Cours 112 Interventionnel structurel et périphérique ⏱ 20 min

La fermeture percutanée de la communication interauriculaire : choisir, dimensionner, larguer

Une seule des quatre formes de communication interauriculaire se ferme par cathétérisme, et seulement si ses berges le permettent. Tout le geste tient ensuite entre deux erreurs symétriques : une prothèse trop petite laisse un shunt, une prothèse trop grande érode le toit des oreillettes. Entre les deux, quelques millimètres, et quatre contrôles à faire avant de dévisser le câble.

🎯 Objectifs pédagogiques
  • Distinguer les quatre formes anatomiques et justifier pourquoi une seule relève du cathétérisme.
  • Énoncer les indications de fermeture et leurs niveaux de recommandation, dont la contre-indication absolue.
  • Énumérer les sept critères anatomiques de faisabilité et expliquer la raison de chacun.
  • Nommer les cinq berges septales et relier le déficit de deux d'entre elles à deux complications distinctes.
  • Décrire les coupes échographiques transthoraciques et transœsophagiennes, et ce que chacune montre.
  • Justifier le choix de l'anesthésie à partir du choix de l'imagerie per-procédure.
  • Établir les indications d'un second abord veineux et d'un abord artériel.
  • Dimensionner une prothèse par les deux méthodes, et expliquer pourquoi surdimensionner expose.
  • Énumérer les quatre contrôles avant largage et la conduite à tenir devant chacun s'il est en défaut.
  • Reconnaître les quatre complications chiffrées et leurs facteurs de risque.
  • Établir le calendrier de suivi et la durée des traitements après implantation.
  • Décrire les deux difficultés du largage et les familles de manœuvres qui les résolvent.
Mots-clés communication interauriculaireostium secundumfermeture percutanéeprothèse à double disquenitinolberge septaleberge rétroaortiquehauteur septaleballon de calibrationtechnique d'arrêt du fluxéchographie transœsophagienneéchographie intracardiaqueéchographie tridimensionnelleendothélialisationérosion cardiaqueembolisation de prothèsetête de cobrabloc auriculo-ventriculaireshunt péri-prothétiquetest d'occlusion par ballonsyndrome d'Eisenmengerembolie paradoxalevoie veineuse fémoraleprophylaxie de l'endocarditetechnique assistée par ballonsinus venosus

1. Ce que ce cours traite, et ce qu'il ne traite pas

1.1. Une malformation fréquente, un geste devenu la règle

La communication interauriculaire représente environ dix pour cent des cardiopathies congénitales de l'enfant, et c'est la plus fréquente de celles qu'on découvre chez l'adulte, où elle en constitue près du tiers. Elle touche deux femmes pour un homme.

On la dit volontiers bénigne, et elle l'est longtemps. Mais non traitée, elle finit par se payer : surcharge chronique du ventricule droit puis insuffisance cardiaque droite, élévation des résistances pulmonaires, embolies systémiques par voie paradoxale, et troubles du rythme auriculaire qui deviennent la règle avec l'âge.

Ce cours porte sur le geste qui la ferme par voie veineuse, et sur lui seul.

Schéma du septum interauriculaire montrant les quatre localisations de communication : fosse ovale, sinus venosus supérieur et inférieur, septum atrio-ventriculaire et sinus coronaire.
Figure 1 — Les quatre sièges possibles, et le seul qui se ferme au cathétérisme. Le schéma montre le septum interauriculaire vu depuis l'oreillette droite, avec les quatre localisations de défect : le défect de la fosse ovale, au centre, qui est l'ostium secundum ; les défects du sinus venosus, supérieur et inférieur ; le défect du septum atrio-ventriculaire, que le schéma nomme ostium primum ; et le défect du sinus coronaire. Le trait pointillé délimite ce que le schéma appelle le vrai septum interauriculaire — et l'on voit que trois des cinq localisations sont en réalité hors de ses limites. C'est l'explication anatomique de la règle du cours : seul l'ostium secundum, situé dans le vrai septum, offre les berges nécessaires à une prothèse.

Un mot sur la chronologie de cette maladie, car elle explique pourquoi on la rencontre à tout âge. Le shunt est gauche-droite, à basse pression, et il ne fait pas souffrir : l'enfant grandit normalement, l'adolescent fait du sport. Le ventricule droit encaisse, se dilate, et compense pendant des décennies. Les symptômes apparaissent quand la compensation s'épuise — dyspnée d'effort, puis fibrillation auriculaire, souvent après quarante ans. C'est pourquoi la même malformation se découvre chez un nourrisson lors d'un souffle, et chez un adulte de cinquante ans lors d'un bilan d'arythmie.

1.2. Ce que le cours 68 traite déjà

La malformation elle-même — ses quatre formes anatomiques, sa physiopathologie, son diagnostic, l'indication de la fermer et le choix entre cathétérisme et chirurgie — fait l'objet du cours 68 de la discipline pédiatrique et congénitale. Ce cours-ci ne le refait pas.

Une seule notion doit être rappelée, parce que tout le reste en dépend :

Forme anatomiquePartTraitement
Ostium secundumEnviron 70 %Fermeture percutanée si l'anatomie s'y prête
Ostium primum10 à 15 %Chirurgie
Sinus venosus10 %Chirurgie
Sinus coronaireRareChirurgie
🎯 Une seule des quatre formes relève du cathétérisme Et encore : parmi les ostium secundum, seules celles dont les berges et la hauteur septale le permettent. Un opérateur à qui l'on adresse « une CIA à fermer » doit donc commencer par vérifier deux choses avant tout le reste — de quelle forme il s'agit, et ce que valent ses berges. Le reste du cours n'est que le développement de cette phrase.

Ce partage entre deux cours n'est pas une commodité de rangement, et il vaut d'être justifié. Le cardiologue qui suit un enfant porteur d'une communication a besoin de savoir quand adresser, pas comment fermer. L'opérateur qui reçoit ce patient a besoin de l'inverse : il tient l'indication pour acquise et doit décider d'une taille de prothèse au millimètre. Écrire un seul cours pour les deux aurait produit un texte trop long pour le premier et trop superficiel pour le second.

1.3. Ce que ce cours suppose acquis

L'anatomie du septum interauriculaire et de ses berges, la physiologie d'un shunt gauche-droite, et la lecture d'une échocardiographie transthoracique et transœsophagienne. La voie fémorale est traitée au cours 89 — ici elle est veineuse, ce qui change beaucoup de choses et rien d'essentiel.

