Cours 75 Shunts gauche-droite ⏱ 38 min

Fenêtre aorto-pulmonaire et tronc artériel commun : deux malformations rares où le poumon se noie en quelques semaines

Deux malformations réunies par le même drame : une communication large et non restrictive entre la circulation systémique et la circulation pulmonaire, dès la naissance, sans aucun mécanisme de protection. Ici le temps ne se compte pas en années comme dans une communication interventriculaire, mais en semaines — la maladie vasculaire pulmonaire est là avant six mois, et la réparation est néonatale.

🎯 Objectifs pédagogiques
  • Énoncer ce qui réunit la fenêtre aorto-pulmonaire et le tronc artériel commun — une communication large, non restrictive et sans mécanisme de protection dès la naissance — et en déduire pourquoi la réparation est néonatale et non différée
  • Définir la fenêtre aorto-pulmonaire et la distinguer formellement du canal artériel persistant, en termes d'anatomie, de siège, de fermeture spontanée et de traitement
  • Décrire la physiopathologie du shunt de la fenêtre — hyperdébit pulmonaire, surcharge des cavités gauches, syndrome de fuite aortique — et reconnaître le tableau clinique du nourrisson, y compris lorsque le souffle n'est pas continu
  • Conduire l'échocardiographie d'une suspicion de fenêtre aorto-pulmonaire : incidences utiles, signes positifs, faux positif par perte d'écho et faux négatif par flux lent
  • Énoncer les trois réflexes de sécurité communs à ces deux malformations : perfusion de prostaglandine E1 devant toute suspicion d'obstacle sur l'arche aortique, maniement de l'oxygène et de la ventilation comme de vrais vasodilatateurs pulmonaires, et introduction de l'inhibiteur de l'enzyme de conversion seulement après avoir éliminé une coarctation ou une interruption de l'arche
  • Poser l'indication et le calendrier de la fermeture d'une fenêtre, énoncer le principe de la fermeture par patch sous circulation extracorporelle, et situer la place exceptionnelle de la voie percutanée
  • Définir le tronc artériel commun et décrire ses quatre composants anatomiques : communication interventriculaire, valve troncale, artères coronaires, naissance des artères pulmonaires
  • Expliquer le comportement de la cyanose au fil des semaines et démontrer pourquoi sa disparition, puis son retour, sont deux aggravations successives
  • Reconnaître cliniquement un tronc artériel commun — B2 unique, clic d'éjection, pouls bondissants, cyanose modérée — et énoncer la question échographique qui le sépare de l'atrésie pulmonaire à septum ouvert
  • Justifier la recherche systématique de la microdélétion 22q11 devant tout tronc artériel commun et énumérer ses trois conséquences pratiques immédiates : hypocalcémie, produits sanguins irradiés, conseil génétique
  • Décrire le principe de la réparation du tronc artériel commun, ses trois facteurs pronostiques, et le programme de réinterventions imposé par le tube ventricule droit-artère pulmonaire pendant toute la croissance
Mots-clés fenêtre aorto-pulmonairedéfect septal aorto-pulmonairetronc artériel communvalve troncalecommunication interventriculaire cono-troncalemicrodélétion 22q11syndrome de DiGeorgegène TBX1crête neurale cardiaqueshunt gauche-droitecommunication non restrictivemaladie vasculaire pulmonaire obstructivehypertension artérielle pulmonairecanal artériel persistantclassification de Collett et Edwardsclassification de Van Praaghclassification de Morisyndrome de Berrytube valvé ventricule droit-artère pulmonaireréparation néonataleinsuffisance troncaleanomalies coronairesproduits sanguins irradiéshypocalcémie néonataleB2 uniqueprostaglandine E1cardiopathie ducto-dépendantevasodilatation pulmonaire par l'oxygène

1. Deux malformations rares, un seul drame

1.1. Ce qu'elles ont en commun

La fenêtre aorto-pulmonaire et le tronc artériel commun sont deux malformations rares — moins de 1 % des cardiopathies congénitales chacune — que rien ne rapproche au premier regard : l'une est un trou dans une cloison, l'autre l'absence de cette cloison tout entière. On les réunit parce qu'elles produisent la même catastrophe et imposent le même calendrier.

Dans les deux cas il existe, dès la naissance, une communication large et non restrictive entre circulation systémique et circulation pulmonaire, en aval des ventricules, au niveau des gros vaisseaux. Trois conséquences en découlent.

  • Aucun frein. Une communication non restrictive ne crée pas de gradient : les deux circulations sont au même régime. La pression artérielle pulmonaire est systémique d'emblée.
  • Aucune protection. Ni sténose pulmonaire, ni bourrelet infundibulaire, ni valve pour limiter le débit. Le seul « protecteur » possible est une sténose des branches pulmonaires — malchance ailleurs, facteur de survie ici.
  • Aucune fermeture spontanée. Ce qui manque est une cloison qui ne s'est jamais formée : pas de muscle à contracter, pas de bourgeon fibreux à faire proliférer. Une paroi absente ne repousse pas.

Dès la chute physiologique des résistances pulmonaires, le débit pulmonaire explose. Le nourrisson entre en insuffisance cardiaque entre la deuxième et la sixième semaine, et l'artériole pulmonaire commence aussitôt à se remodeler.

