Cours 94 Imagerie et physiologie endocoronaires ⏱ 20 min

L'iFR : mesurer une sténose sans adénosine, et savoir quand la FFR reste nécessaire

Plus d'un patient sur deux arrive en angioplastie programmée sans aucun test d'ischémie. La mesure de pression comble ce vide — mais la FFR exige un médicament. L'iFR mesure dans la fenêtre du cycle où la résistance tombe d'elle-même. Principe, seuil de 0,89, stratégie hybride, ce qu'ont établi DEFINE-FLAIR et iFR-SWEDEHEART, et pourquoi les deux indices se contredisent une fois sur cinq.

🎯 Objectifs pédagogiques
  • Expliquer pourquoi la mesure de pression en salle comble un vide que les tests non invasifs ne comblent pas, et citer l'ordre de grandeur du problème.
  • Démontrer, à partir de la relation entre pression, débit et résistance, que ce que la FFR exige n'est pas l'adénosine mais une résistance constante et minimale.
  • Décrire la période sans onde : sa place dans le cycle cardiaque, ses bornes, et ce qui s'y produit sur le plan des ondes de pression.
  • Énoncer le résultat qui fonde l'iFR : la résistance de la période sans onde au repos ne diffère pas de la résistance hyperémique, et elle est aussi stable.
  • Définir l'iFR et la distinguer de la FFR sur les cinq points qui les séparent.
  • Décrire les étapes par lesquelles la console calcule la valeur, et en déduire dans quelles situations la mesure devient difficile.
  • Distinguer le seuil de dérivation de 0,83 du seuil de pratique de 0,89, et dire d'où vient chacun.
  • Appliquer la stratégie hybride iFR-FFR : les trois bandes, la conduite dans chacune, et ce qu'elle fait gagner en adénosine.
  • Restituer le dessin et le résultat de DEFINE-FLAIR et d'iFR-SWEDEHEART, et énoncer ce que la non-infériorité établit et n'établit pas.
  • Expliquer par la microcirculation pourquoi les deux indices divergent, et dans quel sens l'état du lit d'aval déplace la FFR.
  • Conduire un raisonnement devant une discordance iFR-négative / FFR-positive, en s'appuyant sur ce que la réserve coronaire y montre.
  • Énumérer les précautions techniques que l'iFR partage avec la FFR, et la seule qui disparaisse.
Mots-clés iFRinstantaneous wave-free ratiopériode sans ondewave-free periodFFRréserve fractionnaire de fluxadénosinehyperémierésistance microvasculairemicrocirculation coronaireréserve coronaireguide de pressionPd/Paseuil 0,89stratégie hybrideADVISEDEFINE-FLAIRiFR-SWEDEHEARTnon-inférioritédiscordance iFR-FFRlésion intermédiairephysiologie coronaireanalyse d'intensité des ondesretrait sous mesure continueégalisation des pressionsdrift du capteurtest d'ischémierevascularisation guidée

1. Le problème que l'iFR est venu résoudre

On revascularise encore sans avoir documenté l'ischémie

Une étude portant sur 23 887 patients assurés par Medicare a mesuré ce qui se pratiquait réellement avant une angioplastie programmée. Le résultat est resté célèbre : 55,5 % des patients n'avaient eu aucun test d'ischémie avant leur geste, contre 44,5 % qui en avaient eu un.

Ce chiffre n'est pas un reproche adressé aux opérateurs : il décrit une réalité d'organisation. Un patient arrive en salle, sa coronarographie montre une lésion intermédiaire, et la décision doit se prendre là, dans les minutes qui suivent. Le test d'ischémie non invasif, lui, aurait dû être fait avant — et il ne l'a pas été.

Diagramme circulaire répartissant les patients selon la présence ou l'absence d'un test d'ischémie avant angioplastie programmée.
Figure 1 — Ce qui se pratique réellement avant une angioplastie programmée. Le camembert répartit 23 887 patients assurés par Medicare selon qu'ils avaient eu, ou non, un test d'ischémie avant leur geste. Lisez la part rouge : plus d'un patient sur deux — 55,5 % — n'en avait eu aucun. Ne lisez pas ce chiffre comme un reproche : il décrit une asymétrie de calendrier, le test devant être fait en consultation alors que la décision se prend en salle. C'est ce décalage que la mesure de pression comble, en apportant la preuve fonctionnelle au moment et à l'endroit où l'on décide. (D'après Lin et al., JAMA 2008.)

C'est exactement la situation que la mesure de pression comble : elle apporte la preuve fonctionnelle au moment et à l'endroit où la décision se prend, lésion par lésion.

Ce que ce chiffre dit, et ce qu'il ne dit pas

Il faut se garder de le lire comme la mesure d'une négligence. Une part des patients de cette série arrivait par une filière d'urgence, où le test d'ischémie n'a pas sa place ; une autre avait une clinique si typique que la coronarographie s'imposait d'emblée. Le chiffre décrit surtout une asymétrie de calendrier : le test non invasif doit être fait avant, en consultation, alors que la décision se prend après, en salle.

Cette asymétrie a une seconde conséquence, moins visible et plus gênante. Même lorsqu'un test a été fait, il désigne un territoire, pas une lésion. Chez un patient qui porte trois rétrécissements intermédiaires sur trois artères, savoir qu'il existe une ischémie antérieure ne dit pas laquelle des trois la produit — et la maladie tritronculaire, où tous les territoires baissent ensemble, efface justement le contraste sur lequel repose l'imagerie de perfusion.

La mesure invasive répond exactement à ce que les deux situations laissent en suspens : elle est faite au moment de la décision et lésion par lésion.

Mais la mesure de référence exige un médicament

La FFR a fait sa preuve, et elle est entrée dans les recommandations. Son prix est une contrainte : elle n'est valide que sous hyperémie maximale, donc elle impose l'adénosine.

