des bords.
  • Situer l'imagerie endocoronaire par rapport à la mesure de pression : ce que chacune tranche, et à quel moment de la procédure.
Mots-clés IVUSéchographie endocoronaireimagerie endocoronaireluminogrammeremodelage artérielcharge athéromateusesurface luminale minimalesurface du vaisseauaspect trilaminaireadventicechape fibreusecœur lipidiquearc calcairecône d'ombreréverbérationshématome sous-pariétalrupture de plaquedissection coronairemalapposition de stentsous-expansion de stentretrait motorisérotation non uniformeblood specklerésolution axialerésolution latéraletronc communIVUS-XPLlésion ambiguë

1. Ce que la coronarographie ne montre pas

Un luminogramme, et rien d'autre

La coronarographie reste l'outil de travail quotidien et le point de départ de toute décision. Il faut pourtant se rappeler ce qu'elle est exactement : une projection en deux dimensions d'une structure en trois dimensions, obtenue en opacifiant la lumière du vaisseau. Elle ne montre pas l'artère — elle montre le moulage de son intérieur.

De cette nature découlent toutes ses limites, et elles ne se corrigent ni par une meilleure machine ni par un opérateur plus expérimenté.

LimiteCe qu'elle produit en pratique
C'est un luminogrammeLa paroi est invisible : ni son épaisseur, ni sa composition, ni ce qu'elle contient
Projection en deux dimensionsUne lésion excentrée paraît serrée dans une incidence et large dans l'autre
Variation inter et intra-observateurDeux lecteurs, ou le même lecteur à deux moments, ne cotent pas identiquement la même sténose
Le segment de référence est supposé sainIl ne l'est presque jamais : le pourcentage de sténose est calculé contre un segment lui-même malade
Coronarographie avec la lumière colorée en rouge et deux coupes d'échographie endocoronaire montrant une paroi fine puis une couronne de plaque épaisse à calibre luminal conservé.
Figure 1 — Ce que l'angiographie voit, et ce qu'elle ne voit pas. À gauche, le vaisseau tel que la coronarographie le restitue : seule la lumière est colorée, et le calibre paraît régulier de A à B. À droite, les deux coupes échographiques correspondantes. En A, la lumière occupe presque toute la section : la paroi est fine. En B, la même lumière est bordée d'une couronne de plaque épaisse, colorée en jaune, que le luminogramme n'a pas montrée du tout. Retenez le mécanisme : l'artère s'est élargie pour accueillir la plaque, si bien que le calibre intérieur est resté normal. C'est le remodelage, et c'est la raison pour laquelle une coronarographie rassurante ne suffit pas.

Le remodelage, qui rend le luminogramme trompeur

La raison profonde tient à la façon dont l'athérome s'installe. Aux stades précoces, la paroi ne fait pas saillie dans la lumière : l'artère s'élargit pour accueillir la plaque, si bien que le calibre intérieur reste longtemps normal. Un vaisseau largement envahi peut donc offrir une coronarographie parfaitement rassurante — la plaque est là, mesurable, mais elle n'a pas encore commencé à empiéter.

À l'inverse, un remodelage en sens contraire, où le vaisseau se rétracte autour de la plaque, produit une image angiographique inquiétante pour une charge athéromateuse modeste.

La phrase qu'il faut avoir en tête Notre préoccupation de la lumière, écrivaient deux auteurs en 1995, nous fait perdre de vue la maladie. La coronarographie mesure une conséquence tardive et partielle de l'athérome ; l'échographie endocoronaire mesure l'athérome lui-même. Ce que l'on croit voir n'est pas toujours ce qui est.

Trois situations où l'image ne suffit plus

  • La lésion intermédiaire. L'œil ne tranche pas, et le pourcentage annoncé varie d'un lecteur à l'autre.
  • La lésion ambiguë. Une image qui ne ressemble à rien de net : haziness, aspect flou, contours irréguliers, doute sur une dissection ou un thrombus.
  • L'angioplastie complexe. Tronc commun, bifurcation, occlusion chronique, long segment, calcification — toutes les situations où le geste se prépare et se contrôle mieux qu'il ne s'improvise.

Ce que recouvre le mot « ambigu »

Le terme est vague à dessein, parce qu'il désigne moins une image qu'un embarras. Il couvre en pratique quelques situations reconnaissables.

  • Un flou de contours — la haziness des Anglo-Saxons — qui peut être un thrombus, une dissection, une plaque ulcérée ou un simple artefact de remplissage.
  • Une image de lacune, dont on ne sait pas si elle est intraluminale ou pariétale.
  • Un ostium mal dégagé, où la superposition avec le cathéter guide interdit toute lecture.
  • Une lésion excentrée, serrée dans une incidence et large dans l'autre, sans qu'aucune vue supplémentaire ne tranche.
  • Un double contour, qui évoque une dissection sans la prouver.

Ce qu'elles ont en commun est instructif : dans chacune, la question porte sur ce qu'il y a dans la paroi ou contre elle — précisément ce qu'un luminogramme ne peut pas montrer. L'ambiguïté angiographique n'est pas un défaut de qualité d'image, c'est une limite de principe.

2. Le principe physique, et ce qu'il impose

De l'électricité à l'image

Un traducteur — un cristal piézoélectrique — convertit une énergie électrique en vibration mécanique, donc en ultrasons, à une fréquence de 20 à 40 MHz pour les sondes courantes. L'onde se propage, se réfléchit sur les interfaces qu'elle rencontre, et le même cristal recueille l'écho de retour et le reconvertit en signal électrique. La console reconstruit, à partir du temps de vol et de l'amplitude de chaque écho, une coupe transversale du vaisseau.

Ces fréquences sont dix à vingt fois plus élevées que celles de l'échocardiographie transthoracique, et c'est ce qui donne à l'IVUS sa finesse. Le prix en est la pénétration : plus la fréquence monte, moins l'onde va loin dans les tissus.