Figure 1 — Les deux malformations, côte à côte. À gauche, la fenêtre aorto-pulmonaire : deux anneaux valvulaires distincts, et une perte de substance entre l'aorte ascendante et le tronc de l'artère pulmonaire au-dessus d'eux ; le septum interventriculaire est continu. À droite, le tronc artériel commun : un seul vaisseau, une seule valve, une large communication interventriculaire sous cette valve, et les artères pulmonaires qui naissent du tronc lui-même. Dans les deux cas, la même flèche large et non freinée conduit le sang systémique vers le lit pulmonaire : c'est ce qu'elles ont en commun.

1.2. Le temps ne se compte plus en années

Devant une communication interventriculaire, on dispose d'un délai : certaines se ferment seules, la maladie vasculaire pulmonaire met un à deux ans à s'installer, on peut mesurer et revoir l'enfant. Ici, ce délai n'existe pas : la maladie vasculaire pulmonaire obstructive est décrite dès le sixième mois, parfois avant, et elle est irréversible.

CommunicationSiègePression pulmonaireFermeture spontanéeDélai avant maladie vasculaireRéparation
InterauriculaireAuriculaire, pré-tricuspideNormale des décenniesFréquente si petiteDécennies, et rare3 à 5 ans
Interventriculaire largeVentriculaireSystémiquePossible1 à 2 ans3 à 6 mois
Canal artériel largeAorte descendante → artère pulmonaireSystémiquePossible1 à 2 ansDès le diagnostic
Fenêtre aorto-pulmonaireAorte ascendante → tronc pulmonaireSystémique d'embléeJamaisDès le 6e mois, parfois avantNéonatale
Tronc artériel communVaisseau unique sur une large CIVSystémique d'embléeJamais3 à 6 moisNéonatale, avant 6 mois
🎯 La règle de ce cours La question n'est jamais « faut-il opérer ? » mais « à quelle date opère-t-on ? », et la réponse s'écrit en semaines. Un nourrisson de quatre mois, essoufflé, qui ne prend pas de poids, n'est pas un enfant qu'on surveille : c'est un enfant qu'on adresse le jour même. Ce n'est pas la malformation qui le tue, c'est le retard.

1.3. Ce qui les sépare : comptez les valves

  • Fenêtre aorto-pulmonaire : deux appareils valvulaires sigmoïdiens distincts, et une communication entre les troncs des deux vaisseaux au-dessus d'eux. Septum interventriculaire habituellement intact, enfant non cyanosé, caryotype le plus souvent normal.
  • Tronc artériel commun : un seul appareil valvulaire, et un seul vaisseau donnant coronaires, aorte et artères pulmonaires, à cheval sur une large communication interventriculaire. Cyanose discrète, microdélétion 22q11 dans plus d'un cas sur trois.

La fenêtre est un défaut de cloisonnement partiel du tronc artériel embryonnaire, le tronc artériel commun son défaut total : deux degrés du même accident, à la fin de la cinquième semaine, dans le territoire des cellules de la crête neurale.


🅰 Partie A — La fenêtre aorto-pulmonaire Sections 2 à 5 pour le socle, section 11 pour l'approfondissement. Une communication directe entre l'aorte ascendante et le tronc de l'artère pulmonaire, avec deux valves sigmoïdes normales.

2. La fenêtre aorto-pulmonaire : ce qu'elle est, et ce qu'elle n'est pas

2.1. Définition

C'est une communication anormale entre le bord gauche de l'aorte ascendante et le bord droit du tronc de l'artère pulmonaire, par défaut de développement du septum aorto-pulmonaire. Les deux vaisseaux restent en continuité sur une hauteur variable, juste au-dessus des sigmoïdes ou plus haut vers la bifurcation. On la nomme aussi défect septal aorto-pulmonaire — plus exact, puisqu'il ne s'agit pas d'un vaisseau surnuméraire mais d'une paroi manquante.

Elle se distingue du tronc artériel commun par un critère unique et suffisant : la présence de deux orifices valvulaires.

2.2. Ce n'est pas un canal artériel — et la différence change tout

C'est le piège central : le tableau est celui d'un gros canal artériel — pouls bondissants, souffle sous-claviculaire, insuffisance cardiaque du nourrisson — mais la conduite à tenir n'a rien à voir.