Ce que l'adénosine coûteConséquence pratique
Une gêne pour le patientOppression thoracique et dyspnée, désagréables, qui font bouger le patient et obligent parfois à recommencer
Du tempsPerfusion intraveineuse poursuivie plus de deux minutes avant d'obtenir un plateau exploitable
De l'argentLe produit, la voie, et l'allongement de l'occupation de la salle
Des contre-indicationsAsthme et bronchopneumopathie obstructive sévères, troubles conductifs de haut degré, hypotension
Un risque d'erreur silencieuseUne hyperémie incomplète produit une valeur faussement élevée, sans qu'aucun signe sur le tracé ne le révèle
La question qui a lancé tout ce chapitre « À quoi sert l'adénosine — et peut-on s'en affranchir ? » Ce n'est pas une question de confort. Le dernier point du tableau est le vrai motif : la condition la plus difficile à garantir de toute la mesure est aussi celle qui, si elle manque, se trompe dans le sens rassurant. Supprimer l'étape supprime cette source d'erreur.

2. Ce que la FFR exige vraiment

La chaîne de raisonnement, en trois lignes

Il faut revenir une minute sur l'origine du rapport de pressions, parce que c'est là que se trouve la porte de sortie.

La grandeur qui intéresse le clinicien est un débit : quelle proportion du flux maximal subsiste malgré la sténose ? Or le débit se mesure mal en salle, tandis que la pression se mesure très bien. Le passage de l'un à l'autre repose sur la relation la plus simple de l'hydraulique :

ÉtapeCe qu'on écritCe que cela suppose
Loi de basePression = Débit × RésistanceRien : c'est la définition
Appliquée à un segmentDifférence de pression = différence de débit × résistanceRien
InversionDébit = différence de pression divisée par la résistanceRien
Rapport de deux débitsLe rapport des débits devient le rapport des pressionsQue la résistance soit la même dans les deux termes, donc constante

Toute la mesure tient à la dernière ligne. Ce que la FFR exige, ce n'est pas l'adénosine : c'est une résistance constante et minimale. L'adénosine n'est qu'un moyen d'y parvenir — le seul qu'on ait su employer pendant vingt-cinq ans.

Deux simplifications de plus, qui ne changent pas ici

Le raisonnement complet en comporte deux autres, communes à la FFR et à l'iFR : la résistance de l'artère épicardique saine est négligeable, ce qui autorise à prendre la pression aortique comme référence ; et la pression veineuse, celle de l'oreillette droite, est assez faible pour être ignorée. Elles ne sont pas en cause dans ce qui suit — seule la première fait la différence entre les deux indices.

3. La période sans onde : une hyperémie que le cœur fait tout seul

La résistance coronaire n'est pas constante au cours du cycle

Le lit coronaire est enchâssé dans un muscle qui se contracte. Il en résulte que la résistance intracoronaire varie considérablement d'un instant à l'autre du cycle cardiaque, et cette variation est ample : elle monte franchement pendant la systole, où la compression musculaire écrase les vaisseaux intramyocardiques, puis retombe en diastole.

C'est cette variation qui interdit d'utiliser un rapport de pressions au repos calculé sur l'ensemble du cycle : la résistance moyenne de repos est à la fois élevée et instable. L'adénosine, en dilatant la microcirculation au maximum, écrase cette variabilité — c'est même exactement ce qu'elle fait, et rien d'autre.

Trois tracés simultanés de vélocité, de pression et de résistance coronaires, au repos puis après injection d'adénosine.
Figure 2 — Ce que l'adénosine fait, et rien d'autre. Trois tracés superposés donnent, de haut en bas, la vélocité du flux, la pression et la résistance, avant puis après l'injection. Suivez la ligne du bas : au repos, la résistance oscille largement d'un instant à l'autre du cycle ; après l'injection, elle s'effondre et surtout elle s'aplatit. Retenez la légende portée sous le tracé, qui est la clé de tout le cours : la résistance minimale du cycle de repos vaut déjà la résistance moyenne obtenue en hyperémie. Le médicament ne crée donc pas une condition nouvelle — il étend à tout le cycle une condition qui existait déjà par instants.

Pourquoi elle varie, et dans quel sens

Deux forces s'opposent à chaque battement. Le ventricule, en se contractant, comprime les vaisseaux qui traversent sa paroi : la résistance monte, et le flux coronaire — c'est une particularité de cette circulation — est plus faible en systole qu'en diastole, à l'inverse de tous les autres territoires. Puis le muscle se relâche, la compression cesse, et la résistance retombe.

Mais elle ne retombe pas d'un coup à sa valeur la plus basse. La relaxation elle-même engendre une onde de succion qui aspire le sang vers le myocarde, et cette onde met un temps à s'épuiser. Tant qu'elle agit, la résistance instantanée continue de bouger. Ce n'est qu'ensuite, la relaxation achevée et avant que la systole suivante ne s'annonce, que le calme s'installe.

Une fenêtre où la résistance tombe d'elle-même

L'analyse de l'intensité des ondes coronaires — la façon dont les ondes de pression progressent et se croisent dans le vaisseau — a montré qu'il existe, en fin de diastole, une fenêtre où les ondes qui s'opposent se neutralisent. Il n'y a plus d'onde nette qui pousse ou qui freine le flux : d'où son nom, période sans onde, wave-free period.

Sa définition est précise, et vaut d'être connue : elle débute 25 % après le début de la diastole et se termine 5 millisecondes avant la fin de la diastole.

Pendant cette fenêtre, la résistance intracoronaire est naturellement basse et naturellement stable. Elle l'est sans médicament, à chaque battement, chez tout patient.

Définition de la période sans onde et tracés d'intensité des ondes, de résistance et de vélocité au cours d'un cycle cardiaque.
Figure 3 — Où se situe la période sans onde. L'encadré de gauche donne la définition : une période du cycle en fin de diastole, pendant laquelle la résistance intracoronaire de repos est naturellement constante et minimale, donc semblable à la résistance hyperémique. Les bornes sont précises et méritent d'être retenues — elle débute 25 % après le début de la diastole et se termine 5 millisecondes avant la fin de celle-ci. Le tracé de droite superpose l'intensité des ondes, la résistance et la vélocité : la bande verte marque la fenêtre, celle où les ondes opposées se neutralisent et où plus rien ne pousse ni ne freine le flux.

La démonstration : la résistance y vaut celle de l'hyperémie

C'est le premier volet de l'étude qui a fondé l'indice, portant sur 39 lésions. Trois grandeurs y ont été comparées.