Champ proche, champ lointain

Le faisceau ne se comporte pas de la même façon près de la sonde et loin d'elle. Dans le champ proche, il reste parallèle et cohérent : c'est là que l'image est bonne. Sa longueur croît avec la taille du capteur et diminue avec la longueur d'onde — pour un traducteur de 0,8 mm à 30 MHz, elle est d'environ 4,2 mm. Au-delà, dans le champ lointain, le faisceau diverge et la résolution latérale se dégrade.

La conséquence pratique. L'image est d'autant meilleure que la structure examinée est proche de la sonde. Cela vaut pour la paroi d'un gros vaisseau, dont la partie la plus éloignée est moins bien définie, et cela explique une partie des difficultés rencontrées au tronc commun ou sur une artère ectasique.

Deux familles de sondes, et pourquoi cela se voit

Deux conceptions coexistent, et la plupart des particularités pratiques de l'examen en découlent.

Sonde mécanique rotativeSonde électronique en réseau
PrincipeUn traducteur unique, tourné par un câble d'entraînementUne couronne de cristaux commutés électroniquement, aucune pièce mobile
Fréquences usuellesLes plus élevées, jusqu'à la haute définitionPlus basses, donc résolution moindre
Descente dans l'artèreMoteur arrêté, sous scopieAucune précaution liée à la rotation
Artefact caractéristiqueRotation non uniforme si le câble est freinéImpossible, faute de rotation mécanique
PurgeIndispensable : une bulle dans la gaine dégrade l'image d'embléeSans objet

Retenez la logique plutôt que le tableau : ce qui tourne peut tourner mal, et ce qui ne tourne pas ne le peut pas. L'artefact de rotation, la purge et la consigne du moteur arrêté sont les trois conséquences d'un même choix technique.

Deux résolutions, qui ne se valent pas

FréquenceRésolution axialeRésolution latérale
30 MHz100 µm250 µm
40 MHz80 µm200 µm
60 MHz — haute définitionmoins de 40 µm100 µm

La résolution axiale est la capacité de distinguer deux structures situées dans l'axe de propagation de l'onde ; la résolution latérale, celle de distinguer deux structures perpendiculaires à cet axe. La première dépend surtout de la fréquence, la seconde de la taille du traducteur et de la distance.

Retenez le rapport plus que les chiffres : la résolution latérale est deux à trois fois moins bonne que l'axiale. Une structure fine paraîtra donc mieux définie dans le sens du faisceau que sur les côtés — ce qui compte quand on juge l'épaisseur d'une chape fibreuse ou la netteté d'un lambeau de dissection.

Tableau des résolutions axiale et latérale de l'échographie endocoronaire pour les fréquences de 30, 40 et 60 mégahertz.
Figure 2 — Ce que la fréquence fait gagner, et sur quel axe. Le tableau donne les deux résolutions pour les trois fréquences usuelles. Lisez d'abord la colonne axiale — la capacité de distinguer deux structures dans l'axe de propagation de l'onde : 100 µm à 30 MHz, 80 µm à 40 MHz, moins de 40 µm en haute définition. Lisez ensuite la colonne latérale, perpendiculaire à cet axe : 250, 200 puis 100 µm. Retenez le rapport plus que les chiffres — la résolution latérale est deux à trois fois moins bonne que l'axiale, et elle dépend en outre de la taille du traducteur et de la distance à la sonde.

3. Réaliser un examen

La séquence

  1. Préparer le patient : aspirine, héparine, et dérivé nitré en intracoronaire en début de procédure — isosorbide dinitrate, 1 à 3 mg. Sans lui, un spasme se fera passer pour une lésion, exactement comme en mesure de pression.
  2. Cathéter guide de 6 French, qui suffit à toutes les sondes courantes.
  3. Descendre la sonde dans la coronaire sur un guide d'angioplastie, sous scopie, et — pour une sonde mécanique — moteur arrêté.
  4. Placer l'extrémité largement en aval du segment à étudier, de façon à disposer d'une zone de référence distale saine.
  5. Enregistrer le retrait, motorisé.
Le dérivé nitré n'est pas facultatif C'est la même règle que pour la FFR et l'iFR, et pour la même raison : un spasme coronaire, qu'il soit spontané ou provoqué par la sonde elle-même, produit un rétrécissement qui ressemble à une lésion et se mesure comme elle. On le lève avant de mesurer, pas après avoir été surpris par le résultat.

Quand la sonde ne descend pas

La sonde d'IVUS est plus volumineuse et moins souple qu'un ballon : elle bute là où celui-ci passerait. Les causes se comptent sur les doigts d'une main, et chacune a sa parade.

  • Une sténose trop serrée. On prédilate au ballon avant d'imager — au prix d'une modification de la lésion, dont il faut tenir compte à la lecture.
  • Une tortuosité proximale. Le support manque : on renforce l'ancrage du cathéter guide, ou l'on passe sur un guide plus rigide.
  • Une calcification circonférentielle. Le passage est rigide et étroit ; la préparation de plaque devient nécessaire avant toute imagerie.
  • Un cathéter guide mal coaxial. La sonde s'appuie contre l'ostium au lieu d'entrer : c'est le cathéter qu'il faut reprendre, pas la sonde qu'il faut forcer.
Ne jamais forcer Une sonde poussée contre résistance dissèque. Le rapport bénéfice-risque d'un examen d'imagerie ne justifie aucune complication : devant une résistance franche, on prépare le chemin ou l'on renonce à imager ce segment-là.

Le retrait motorisé, et pourquoi il est indispensable

Le retrait automatique, à vitesse constante, est ce qui transforme une série d'images en une mesure de longueur. La vitesse conseillée est de 0,5 mm par seconde : connaissant la vitesse et le temps écoulé, la console convertit la durée d'enregistrement en distance parcourue.

Sans retrait motorisé, on dispose de coupes — utiles, mais dont on ignore l'espacement. La longueur d'une lésion, la distance entre deux repères, la longueur du stent à choisir : rien de tout cela ne se mesure sur un retrait manuel.

Un retrait manuel peut lui être associé, en complément, pour revenir lentement sur une zone d'intérêt et l'examiner sous plusieurs angles. Il ne le remplace pas.