Figure 2 — Où siège la communication ? Le canal artériel relie l'origine de l'artère pulmonaire gauche à l'aorte descendante, après l'artère sous-clavière gauche : c'est un conduit, avec une longueur et une paroi propre. La fenêtre aorto-pulmonaire est une perte de substance entre l'aorte ascendante et le tronc pulmonaire accolés, immédiatement au-dessus des sigmoïdes ou plus haut vers la bifurcation. Repérez le départ de l'artère sous-clavière gauche : c'est lui qui sépare les deux diagnostics.
Canal artériel persistantFenêtre aorto-pulmonaire
NatureVestige fœtal : un vaisseau, avec longueur, paroi propre et média musculairePerte de substance : une cloison non formée. Ni longueur, ni paroi propre
SiègeOrigine de l'artère pulmonaire gauche → aorte descendante, après la sous-clavière gaucheTronc pulmonaire → aorte ascendante, au-dessus des sigmoïdes ou plus haut
Fermeture spontanéePossible, surtout chez le prématuréJamais
Indométacine, ibuprofèneEfficaces sur le muscle ductal du prématuréAucun effet : pas de muscle à contracter
Fermeture percutanéeTraitement de référence au-delà de quelques kilosExceptionnelle : petites fenêtres restrictives à berges suffisantes
SouffleContinu, sous-claviculaire gaucheLe plus souvent systolique, plus bas et plus à droite
TraitementMédical, percutané ou chirurgical selon le terrainChirurgical, sous circulation extracorporelle, précoce
🎯 Le repère échographique qui tranche Devant un shunt entre aorte et artère pulmonaire, ne vous demandez pas si le jet est continu : demandez-vous d'où il part. De l'aorte descendante, après la sous-clavière gauche : canal artériel. De l'aorte ascendante, entre la valve aortique et la bifurcation : fenêtre. L'incidence suprasternale et la parasternale petit axe répondent en quelques secondes.

2.3. Épidémiologie et malformations associées

Cardiopathie non cyanogène et rare : 0,1 à 0,6 % des cardiopathies congénitales selon les séries, 0,3 à 1 % pour le diaporama de référence, avec une prédominance masculine. Diagnostic anténatal possible mais difficile quand la fenêtre est isolée, les deux gros vaisseaux gardant un calibre normal. Le caryotype est le plus souvent normal — différence majeure avec le tronc artériel commun.

Elle est isolée dans environ la moitié des cas. Sinon : communication interventriculaire, interruption de l'arche aortique, coarctation, atrésie pulmonaire, tétralogie de Fallot, anomalie coronaire. Ces associations changent l'opération, et deux d'entre elles — interruption de l'arche et coarctation — peuvent, en se démasquant à la fermeture du canal artériel, transformer un nourrisson stable en urgence chirurgicale (voir, dans cette discipline, le cours 69, La coarctation de l'aorte).

🛡️ Sécurité — ne jamais laisser se fermer le canal artériel avant d'avoir vu l'arche en entier Devant toute suspicion d'interruption de l'arche ou de coarctation associée — pouls fémoraux faibles ou abolis, gradient de pression bras/jambe, désaturation différentielle entre la main droite et le pied, acidose ou choc au moment où le canal se ferme —, mettre en route sans attendre l'échographie une perfusion continue intraveineuse de prostaglandine E1 (alprostadil), poursuivie pendant tout le transfert. Voie veineuse dédiée, surveillance des apnées et de la pression artérielle, moyens d'intubation immédiatement disponibles. Ce geste, décidé au lit de l'enfant, transforme une urgence chirurgicale en transfert réglé.

3. Ce que la fenêtre fait au cœur, et comment elle se manifeste

3.1. Un shunt qui vole en systole et en diastole

Le shunt est gauche-droite, à l'étage des gros vaisseaux, et il se produit pendant tout le cycle. Quand la fenêtre est restrictive, il est entretenu par un gradient de pression permanent entre aorte et artère pulmonaire — d'où un souffle continu. Quand elle est large et non restrictive, les pressions aortique et pulmonaire sont égales en systole comme en diastole : le shunt n'est plus commandé que par le rapport des résistances, systémiques d'un côté, pulmonaires de l'autre — et le souffle continu disparaît. Le lit pulmonaire étant à basse résistance, le vol persiste en diastole. D'où trois conséquences :

  • surcharge vasculaire pulmonaire majeure, avec hypertension pulmonaire d'emblée systémique ;
  • surcharge diastolique de l'oreillette et du ventricule gauches, qui se dilatent, le ventricule devenant hyperkinétique ;
  • syndrome de fuite aortique : le vol diastolique vers le lit pulmonaire abaisse la pression diastolique aortique — d'où la différentielle élargie, les pouls bondissants, et une perfusion coronaire diminuée.

3.2. La forme du nourrisson

C'est la forme habituelle, révélée dans les premières semaines. Signes fonctionnels : ceux de l'insuffisance cardiaque du nourrisson, respiratoires et alimentaires avant d'être cardiaques — dyspnée, difficultés à la tétée, sueurs profuses, bronchites à répétition, stagnation pondérale.

Signes physiques : polypnée et signes de lutte, hypotrophie, déformation thoracique chez le plus grand ; pouls amples et bondissants ; souffle maximal au bord gauche du sternum, deuxième-troisième espace intercostal — c'est-à-dire plus bas et plus médian que le souffle sous-claviculaire gauche du canal artériel ; roulement diastolique au foyer mitral, qui signe un débit pulmonaire de retour très augmenté ; éclat de B2 au foyer pulmonaire.

⚠️ Le souffle n'est pas forcément continu On attend un souffle continu, comme celui du canal. On ne l'entend souvent pas : quand la fenêtre est large et non restrictive, les pressions aortique et pulmonaire sont égales tout au long du cycle — il n'existe plus aucun gradient capable d'engendrer un souffle continu. Ce qui reste s'entend est un souffle systolique d'éjection, lié à l'hyperdébit à travers les sigmoïdes, souvent accompagné du roulement diastolique mitral d'hyperdébit de retour — parfois rien d'autre qu'un éclat de B2 et des pouls bondissants. Un souffle continu oriente vers une fenêtre restrictive ou un canal ; son absence n'élimine rien. Chez un nourrisson en insuffisance cardiaque avec pouls bondissants et éclat de B2, c'est l'échographie qui tranche, pas l'oreille.