Résistance mesuréeNiveauComparaison
Moyenne de repos, sur tout le cycleÉlevéeRéférence
Moyenne sous hyperémie maximaleBasseNettement inférieure à la précédente (p < 0,001)
De repos, limitée à la période sans ondeBasseNettement inférieure à la moyenne de repos (p < 0,001) et non différente de la résistance hyperémique (p = 0,70)

La stabilité a été mesurée elle aussi, par le coefficient de variation : identique entre la période sans onde au repos et l'hyperémie (p = 0,96).

Deux diagrammes en colonnes comparant l'amplitude et la stabilité de la résistance coronaire au repos, en hyperémie et pendant la période sans onde.
Figure 4 — La démonstration, sur 39 lésions. Deux planches, deux questions. À gauche, l'amplitude : la résistance moyenne de repos, sur tout le cycle, est nettement plus élevée que les deux autres, tandis que la résistance hyperémique moyenne et la résistance de repos limitée à la période sans onde ne diffèrent pas entre elles. À droite, la stabilité, mesurée par le coefficient de variation : elle est la même dans les deux conditions. Regardez surtout les deux valeurs de p encadrées en jaune, qui portent tout l'argument. Elles disent que la fenêtre de fin de diastole offre, sans médicament, la condition que l'adénosine crée avec.
Le résultat qu'il faut avoir compris Pendant la période sans onde, au repos, la résistance coronaire est aussi basse et aussi stable que sous adénosine à pleine dose. La condition que le médicament crée artificiellement pendant deux minutes existe déjà, spontanément, quelques centaines de millisecondes par battement. Il ne restait qu'à mesurer là.

4. L'iFR : la définition

L'iFR, pour instantaneous wave-free ratio — rapport instantané pendant la période sans onde — est le rapport de la pression coronaire distale moyenne sur la pression aortique moyenne, mesurées pendant la seule période sans onde.

Écrit autrement : la même division que la FFR, sur le même matériel, mais restreinte à la fenêtre du cycle où la condition de mesure est remplie d'elle-même. Aucun médicament n'entre dans l'opération.

Tracés simultanés de pression aortique et de pression distale sur un cycle cardiaque, avec la période sans onde grisée et la formule de l'iFR.
Figure 5 — La définition, et le tracé sur lequel elle se lit. L'iFR est le rapport de la pression coronaire distale moyenne sur la pression aortique moyenne, calculé pendant la seule période sans onde. Sur le tracé, repérez d'abord les deux courbes — la pression aortique au-dessus, la pression distale au-dessous — puis la bande grisée qui délimite la fenêtre de calcul en fin de diastole. Notez que les deux courbes y descendent en parallèle : c'est cette stabilité du rapport qui rend la moyenne interprétable. Tout le reste du cycle, où les deux courbes se croisent et se déforment, est simplement ignoré par l'algorithme.
FFRiFR
Grandeur calculéePd / PaPd / Pa
Sur quelle partie du cycleLe cycle entierLa seule période sans onde
Comment la résistance est rendue constantePar l'adénosinePar le moment choisi dans le cycle
MédicamentIndispensableAucun
Durée de la mesureLe temps d'installer un plateau, plus de deux minutes en intraveineuxQuelques battements
Seuil de pratique0,800,89
Une nuance de vocabulaire qui compte On lit parfois « la FFR sans adénosine ». La formule est commode mais fausse : l'iFR n'est pas une FFR obtenue autrement, c'est une autre grandeur, calculée sur une autre partie du cycle. Les deux répondent à la même question clinique et concordent le plus souvent — mais elles ne mesurent pas la même chose, et c'est précisément ce qui explique leurs désaccords, traités plus bas.

5. Comment la console calcule la valeur

L'algorithme est entièrement automatique. Le connaître sert à comprendre ce qu'on regarde à l'écran, et surtout pourquoi la valeur met quelques secondes à se stabiliser.

  1. Identifier le début de la diastole sur le tracé de pression.
  2. Identifier la fin du cycle cardiaque.
  3. Délimiter la fenêtre diastolique — la période sans onde proprement dite.
  4. Analyser quatre cycles cardiaques consécutifs.
  5. Ajouter un cinquième cycle pour vérifier la stabilité de la valeur.
  6. Continuer d'ajouter des cycles tant que la valeur n'est pas stable.
  7. Afficher la valeur d'iFR.
Les sept étapes de calcul automatique de l'iFR et un tracé de pression montrant les fenêtres diastoliques analysées sur des cycles successifs.
Figure 6 — Ce que fait l'algorithme pendant que vous attendez le chiffre. Sept étapes s'enchaînent : repérer le début de la diastole, repérer la fin du cycle, délimiter la fenêtre, analyser quatre cycles, en ajouter un cinquième pour vérifier la stabilité de la valeur, en ajouter d'autres tant qu'elle n'est pas stable, puis afficher. Retenez que la valeur affichée est une moyenne sur cinq battements au moins, poursuivie jusqu'à stabilité. C'est ce qui explique la principale difficulté de l'indice : une arythmie rapide ou irrégulière change la durée de la diastole à chaque cycle, la fenêtre avec elle, et la valeur peine alors à se fixer.
Ce que cela implique en salle La console n'affiche pas un chiffre instantané mais une moyenne sur au moins cinq battements, poursuivie jusqu'à stabilité. Un patient en fibrillation auriculaire rapide, ou en extrasystolie ventriculaire fréquente, allonge donc l'acquisition et peut la rendre difficile : la période sans onde y est mal définie d'un battement à l'autre. C'est une limite de l'indice, pas un défaut de l'appareil.

Ce qu'il faut régler avant de commencer

Sur la console, la séquence est courte et se fait une fois pour toutes au début du cas : renseigner les données du patient dans le module d'interface, puis choisir le mode — FFR ou iFR. Le guide, lui, ne change pas : c'est le même 0,014 pouce à capteur de pression, et le même mode d'emploi.

Un point mérite d'être signalé aux internes : le choix du mode n'est pas définitif. Rien n'interdit de commencer par une iFR, de la trouver dans la zone intermédiaire, puis de passer en mode FFR sur le même guide sans le retirer — c'est même exactement ce que la stratégie hybride demande de savoir faire. Ce qu'il faut alors refaire, c'est l'égalisation, si le guide a bougé.

6. Le seuil : de 0,83 à 0,89

La valeur dérivée

Le second volet de l'étude fondatrice a comparé, sur 157 lésions, l'iFR à la FFR mesurée chez les mêmes patients. La corrélation est forte — r = 0,9 — et la précision diagnostique de l'iFR contre la FFR atteint 88 % pour un seuil d'iFR fixé à 0,83.