Prendre des repères

Un examen IVUS n'est presque jamais unique : on enregistre avant le geste, puis après, et parfois à distance. Pour que les deux acquisitions soient comparables, il faut des repères anatomiques fixes — une branche collatérale, une bifurcation, une calcification caractéristique — qui servent de bornes.

Ce que coûte l'oubli des repères Comparer deux retraits sans point commun revient à comparer deux photographies sans savoir où elles ont été prises. On croit mesurer une évolution, on mesure un décalage de position. C'est l'erreur la plus fréquente des acquisitions répétées, et elle ne se rattrape pas après coup.

4. Lire une image normale

Une artère saine donne à l'IVUS une image en trois couches, que l'on apprend à reconnaître avant tout le reste.

CoucheAspectCe qui l'explique
IntimaFin liseré échogène bordant la lumièreInterface entre le sang et la paroi
MédiaBande sombre, presque anéchogèneStructure musculaire homogène, pauvre en interfaces réfléchissantes
AdventiceCouche brillante, mal limitée en dehorsTissu conjonctif dense, très réfléchissant

La lumière elle-même n'est pas noire : le sang circulant produit un moucheté fin et mobile, qui la distingue d'une véritable cavité vide. Ce moucheté est un allié — il différencie la lumière d'un faux chenal ou d'un contenu tissulaire — et un piège, quand le flux ralentit et qu'il s'épaissit au point de ressembler à un thrombus.

Deux coupes d'échographie endocoronaire comparant une paroi artérielle normale trilaminaire et une paroi épaissie par la plaque.
Figure 3 — L'aspect normal, et l'aspect pathologique, côte à côte. À gauche, la paroi d'une artère saine : un fin liseré échogène borde la lumière, une bande sombre lui succède — la média —, puis une couche brillante et mal limitée en dehors, l'adventice. C'est l'aspect trilaminaire. À droite, la même lecture sur une paroi malade : la couche interne s'est épaissie et occupe une part notable de la section. Notez au centre des deux images le moucheté fin de la lumière, produit par le sang circulant : c'est lui qui distingue une lumière d'une cavité vide, et c'est lui qui, quand le flux ralentit, peut s'épaissir jusqu'à simuler un thrombus.
Le repère de référence, c'est l'adventice Toute la sémiologie de la plaque se lit par comparaison avec la brillance de l'adventice, et non dans l'absolu. Un même composant paraîtra plus ou moins échogène selon les réglages de gain ; ce qui ne change pas, c'est sa brillance relative à celle de l'adventice du même patient, sur la même image.

Quand les trois couches ne se voient pas

L'aspect trilaminaire n'est pas constant, et son absence n'est pas toujours pathologique. La média n'apparaît comme une bande sombre que si l'intima qui la borde est assez épaisse pour être distinguée — ce qui suppose déjà un début d'épaississement intimal.

Chez un sujet jeune, à paroi strictement normale, l'intima est trop fine pour être résolue et la paroi peut apparaître comme une seule couche. À l'inverse, dans certains segments, l'aspect en trois couches persiste alors que la plaque est déjà volumineuse, la média restant identifiable derrière elle.

Une conséquence pour la mesure. La limite externe de la média — celle qui sert à mesurer la surface du vaisseau — est en réalité la frontière entre média et adventice, repérée sur le passage du sombre au brillant. Quand la média n'est pas identifiable, cette frontière se devine plutôt qu'elle ne se voit, et la mesure de charge athéromateuse perd en fiabilité. C'est une limite qu'il faut savoir énoncer plutôt que de la masquer par un chiffre.

5. Reconnaître les composants de la plaque

Le composant cellulaire et lipidique

Il donne des échos moins intenses que l'adventice : une zone relativement sombre au sein de la paroi. Il correspond le plus souvent à un contenu lipidique, parfois à une plaque riche en cellules.

Le piège est de le confondre avec un thrombus, lui aussi peu échogène. Deux éléments les séparent : le thrombus fait saillie dans la lumière et se déplace avec le flux, tandis que le contenu lipidique est dans la paroi et immobile.

Sur une plaque évoluée, on distingue parfois la chape fibreuse, liseré plus brillant qui coiffe un cœur lipidique plus sombre. C'est la configuration à risque, et sa reconnaissance est l'une des raisons d'être de l'imagerie endocoronaire.

Coupes successives d'échographie endocoronaire montrant une chape fibreuse échogène coiffant un cœur lipidique sombre.
Figure 4 — La chape fibreuse et le cœur lipidique. La bande d'images montre plusieurs coupes successives de la même plaque. Cherchez d'abord la zone relativement sombre au sein de la paroi : c'est le cœur lipidique, dont les échos sont moins intenses que ceux de l'adventice. Cherchez ensuite le liseré plus brillant qui le coiffe du côté de la lumière : c'est la chape fibreuse. Cette configuration est celle de la plaque à risque, et sa reconnaissance est l'une des raisons d'être de l'imagerie endocoronaire. Ne la confondez pas avec un thrombus, lui aussi peu échogène : le thrombus fait saillie dans la lumière et se déplace avec le flux, le contenu lipidique est dans la paroi et immobile.

Le composant fibreux

Il donne des échos d'intensité égale ou supérieure à celle de l'adventice, homogènes. Quand il est dense, il peut projeter un cône d'ombre discret en arrière — moins net que celui du calcium, mais suffisant pour gêner la lecture de la paroi profonde.

Trois coupes d'échographie endocoronaire montrant des arcs calcaires brillants, la mesure de leur étendue angulaire et les cônes d'ombre qu'ils projettent.
Figure 5 — Les arcs calcaires, et ce qu'ils empêchent. Trois coupes montrent des dépôts calcaires de brillance franche, nettement supérieure à celle de l'adventice. Repérez sur la première la mesure de l'arc, exprimée en degrés : c'est la donnée qui commande la préparation de plaque, bien davantage que la simple présence de calcium. Repérez ensuite, derrière chaque arc, la zone d'ombre : l'onde ne traverse pas le calcium, la limite externe du vaisseau y est invisible, et la surface du vaisseau n'y est donc pas mesurable. Cherchez enfin les échos qui se répètent à intervalles réguliers vers la profondeur — des réverbérations, qu'il ne faut pas prendre pour des structures réelles.