2. Qui relève du cathétérisme

2.1. Les indications, telles que les recommandations les posent

Quatre situations, et leurs niveaux :

SituationRecommandation
Shunt significatif avec surcharge du ventricule droit et résistances pulmonaires normales, quels que soient les symptômesClasse I, niveau B
Communication interauriculaire et embolie paradoxaleClasse IIa, niveau C
Shunt significatif, résistances pulmonaires élevées mais inférieures aux deux tiers des résistances systémiquesClasse IIb, niveau C
Syndrome d'EisenmengerClasse III, niveau C

Et une recommandation de méthode : devant une communication de type ostium secundum, la fermeture percutanée est la méthode de choix, en classe I, niveau C.

⚠️ « Quels que soient les symptômes » C'est le point que l'on manque le plus souvent. Une surcharge du ventricule droit avec des résistances normales suffit à poser l'indication, chez un patient qui se dit parfaitement bien. Attendre l'essoufflement, c'est attendre que le ventricule droit ait commencé à se dégrader — et il ne récupère pas toujours ce qu'il a perdu.

Reste à savoir ce que « shunt significatif » veut dire, car la recommandation ne le chiffre pas dans son intitulé. Deux critères, et le second l'emporte. Le rapport des débits pulmonaire et systémique, qu'on tient pour significatif au-delà de un et demi, est le critère historique. Mais celui qui décide en pratique est la surcharge du ventricule droit : une dilatation des cavités droites à l'échocardiographie, avec un septum interventriculaire qui bouge de façon paradoxale. Un ventricule droit dilaté par le shunt suffit à poser l'indication, et il le fait plus sûrement qu'un rapport de débits calculé.

2.2. Les critères anatomiques classiques

Sept conditions décrivent la communication idéalement fermable :

CritèreSeuil
FormeOstium secundum
IsolementAucune malformation associée relevant de la chirurgie
Taille40 mm ou moins
Hauteur septaleSupérieure au diamètre maximal augmenté de 14 mm
BergesPlus de 5 mm, sauf la berge rétroaortique
Qualité du septumSolide, non flottant
PoidsPlus de 15 à 20 kg

Chacun de ces sept critères a sa raison d'être, et les connaître évite de les appliquer bêtement. La limite de quarante millimètres tient à la taille des prothèses disponibles. Le critère de hauteur septale garantit que le disque gauche, qui déborde de douze à seize millimètres de part et d'autre, trouvera de la place sans buter sur la paroi auriculaire. Les cinq millimètres de berge donnent au disque de quoi s'appuyer — la berge rétroaortique fait exception parce qu'un déficit y est fréquent et bien toléré, la racine aortique jouant elle-même le rôle d'appui. Le septum doit être solide pour ne pas se déformer sous la prothèse. Et le poids conditionne le calibre des désilets et l'espace disponible dans l'oreillette.

2.3. Ce qui n'est pas une contre-indication

Trois situations sont souvent prises pour des contre-indications alors qu'elles n'en sont pas : les communications multiples, les communications très larges au-delà de quarante millimètres, et le septum flottant.

Elles ne ferment pas la porte du cathétérisme. Elles exigent de l'expérience, et parfois les techniques modifiées de la section 12. La formulation exacte compte : ce n'est pas « on ne peut pas », c'est « pas dans toutes les mains ».

3. Ce que l'échocardiographie doit dire avant

3.1. Les quatre questions

L'examen préprocédural ne cherche pas à confirmer un diagnostic déjà posé. Il répond à quatre questions dont dépend la faisabilité :

La taille, et sa compatibilité avec une fermeture percutanée. Les berges, une par une, avec leur mesure. La hauteur septale, qui conditionne le critère du diamètre augmenté de quatorze millimètres. Et l'absence de malformation associée qui imposerait la chirurgie — anomalie du retour veineux systémique, communication interventriculaire large, canal artériel, anomalie de la valve mitrale, sténose pulmonaire sur valve dysplasique.

Un mot sur les berges elles-mêmes, que le cours nomme sans arrêt et qu'il faut savoir énumérer. Le septum interauriculaire est bordé, autour de l'orifice, par cinq berges. La rétroaortique, ou antérosupérieure, qui regarde la racine de l'aorte. La supérieure, du côté de la veine cave supérieure. L'inférieure, du côté de la veine cave inférieure. La postérieure, vers la paroi libre de l'oreillette. Et l'auriculo-ventriculaire, la plus basse, du côté des valves mitrale et tricuspide.

Deux d'entre elles méritent une attention particulière, pour des raisons opposées. La rétroaortique est celle dont l'absence est la mieux tolérée, et c'est pour cela qu'elle échappe à la règle des cinq millimètres — mais c'est aussi celle dont le déficit expose à l'érosion, comme le dit la section 8.4. La postéro-inférieure est celle dont le déficit expose à l'embolisation. Un déficit ne se vaut donc pas l'autre : il faut savoir laquelle manque, pas seulement combien il en manque.

3.2. Les coupes transthoraciques

Chez l'enfant bien échogène, la voie transthoracique suffit. Trois coupes, et chacune montre des berges différentes :

CoupeCe qu'elle montre
Sous-costale intercaveBerges inférieure et supérieure
Apicale quatre cavitésBerges auriculo-ventriculaire et postérieure, et la hauteur septale
Parasternale petit axeBerges rétroaortique et postérieure
Deux échographies transthoraciques d'une communication interauriculaire : coupe intercave montrant les berges inférieure et supérieure, coupe apicale quatre cavités montrant les berges auriculo-ventriculaire et postérieure.
Figure 2 — Les deux coupes transthoraciques, et ce que chacune montre. À gauche, la coupe intercave, qui dégage les berges inférieure et supérieure — celles qui bordent l'orifice du côté des veines caves. À droite, la coupe apicale quatre cavités, qui montre les berges auriculo-ventriculaire et postérieure, et permet de mesurer la hauteur septale dont dépend le critère du diamètre augmenté de quatorze millimètres. Le flux du shunt apparaît en couleur, dirigé de l'oreillette gauche vers la droite. Ces deux coupes suffisent chez l'enfant bien échogène ; chez l'adulte, il faut passer par l'œsophage.

3.3. Les coupes transœsophagiennes

Chez l'adulte et l'adolescent mal échogènes, la voie transœsophagienne devient nécessaire. Trois angles :

AngleCe qu'il montre
0°, œsophage moyenBerges auriculo-ventriculaire et postérieure, hauteur septale
40 à 50°Berges rétroaortique et postérieure ; le balayage d'avant en arrière donne le diamètre le plus large
90°Berges inférieure et postérieure
Trois échographies transœsophagiennes à 0, 40 et 90 degrés, chacune accompagnée d'un schéma nommant la berge auriculo-ventriculaire, la berge rétroaortique, la veine cave supérieure et le réseau de Chiari.
Figure 3 — Les trois angles transœsophagiens, chacun avec son schéma de lecture. À 0°, la coupe dégage la berge auriculo-ventriculaire et la hauteur septale — le schéma la nomme AV Rim. À 40°, elle dégage la berge rétroaortique, nommée Aortic Rim sur le schéma : c'est l'angle où l'on balaye d'avant en arrière pour trouver le diamètre le plus large de l'orifice. À 90°, elle dégage les berges inférieure et postérieure, et l'on aperçoit la veine cave supérieure et l'auricule droite ; le schéma signale aussi le réseau de Chiari, structure normale qu'il ne faut pas prendre pour un thrombus. Retenez que chaque berge a son angle, et qu'aucun angle ne les montre toutes.
🎯 La berge inférieure, celle qui se dérobe À 90°, elle n'est pas toujours visible d'emblée, et il faut alors une manœuvre de rétroflexion de la sonde pour la dégager. Ne pas la voir n'autorise pas à la déclarer absente : c'est précisément la berge dont le déficit, en position postéro-inférieure, expose le plus à l'embolisation de la prothèse. Chercher jusqu'à l'avoir vue.