3.3. Les deux autres formes

FormeMécanismeTableauConduite
NourrissonLa règle. Fenêtre large, non restrictiveInsuffisance cardiaque précoce, hyperdébit, hypertension pulmonaireFermeture chirurgicale urgente
Grand enfant15 à 20 % des cas. Fenêtre petite et restrictive, bien toléréeCanal artériel de moyen débit, avec souffle continu de siège atypiqueChirurgie ou, dans des cas sélectionnés, fermeture interventionnelle
Hypertension pulmonaire fixée (adolescent, adulte)Diagnostic méconnuDyspnée, cyanose, hippocratisme, éclat de B2 ; radiographie : hiles dilatés et périphérie pauvre ; hypertrophie ventriculaire droite ; polyglobulieContre-indication absolue à la fermeture. Évolution : insuffisance cardiaque droite, thromboses, hémoptysies, mort subite

4. Confirmer une fenêtre aorto-pulmonaire

4.1. Électrocardiogramme et radiographie

Ni l'un ni l'autre n'est spécifique, et aucun ne doit retarder l'échographie. L'électrocardiogramme montre une surcharge volumétrique gauche, souvent une hypertrophie biventriculaire, et une fréquence cardiaque adaptée à la défaillance — qui ne s'interprète jamais sans l'âge : chez le nourrisson, la fréquence normale va de 100 à 160/min, et jusqu'à 140/min avant cinq ans. La radiographie montre une cardiomégalie et une hypervascularisation pulmonaire ; l'inversion de ce signe — gros vaisseaux aux hiles, périphérie pauvre — traduit le passage à l'hypertension pulmonaire fixée.

Figure 3 — Électrocardiogramme d'un shunt gauche-droite large. Rythme sinusal à 118/min : attention à la norme, car une fréquence cardiaque ne s'interprète jamais sans l'âge — chez le nourrisson elle va normalement de 100 à 160/min, et 118 y est une fréquence normale ; ce n'est que chez le grand enfant et l'adulte que ce chiffre devient une tachycardie. Conduction normale (PR 136 ms), QRS fins (70 ms), axe QRS +55°. Ce qu'il faut voir : les précordiales sont enregistrées à demi-étalonnage — 5 mm/mV contre 10 mm/mV aux périphériques, mention « Gain dériv. non-stand » — et les déflexions restent pourtant très amples de V1 à V6, débordant sur les dérivations voisines. Des amplitudes qui débordent encore à la moitié du gain signent une surcharge ventriculaire majeure. Leçon annexe, valable partout : lisez l'étalonnage avant de juger une amplitude.
Figure 3 — Électrocardiogramme d'un shunt gauche-droite large. Rythme sinusal à 118/min : attention à la norme, car une fréquence cardiaque ne s'interprète jamais sans l'âge — chez le nourrisson elle va normalement de 100 à 160/min, et 118 y est une fréquence normale ; ce n'est que chez le grand enfant et l'adulte que ce chiffre devient une tachycardie. Conduction normale (PR 136 ms), QRS fins (70 ms), axe QRS +55°. Ce qu'il faut voir : les précordiales sont enregistrées à demi-étalonnage — 5 mm/mV contre 10 mm/mV aux périphériques, mention « Gain dériv. non-stand » — et les déflexions restent pourtant très amples de V1 à V6, débordant sur les dérivations voisines. Des amplitudes qui débordent encore à la moitié du gain signent une surcharge ventriculaire majeure. Leçon annexe, valable partout : lisez l'étalonnage avant de juger une amplitude.

4.2. L'échocardiographie-Doppler

Elle répond à quatre questions, dans cet ordre.