Nuage de points corrélant iFR et FFR sur 157 lésions, et répartition des valeurs selon le classement positif ou négatif de l'iFR.
Figure 7 — La corrélation avec la FFR, sur 157 lésions. Le nuage de gauche porte la FFR en abscisse et l'iFR en ordonnée : les points s'alignent étroitement, avec un coefficient de corrélation de 0,9. Le nuage de droite classe les mêmes lésions selon que l'iFR les déclare positives ou négatives, et permet de compter les faux positifs et les faux négatifs par rapport à la FFR. Retenez la mention encadrée en rouge : une précision diagnostique de 88 % pour un seuil d'iFR fixé à 0,83. C'est le seuil de dérivation, celui de cette série — pas celui qu'on utilise aujourd'hui, et c'est tout l'objet de la section suivante.

La valeur de pratique

Ce n'est pourtant pas 0,83 qui est utilisé aujourd'hui, mais 0,89. Les travaux ultérieurs ont montré que c'est ce seuil-là qui correspond le mieux à une FFR de 0,80, et c'est lui — pas 0,83 — que les deux grands essais randomisés ont employé pour décider de revasculariser.

La même histoire que pour la FFR On avait déjà vu l'écart entre le seuil historique de 0,75 et le seuil de pratique de 0,80. Ici, l'écart va de 0,83 à 0,89, et pour une raison de même nature : un seuil dérivé d'une première série n'est pas un seuil validé sur le devenir des patients. Retenez 0,89, et sachez d'où vient 0,83 — c'est ce qui vous permettra de lire une publication ancienne sans la mésinterpréter.

Un seuil n'est pas une falaise

Il faut se méfier de l'effet que produit un nombre rond posé sur une grandeur continue. Une lésion à 0,88 et une lésion à 0,90 ne diffèrent pratiquement en rien : le lit d'aval ne sait pas que 0,89 a été choisi. Ce que le seuil fixe, c'est le point où l'on accepte de basculer d'une conduite à l'autre — pas une frontière biologique.

Cette évidence a deux conséquences pratiques. La première est qu'une valeur très proche du seuil ne doit jamais être lue seule : elle appelle la clinique, le territoire, et le reste du dossier. La seconde est plus intéressante, parce qu'elle explique la suite du cours : si l'incertitude se concentre autour du seuil, alors c'est là, et là seulement, qu'il vaut la peine de dépenser une mesure supplémentaire. C'est exactement le raisonnement de la stratégie hybride.

7. Réaliser une mesure d'iFR

Ce qui ne change pas

Le matériel est le même : un guide de pression de 0,014 pouce, dont le capteur se situe trois centimètres en amont de l'extrémité. La console est la même, et l'opérateur choisit simplement l'un ou l'autre mode avant de commencer.

Les précautions sont exactement celles de la FFR, et aucune ne saute :

GesteCe qu'il protège
Anticoagulation, comme pour tout geste conduisant un guide dans une coronaireLe patient
Isosorbide dinitrate, 1 à 3 mg en intracoronaireEmpêche un spasme de se faire passer pour une lésion
Égalisation des pressions, capteur à la sortie du cathéterGarantit que les deux capteurs disent la même chose
Franchissement, capteur placé bien au-delà de la lésionGarantit qu'on mesure en aval et non dedans
Contrôle du drift au retraitGarantit que rien n'a dérivé pendant la mesure

Ce qui change

Une seule chose, mais elle est structurante : on n'administre rien et l'on n'attend rien. Il n'y a pas de perfusion à monter, pas de plateau à guetter, pas de patient à prévenir d'une oppression thoracique imminente. La valeur s'affiche en quelques battements.

Quand la valeur ne se stabilise pas

C'est la difficulté propre à cet indice, et elle n'a pas d'équivalent en FFR. Si la console continue d'ajouter des cycles sans afficher de valeur, ou si le chiffre saute d'un battement à l'autre, la cause est presque toujours la même : la période sans onde n'est pas identifiable de façon fiable.

  • Une arythmie rapide ou irrégulière — fibrillation auriculaire mal ralentie, extrasystolie ventriculaire fréquente. La diastole change de durée à chaque cycle, et la fenêtre avec elle.
  • Une tachycardie, même régulière : la diastole se raccourcit, la fenêtre se réduit, et le rapport signal sur bruit se dégrade.
  • Un tracé de pression amorti — cathéter mal purgé, guide coudé, robinet ouvert : le tracé perd la morphologie sur laquelle l'algorithme repère le début de la diastole.

La conduite est simple : régler la cause avant d'accuser la mesure. Purger, vérifier la ligne, ralentir si c'est possible et licite. Et si rien n'y fait, la FFR reste disponible — elle se calcule sur la moyenne du cycle entier et supporte mieux l'irrégularité.

Situation 1 — Une lésion intermédiaire chez un patient asthmatique Homme de 62 ans, asthme persistant sous corticoïde inhalé, angor d'effort. Coronarographie : lésion estimée à 55 % sur la circonflexe moyenne, réseau par ailleurs sain. Aucun test d'ischémie disponible.

Le raisonnement. La lésion est exactement dans la classe où l'angiographie ne tranche pas — deux lésions sur trois de cette classe ne limitent pas le flux. Il faut donc mesurer. Mais l'adénosine est problématique : le bronchospasme est le principal effet indésirable redouté chez l'asthmatique, et une hyperémie volontairement écourtée par prudence donnerait une valeur faussement élevée, donc une abstention à tort.

La conduite. iFR. Elle donne la réponse sans exposer le patient, et sans la tentation de sous-doser. Si la valeur tombe dans la zone grise de la stratégie hybride, la discussion reprendra — mais dans la grande majorité des cas elle n'y tombera pas, et la question sera close.

8. La stratégie hybride iFR-FFR

L'idée

Puisque les deux indices concordent très bien loin du seuil et se disputent près de lui, on peut décider sur la seule iFR quand elle est franche, et ne recourir à l'adénosine que dans la bande intermédiaire.