Le composant calcaire

C'est le plus reconnaissable, et le plus gênant.

  • Échos très brillants, franchement supérieurs à ceux de l'adventice.
  • Cône d'ombre net en arrière : l'onde ne traverse pas le calcium.
  • Échos multiples — des réverbérations, qui répètent l'image de l'arc calcaire à intervalles réguliers vers la profondeur, et qu'il ne faut pas prendre pour des structures réelles.
Ce que le calcium empêche de mesurer Derrière un arc calcaire, l'onde ne passe pas : la limite externe du vaisseau n'est pas visible. Le calcul de la surface du vaisseau devient donc impossible sur ce secteur, et avec lui toute mesure de charge athéromateuse. On peut en revanche mesurer l'arc calcaire lui-même, en degrés — une donnée qui compte pour décider d'une préparation de plaque.

Les plaques mixtes, associant plusieurs composants, sont en pratique les plus fréquentes ; la description doit alors préciser lequel domine et où.

Décrire une plaque mixte sans se payer de mots

La plupart des plaques associent plusieurs composants, et la tentation est grande de s'en tenir au mot « mixte », qui ne dit rien. Une description utile répond à quatre questions, dans cet ordre.

  1. Quel composant domine, et sur quel secteur ? On raisonne par quadrant ou en degrés, comme pour un arc calcaire.
  2. Y a-t-il du calcium, et où ? Superficiel — donc gênant pour l'expansion du stent — ou profond, contre l'adventice, où il gêne moins.
  3. Quelle est l'étendue de l'arc calcaire ? C'est elle, plus que la simple présence de calcium, qui décide d'une préparation de plaque.
  4. La paroi est-elle mesurable sur tout le tour ? Si un secteur est masqué par une ombre, il faut le dire — et ne pas donner une surface de vaisseau comme si elle avait été mesurée.

Cette discipline de description a un mérite pratique immédiat : elle produit exactement les informations dont dépend le geste suivant, alors qu'un adjectif ne produit rien.

6. Plaque compliquée : hématome, rupture, dissection

L'hématome sous-pariétal

Il se reconnaît à l'accumulation de sang entre l'intima et la média, ou dans la média elle-même, qui refoule la lumière sans la remplir. La coupe montre alors trois compartiments distincts : la lumière, le liseré intimal repoussé vers le centre, et la collection en croissant derrière lui.

C'est une des situations où l'angiographie est le plus prise en défaut : elle voit un rétrécissement, sans pouvoir dire s'il est dû à une plaque ou à une paroi disséquée par du sang — et la conduite n'est pas la même.

Angiographie, schéma en trois compartiments et coupes d'échographie endocoronaire montrant un hématome sous-pariétal refoulant la lumière.
Figure 6 — L'hématome sous-pariétal, que l'angiographie ne sait pas nommer. À gauche, l'image angiographique : un rétrécissement, sans indication de sa nature. Au centre, le schéma des trois compartiments à identifier — la lumière, le liseré intimal repoussé vers le centre, et la collection sanguine derrière lui, dans ou sous la média. À droite, deux coupes réelles où la lumière est refoulée en croissant par une collection qui ne la remplit pas. Retenez pourquoi la distinction compte : une paroi disséquée par du sang et une plaque athéromateuse produisent le même rétrécissement à l'angiographie, et n'appellent pas la même conduite.

La rupture de plaque

Elle se traduit par une cavité en communication avec la lumière, creusée dans la plaque, dont la chape fibreuse est interrompue. On cherche le lambeau rompu et l'orifice de communication.

La dissection

C'est un lambeau mobile, décollé de la paroi, avec parfois un faux chenal derrière lui. Toute la question, en salle, est d'en apprécier trois caractères : sa profondeur — reste-t-elle intimale ou atteint-elle la média ? —, son étendue circonférentielle, et sa longueur. Ce sont eux qui décident de traiter ou de laisser.

Coupe d'échographie endocoronaire d'une dissection coronaire, présentée brute puis avec la lumière vraie et la paroi colorées.
Figure 7 — Une dissection, brute puis interprétée. À gauche, la coupe telle qu'elle s'affiche. À droite, la même image avec les structures colorées : la lumière vraie en rouge, la paroi en jaune, et entre les deux le lambeau décollé qui signe la dissection. Trois caractères se lisent sur ce type d'image et décident de la conduite : la profondeur — le plan de clivage reste-t-il intimal, atteint-il la média, va-t-il jusqu'à l'adventice ? —, l'étendue circonférentielle, qu'on exprime en degrés, et la longueur, que seul le retrait motorisé permet de chiffrer.

Apprécier la profondeur d'une dissection

C'est le caractère qui commande la conduite, et il se lit sur la couche atteinte.

ProfondeurCe qu'on voitPortée
IntimaleLe lambeau reste superficiel, la média est continue derrière luiLe plus souvent bénigne : surveillance
MédialeLe plan de clivage atteint la bande sombre de la médiaÀ traiter si elle est longue, circonférentielle, ou si elle limite le flux
Jusqu'à l'adventiceLa limite externe est interrompue ; risque d'hématome ou de perforationTraitement, et surveillance rapprochée

Deux autres caractères s'y ajoutent : l'étendue circonférentielle, qu'on exprime en degrés comme un arc calcaire, et la longueur, que seul le retrait motorisé permet de chiffrer. Une dissection intimale de quelques degrés sur deux millimètres ne se traite pas ; la même, sur deux centimètres et la moitié de la circonférence, se traite.