  1. Deux valves sigmoïdes distinctes ? C'est ce qui sépare la fenêtre du tronc artériel commun.
  2. Où est la solution de continuité ? La parasternale petit axe des gros vaisseaux montre la communication sur la face latérale gauche de l'aorte ; l'incidence suprasternale montre le défect entre la face postérieure de l'aorte ascendante et le bord droit de l'artère pulmonaire. Le Doppler couleur y inscrit un jet anormal.
  3. Quel retentissement ? Dilatation des cavités gauches, ventricule gauche hyperkinétique, pression pulmonaire systolique, cavités droites.
  4. Quelles lésions associées ? Communication interventriculaire, atrésie pulmonaire, coarctation, interruption de l'arche, anomalie coronaire.
Figure 4 — Coupe parasternale de la base du cœur : le plan de référence pour chercher une fenêtre aorto-pulmonaire. L'aorte ascendante et le tronc de l'artère pulmonaire y sont vus côte à côte, séparés par leur paroi commune. C'est cette paroi qu'il faut interroger — mais elle est parallèle au faisceau, et une simple perte d'écho y est un faux positif classique. Aucune conclusion sur le seul bidimensionnel : il faut le Doppler couleur et une deuxième incidence.
Figure 4 — Coupe parasternale de la base du cœur : le plan de référence pour chercher une fenêtre aorto-pulmonaire. L'aorte ascendante et le tronc de l'artère pulmonaire y sont vus côte à côte, séparés par leur paroi commune. C'est cette paroi qu'il faut interroger — mais elle est parallèle au faisceau, et une simple perte d'écho y est un faux positif classique. Aucune conclusion sur le seul bidimensionnel : il faut le Doppler couleur et une deuxième incidence.
Figure 5 — Le même examen, autre incidence : secteur affiché inversé (sommet de la sonde en bas), profondeur portée à 15 cm, Doppler couleur. La boîte couleur est posée sur la région des gros vaisseaux, mais le signal y reste ténu — une petite plage bleue, sans jet franc, sur une coupe où aucune structure vasculaire n'est formellement identifiable. Ce cliché ne démontre pas le shunt, et c'est justement sa leçon : quand la communication est large et les pressions égalisées, le flux est lent et mal codé, et un arrêt sur image ne prouve rien. Il faut baisser l'échelle de vitesse, balayer en temps réel et confronter deux incidences avant d'affirmer une fenêtre.
Figure 5 — Le même examen, autre incidence : secteur affiché inversé (sommet de la sonde en bas), profondeur portée à 15 cm, Doppler couleur. La boîte couleur est posée sur la région des gros vaisseaux, mais le signal y reste ténu — une petite plage bleue, sans jet franc, sur une coupe où aucune structure vasculaire n'est formellement identifiable. Ce cliché ne démontre pas le shunt, et c'est justement sa leçon : quand la communication est large et les pressions égalisées, le flux est lent et mal codé, et un arrêt sur image ne prouve rien. Il faut baisser l'échelle de vitesse, balayer en temps réel et confronter deux incidences avant d'affirmer une fenêtre.
⚠️ Deux erreurs d'échographie à connaître Le faux positif : en parasternale petit axe, la paroi qui sépare l'aorte de l'artère pulmonaire est parallèle au faisceau et donne facilement une perte d'écho qui ressemble à une fenêtre. Ne concluez jamais sur le seul bidimensionnel : il faut un flux couleur et une deuxième incidence. Le faux négatif, plus grave : quand la fenêtre est très large et les pressions égalisées, le jet est lent, mal coloré, et passe inaperçu. Devant une hypertension pulmonaire inexpliquée du nourrisson, cherchez-la activement, en baissant l'échelle de vitesse du Doppler couleur.

4.3. Les autres explorations

  • Échographie tridimensionnelle : géométrie et berges du défect (voir, dans la discipline Échocardiographie, le cours 07, L'échographie cardiaque 3D).
  • Scanner et IRM : formes anatomiques difficiles, anomalies de l'arche, anomalies coronaires.
  • Cathétérisme : peu d'indications diagnostiques. Il mesure les pressions pulmonaires moyenne et diastolique et les résistances vasculaires pulmonaires, avec test de réversibilité, chaque fois que le diagnostic est tardif et que se pose la question de l'opérabilité (voir, dans la discipline Insuffisance cardiaque, le cours 44, Le cathétérisme cardiaque droit et gauche).

5. Fermer la fenêtre : le principe et le calendrier

5.1. Avant l'opération : stabiliser, pas temporiser

Le traitement médical ne fait que préparer le geste : diurétique de l'anse ± spironolactone ; inhibiteur de l'enzyme de conversion seulement après avoir formellement éliminé une coarctation et une interruption de l'arche, à débuter à dose faible et à augmenter progressivement, sous contrôle de la pression artérielle, de la créatinine et de la kaliémie ; régime hypercalorique — un nourrisson en insuffisance cardiaque dépense plus et mange moins —, transfusion si l'hémoglobine est inférieure à 10 g/dL, ventilation assistée en cas de détresse, kinésithérapie respiratoire. Le détail est développé dans la discipline Insuffisance cardiaque, cours 61, L'insuffisance cardiaque de l'enfant.

🛡️ Sécurité — deux prescriptions à ne pas faire les yeux fermés L'inhibiteur de l'enzyme de conversion abaisse la postcharge, donc la pression diastolique aortique — celle-là même qui perfuse déjà mal les coronaires quand la fenêtre est large. Il est contre-indiqué en cas d'obstacle serré sur la voie systémique (coarctation, interruption de l'arche) et dangereux chez le nouveau-né ducto-dépendant, dont la perfusion sous-diaphragmatique dépend d'une postcharge maintenue ; le rein néonatal immature expose de surcroît à l'insuffisance rénale oligurique et à l'hyperkaliémie, majorée par l'association à la spironolactone. Or une fenêtre sur deux n'est pas isolée : voir l'arche aortique en entier avant la première dose, puis titrer lentement. L'oxygène, de son côté, est un vasodilatateur pulmonaire : chez un nourrisson déjà en hyperdébit, une FiO2 élevée aggrave le vol pulmonaire et le bas débit systémique — voir l'encadré de la section 7, qui vaut pour les deux malformations.
🛡️ Sécurité — ce que le traitement médical ne fait pas Aucun diurétique, aucun inhibiteur de l'enzyme de conversion, aucun anti-inflammatoire ne ferme une fenêtre aorto-pulmonaire. Un nourrisson « amélioré » reste un nourrisson dont les artérioles pulmonaires se remodèlent chaque semaine. L'amélioration clinique n'est jamais une raison de repousser la chirurgie.