Un mot sur l'apport propre de l'échographie tridimensionnelle à ce bilan, distinct de son rôle per-procédure. En vue de face du septum — la vue dite « en surface », depuis l'oreillette droite ou gauche —, elle montre l'orifice tel qu'il est réellement : rarement rond, souvent ovale, parfois multiple. Une communication qui mesure dix-huit millimètres sur une coupe et vingt-six sur une autre n'a pas deux tailles : elle est ovale, et c'est son grand axe qui commande le choix de la prothèse. La reconstruction tridimensionnelle évite cette hésitation.

4. Préparer le patient

4.1. L'examen clinique, et ce qu'il ne dit pas

Quatre signes définissent le tableau : absence de cyanose, dédoublement large et fixe du deuxième bruit, souffle systolique au deuxième espace intercostal droit, et souffle mésodiastolique au foyer tricuspide.

⚠️ L'éclat de B2 n'est pas un bon marqueur d'hypertension pulmonaire Surtout chez l'enfant, où il est fréquent et sans valeur. Se fier à lui pour juger des résistances pulmonaires, c'est se tromper dans les deux sens — croire à une hypertension qui n'existe pas, ou se rassurer à tort. Les résistances se mesurent, elles ne s'auscultent pas.

4.2. Les examens de routine

L'électrocardiogramme montre typiquement une déviation axiale droite, un bloc de branche droit incomplet et une hypertrophie de l'oreillette et du ventricule droits. La radiographie montre une cardiomégalie aux dépens des cavités droites, une dilatation du tronc de l'artère pulmonaire et une surcharge vasculaire pulmonaire.

La biologie tient en quatre lignes : numération, taux de prothrombine et rapport international normalisé, fonction rénale, et sérologies virales.

4.3. Le consentement, et ce qu'il doit nommer

Le patient doit avoir entendu, nommément, sept risques : les complications de l'anesthésie générale, les complications vasculaires au point de ponction, la thrombose et l'embolisation avec le risque d'accident vasculaire cérébral, les troubles du rythme et les blocs auriculo-ventriculaires, la perforation cardiaque, l'embolisation de la prothèse, et — chez l'adulte — l'œdème pulmonaire.

S'y ajoutent la détermination du groupe sanguin avec épreuve de compatibilité, et l'aspirine, commencée quatre jours avant le geste à la dose de 5 mg/kg par jour.

Pourquoi commencer l'aspirine quatre jours avant plutôt que le jour même ? Parce que l'effet antiplaquettaire d'une dose unique n'est complet qu'après plusieurs jours de prise, et que la surface la plus thrombogène de tout le geste — le métal nu de la prothèse, avant tout recouvrement — est exposée dès la première minute. Commencer la veille laisserait le patient partiellement protégé au moment précis où il en a le plus besoin.

5. Le principe du geste

5.1. Une prothèse à double disque

Le principe est simple à énoncer : une prothèse constituée de deux disques reliés par une partie centrale est amenée par voie veineuse fémorale, repliée dans une gaine ; le disque gauche est déployé dans l'oreillette gauche, la partie centrale s'engage dans l'orifice, et le disque droit se déploie dans l'oreillette droite. Les deux disques prennent le septum en sandwich, la partie centrale bouche le trou.

L'occlusion n'est pas immédiate. Elle est mécanique le jour même, puis biologique en quelques semaines, le temps que l'endothélium recouvre le dispositif.

Il vaut la peine de s'arrêter sur ce que « l'endothélium recouvre le dispositif » signifie, car toute la conduite postopératoire en découle. Dans les jours qui suivent, la prothèse est un corps étranger métallique baigné de sang, et elle se comporte comme tel : elle peut thromboser. Puis une couche de cellules endothéliales progresse depuis les berges du septum et la recouvre des deux côtés. Le processus demande environ six mois — d'où la durée de l'aspirine, et celle de la prophylaxie de l'endocardite. Passé ce délai, la prothèse n'est plus une surface étrangère mais une cloison tapissée, et le traitement s'arrête.

5.2. D'où cela vient

La première fermeture non chirurgicale d'un shunt gauche-droite date de 1974 et a été publiée deux ans plus tard. La patiente avait dix-sept ans, l'abord veineux fémoral faisait vingt-trois French, le guidage était purement fluoroscopique, la prothèse s'appelait une ombrelle, et la procédure a duré quatre-vingt-dix minutes.

Rappeler ce chiffre de vingt-trois French n'est pas une coquetterie d'historien. Les gaines actuelles vont de six à quatorze French, et le calibre suit la taille de la prothèse. Tout ce qui a changé depuis — la miniaturisation, l'échographie per-procédure, la possibilité de reprendre une prothèse mal placée — tient dans cet écart.

Photographies de neuf prothèses de fermeture septale, des premiers modèles en toile aux mailles autoexpansibles contemporaines, avec les filiations entre générations.
Figure 4 — Cinquante ans de prothèses, et ce que la comparaison enseigne. Neuf dispositifs, de l'ombrelle des origines aux modèles contemporains, avec les filiations indiquées par des flèches — Angel Wing donne Guardian Angel, Helex donne Cardioform, CardioSeal donne StarFlex. Regardez la progression : les premiers modèles sont des toiles tendues sur une armature, dépliées à l'aveugle et impossibles à reprendre ; les suivants deviennent des mailles autoexpansibles, plus fines, repositionnables. Deux de ces dispositifs seulement sont encore d'usage courant. Cette planche dit ce qui a réellement changé depuis 1974, et pourquoi le cathétérisme septal est devenu un geste ordinaire.

5.3. Le déroulé, en cinq temps

Évaluation préprocédurale et sélection du patient. Anesthésie et abords vasculaires. Imagerie per-procédure, choix de la prothèse, préparation, insertion et largage. Évaluation immédiate. Puis suivi.

Les sections qui suivent reprennent ces temps dans l'ordre.