7. Contrôler le résultat d'un stent

Les trois questions à se poser

QuestionCe qu'on observeCe qu'on fait
Le stent est-il apposé ?Un espace entre les mailles et la paroi, avec du sang derrièrePostdilater en regard, avec un ballon adapté au calibre local
Est-il expandu ?Une surface interne nettement inférieure à celle des segments de référencePostdilater à plus haute pression, ou reconsidérer la préparation de la plaque
Les bords sont-ils sains ?Dissection de bord, plaque résiduelle importante juste au-delà du stentTraiter le bord si la dissection est profonde ou étendue
Coupe d'échographie endocoronaire d'un stent dont une partie des mailles est décollée de la paroi, présentée brute puis colorée.
Figure 8 — Une malapposition de stent. À gauche, la coupe brute : les mailles apparaissent comme de petits points très brillants disposés en couronne. À droite, la même image interprétée — la lumière en rouge, la paroi en jaune, les mailles en blanc. Regardez l'espace qui sépare une partie des mailles de la paroi : le stent n'y est pas plaqué, et du sang circule derrière lui. Ne confondez pas ce défaut avec la sous-expansion, qui est autre chose : un stent peut être parfaitement apposé et rester trop petit. C'est la sous-expansion, et non la malapposition, qui est le plus solidement associée à la thrombose et à la resténose.
Malapposition et sous-expansion ne sont pas la même chose L'une est un défaut de contact, l'autre un défaut de taille. Un stent peut être parfaitement apposé contre la paroi et rester trop petit ; il peut être largement ouvert et décollé sur un secteur. Les deux peuvent coexister ou exister isolément, et elles n'appellent pas la même conduite.

La sous-expansion est le prédicteur le plus puissant de thrombose de stent et de resténose : c'est elle que l'on cherche en premier. Elle se définit par une surface minimale du stent inférieure à 80 % de la surface de référence moyenne, ou, en valeur absolue, inférieure à 5,5 mm² en IVUS — 4,5 mm² en tomographie par cohérence optique. Une malapposition isolée et minime a un pronostic bénin ; elle est tolérée tant que la distance reste inférieure à 0,4 mm sur moins de 1 mm de long, et en dehors de la naissance d'une collatérale.

8. Les artefacts

Ils sont peu nombreux, et les connaître évite de traiter une image pour une lésion.

ArtefactAspectOrigine
Ring downAnneau clair immédiatement autour du cathéterVibration résiduelle du traducteur ; les consoles le masquent par un disque noir
NURDSecteur étiré ou comprimé, comme un « éventail » déforméRotation non uniforme de la sonde mécanique, freinée par un cathéter coudé ou trop serré
Artefact de midiDécalage en spirale entre le début et la fin d'une coupeLe retrait progresse pendant que la sonde tourne : la coupe n'est pas plane mais hélicoïdale
Blood speckleMoucheté dense dans la lumièreFlux ralenti ; peut simuler un thrombus ou masquer la limite de la lumière
Artefact de guidePetite image brillante avec son ombreLe guide d'angioplastie, situé à côté de la sonde, réfléchit fortement
Coupe d'échographie endocoronaire déformée par une rotation non uniforme de la sonde, avec le secteur étiré repéré.
Figure 9 — L'artefact de rotation non uniforme. La sonde mécanique tourne grâce à un câble d'entraînement ; si ce câble est freiné — cathéter coudé, tortuosité, serrage excessif —, la rotation devient irrégulière et l'image se déforme. Repérez le secteur marqué en jaune : il est étiré, comme si la paroi y était étalée, alors que le reste de la coupe est normal. Le piège est de prendre cet étirement pour une plaque excentrée ou pour un épaississement pariétal. Retenez le raisonnement plutôt que l'aspect : cet artefact n'existe que sur les sondes mécaniques, une sonde électronique en réseau n'ayant aucune pièce en rotation.

La position de la sonde compte aussi. Une sonde plaquée contre la paroi, ou engagée obliquement, déforme la coupe : le vaisseau paraît ovale alors qu'il est rond, et les mesures de surface sont surestimées. Avant de mesurer, on vérifie que la sonde est à peu près centrée et que la coupe est perpendiculaire à l'axe du vaisseau.

9. L'analyse quantitative

Les mesures de base

MesureDéfinition
Surface luminaleSurface de section de la lumière, tracée sur l'interface sang-intima
Surface du vaisseauSurface de section délimitée par la limite externe de la média
Charge athéromateusePart de la surface du vaisseau occupée par la plaque : surface du vaisseau moins surface luminale, rapportée à la surface du vaisseau
Diamètre luminal minimalLe plus petit diamètre mesuré sur la coupe la plus étroite
LongueurDistance entre deux repères, calculée à partir de la vitesse de retrait
Coupe d'échographie endocoronaire avec les tracés successifs de la surface du vaisseau, de la surface luminale et de la surface de plaque.
Figure 10 — Les trois surfaces que l'on mesure. Sur la même coupe, trois tracés successifs. En rouge, la surface du vaisseau, délimitée par la limite externe de la média — celle qui disparaît derrière un arc calcaire. En bleu, la surface de la lumière, tracée sur l'interface entre le sang et l'intima. En rouge sombre, la différence entre les deux : la surface occupée par la plaque, dont on tire la charge athéromateuse. Retenez que l'IVUS moderne s'appuie davantage sur ces surfaces absolues que sur un pourcentage de sténose, dont le dénominateur — un segment de référence supposé sain — est presque toujours discutable.

Le pourcentage de sténose, et sa fragilité

Il se calcule en rapportant la surface luminale minimale à celle d'un segment de référence. Toute la difficulté est là : ce segment de référence est choisi par l'opérateur, et il n'est presque jamais indemne. Le même vaisseau, mesuré contre une référence proximale ou distale, donnera deux pourcentages différents.

C'est pourquoi l'IVUS moderne s'appuie davantage sur des surfaces absolues — la surface luminale minimale, la surface du stent — que sur des pourcentages, dont le dénominateur est discutable.

La charge athéromateuse, et ce qu'elle vaut

C'est la grandeur la plus propre à l'IVUS, celle qu'aucune autre technique ne donne : la part de la surface du vaisseau occupée par la plaque. Elle mesure la maladie, non son retentissement.

Deux usages en découlent. Le premier est descriptif : une charge élevée sur un segment de calibre conservé est la signature du remodelage, et elle explique qu'une angiographie normale ne rassure pas. Le second est pratique : une charge importante en zone d'atterrissage — là où le bord du stent va se poser — expose à une dissection de bord et à une resténose de bord. On cherche donc, avant d'implanter, un segment de plus faible charge sur lequel poser les extrémités.