5.2. La fermeture chirurgicale

Elle doit être précoce, dès le diagnostic. Voie d'abord : sternotomie. Fermeture sous circulation extracorporelle, par patch, le plus souvent par voie transaortique. La simple ligature, historique, a été abandonnée pour les fenêtres larges : recanalisation, déchirure, rétrécissement de l'aorte ou de l'artère pulmonaire.

Deux risques dominent les suites : la crise d'hypertension artérielle pulmonaire postopératoire, d'autant plus redoutable que la réparation est tardive, et la lésion d'un ostium coronaire quand la fenêtre est proximale. Les résultats de la fermeture précoce sont excellents ; à distance, on surveille le shunt résiduel et la sténose supravalvulaire aortique ou pulmonaire au niveau du patch.

5.3. La fermeture percutanée : une exception

Elle n'est envisageable que pour une fenêtre petite et restrictive, à distance des ostia coronaires et de la bifurcation pulmonaire, avec des berges suffisantes, chez un enfant d'un poids compatible avec le matériel — c'est-à-dire la forme du grand enfant. Elle ne concerne pas la forme du nourrisson, qui est celle de l'urgence chirurgicale.


🅱 Partie B — Le tronc artériel commun Sections 6 à 10 pour le socle, sections 12 à 14 pour l'approfondissement. Un vaisseau unique, une valve unique, une communication interventriculaire large — et, dans plus d'un cas sur trois, une microdélétion 22q11.

6. Le tronc artériel commun : une seule valve pour deux circulations

6.1. Définition

Un vaisseau artériel unique émerge de la base du cœur, gardé par une valve semi-lunaire unique — la valve troncale — et donne naissance aux artères coronaires, à l'aorte et aux artères pulmonaires. Il siège presque toujours à cheval sur une large communication interventriculaire cono-troncale.

Cardiopathie rare — incidence de l'ordre de 0,04 pour 1 000 naissances vivantes, environ 0,3 à 1 % des cardiopathies congénitales — et grave : sans chirurgie, la majorité des enfants meurent dans la première année, d'insuffisance cardiaque puis de maladie vasculaire pulmonaire obstructive. Le diagnostic anténatal permet d'organiser la naissance en centre chirurgical et de rechercher la microdélétion 22q11 avant l'accouchement.

Figure 6 — Tronc artériel commun : coupe parasternale grand axe chez un nourrisson (145/min). On voit un gros vaisseau artériel unique, large, dont la racine repose sur la masse septale, et la cavité ventriculaire droite en avant. Deux réserves de méthode, à retenir autant que l'image. La profondeur du secteur est très supérieure à celle des structures explorées, et la définition en souffre. Surtout, ce que cette coupe doit établir est une absence — pas d'infundibulum ventriculaire droit, pas de valve pulmonaire distincte —, et une absence ne se démontre jamais sur un seul arrêt sur image : elle exige un balayage complet, un petit axe de la base et le Doppler couleur.
Figure 6 — Tronc artériel commun : coupe parasternale grand axe chez un nourrisson (145/min). On voit un gros vaisseau artériel unique, large, dont la racine repose sur la masse septale, et la cavité ventriculaire droite en avant. Deux réserves de méthode, à retenir autant que l'image. La profondeur du secteur est très supérieure à celle des structures explorées, et la définition en souffre. Surtout, ce que cette coupe doit établir est une absence — pas d'infundibulum ventriculaire droit, pas de valve pulmonaire distincte —, et une absence ne se démontre jamais sur un seul arrêt sur image : elle exige un balayage complet, un petit axe de la base et le Doppler couleur.

6.2. Les quatre pièces de l'anatomie

ÉlémentCe qu'il faut savoirPourquoi cela compte
La communication interventriculaireLarge, non restrictive, antéro-supérieure, sous-troncale, par absence du septum conal. Continuité mitro-troncale toujours présente. Formes restrictives raresElle égalise les pressions ventriculaires et permet le mélange complet
La valve troncaleUn à six sigmoïdes : tricuspide deux fois sur trois, quadricuspide 25 %, bicuspide 7 à 8 %. Normale dans la moitié des cas ; épaissie, charnue, sténosante et/ou fuyante dans un quartÉlément pronostique majeur. Elle deviendra la valve aortique de l'enfant
Les coronairesAnomalies de naissance ou de distribution dans 30 à 40 % des cas : ostium unique, origine haute, trajet intramural, et dans environ 15 % une coronaire croisant la voie d'éjection droiteElles dictent le site de la ventriculotomie : une coronaire méconnue peut être sectionnée
La naissance des artères pulmonairesTrès variable — c'est elle qui fonde toutes les classifications (section 12)Elle détermine la technique de détachement et le pronostic pulmonaire

S'y ajoutent l'anatomie du tronc lui-même — volumineux, avec une crosse à droite dans un quart des cas, parfois une sous-clavière gauche rétro-œsophagienne — et les anomalies associées : retour veineux pulmonaire anormal, atrésie tricuspide, ventricule unique, et surtout interruption de l'arche aortique, où la moitié inférieure du corps dépend du canal artériel.