6. Anesthésie, abords et imagerie

6.1. Le choix de l'anesthésie découle du choix de l'imagerie

C'est une dépendance qu'on oublie en la lisant à l'envers.

Imagerie retenueAnesthésie
Échographie transthoracique ou intracardiaqueLocale, avec ou sans sédation
Échographie transœsophagienneGénérale
Enfant de moins de 20 kgGénérale, quelle que soit l'imagerie

Cette dépendance a une conséquence pratique qu'il vaut mieux avoir anticipée : elle engage l'organisation de la salle. Une anesthésie générale suppose un anesthésiste disponible pour toute la durée du geste, un patient à jeun, et une extubation à prévoir. Une sédation légère sous échographie intracardiaque libère de cette contrainte mais consomme un abord veineux de plus et coûte le prix de la sonde. Le choix se fait donc autant sur ce dont on dispose que sur ce que l'anatomie exige.

6.2. Les abords

Un seul abord veineux fémoral suffit dans la plupart des communications simples — petites ou modérées, à berges satisfaisantes.

Un second abord veineux se justifie dans trois situations : le test d'occlusion avec surveillance des pressions pulmonaires, les techniques modifiées assistées par ballon, et l'échographie intracardiaque, qui occupe une veine à elle seule.

Un abord artériel se justifie pour la mesure des saturations et des pressions, pour une coronarographie chez l'adulte lorsqu'une coronaropathie doit être écartée, et pour la surveillance des pressions gauches pendant l'occlusion temporaire par ballon — chez l'adulte à dysfonction diastolique, et chez le patient hypertendu pulmonaire.

🛡️ Sécurité — le test d'occlusion chez l'adulte à ventricule gauche rigide Fermer une communication interauriculaire supprime une soupape. Chez un adulte dont le ventricule gauche est rigide, cette soupape déchargeait l'oreillette gauche, et sa fermeture peut faire monter brutalement la pression de remplissage : c'est le mécanisme de l'œdème pulmonaire nommé dans le consentement. L'occlusion temporaire par ballon, sous surveillance des pressions gauches, existe pour dépister ce risque avant de larguer une prothèse qu'on ne pourra plus retirer.

Une fois les abords en place, héparine à 100 UI/kg, puis relevé des pressions et des saturations de base.

Une remarque sur la voie veineuse fémorale, qui n'est pas la voie artérielle du cours 89 avec une autre couleur. La veine est plus superficielle, plus médiale et plus compressible ; sa ponction pardonne davantage, et l'hémostase se fait par simple compression, sans les neuf complications locales de l'abord artériel. En revanche elle tolère mal les gaines de gros calibre chez le petit enfant, et c'est là que le critère de poids de la section 2.2 prend son sens concret.

6.3. Les trois imageries, et ce qu'elles coûtent

ModalitéAvantagesInconvénients
TransthoraciqueDisponible, simple, peu coûteuse, pas d'anesthésie générale, aucune morbiditéImages médiocres chez l'adulte, et surtout après déploiement de la prothèse
TransœsophagienneHaute résolution, coût modéré, courbe d'apprentissage rapideAnesthésie générale, inconfort, risque de lésion œsophagienne
IntracardiaqueHaute résolution, pas d'anesthésie générale, un seul opérateur suffitCoûteuse, apprentissage long, disponibilité, complications vasculaires et cardiaques

L'échographie tridimensionnelle n'est pas obligatoire, mais elle devient très utile — parfois indispensable — devant une communication fenêtrée : elle précise le siège, la taille et le nombre des orifices, et elle suit le trajet du cathéter, du guide, de la gaine et de la prothèse dans l'espace.

7. Ce qu'on vérifie avant de larguer

7.1. Les quatre contrôles

Le largage est le point de non-retour du geste. Avant de relâcher la prothèse, l'échocardiographie doit avoir répondu à quatre questions :

Un. Les deux disques prennent-ils bien le septum en sandwich ?

Deux. Existe-t-il un shunt péri-prothétique ? Un shunt intra-prothétique, lui, est physiologique juste après l'implantation et n'inquiète pas : le taux d'occlusion atteint cent pour cent à trois mois.

Trois. Y a-t-il une obstruction des valves auriculo-ventriculaires, des veines caves ou des veines pulmonaires ? Ces obstructions sont exceptionnelles et s'observent surtout quand une grande prothèse a été implantée chez un petit enfant.

Quatre. Y a-t-il une thrombose ?

🎯 Ne pas confondre les deux shunts Le shunt qui traverse le tissu de la prothèse est attendu et disparaît avec l'endothélialisation. Le shunt qui passe à côté de la prothèse signe un défaut de position ou une prothèse trop petite, et il ne se corrigera pas tout seul. Confondre les deux, c'est soit larguer une prothèse mal placée, soit reprendre inutilement une prothèse correcte.
Échographie transœsophagienne montrant une prothèse septale déployée en travers du septum interauriculaire, avec Doppler couleur à la recherche d'un shunt résiduel.
Figure 5 — La prothèse en place, avant de dévisser. C'est l'image sur laquelle se prennent les quatre décisions de la section 7.1. On y voit le treillis de la prothèse en travers du septum, et le Doppler couleur cherche ce qui ne doit pas s'y trouver : un flux qui contourne le dispositif. Un flux qui traverse le tissu de la prothèse, lui, est attendu et disparaîtra en trois mois. À ce stade, tout reste réversible — la prothèse est encore vissée au câble et se reprend dans la gaine autant de fois qu'il le faut.

7.2. Que faire quand un contrôle est en défaut

Chacune des quatre questions a sa conduite, et aucune ne se règle en larguant quand même.

Les disques ne prennent pas le septum en sandwich : la prothèse est mal orientée ou traverse mal l'orifice. On la reprend dans la gaine et on recommence, éventuellement avec l'une des manœuvres de la section 12.

Un shunt péri-prothétique persiste : soit la prothèse est trop petite, soit elle est mal centrée. On la reprend, et l'on reconsidère le dimensionnement.

Une structure est obstruée : la prothèse est trop grande pour l'oreillette, situation du petit enfant recevant un grand dispositif. On la reprend, et l'on discute soit une taille inférieure, soit la chirurgie.

Un thrombus apparaît : on vérifie l'héparinisation avant toute autre chose, et l'on ne largue pas sur un dispositif thrombosé.

8. Les complications

8.1. La liste, et ce qu'elle pèse

Neuf complications sont décrites : embolie gazeuse, complications thromboemboliques, complications infectieuses, allergie au nickel, embolisation de la prothèse, déformation du disque gauche, troubles du rythme, blocs auriculo-ventriculaires, et perforation ou érosion cardiaque.

Quatre méritent d'être connues par leurs chiffres et leur conduite.

Deux de ces neuf complications ne relèvent d'aucun chiffre et méritent pourtant un mot, parce qu'elles se préviennent entièrement.