Ce que la charge athéromateuse ne dit pas Elle ne dit pas si la lésion limite le flux. Un vaisseau dont la moitié de la surface est occupée par de la plaque peut avoir une FFR parfaitement normale, le remodelage ayant préservé la lumière. La quantifier n'est jamais une indication de traiter — c'est une information sur la maladie, à porter dans le compte rendu et dans la stratégie de prévention, pas dans la décision de poser un stent.

10. Les indications

Les trois indications historiques

Elles n'ont pas changé et restent le socle : lésion intermédiaire, lésion ambiguë, angioplastie complexe.

Ce qui s'y est ajouté

  • Le tronc commun, où l'angiographie est la moins fiable et l'enjeu le plus lourd.
  • L'occlusion chronique, pour retrouver le vrai chenal, confirmer la position du guide et repérer le point d'entrée de l'occlusion depuis une branche collatérale.
  • L'optimisation du résultat après implantation, qui est aujourd'hui l'usage le plus documenté.
  • La compréhension d'une resténose ou d'une thrombose de stent, où l'imagerie répond à une question que rien d'autre ne peut trancher : le stent était-il sous-expandu, mal apposé, ou la maladie a-t-elle progressé ?
Situation 1 — Une resténose intra-stent à un an Homme de 64 ans, angor récidivant douze mois après une angioplastie de l'interventriculaire antérieure. La coronarographie montre une resténose intra-stent serrée.

La question que l'angiographie ne tranche pas. Est-ce une prolifération néo-intimale — la maladie qui revient — ou un stent qui n'a jamais été correctement déployé ? Les deux donnent la même image.

Ce que l'IVUS montre. Si la surface du stent est correcte et la lumière comblée par un tissu homogène peu échogène, c'est une resténose vraie. Si les mailles sont resserrées et la surface du stent nettement inférieure à celle des références, c'est une sous-expansion — et le traitement n'est pas le même : ce n'est pas d'un second stent qu'il s'agit, mais d'une dilatation à haute pression, éventuellement précédée d'une préparation de la plaque.

Pourquoi cela compte. Empiler un stent dans un stent sous-expandu reproduit l'erreur et aggrave la situation.
Situation 2 — Une image floue après angioplastie Homme de 57 ans, angioplastie de la coronaire droite. Le contrôle angiographique final montre, juste au-delà du stent, un aspect flou et irrégulier sur une dizaine de millimètres. Le flux est normal, le patient est asymptomatique.

Le dilemme. Poser un second stent pour couvrir ce qu'on suppose être une dissection de bord, ou s'arrêter là. Les deux décisions ont un coût : un stent de plus, ou une dissection laissée en place.

Ce que l'image tranche. Elle dit d'abord s'il s'agit bien d'une dissection, ou seulement d'une plaque résiduelle excentrée qui trouble le remplissage. Si c'est une dissection, elle en donne les trois caractères qui décident : profondeur, étendue circonférentielle, longueur.

La conduite. Une dissection intimale, courte et non circonférentielle, en aval d'un stent bien apposé, se surveille. Une dissection atteignant la média sur un long segment se traite. Sans imagerie on tranche à l'aveugle — et la pente naturelle est de couvrir, donc d'allonger inutilement la zone stentée.

Ce qu'en disent les recommandations

Les recommandations européennes sur la revascularisation myocardique et le document de consensus européen sur l'imagerie endocoronaire retiennent l'imagerie — IVUS ou tomographie par cohérence optique, sans hiérarchie — pour deux usages distincts qu'il faut savoir séparer.

  • Évaluer une lésion dont la sévérité est incertaine, en particulier au tronc commun, où la mesure de surface remplace un pourcentage devenu inexploitable.
  • Guider et optimiser l'implantation d'un stent, notamment dans les situations complexes — tronc commun, bifurcation, long segment, occlusion chronique, resténose ou thrombose de stent.

Le second usage est aujourd'hui le mieux étayé, et c'est aussi le moins pratiqué : l'imagerie de contrôle après implantation reste, dans beaucoup de centres, l'exception plutôt que la règle. L'écart entre ce que les essais montrent et ce que les salles font est l'un des rares de la cardiologie interventionnelle où l'obstacle n'est ni la preuve ni le matériel, mais l'habitude.

Une lecture honnête du niveau de preuve. Ces essais ont été conduits par des opérateurs entraînés, avec des protocoles d'optimisation écrits à l'avance. Le bénéfice observé suppose donc à la fois de faire l'examen, de savoir le lire, et d'avoir décidé par avance de ce que l'on ferait selon ce qu'il montre. Une imagerie faite sans protocole de décision ne reproduit pas les résultats des essais — elle ajoute du temps, pas du bénéfice.

11. Ce que les essais randomisés ont établi

Guider l'implantation change le devenir

Plusieurs essais randomisés ont comparé une angioplastie guidée par l'IVUS à une angioplastie guidée par la seule angiographie, avec un critère clinique.

EssaiPopulationCe qu'il a montré
IVUS-XPLLésions longues traitées par stent actifRéduction des événements majeurs à un an dans le bras guidé par l'IVUS
ULTIMATEPopulation tout-venant recevant un stent actifRéduction de l'échec de la lésion cible à un an
RENOVATE-COMPLEX-PCILésions complexesRéduction des événements majeurs avec une angioplastie guidée par l'imagerie endocoronaire

Un vaste registre prospectif conduit sur des patients recevant un stent actif est allé dans le même sens, en associant le guidage par IVUS à une réduction des thromboses de stent et des infarctus.

Comment lire ce faisceau. Aucun de ces travaux ne dit que l'image vaut mieux que le geste : ils disent que l'image conduit à faire le geste autrement — des stents plus longs, plus larges, davantage postdilatés — et que c'est ce changement de geste qui produit le bénéfice. L'imagerie n'améliore rien si l'on ne modifie pas sa conduite en fonction de ce qu'elle montre.

Comment l'image change le geste, concrètement

Le mécanisme du bénéfice n'a rien de mystérieux, et il vaut d'être détaillé parce qu'il indique ce qu'il faut regarder.