🛡️ Sécurité — un tronc artériel commun peut être ducto-dépendant Dans 10 à 20 % des cas, le tronc s'associe à une interruption de l'arche aortique (type A4 de Van Praagh) : toute la moitié inférieure du corps est alors perfusée par le canal artériel, et sa fermeture physiologique fait basculer en quelques heures un nouveau-né stable dans le choc. Devant des pouls fémoraux faibles ou abolis, un gradient bras/jambe, une désaturation différentielle main droite-pied ou une acidose inexpliquée : perfusion continue intraveineuse de prostaglandine E1 (alprostadil) sans attendre l'échographie, poursuivie pendant tout le transfert, voie veineuse dédiée, surveillance des apnées et moyens d'intubation immédiatement disponibles. Ne jamais laisser se fermer le canal artériel avant d'avoir vu l'arche aortique en entier.

6.3. Embryologie : un accident de la crête neurale

Le tronc artériel embryonnaire doit se cloisonner à la fin de la cinquième semaine. Ici, ce cloisonnement ne se fait pas du tout, et le septum conal proximal manque également — d'où la communication interventriculaire. Le mécanisme est un développement anormal des cellules de la crête neurale cardiaque, avec non-expression du gène TBX1. Or TBX1 siège dans la région 22q11 : voilà pourquoi cette malformation et cette microdélétion vont ensemble.

7. Ce que le tronc fait au cœur : la cyanose s'efface pendant que le poumon se noie

C'est une cardiopathie cyanogène par mélange complet : les retours veineux systémique et pulmonaire se mêlent au niveau de la communication interventriculaire et du tronc, et le même sang part vers le corps et vers les poumons. Les pressions des deux ventricules sont égales et systémiques ; le rapport des débits ne dépend que du rapport des résistances. D'où une histoire naturelle en trois temps.

  1. À la naissance, les résistances pulmonaires sont élevées : débit pulmonaire modéré, mélange important, enfant cyanosé.
  2. Dans les jours et semaines suivants, elles chutent : le débit pulmonaire augmente massivement, le sang de retour s'oxygène mieux, la cyanose s'atténue. C'est le moment de l'insuffisance cardiaque — surcharge diastolique biventriculaire, tachypnée, sueurs, hypotrophie — et de l'ischémie myocardique par vol diastolique, la fuite vers le lit pulmonaire à basse résistance effondrant la pression diastolique aortique, donc la perfusion coronaire.
  3. Vers le sixième mois, parfois avant, la maladie vasculaire pulmonaire obstructive s'installe : les résistances remontent, le débit pulmonaire diminue, la cyanose réapparaît — et l'enfant devient inopérable.
🎯 Le paradoxe à comprendre une fois pour toutes Ici, la disparition de la cyanose n'est pas une amélioration : c'est l'aggravation. Un enfant qui rosit est un enfant dont le poumon reçoit de plus en plus de débit. Et plus tard, le retour de la cyanose n'est pas une rechute : c'est la fermeture de la fenêtre opératoire. La saturation ne se lit jamais seule : elle se lit avec la clinique et l'échographie.
🛡️ Sécurité — l'oxygène est ici un médicament, et il peut nuire L'oxygène est un vasodilatateur pulmonaire. Puisque la communication est non restrictive et que le rapport des débits ne dépend que du rapport des résistances, une FiO2 élevée et l'hyperventilation alcalinisante abaissent encore les résistances pulmonaires : le débit pulmonaire augmente, le débit systémique s'effondre, et l'enfant fait un bas débit avec acidose tout en paraissant mieux saturé. La cyanose modérée d'un tronc artériel commun ne se corrige pas par l'oxygène : on vise la FiO2 la plus basse tolérée, une SpO2 d'environ 75 à 85 %, une normocapnie et l'absence d'alcalose. C'est exactement le contraire du réflexe habituel devant un nouveau-né désaturé — et la règle vaut aussi pour la fenêtre aorto-pulmonaire, dont le poumon est déjà noyé.

8. Reconnaître et confirmer le tronc artériel commun

8.1. La clinique, et le seul signe spécifique

Circonstances de découverte : diagnostic anténatal, cyanose discrète ou désaturation, souffle systolique, signes d'hyperdébit pulmonaire, dysmorphie faciale. Le tableau associe une défaillance cardiaque précoce et sévère — dyspnée, tachypnée, sueurs, fatigabilité à la tétée, hypotrophie — et une cyanose modérée : un shunt gauche-droite à gros débit plus une cyanose discrète, association en elle-même très évocatrice.

  • Pouls hyperpulsatiles et bondissants, par fuite diastolique dans le lit pulmonaire — sauf sténose de la valve troncale ou interruption de l'arche.
  • Bruits intenses ; B1 suivi d'un clic protosystolique éjectionnel ; et surtout un B2 unique.
  • Souffle systolique éjectionnel 2 à 3 sur 6 au bord gauche du sternum, plus rude et long s'il existe une sténose ; souffle diastolique si fuite troncale ; roulement à la pointe si gros débit ; souffle continu si sténose des branches pulmonaires ou collatérales.
🎯 Un B2 unique n'est pas un détail sémiologique Le deuxième bruit naît de la fermeture des deux valves sigmoïdes. Il ne peut être unique que s'il n'y a qu'une seule valve artérielle — ou si l'une des deux est atrésique ou immobile. Chez un nouveau-né cyanosé et en insuffisance cardiaque, un B2 unique et un clic d'éjection sont l'argument clinique le plus fort en faveur d'un tronc artériel commun. Ce signe s'écoute avant toute imagerie, et il oriente immédiatement le transfert.