L'embolie gazeuse tient à la préparation du système : une gaine mal purgée, un chargeur rempli hors de l'eau, une aspiration insuffisante avant l'insertion. Elle se manifeste par un sus-décalage transitoire, une bradycardie, parfois un arrêt bref, et elle se prévient à cent pour cent par la rigueur de la purge. C'est la complication dont on ne parle jamais dans les registres et qui survient en salle.

L'allergie au nickel tient au matériau : le nitinol contient un peu plus de la moitié de son poids en nickel. Elle est rare, elle se manifeste par des douleurs thoraciques, une gêne respiratoire ou une éruption dans les semaines qui suivent, et elle se dépiste par un interrogatoire — une intolérance connue aux bijoux fantaisie doit être demandée avant, pas découverte après.

8.2. Les troubles du rythme et de conduction

Ils sont fréquents et presque toujours bénins. Après le largage, on observe une extrasystolie auriculaire chez près de deux patients sur trois, des tachycardies supraventriculaires non soutenues chez un peu moins d'un quart, et une modification de la conduction auriculo-ventriculaire chez sept pour cent.

Le bloc auriculo-ventriculaire proprement dit — apparu ou aggravé — concerne un peu plus de six pour cent des patients dans la série de référence. Trente pour cent de ces blocs surviennent pendant la procédure, et ils persistent un à sept jours. La résolution est spontanée, sans récidive à moyen terme.

⚠️ Ce que ces chiffres autorisent, et ce qu'ils n'autorisent pas Ils autorisent à rassurer : un bloc apparu après le largage se résout presque toujours seul en moins d'une semaine. Ils n'autorisent pas à ignorer un bloc qui persiste au-delà, ni à sortir un patient sans électrocardiogramme de contrôle. La bénignité est statistique, la surveillance est individuelle.

8.3. L'embolisation de la prothèse

Elle survient dans un peu plus d'un demi pour cent des gestes. Le terrain est constant : communication large avec des berges insuffisantes, et particulièrement une berge postéro-inférieure déficiente.

La prothèse peut migrer à droite comme à gauche du septum. Le plus souvent elle n'a pas de retentissement hémodynamique immédiat, et la majorité des prothèses embolisées peuvent être récupérées par voie percutanée.

Un mot sur la conduite devant une embolisation, car elle se décide en quelques minutes. La première question n'est pas « comment la récupérer » mais « où est-elle et gêne-t-elle ». Une prothèse partie dans l'oreillette droite ou l'artère pulmonaire se tolère le temps d'organiser sa récupération ; une prothèse partie à gauche menace la circulation systémique et impose d'agir vite. La récupération se fait au lasso, par un abord veineux ou artériel selon le côté, avec une gaine plus large que celle de l'implantation — il faut du calibre pour rentrer un dispositif déployé. La chirurgie reste le recours quand le dispositif ne se laisse pas attraper ou s'est engagé dans une valve.

8.4. L'érosion cardiaque

C'est la plus rare et la plus grave : une incidence d'un pour mille. Le siège est constant, au toit des oreillettes, près de la racine aortique. Deux facteurs augmentent le risque : l'absence de berge antérosupérieure, et une prothèse surdimensionnée.

🚨 Y penser devant trois signes Une douleur thoracique, une altération hémodynamique, un épanchement péricardique à l'échographie. Chez un patient récemment porteur d'une prothèse septale, cette triade impose de considérer l'érosion jusqu'à preuve du contraire, et de le dire à l'équipe qui le reçoit — laquelle n'aura pas forcément ce diagnostic à l'esprit.
Échographie et vue opératoire d'une érosion cardiaque après fermeture septale, avec quatre schémas des configurations de contact entre la prothèse et la racine aortique.
Figure 6 — L'érosion, sa fréquence, son siège et ses deux facteurs. Une complication sur mille, mais la plus grave. Le panneau A montre en échographie le rapport de la prothèse avec la racine aortique, à ce toit des oreillettes où l'érosion siège. Le panneau B est une vue opératoire : la flèche désigne la brèche, entre l'aorte et l'oreillette gauche. Les quatre schémas du bas déclinent les configurations du contact entre la prothèse et l'aorte, de la plus tolérante à la plus exposée. Deux facteurs augmentent le risque, et le cours les répète parce qu'ils sont tous deux évitables : l'absence de berge antérosupérieure, et une prothèse surdimensionnée.

9. Après le geste, et le suivi

9.1. Les premières heures

Extubation sur table. Surveillance des signes vitaux en salle de réveil pendant six heures. Électrocardiogramme au transfert en chambre. Poursuite de l'antibiothérapie intraveineuse pour deux doses supplémentaires. Puis, avant la sortie, un second électrocardiogramme et une échocardiographie transthoracique au deuxième jour.

Les deux doses d'antibiotique poursuivies après le geste surprennent parfois : on implante un corps étranger définitif dans une cavité cardiaque, et la couverture ne se limite pas à l'injection d'induction. Elle s'arrête là, en revanche : au-delà de ces deux doses, c'est la prophylaxie de l'endocardite qui prend le relais, pour six mois, et selon des indications qui n'ont rien à voir — celles des gestes dentaires et des soins à risque.

9.2. Le traitement et le calendrier

Aspirine pendant six mois — la durée de l'endothélialisation — et prophylaxie de l'endocardite infectieuse pendant la même période.

ÉchéanceContenu
1 semaine, 1 mois, 6 mois, 1 anExamen clinique, électrocardiogramme, échocardiographie transthoracique
Puis pendant 2 ansUne fois par an
EnsuiteTous les 3 à 5 ans

9.3. Ce qu'on dit au patient avant qu'il sorte

Trois symptômes doivent le ramener sans attendre : une douleur thoracique, une dyspnée, des vertiges. Ce sont, dans l'ordre, les manifestations possibles d'une érosion, d'une embolisation et d'un trouble de conduction.

📘 À partir d'ici Ce qui précède s'adresse au cardiologue qui pose l'indication, prépare le patient et le suit. Ce qui suit s'adresse à celui qui tient le matériel : le choix et le dimensionnement de la prothèse, le largage pas à pas, et les manœuvres à connaître quand le geste standard ne passe pas. Si vous ne faites pas de salle, vous pouvez vous arrêter ici sans rien perdre de l'essentiel.

Trois questions reviennent systématiquement en consultation, et il vaut mieux avoir la réponse prête.

Le sport. Pendant les six premiers mois, on évite les sports de contact, à cause du risque théorique de déplacement d'une prothèse non encore endothélialisée. Au-delà, un patient dont la fermeture est complète et le ventricule droit revenu à la normale n'a pas de restriction.

La grossesse. Une communication fermée et sans hypertension pulmonaire ne contre-indique pas une grossesse. C'est même l'un des arguments à faire valoir chez la jeune femme, qui représente deux patients sur trois.