  • Le calibre de référence est presque toujours plus grand que l'angiographie ne le suggère. Le vaisseau étant malade sur toute sa longueur, le segment pris pour référence est lui-même rétréci. L'image conduit donc à choisir des stents plus larges.
  • La lésion est plus longue qu'elle ne paraît. Les zones de plaque non sténosante n'apparaissent pas sur le luminogramme : l'image conduit à des stents plus longs, et surtout à des zones d'atterrissage saines.
  • La postdilatation est plus souvent jugée nécessaire. Une sous-expansion invisible à l'angiographie se voit immédiatement à l'image.
  • Le calcium est reconnu avant le geste. Un arc calcaire étendu impose une préparation de plaque qu'on aurait négligée — et son absence est une cause classique de sous-expansion.

Ce que cela implique pour l'apprentissage. Il ne suffit pas de savoir faire l'examen : il faut savoir quelle décision chaque mesure commande. Un opérateur qui enregistre un beau retrait puis implante le stent qu'il avait choisi sur l'angiographie n'a rien gagné — et c'est exactement ce que les essais ont dû éviter pour montrer un bénéfice.

12. Le tronc commun — pour aller plus loin

📘 À partir d'ici Les trois sections qui suivent dépassent l'usage courant. Elles s'adressent à l'opérateur confronté à une lésion du tronc commun, à celui qui doit choisir entre les deux techniques d'imagerie endocoronaire, et à celui qui veut articuler l'image et la mesure de pression.

Pourquoi l'angiographie y est le plus prise en défaut

Le tronc commun est court, souvent atteint de façon diffuse, et dépourvu de segment de référence vraiment sain : le pourcentage de sténose y perd presque tout son sens. Il se projette mal, se raccourcit selon l'incidence, et son ostium est difficile à dégager. C'est le segment où deux lecteurs expérimentés divergent le plus.

La surface luminale minimale

La décision s'y appuie sur une surface absolue, et non sur un pourcentage. Le seuil retenu en pratique est une surface luminale minimale de 6 mm² : au-dessus, différer la revascularisation s'est montré sûr dans les séries publiées ; en dessous, la lésion est traitée.

Un seuil pour le tronc commun, pas pour le reste du réseau On rencontre pour les autres segments un seuil historique de 4 mm². Il ne doit plus servir à décider seul. La correspondance entre une surface luminale et le retentissement fonctionnel s'est révélée médiocre : c'est la mesure de pression — FFR ou iFR — qui répond à la question du retentissement, et l'IVUS qui répond à celle de l'anatomie. Les deux ne se remplacent pas.

Trois difficultés techniques propres à ce segment

  • Le cathéter guide doit être désengagé. Laissé dans l'ostium, il masque exactement la zone qu'on veut voir — et c'est la même exigence que pour la mesure de pression, où il ampute la pression de référence.
  • Le calibre est grand. Le champ proche de la sonde ne couvre pas toujours la paroi opposée : la limite externe y est moins nette, et la mesure de surface du vaisseau moins fiable que la mesure de surface luminale.
  • Le segment est court. Il faut souvent interroger les deux branches — interventriculaire antérieure et circonflexe — en remontant depuis chacune, pour couvrir l'ostium et le corps sous deux angles.

Ce que l'IVUS apporte en plus du chiffre

Au tronc commun, l'image ne sert pas qu'à décider s'il faut traiter. Elle dit la plaque s'étend — ostium, corps, bifurcation —, ce qui commande la stratégie de stenting ; elle mesure les calibres de référence, souvent sous-estimés à l'angiographie ; et elle quantifie le calcium, dont dépend la préparation de la plaque.

13. IVUS ou tomographie par cohérence optique ? — pour aller plus loin

Les deux techniques répondent à la même question par des moyens opposés, et le cours suivant traite la seconde en détail. Ce qu'il faut retenir dès maintenant tient en un arbitrage.

IVUS (ultrasons)Tomographie par cohérence optique (lumière)
RésolutionDe l'ordre de 100 µm en axialEnviron dix fois meilleure
PénétrationTraverse toute la paroi et voit la limite externe du vaisseauFaible : la lumière est arrêtée par la plaque
SangTraverse le sangExige de chasser le sang par une injection de contraste
Le calciumProjette une ombre : l'épaisseur de l'arc n'est pas mesurableTraversé : l'épaisseur de la plaque calcifiée est mesurable
Terrain de prédilectionTronc commun, ostium, insuffisance rénale, vaisseau de gros calibreAnalyse fine de la paroi, dissections, apposition des mailles
Le consensus européen les met sur le même plan Pour guider et optimiser une angioplastie, les recommandations et le document de consensus européen retiennent « IVUS ou OCT », sans hiérarchie. Le choix se fait sur la question posée et sur le terrain — pas sur une supériorité de principe de l'une sur l'autre.

14. Articuler l'image et la mesure de pression — pour aller plus loin

Les deux familles d'examens sont complémentaires et ne répondent pas à la même question. Les confondre est l'erreur conceptuelle la plus fréquente du sujet.

Question poséeL'examen qui y répond
Cette lésion limite-t-elle le flux ?FFR ou iFR
De quoi est faite cette paroi, et jusqu'où s'étend-elle ?IVUS ou OCT
Quelle longueur et quel diamètre de stent choisir ?IVUS ou OCT
Le stent que je viens de poser est-il correctement déployé ?IVUS ou OCT
Le patient reste-t-il à risque malgré une lésion épicardique traitée ?Réserve coronaire, qui explore aussi la microcirculation
Situation 3 — Une lésion intermédiaire mesurée puis imagée Femme de 59 ans, angor d'effort. Lésion estimée à 55 % sur l'interventriculaire antérieure moyenne. FFR à 0,74 : la lésion limite le flux, elle sera traitée.

Pourquoi faire quand même une IVUS. La mesure a répondu à la question du traitement ; elle ne dit rien de la façon de le conduire. L'image donne le calibre de référence — presque toujours plus grand que ne le suggère l'angiographie —, la longueur réelle de la lésion, et la présence d'un arc calcaire qui imposerait une préparation.