Valeur d'iFRConduiteConcordance avec la FFR dans cette bande
≤ 0,85Traiter, sans adénosine88,1 % (IC 95 % : 81,6-92,9)
0,86 à 0,93Mesurer la FFR100 % par construction — c'est la FFR qui décide
≥ 0,94Différer, sans adénosine93,1 % (IC 95 % : 89,8-95,6)

La précision diagnostique globale de cette stratégie, prise dans son ensemble, est de 94,2 % (IC 95 % : 92,2-95,8), avec une sensibilité de 90,7 % et une spécificité de 96,2 %.

Barre des seuils d'iFR et arbre de décision de la stratégie hybride, avec la concordance obtenue dans chacune des trois bandes.
Figure 8 — La stratégie hybride, et ce qu'elle vaut. La barre du haut situe le seuil : un point de coupure d'iFR à 0,89 correspond à une FFR de 0,80, et la bande orange délimite la zone où l'iFR seule ne suffit pas — de 0,86 à 0,93. L'arbre du bas donne la concordance de chaque branche avec la FFR : 88,1 % pour les valeurs inférieures ou égales à 0,85, 93,1 % pour celles supérieures ou égales à 0,94, et 100 % par construction dans la bande intermédiaire, puisque c'est la FFR qui y décide. Retenez le chiffre du bas : la précision globale de la stratégie atteint 94,2 %.

Ce que cela donne dans un laboratoire réel

Une série prospective monocentrique portant sur 50 sténoses chez 43 patients a comparé les deux approches dans les conditions d'un laboratoire de cathétérisme ordinaire. Le résultat éclaire l'intérêt de la stratégie hybride mieux que n'importe quel argument théorique.

ApprochePrécision diagnostiqueLésions nécessitant l'adénosine
Seuil unique d'iFR à 0,8971 %Aucune
Stratégie hybride iFR-FFR93,5 %34,8 %
Comment lire ces deux chiffres Ils disent la même chose sous deux angles. Un seuil unique fait perdre en exactitude ce qu'il gagne en simplicité, dans une série où les lésions étaient nombreuses à se situer près du seuil. La stratégie hybride restitue presque toute l'exactitude de la FFR — et n'exige le médicament que chez un tiers des lésions. Les deux tiers restants sont tranchés sans adénosine, sans perte de justesse. Réserve de méthode : cette série est petite et monocentrique ; sa valeur est de montrer une tendance, pas de fixer un chiffre.

9. Ce que les deux grands essais ont établi

Deux essais, publiés le même jour

Deux essais randomisés ont comparé, non pas les deux chiffres, mais les deux stratégies de décision : les patients étaient tirés au sort entre une revascularisation guidée par l'iFR et une revascularisation guidée par la FFR, puis suivis un an.

EssaiEffectifCritère principal à 1 anRésultat
DEFINE-FLAIR2 492 patientsDécès, infarctus, revascularisation non programmée6,79 % contre 7,02 % — rapport de risque 0,95 (IC 95 % : 0,68-1,33), p = 0,78
iFR-SWEDEHEART2 037 patients (1 012 / 1 007)Le même6,7 % contre 6,1 % — rapport de risque 1,12 (IC 95 % : 0,79-1,58), p = 0,53

Les deux concluent à la non-infériorité de l'iFR par rapport à la FFR.

Courbes d'incidence cumulée du critère composite à un an dans les deux essais randomisés comparant l'iFR et la FFR.
Figure 9 — Les deux essais randomisés, à un an. Les deux courbes donnent l'incidence cumulée du même critère composite — décès, infarctus, revascularisation non programmée — dans chaque essai. À gauche, 6,79 % contre 7,02 %, rapport de risque 0,95 avec un intervalle de confiance de 0,68 à 1,33. À droite, 6,7 % contre 6,1 % chez 1 012 et 1 007 patients, rapport de risque 1,12 avec un intervalle de 0,79 à 1,58. Regardez les intervalles autant que les rapports : ils sont larges, et c'est ce qui distingue une non-infériorité d'une équivalence démontrée.

Ce que « non inférieur » veut dire, et ne veut pas dire

La distinction est celle qu'un étudiant manque le plus souvent, et elle vaut bien au-delà de ce sujet.

Ce que ces essais établissent.

  • Décider sur l'iFR conduit, à un an, au même devenir que décider sur la FFR.
  • Le bénéfice de la mesure fonctionnelle est conservé quand on change d'indice : ce n'est pas l'adénosine qui faisait le résultat, c'est le fait de mesurer.
  • L'écart entre les deux stratégies reste dans la marge d'équivalence fixée avant l'essai.

Ce qu'ils n'établissent pas.

  • Que l'iFR serait meilleure que la FFR — un essai de non-infériorité ne peut pas le démontrer, et ce n'était pas sa question.
  • Que les deux indices donnent la même valeur chez un patient donné.
  • Qu'il n'existe aucune différence entre les deux stratégies : l'intervalle de confiance du rapport de risque, dans les deux essais, reste large et inclut des écarts non négligeables dans les deux sens.
Le raccourci à ne pas commettre « Les deux se valent » est une formule tolérable au lit du malade, mais elle efface l'essentiel : ce sont les deux STRATÉGIES qui se valent sur le devenir des patients, pas les deux MESURES chez un patient donné. Chez environ un patient sur cinq, les deux indices ne classent pas la lésion du même côté du seuil — et cela n'a rien d'une erreur de l'un ou de l'autre.

Ce que les recommandations en ont tiré

Les recommandations européennes de 2018 sur la revascularisation myocardique retiennent l'iFR au même titre que la FFR pour évaluer le retentissement hémodynamique d'une lésion intermédiaire lorsqu'on ne dispose d'aucune preuve d'ischémie. Les deux y figurent côte à côte, et le choix entre elles relève de l'organisation du centre et du patient, non d'une hiérarchie de preuve.

C'est une conséquence directe de la nature des deux essais. Une mesure qui se serait contentée de bien corréler avec la FFR n'aurait jamais obtenu cette place : ce qui l'a obtenue, c'est d'avoir montré que décider avec elle mène au même endroit.

10. Ce que l'iFR fait gagner

  • L'inconfort lié à l'adénosine, réduit d'environ 90 %. Ce n'est pas seulement une question d'égards : un patient qui ne bouge pas est un patient dont la mesure n'est pas à refaire.
  • La durée de la procédure, significativement réduite. Pas de perfusion à monter, pas de plateau à guetter, pas de retour à l'état de base à attendre avant la lésion suivante.
  • Le coût, réduit. Le produit est économisé, la voie aussi, et la salle se libère plus tôt.