L'imagerie par résonance magnétique. Le nitinol n'est pas ferromagnétique, et ces prothèses sont compatibles. Le patient doit néanmoins savoir quel dispositif il porte, ce qui renvoie au compte rendu de la section 12.4.

10. Choisir et dimensionner la prothèse — pour aller plus loin

10.1. Neuf dispositifs, deux familles de raisonnement

Neuf prothèses portent aujourd'hui un marquage européen ou une autorisation américaine. Elles se ressemblent toutes par le principe — deux disques de nitinol reliés par une taille centrale — et se distinguent par le détail, qui est ce qui compte en salle.

Photographies de neuf prothèses de fermeture de communication interauriculaire portant un marquage européen ou américain, avec leurs noms commerciaux.
Figure 7 — Les neuf dispositifs qui portent aujourd'hui un marquage européen ou une autorisation américaine, photographiés et nommés. Ils partagent tous le même principe — deux disques de nitinol reliés par une taille centrale — et se distinguent par la quantité de métal, la présence ou non d'une pièce de serrage, le revêtement, et la gamme de tailles. Aucune de ces différences n'est anodine en salle, et aucune n'a été départagée par un essai sur les complications rares. Le choix se fait donc sur le triangle décrit à la section 10.2 : force radiale, souplesse, finesse de profil.

Le principe de choix se formule simplement, et il vaut mieux l'avoir en tête que de retenir neuf fiches techniques. Tout dispositif de fermeture arbitre entre trois qualités qui s'opposent deux à deux : la force radiale, qui assure la tenue sur des berges médiocres ; la souplesse, qui épargne les structures voisines et limite l'érosion ; et la finesse du profil, qui permet de passer dans une petite gaine chez l'enfant. Aucun ne maximise les trois. Connaître ce triangle permet de lire n'importe quelle fiche technique en sachant ce qu'on y cherche.

10.2. Le dispositif de référence

Le premier d'entre eux, celui sur lequel toute la littérature s'est construite, mérite d'être connu dans ses chiffres :

CaractéristiqueValeur
MatériauNitinol, alliage de 55 % de nickel et 45 % de titane
GarniturePatch de polyester, pour l'occlusion et l'endothélialisation
PropriétésAutocentrage, mémoire de forme, retrait et repositionnement possibles
Tailles27, de 4 à 40 mm — par pas de 1 mm jusqu'à 20, de 2 mm au-delà
Débord du disque gauche+12 mm jusqu'à 10 mm de taille, +14 de 11 à 32, +16 au-delà de 34
Débord du disque droit+8 mm jusqu'à 10 mm, +10 de 11 à 38
Gaine6 à 14 French, selon la taille de la prothèse

La colonne des débords explique le critère de hauteur septale de la section 2.2 : une prothèse de 30 mm présente un disque gauche de 44 mm, et il faut que le septum puisse l'accueillir sans qu'il bute sur la paroi auriculaire ou sur la racine aortique.

10.3. Ce qu'une conception plus récente cherche à corriger

Une seconde génération de dispositifs a cherché à réduire la quantité de métal, particulièrement sur le disque gauche, et à supprimer la pièce centrale de serrage. Le gain visé est double : plus de souplesse, et moins d'agression des structures cardiaques voisines — c'est-à-dire, en clair, moins d'érosion. Un revêtement d'oxyde de titane s'y ajoute.

Ces dispositifs offrent une vingtaine de tailles de 4 à 40 mm, par pas de 1 à 1,5 mm jusqu'à 21 mm, puis de 3 mm au-delà.

⚠️ Un gain de conception n'est pas un gain démontré Réduire le métal et supprimer la pièce de serrage rend la prothèse plus souple, c'est mesurable sur un banc. Que cela réduise l'érosion chez le patient est une hypothèse raisonnable, pas un résultat d'essai — l'érosion survient une fois sur mille, et aucun essai n'a la puissance de départager deux dispositifs sur un tel événement. Choisir sur ce critère est légitime ; l'annoncer comme prouvé ne l'est pas.

10.4. Le dimensionnement

Deux méthodes coexistent, et elles ne donnent pas le même chiffre.

MéthodeCalcul
Mesure échographiqueDiamètre maximal mesuré, augmenté de 25 %
Ballon de calibrationTaille lue au ballon, augmentée de 0 à 2 mm

Le ballon de calibration se lit de deux façons : par la technique dite d'arrêt du flux, sous contrôle échographique, où l'on gonfle jusqu'à disparition du shunt ; ou par la mesure de l'étranglement du ballon en scopie.

🎯 Pourquoi surdimensionner est un piège L'intuition pousse à prendre grand, pour être sûr de fermer. Or la section 8.4 nomme la prothèse surdimensionnée comme l'un des deux facteurs de risque d'érosion, avec l'absence de berge antérosupérieure. Le dimensionnement n'est donc pas une marge de sécurité : c'est un arbitrage entre le risque de shunt résiduel et le risque d'érosion, et il se fait au millimètre.

Un mot sur la technique dite d'arrêt du flux, car son principe est plus fin qu'il n'y paraît. Le ballon est gonflé progressivement à travers l'orifice pendant qu'on surveille le flux au Doppler couleur. On note le volume exact où le shunt disparaît : c'est le diamètre étiré de la communication, celui que la prothèse devra couvrir. Gonfler au-delà déforme le septum et surestime le diamètre — c'est l'erreur qui conduit au surdimensionnement, et donc au risque d'érosion.

11. Le largage, pas à pas — pour aller plus loin

11.1. La préparation

Le système de pose se prépare hors du patient : purge soigneuse, chargement de la prothèse dans le chargeur, vérification que les deux disques se déploient et se reprennent correctement. L'embolie gazeuse figure en tête de la liste des complications, et c'est à cette étape qu'elle se prévient.

11.2. L'introduction et le déploiement

La gaine est montée jusque dans l'oreillette gauche, généralement par la veine pulmonaire supérieure gauche qui offre un appui stable. Le disque gauche est déployé, puis l'ensemble est retiré doucement jusqu'à ce qu'il vienne s'appliquer contre le septum. La partie centrale est libérée dans l'orifice, puis le disque droit dans l'oreillette droite.

Tableau donnant, pour chaque taille de prothèse de 4 à 40 mm, le calibre du système de pose correspondant, de 6 à 14 French.
Figure 8 — La gaine se choisit avec la prothèse, pas après. Le tableau donne le calibre du système de pose pour chaque taille de dispositif : six à sept French jusqu'à dix millimètres, sept jusqu'à dix-sept, huit à neuf jusqu'à vingt, neuf pour vingt-deux et vingt-quatre, dix jusqu'à trente-deux, douze jusqu'à trente-huit, et quatorze pour une prothèse de quarante millimètres. Cette progression explique pourquoi le poids figure parmi les critères de faisabilité : une veine fémorale d'enfant n'accepte pas un désilet de quatorze French. Notez que le support annonce ailleurs une gamme de six à douze — c'est cette table-ci, plus détaillée, que le cours retient.