La séquence qui en découle. Mesurer d'abord pour décider, imager ensuite pour exécuter, imager à nouveau pour contrôler. Les deux examens ne sont pas en concurrence : ils occupent deux moments distincts de la même procédure.
Situation 4 — Une coronarographie « normale » chez un patient symptomatique Femme de 52 ans, douleurs thoraciques d'effort typiques, test d'ischémie positif. La coronarographie est décrite comme sans lésion significative.

Les trois hypothèses. Une maladie de la microcirculation, un spasme, ou un athérome que le luminogramme ne voit pas — un vaisseau remodelé dont le calibre est conservé.

Ce que l'IVUS règle, et ce qu'elle ne règle pas. Elle tranche la troisième hypothèse, et elle seule : elle montre la charge athéromateuse réelle de la paroi, invisible à l'angiographie. Elle ne dit rien de la microcirculation, ni du spasme — pour lesquels ce sont la réserve coronaire et les tests de provocation qui répondent.

La conséquence. Trouver une charge athéromateuse importante ne conduit pas à poser un stent : la lumière est conservée, la lésion ne limite pas le flux. Cela change en revanche la prise en charge médicale — c'est une maladie coronaire avérée, non un examen normal — et cela évite d'annoncer à cette patiente que ses artères sont saines.

15. Points clés à retenir

⭐ Points clés
  • La coronarographie est un luminogramme : une projection en deux dimensions de la seule lumière. Elle ne voit pas la paroi.
  • Le remodelage explique qu'un vaisseau largement envahi puisse donner une image normale : l'artère s'élargit pour accueillir la plaque avant que celle-ci n'empiète.
  • Le segment de référence supposé sain ne l'est presque jamais, ce qui fragilise tout pourcentage de sténose.
  • L'IVUS repose sur un cristal piézoélectrique vibrant à 20 à 40 MHz. Plus la fréquence monte, meilleure est la résolution et moindre la pénétration.
  • Résolution axiale 100 µm à 30 MHz, 80 µm à 40 MHz, moins de 40 µm en haute définition ; la résolution latérale est deux à trois fois moins bonne.
  • Le geste exige aspirine, héparine et dérivé nitré intracoronaire — un spasme non levé se mesure comme une lésion.
  • Un cathéter guide de 6 French suffit ; la sonde descend sous scopie, moteur arrêté pour les sondes mécaniques.
  • Le retrait motorisé à 0,5 mm/s est indispensable : c'est lui, et lui seul, qui permet de mesurer une longueur.
  • Des repères anatomiques sont nécessaires dès qu'on veut comparer deux acquisitions.
  • L'artère normale est trilaminaire : intima échogène, média sombre, adventice brillante. Toute la sémiologie se lit par comparaison avec l'adventice.
  • Composant lipidique : échos inférieurs à l'adventice — à ne pas confondre avec un thrombus, qui fait saillie et bouge. Composant fibreux : échos égaux ou supérieurs. Composant calcaire : échos très brillants, cône d'ombre, réverbérations.
  • Derrière un arc calcaire, la limite externe du vaisseau est invisible : la surface du vaisseau n'y est pas mesurable. L'arc, lui, se mesure en degrés.
  • Sur un stent, on cherche dans l'ordre la sous-expansion, la malapposition et l'état des bords. La sous-expansion est le facteur le plus lié à la thrombose et à la resténose ; le consensus européen retient une expansion d'au moins 80 % de la référence.
  • Cinq artefacts à connaître : ring down, NURD, artefact de midi, blood speckle, artefact de guide.
  • Au tronc commun, on décide sur une surface absolue : 6 mm². Le seuil historique de 4 mm² pour les autres segments ne doit plus décider seul.
  • Les essais randomisés — IVUS-XPL, ULTIMATE, RENOVATE-COMPLEX-PCI — montrent un bénéfice clinique du guidage par imagerie, parce qu'il change le geste.
  • La mesure de pression dit s'il faut traiter ; l'image dit comment. Les deux ne se remplacent pas.

16. Pièges fréquents

⚠️ Pièges fréquents
  • Se fier au pourcentage de sténose angiographique : il est calculé contre un segment de référence presque toujours malade.
  • Conclure qu'une coronarographie normale exclut l'athérome : le remodelage maintient longtemps un calibre normal.
  • Oublier le dérivé nitré : un spasme, spontané ou provoqué par la sonde, se mesure comme une lésion.
  • Descendre une sonde mécanique moteur en marche : le geste doit se faire sous scopie, moteur arrêté.
  • Se contenter d'un retrait manuel : aucune longueur n'est alors mesurable, donc aucun choix de stent n'est fondé.
  • Comparer deux acquisitions sans repère commun : on croit mesurer une évolution, on mesure un décalage.
  • Juger l'échogénicité dans l'absolu : elle se lit toujours par rapport à l'adventice du même patient sur la même image.
  • Prendre un contenu lipidique pour un thrombus : le thrombus fait saillie dans la lumière et se déplace, le lipide est dans la paroi.
  • Prendre les réverbérations d'un arc calcaire pour des structures réelles : elles se répètent à intervalles réguliers vers la profondeur.
  • Mesurer une surface de vaisseau derrière un arc calcaire : la limite externe n'y est pas visible.
  • Prendre un NURD pour une plaque excentrée : le secteur est étiré parce que la sonde a tourné irrégulièrement, pas parce que la paroi est épaissie.
  • Prendre un blood speckle pour un thrombus : il apparaît quand le flux ralentit et disparaît à l'injection.
  • Mesurer sur une coupe oblique : le vaisseau paraît ovale et les surfaces sont surestimées.
  • Empiler un stent dans un stent sous-expandu : c'est reproduire l'erreur au lieu de la corriger.
  • Utiliser le seuil de 4 mm² pour décider hors tronc commun : sa correspondance avec le retentissement fonctionnel est médiocre.
  • Faire l'image et ne rien changer : le bénéfice des essais vient du geste modifié, pas de l'enregistrement.

Sources

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Cours de la Pr Ag Yosra Messaoudi, Faculté de Médecine de Sousse.

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