À quoi s'ajoute un gain qui ne se chiffre pas : on mesure plus souvent quand mesurer coûte moins cher. Le premier obstacle à la mesure fonctionnelle n'a jamais été le doute sur son intérêt, mais la friction du geste — et c'est cette friction que l'iFR abaisse.

11. Quand iFR et FFR ne concordent pas

La fréquence, et où cela se produit

La discordance concerne environ une lésion sur cinq, et elle se concentre près des seuils : une valeur d'iFR à 0,88 et une FFR à 0,81 décrivent la même lésion, chacune d'un côté de sa propre limite. Loin des seuils, les deux indices s'accordent presque toujours.

Pourquoi les désaccords se logent près des seuils

La raison est d'abord arithmétique, avant d'être physiologique. Deux mesures fortement corrélées mais non identiques classeront toujours de la même façon les cas francs, et se sépareront sur les cas limites : plus une lésion est proche de la frontière, plus un écart minime entre les deux indices suffit à les faire tomber de part et d'autre. Une corrélation de 0,9 ne dit pas autre chose.

Mais la physiologie s'y ajoute, et c'est elle qui rend le désaccord instructif plutôt qu'aléatoire : les cas limites sont précisément ceux où le retentissement ne dépend plus seulement du calibre, mais de ce que le lit d'aval réclame. D'où la section qui suit.

L'explication tient à la microcirculation

Voici le point de fond du cours, et il se formule en une phrase : la FFR n'évalue pas la microcirculation, mais elle en est influencée.

La raison est mécanique. La FFR se lit sous hyperémie maximale, c'est-à-dire au débit le plus élevé que le lit d'aval puisse accepter. Or ce débit maximal dépend de la microcirculation autant que de la sténose. Le gradient qu'une sténose engendre croît avec le débit qui la traverse — donc, à sténose identique :

Si la microcirculation est…Le débit hyperémique est…Le gradient à travers la sténose est…La FFR sera donc…
SaineÉlevéMarquéPlus basse — risque de faux positif
AltéréeFaibleModestePlus haute — risque de faux négatif

L'iFR, mesurée au repos, ne pousse pas le lit d'aval à son maximum : elle est donc moins tributaire de l'état de la microcirculation. C'est là que les deux indices divergent, et c'est aussi ce qui explique pourquoi la discordance n'est pas une erreur — les deux mesurent bien, mais pas la même chose.

Les quatre situations possibles, et ce qu'on en fait

Poser les deux indices l'un contre l'autre donne quatre cases. Deux sont confortables, deux demandent à réfléchir.

iFRFFRFréquenceConduite
Positive (≤ 0,89)Positive (≤ 0,80)CouranteTraiter — les deux concordent
NégativeNégativeCouranteDifférer — les deux concordent
NégativePositiveLa plus fréquente des deux discordancesRéserve coronaire le plus souvent conservée. Rouvrir le dossier plutôt que trancher sur le chiffre
PositiveNégativePlus rareFaire peser la masse myocardique en aval, la clinique, et un test d'ischémie s'il existe

Dans les deux cases discordantes, la même règle s'applique et elle est simple à énoncer : une discordance n'est pas une panne, c'est une information. Elle dit que la lésion se situe dans la zone où le retentissement dépend d'autre chose que du seul rétrécissement — et cette autre chose, c'est le lit d'aval.

Situation 2 — Une discordance chez un diabétique ancien Femme de 68 ans, diabète de type 2 évoluant depuis vingt ans, angor d'effort. Lésion estimée à 60 % sur l'interventriculaire antérieure moyenne. iFR à 0,91 — négative. FFR à 0,78 — positive.

Ce qu'il ne faut pas conclure. Que l'une des deux consoles s'est trompée. Les deux valeurs sont justes ; elles ne décrivent simplement pas la même condition de flux.

Le raisonnement. Le diabète ancien altère la microcirculation, ce qui devrait plutôt relever la FFR — or elle est basse. La configuration inverse est ici la plus probable : une microcirculation encore capable d'un débit hyperémique élevé, qui abaisse la FFR sans que la lésion ne limite le flux au repos. C'est exactement le profil des discordances iFR-négatives / FFR-positives.

La conduite. On ne tranche pas sur le chiffre le plus alarmant, mais sur le dossier : la masse myocardique en aval, les symptômes, un test d'ischémie s'il en existe un. Et l'on note dans le compte rendu que les deux indices divergent — l'information vaut pour le suivi.

12. La microcirculation, angle mort de la mesure de pression — pour aller plus loin

📘 À partir d'ici Les trois sections qui suivent dépassent l'usage courant. Elles s'adressent à qui veut comprendre pourquoi les deux indices divergent, à qui s'intéresse à la réserve coronaire, et à qui pratique le retrait sous mesure continue.

Ce que la pression ne dit pas

Une mesure de pression, quelle qu'elle soit, caractérise l'obstacle épicardique. Elle ne dit rien de l'état du lit d'aval, et c'est une limite commune à la FFR et à l'iFR : un patient dont la FFR est à 0,92 et dont la microcirculation est détruite reste un patient à risque, alors que la mesure l'a déclaré indemne de lésion limitante — ce qu'il est effectivement.

La réserve coronaire, elle, voit les deux

La réserve coronaire — rapport du flux maximal en hyperémie sur le flux de repos, normale au-delà de 2,5 — explore l'ensemble du lit vasculaire. Cette globalité fait sa force pronostique et sa faiblesse diagnostique : une réserve abaissée ne désigne pas le coupable.

Ce que chaque mesure caractériseÉpicardeMicrocirculationDésigne la lésion à traiter
FFROuiNon — mais en est influencéeOui
iFROuiNon — et moins influencéeOui
Réserve coronaireOuiOuiNon

Sa valeur pronostique est établie

Une réserve coronaire normale indique que la lésion ne limite pas le flux myocardique, et elle est fortement corrélée à la mortalité cardiovasculaire et aux événements majeurs. Un travail sur la réserve coronaire globale a montré qu'elle prédit les événements cardiovasculaires indépendamment de la sévérité angiographique — et qu'une réserve abaissée identifie des patients chez qui la revascularisation apporte un bénéfice.