Le passage par la veine pulmonaire supérieure gauche mérite d'être expliqué, car il surprend quand on le découvre. On n'y va pas pour y déposer quoi que ce soit : on y va parce qu'elle offre un appui stable et rectiligne, qui permet de déployer le disque gauche à distance du septum, sans risquer de l'ouvrir dans l'auricule — l'une des trois causes de déformation en tête de cobra de la section 12.3. Le disque, une fois ouvert, est ensuite ramené doucement contre le septum.

11.3. La manœuvre de vérification

Avant de relâcher, une traction et une poussée douces sur le câble permettent de vérifier que la prothèse est bien accrochée au septum et qu'elle ne bascule pas. C'est le moment où l'on répond aux quatre questions de la section 7.1, et le dernier où l'on peut tout reprendre.

🛡️ Sécurité — tant que le câble est vissé, rien n'est irréversible C'est la propriété qui distingue ces dispositifs de l'ombrelle de 1974. Une prothèse mal positionnée se reprend dans la gaine et se redéploie, autant de fois qu'il le faut. Le seul geste irréversible est le dévissage. Il n'y a donc aucune raison de larguer dans le doute : reprendre coûte quelques minutes, un largage manqué coûte une récupération percutanée ou une chirurgie.

12. Quand le geste standard échoue — pour aller plus loin

12.1. Les sept situations qui annoncent la difficulté

Communication large chez un enfant à petite oreillette gauche ; communication large tout court ; berges minces ou flottantes ; berges limites ; berges mal alignées ; malposition cardiaque ; déformation rachidienne.

Ces sept situations ne se découvrent pas en salle : elles se lisent sur l'échocardiographie préprocédurale et sur la radiographie. Les reconnaître avant, c'est prévoir le matériel et le temps.

La déformation rachidienne et la malposition cardiaque figurent dans cette liste pour une raison commune : elles modifient l'orientation du septum dans le thorax. La gaine, qui monte de la veine cave inférieure, arrive alors sous un angle qui ne correspond plus à celui du septum, et la prothèse se présente de travers. Ce n'est pas un problème d'anatomie cardiaque mais de géométrie du trajet, et c'est pourquoi les parades portent sur la gaine et sur l'appui plutôt que sur la prothèse.

12.2. Les deux problèmes, et leurs parades

Tout se ramène à deux difficultés.

Impossibilité de déployer le disque gauche dans l'oreillette gauche, typiquement chez l'enfant à grande communication et petite oreillette. La parade est un groupe de manœuvres d'engagement et de désengagement : le disque gauche est déployé en l'engageant dans la veine pulmonaire supérieure gauche, on largue la partie centrale puis le disque droit, et le disque gauche se désengage ensuite, spontanément ou par une manœuvre.

Impossibilité d'aligner la prothèse avec le septum, dans toutes les autres situations. Trois familles de solutions : modifier la méthode de largage, modifier la gaine — c'est le principe de la technique assistée par dilatateur —, ou prendre un autre appui, ce que fait la technique assistée par ballon et ses variantes.

Quatre échographies transœsophagiennes d'une procédure où le disque gauche ne peut être déployé dans une oreillette gauche trop petite.
Figure 9 — Quand le disque gauche ne veut pas s'ouvrir. Quatre acquisitions transœsophagiennes de la même procédure, chez un enfant dont la communication est large et l'oreillette gauche petite. Le disque gauche, déployé dans une cavité trop étroite, ne trouve pas la place de s'appliquer contre le septum et repousse la prothèse. C'est la première des deux difficultés de la section 12.2, et sa parade est le groupe de manœuvres d'engagement et de désengagement : on déploie le disque en l'engageant dans la veine pulmonaire supérieure gauche, on largue le reste, puis on le désengage. Le bandeau nominatif de la première image a été oblitéré.

12.3. La déformation du disque gauche

Le disque gauche garde parfois un profil haut et se déforme en tête de cobra. Trois causes : un disque ouvert dans une veine pulmonaire, un disque ouvert dans l'auricule gauche, ou un défaut de la prothèse.

La conduite est de reprendre la prothèse dans la gaine et de la retirer. Elle peut être réutilisée si elle reprend sa forme initiale une fois sortie ; s'il s'agit d'un défaut de fabrication, ce qui est rare, il faut en prendre une autre.

Photographie d'une prothèse septale dont le disque gauche s'est déformé en tête de cobra, gardant un profil haut au lieu de s'aplatir.
Figure 10 — La tête de cobra, photographiée hors du patient. Le disque gauche a gardé un profil haut et s'est déformé, prenant l'aspect qui donne son nom à cette complication. Trois causes : un disque ouvert dans une veine pulmonaire, un disque ouvert dans l'auricule gauche, ou un défaut de la prothèse elle-même. La conduite est simple et ne se discute pas : on reprend le dispositif dans la gaine et on le retire. S'il retrouve sa forme une fois sorti, il peut resservir ; sinon, et c'est rare, il faut en prendre un autre. C'est le meilleur argument en faveur de la règle du cours : tant que le câble est vissé, rien n'est irréversible.

12.4. Ce qu'on écrit dans le compte rendu

Cinq informations décident de la suite : le type et la taille de la prothèse implantée, la méthode de dimensionnement employée, l'état des berges tel qu'on l'a constaté en salle, les difficultés rencontrées et les manœuvres employées, et le résultat des quatre contrôles avant largage.

Sans le type et la taille, personne ne pourra interpréter une imagerie ultérieure. Sans l'état des berges, le médecin qui verra apparaître un épanchement ne saura pas s'il doit craindre une érosion. Ces cinq lignes coûtent deux minutes et servent pendant des années.

13. Points clés à retenir

⭐ Points clés à retenir
  • La communication interauriculaire est la plus fréquente des cardiopathies congénitales de l'adulte, où elle représente environ 30 % d'entre elles, avec deux femmes pour un homme.
  • Une seule des quatre formes anatomiques relève du cathétérisme : l'ostium secundum, environ 70 % des cas, et seulement si les berges et la hauteur septale le permettent.
  • L'indication est posée devant un shunt significatif avec surcharge du ventricule droit et résistances pulmonaires normales, quels que soient les symptômes — et elle est formellement contre-indiquée dans le syndrome d'Eisenmenger.
  • Les critères anatomiques : taille de 40 mm ou moins, hauteur septale supérieure au diamètre augmenté de 14 mm, berges de plus de 5 mm sauf la rétroaortique, septum solide, poids supérieur à 15 à 20 kg.
  • Communications multiples, très larges ou septum flottant ne sont pas des contre-indications : ce sont des situations qui demandent de l'expérience.
  • L'échographie préprocédurale répond à quatre questions : taille, berges une par une, hauteur septale, et absence de malformation associée relevant de la chirurgie.
  • Le choix de l'anesthésie découle du choix de l'imagerie — générale pour la voie transœsophagienne et pour tout enfant de moins de 20 kg.
  • Le dimensionnement se fait soit par le diamètre échographique augmenté de 25 %, soit par le ballon de calibration augmenté de 0 à 2 mm. Surdimensionner expose à l'érosion.
  • Avant de larguer, quatre contrôles : sandwich des disques, absence de shunt péri-prothétique, absence d'obstruction des valves et des veines, absence de thrombose. Le shunt intra-prothétique est physiologique et disparaît à trois mois.
  • Tant que le câble est vissé, tout est réversible : reprendre coûte quelques minutes, un largage manqué coûte bien davantage.
  • Les troubles du rythme sont fréquents et bénins ; le bloc auriculo-ventriculaire concerne un peu plus de 6 % des patients et se résout spontanément en une semaine.
  • L'embolisation survient dans 0,55 % des gestes, sur berges insuffisantes — surtout postéro-inférieures — et la plupart des prothèses se récupèrent par voie percutanée.
  • L'érosion est la complication la plus grave, avec une incidence de 0,1 % : elle siège au toit des oreillettes près de la racine aortique, et se suspecte devant une douleur thoracique, une altération hémodynamique et un épanchement péricardique.
  • Aspirine et prophylaxie de l'endocardite pendant 6 mois, le temps de l'endothélialisation.

14. Pièges fréquents

⚠️ Pièges fréquents
  • Accepter une « CIA à fermer » sans vérifier de quelle forme il s'agit. Trois des quatre formes relèvent de la chirurgie. C'est la première question, avant même celle des berges.
  • Attendre les symptômes pour poser l'indication. La recommandation dit « quels que soient les symptômes » : un ventricule droit surchargé se dégrade en silence, et il ne récupère pas toujours ce qu'il a perdu.
  • Prendre les communications multiples ou le septum flottant pour des contre-indications. Ce sont des situations difficiles, pas des interdictions — la nuance change l'orientation du patient.
  • Se fier à l'éclat du deuxième bruit pour juger des résistances pulmonaires. Il est fréquent chez l'enfant et sans valeur. Les résistances se mesurent.
  • Déclarer absente une berge inférieure qu'on n'a pas cherchée en rétroflexion. C'est la berge dont le déficit expose le plus à l'embolisation, et celle qui se dérobe le plus à l'examen.
  • Surdimensionner la prothèse pour être sûr de fermer. Le surdimensionnement est l'un des deux facteurs de risque d'érosion. Le dimensionnement est un arbitrage, pas une marge de sécurité.
  • Confondre shunt intra-prothétique et shunt péri-prothétique. Le premier est physiologique et disparaît en trois mois ; le second signe un défaut de position ou une prothèse trop petite, et ne se corrigera pas seul.
  • Larguer dans le doute. Tant que le câble est vissé, la prothèse se reprend autant de fois qu'il le faut. Le dévissage est le seul geste irréversible du cathétérisme interventionnel septal.
  • Oublier le test d'occlusion chez l'adulte à ventricule gauche rigide. Fermer la communication supprime une soupape, et la pression de remplissage peut monter brutalement — c'est le mécanisme de l'œdème pulmonaire nommé dans le consentement.
  • Sortir un patient sans électrocardiogramme de contrôle parce que les blocs sont réputés bénins. La bénignité est statistique ; le patient qu'on a devant soi est individuel.
  • Ne pas prévenir le patient des trois symptômes d'alerte. Douleur thoracique, dyspnée, vertiges — érosion, embolisation, trouble de conduction. L'équipe qui le recevra n'aura pas forcément ces diagnostics à l'esprit.
  • Écrire un compte rendu sans le type ni la taille de la prothèse. Personne ne pourra interpréter une imagerie ultérieure, ni décider devant un épanchement s'il faut craindre une érosion.
  • Arrêter l'aspirine avant six mois parce que le patient va bien. Six mois est la durée de l'endothélialisation, pas une précaution symbolique.
  • Croire qu'une prothèse plus souple protège de l'érosion. C'est une hypothèse de conception raisonnable, qu'aucun essai n'a la puissance de démontrer sur un événement survenant une fois sur mille.

Sources

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  2. Mills NL, King TD. Nonoperative closure of left-to-right shunts. J Thorac Cardiovasc Surg. 1976;72(3):371-378. PubMed 134183
  3. Baumgartner H, De Backer J, Babu-Narayan SV, et al. 2020 ESC guidelines for the management of adult congenital heart disease. Eur Heart J. 2021;42(6):563-645. doi:10.1093/eurheartj/ehaa554
  4. Attie F, Rosas M, Granados N, Zabal C, Buendía A, Calderón J. Surgical treatment for secundum atrial septal defects in patients >40 years old: a randomized clinical trial. J Am Coll Cardiol. 2001;38(7):2035-2042. doi:10.1016/s0735-1097(01)01635-7
  5. Suda K, Raboisson MJ, Piette E, Dahdah NS, Miró J. Reversible atrioventricular block associated with closure of atrial septal defects using the Amplatzer device. J Am Coll Cardiol. 2004;43(9):1677-1682. doi:10.1016/j.jacc.2003.12.042
  6. Amin Z, Hijazi ZM, Bass JL, Cheatham JP, Hellenbrand WE, Kleinman CS. Erosion of Amplatzer septal occluder device after closure of secundum atrial septal defects: review of registry of complications and recommendations to minimize future risk. Catheter Cardiovasc Interv. 2004;63(4):496-502. doi:10.1002/ccd.20211
  7. McElhinney DB, Quartermain MD, Kenny D, Alboliras E, Amin Z. Relative risk factors for cardiac erosion following transcatheter closure of atrial septal defects: a case-control study. Circulation. 2016;133(18):1738-1746. doi:10.1161/CIRCULATIONAHA.115.019987
  8. Aparisi Á, Amat-Santos IJ, Serrador Frutos A, et al. Comparison of Figulla Flex and Amplatzer devices for atrial septal defect closure. Cardiol J. 2020;27(5):524-532. doi:10.5603/CJ.a2020.0058
  9. Toggweiler S, Wolfrum M, Moccetti F, et al. Amplatzer or Figulla Flex II occluder: a comparative study of outcomes after atrial septal defect closure. J Invasive Cardiol. 2024;36(4). doi:10.25270/jic/23.00291

Cours de la Pr Ag Yosra Messaoudi, Faculté de Médecine de Sousse.

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