Autrement dit, les trois grandeurs ne sont pas concurrentes : elles répondent à trois questions distinctes, et ce cours n'en traite qu'une — faut-il traiter CETTE lésion ?

Trois questions, trois mesures — ne pas les confondre

La confusion la plus tenace de ce chapitre consiste à traiter les trois grandeurs comme trois façons de mesurer la même chose, plus ou moins bonnes. Elles répondent à trois questions différentes, et une seule intéresse la décision du jour.

  • Cette lésion-ci limite-t-elle le flux ? C'est la question de la FFR et de l'iFR. Elle se pose lésion par lésion, elle appelle une réponse binaire, et c'est la seule qui commande un geste immédiat.
  • Ce territoire dispose-t-il encore d'une marge d'adaptation ? C'est la question de la réserve coronaire. Elle porte sur un territoire entier, épicarde et microcirculation confondus, et sa réponse est pronostique avant d'être opératoire.
  • La microcirculation elle-même est-elle malade ? C'est une troisième question, que ce cours ne traite pas et qu'aucune des trois mesures citées ne tranche à elle seule.

Les tenir séparées évite deux erreurs symétriques. La première consiste à rassurer un patient sur la foi d'une FFR normale alors que sa réserve est effondrée — la mesure a répondu juste, mais à une autre question. La seconde consiste à poser un stent devant une réserve abaissée sans avoir vérifié qu'une lésion épicardique en est responsable — auquel cas le geste ne changera rien.

13. Laquelle des deux colle le mieux à la réserve coronaire ? — pour aller plus loin

La question a été posée directement, en mesurant chez les mêmes patients l'iFR, la FFR et la réserve coronaire par Doppler. Deux résultats en sont sortis.

Premier résultat : l'iFR se corrèle mieux que la FFR à la réserve coronaire. C'est contre-intuitif — on attendrait l'inverse d'un indice mesuré sans hyperémie — et cela s'explique par ce qui précède : la FFR, dépendante du débit hyperémique, hérite de la variabilité de la microcirculation.

Second résultat, plus directement utile en salle : parmi les lésions où l'iFR est négative et la FFR positive, la grande majorité présente une réserve coronaire supérieure à 2,5, c'est-à-dire une réserve rassurante.

Nuage de points iFR contre FFR coloré selon la réserve coronaire, et courbes reliant le gradient de pression à la vélocité du flux selon la sévérité de la sténose.
Figure 10 — Pourquoi les deux indices divergent. Le nuage de gauche porte la FFR en abscisse et l'iFR en ordonnée, chaque point coloré selon la réserve coronaire du territoire : rouge au-dessous de 2,0, vert foncé entre 2,0 et 2,5, vert clair au-dessus de 2,5. Regardez le rectangle rouge, en haut à gauche : ce sont les lésions déclarées négatives par l'iFR et positives par la FFR, et elles sont majoritairement vert clair, donc à réserve coronaire conservée. Le schéma de droite explique le mécanisme : à sténose identique, plus la vélocité du flux est élevée, plus le gradient de pression grandit — d'où une FFR d'autant plus basse que la microcirculation est saine.
Ce que ce résultat autorise à penser Devant une discordance iFR-négative / FFR-positive, la réserve de flux du territoire est le plus souvent conservée. Cela n'autorise pas à décréter que l'iFR a raison et la FFR tort — aucun essai n'a comparé les deux stratégies dans cette seule population. Cela justifie en revanche de ne pas traiter mécaniquement sur le chiffre le plus bas, et de rouvrir le dossier clinique.

Ce qui trancherait la question, et qui n'a pas été fait

Il serait tentant de conclure que l'iFR a raison contre la FFR dans la case discordante. Ce serait aller plus loin que les données. Ce qui trancherait la question est identifiable, et il faut savoir le nommer : un essai qui randomiserait les seules lésions discordantes entre traitement et abstention, puis suivrait les patients sur un critère clinique. Tant qu'il n'a pas été mené, on dispose d'un argument physiologique fort et d'aucune preuve de devenir.

C'est une distinction que ce cours a déjà rencontrée deux fois, et qui vaut au-delà de lui. Une corrélation avec un marqueur pronostique, si serrée soit-elle, n'équivaut pas à une démonstration sur les événements. C'est exactement pour cette raison que les deux grands essais ont porté sur des stratégies de décision, et non sur des coefficients de corrélation — et c'est ce qui a valu à l'indice sa place dans les recommandations.

La position raisonnable, aujourd'hui Devant une discordance, aucun des deux chiffres ne l'emporte automatiquement. Ce qui l'emporte est le faisceau : la masse myocardique en aval, la sévérité des symptômes, l'existence d'un test d'ischémie concordant, et l'accessibilité technique de la lésion. Noter la discordance dans le compte rendu fait partie du travail : le prochain opérateur, devant la même artère dans deux ans, aura besoin de le savoir.

14. Le retrait sans hyperémie — pour aller plus loin

Le retrait du capteur sous mesure continue, du segment distal jusqu'à l'ostium, localise la perte de charge le long du vaisseau : une marche franche désigne une lésion focale accessible à un stent, une pente régulière signe une maladie diffuse.

En FFR, ce geste impose une hyperémie stable pendant toute sa durée, donc la voie intraveineuse, donc quelques minutes de perfusion. En iFR, la condition de mesure est disponible à chaque battement : le retrait peut être fait lentement, calmement, et refait autant de fois qu'on le souhaite, sans rien injecter.

Retrait sous FFRRetrait sous iFR
Condition à tenirHyperémie stable pendant tout le retraitAucune : elle revient à chaque battement
Voie d'hyperémieIntraveineuse obligatoireSans objet
Répétable dans la fouléeDifficilementOui
Ce qui reste identiqueLe retrait doit être lent et continu — un capteur ramené par à-coups fabrique des marches qui ressemblent à des lésions
Situation 3 — Une artère longue et irrégulière Homme de 71 ans, interventriculaire antérieure diffusément malade, sans lésion franchement dominante à l'œil. iFR distale à 0,74 : le vaisseau limite le flux, cela ne fait pas de doute.

Ce que le chiffre ne dit pas. S'il y a quelque chose à traiter. Une valeur basse produite par trois rétrécissements modérés étagés sur huit centimètres n'appelle pas la même conduite qu'une valeur basse produite par une lésion de douze millimètres.

La conduite. Retrait lent, du distal à l'ostium, répété une seconde fois pour confirmer le tracé — ce que l'absence d'hyperémie rend facile. Si une marche franche apparaît en regard d'un segment, elle désigne la cible ; si la pente est régulière, poser un stent déplacera le problème sans le résoudre, et la discussion redevient médicale.

Ce que la répétabilité change

Un retrait qu'on peut refaire à volonté n'est pas seulement plus confortable : il devient vérifiable. Deux tracés superposables sur la même artère valent bien mieux qu'un tracé unique obtenu au prix d'une perfusion, parce qu'ils écartent l'artefact de manipulation — la marche fabriquée par un à-coup ne se reproduit pas au même endroit deux fois de suite.

C'est aussi ce qui a rendu praticable la lecture du gain attendu : on peut, sur le tracé de retrait, estimer ce que le traitement d'un segment donné restituerait au reste du vaisseau. La question posée n'est plus seulement « faut-il traiter ? » mais « que gagnera-t-on à traiter ici plutôt que là ? » — et c'est une question que le chiffre distal seul ne permet pas de poser.

La limite à garder en tête Tout cela reste de la mesure de pression. Un retrait, si beau soit-il, ne dit rien de la composition de la paroi, ni du calcium, ni de la charge athéromateuse. Choisir la longueur d'un stent sur un tracé de pression seul, sans imagerie endocoronaire, revient à traiter une carte de charge sans regarder le terrain — ce que les cours suivants viendront corriger.

15. Points clés à retenir

⭐ Points clés
  • Plus d'un patient sur deux arrive en angioplastie programmée sans aucun test d'ischémie : c'est ce vide que la mesure en salle comble.
  • Ce que la FFR exige n'est pas l'adénosine, mais une résistance coronaire constante et minimale. L'adénosine n'est qu'un moyen d'y parvenir.
  • La période sans onde occupe la fin de la diastole : elle débute 25 % après le début de la diastole et finit 5 ms avant sa fin. La résistance y est naturellement basse et stable.
  • Pendant cette fenêtre, au repos, la résistance ne diffère pas de la résistance hyperémique (p = 0,70) et elle est aussi stable (p = 0,96).
  • L'iFR est le rapport de la pression distale moyenne sur la pression aortique moyenne, calculé sur cette seule fenêtre, sans aucun médicament.
  • Le seuil de pratique est 0,89, qui correspond à une FFR de 0,80. Le seuil historique de 0,83 vient de la série de dérivation.
  • La console moyenne au moins cinq battements et poursuit jusqu'à stabilité : une arythmie rapide gêne la mesure.
  • Stratégie hybride : traiter si iFR ≤ 0,85, différer si iFR ≥ 0,94, mesurer la FFR entre 0,86 et 0,93. Précision globale 94,2 %.
  • Dans un laboratoire réel, cette stratégie a atteint 93,5 % de précision en n'exigeant l'adénosine que chez 34,8 % des lésions.
  • DEFINE-FLAIR (2 492 patients) et iFR-SWEDEHEART (2 037 patients) concluent tous deux à la non-infériorité de l'iFR à un an sur décès, infarctus et revascularisation non programmée.
  • Non-infériorité veut dire que les deux stratégies se valent sur le devenir — pas que les deux mesures coïncident chez un patient donné.
  • Les deux indices divergent chez environ un patient sur cinq, presque toujours près des seuils.
  • La FFR n'évalue pas la microcirculation mais elle en est influencée : une microcirculation saine peut la rendre faussement positive, une microcirculation altérée faussement négative.
  • L'iFR se corrèle mieux que la FFR à la réserve coronaire, et la plupart des discordances iFR-négative / FFR-positive ont une réserve coronaire supérieure à 2,5.
  • Toutes les précautions de la FFR restent valables : dérivé nitré, égalisation, position du capteur, contrôle du drift.
  • L'iFR réduit d'environ 90 % l'inconfort lié à l'adénosine, ainsi que la durée et le coût de la procédure.

16. Pièges fréquents

⚠️ Pièges fréquents
  • Dire « la FFR sans adénosine » : l'iFR est une autre grandeur, calculée sur une autre partie du cycle, pas la même mesure obtenue autrement.
  • Utiliser 0,83 comme seuil de décision : c'est la valeur dérivée de la première série. Le seuil de pratique, celui des essais, est 0,89.
  • Conclure de la non-infériorité que les deux indices donnent la même valeur : ce sont les stratégies qui se valent, pas les mesures.
  • Traiter systématiquement sur le chiffre le plus bas en cas de discordance : la plupart des discordances iFR-négative / FFR-positive ont une réserve coronaire conservée.
  • Croire qu'une FFR normale exclut tout risque : elle caractérise l'obstacle épicardique, pas la microcirculation.
  • Oublier le dérivé nitré : un spasme non levé abaisse faussement la valeur, exactement comme en FFR.
  • Bâcler l'égalisation : elle décale toute la mesure du même écart, et rien ensuite ne le révèle.
  • Positionner la pointe du guide au lieu du capteur : le capteur est 3 cm en amont, et un guide dépassant la lésion de 2 cm l'y laisse encore.
  • Ne pas vérifier le drift au retrait : une mesure dont on n'a pas contrôlé le retour à l'égalité ne se défend pas.
  • Mesurer pendant une arythmie rapide : la période sans onde est mal définie d'un battement à l'autre, et la valeur ne se stabilise pas.
  • Se dispenser de la FFR dans la zone 0,86-0,93 : c'est précisément la bande où la stratégie hybride demande le médicament, et où un seuil unique perd son exactitude.
  • Croire que l'iFR dispense du raisonnement clinique : un chiffre sans son territoire ne veut pas dire grand-chose, ici comme en FFR.
  • Poser un stent sur une valeur basse sans avoir fait le retrait : la valeur dit qu'il y a un problème, le retrait dit s'il y a quelque chose à traiter.
  • Transposer les contre-indications : l'iFR n'a pas celles de l'adénosine, mais elle garde toutes les limites propres à la mesure de pression — lésion coupable à la phase aiguë, lésions en série.

Sources

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Cours de la Pr Ag Yosra Messaoudi, Faculté de Médecine de Sousse.

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