8.2. Électrocardiogramme et radiographie

L'électrocardiogramme montre une hypertrophie biventriculaire, parfois une hypertrophie ventriculaire droite exclusive. La radiographie montre une cardiomégalie constante avec surcharge vasculaire pulmonaire ; deux détails aident : une crosse aortique à droite (un quart à un tiers des cas) et l'absence d'ombre thymique, qui doit faire penser au syndrome de DiGeorge.

8.3. L'échocardiographie-Doppler

  • Parasternale grand axe : au-dessus d'une large communication interventriculaire, un vaisseau unique très large, rectiligne, chevauchant le septum ; paroi ventriculaire droite hypertrophiée. Point capital : aucun infundibulum droit ni aucune valve pulmonaire n'est visualisable.
  • Apicale et sous-costale quatre cavités : la communication interventriculaire, et au Doppler couleur le shunt bidirectionnel.
  • Parasternale petit axe : sigmoïdes troncales, souvent épaisses et dysplasiques, et comptage de leur nombre.
  • Doppler continu : gradient d'une sténose troncale. Doppler couleur : insuffisance troncale, élément pronostique important.
  • Anatomie pulmonaire : parasternales et sous-costale pour l'origine des branches ; suprasternale et sous-costale pour le type, une sténose de branche et une interruption de l'arche.
  • Anatomie coronaire : parasternales petit et grand axe.
Figure 7 — La racine du vaisseau unique. Coupe parasternale centrée sur le tronc : la section vasculaire est arrondie et sa paroi nettement épaissie et brillante. En revanche, sur ce cliché figé, aucune sigmoïde n'est individualisable — ni ligne de coaptation, ni feuillet distinct : l'image montre un gros vaisseau unique à paroi épaissie, elle ne montre pas la dysplasie valvulaire. Le comptage des sigmoïdes — de une à six — et le jugement de leur épaisseur se font en petit axe zoomé sur l'anneau, en temps réel, complétés par le Doppler couleur. La règle vaut pour toute l'échographie : ne faites dire à une image que ce qu'elle montre.
Figure 7 — La racine du vaisseau unique. Coupe parasternale centrée sur le tronc : la section vasculaire est arrondie et sa paroi nettement épaissie et brillante. En revanche, sur ce cliché figé, aucune sigmoïde n'est individualisable — ni ligne de coaptation, ni feuillet distinct : l'image montre un gros vaisseau unique à paroi épaissie, elle ne montre pas la dysplasie valvulaire. Le comptage des sigmoïdes — de une à six — et le jugement de leur épaisseur se font en petit axe zoomé sur l'anneau, en temps réel, complétés par le Doppler couleur. La règle vaut pour toute l'échographie : ne faites dire à une image que ce qu'elle montre.
Figure 8 — Doppler continu sur la valve troncale : le spectre est franchement bidirectionnel. En systole, un flux antérograde accéléré, autour de 4 m/s : la valve est sténosante. En diastole, un flux inversé ample, qui occupe toute la diastole : elle fuit massivement. Regardez la diastole plutôt que la systole — c'est ce flux de retour qui effondre la pression diastolique aortique et prive les coronaires. Une valve à la fois serrée et fuyante est la situation la plus défavorable avant réparation.
Figure 8 — Doppler continu sur la valve troncale : le spectre est franchement bidirectionnel. En systole, un flux antérograde accéléré, autour de 4 m/s : la valve est sténosante. En diastole, un flux inversé ample, qui occupe toute la diastole : elle fuit massivement. Regardez la diastole plutôt que la systole — c'est ce flux de retour qui effondre la pression diastolique aortique et prive les coronaires. Une valve à la fois serrée et fuyante est la situation la plus défavorable avant réparation.

8.4. Le diagnostic différentiel qui compte

DiagnosticCe qui ressembleCe qui tranche
Atrésie pulmonaire à septum ouvertUn gros vaisseau unique à cheval sur une large communication interventriculaire, cyanoseD'où naissent les artères pulmonaires ? Du tronc lui-même dans le tronc artériel commun ; du canal artériel ou de collatérales aorto-pulmonaires nées de l'aorte descendante dans l'atrésie, où persiste un reliquat de voie d'éjection droite borgne. C'est le piège classique
Fenêtre aorto-pulmonaireShunt entre aorte et artère pulmonaire, insuffisance cardiaque précoce, pouls bondissantsDeux valves sigmoïdes distinctes, septum interventriculaire habituellement intact, pas de cyanose
Tétralogie de FallotAorte dilatée à cheval sur une communication interventriculaire, cyanoseIl existe un infundibulum et une valve pulmonaire ; le poumon est protégé, la radiographie n'est pas pléthorique
Transposition avec communication interventriculaireCyanose et insuffisance cardiaque du nouveau-néDeux gros vaisseaux parallèles et deux valves ; voir, dans cette discipline, le cours 70, La transposition des gros vaisseaux

8.5. Les autres examens

L'angioscanner précise l'anatomie pulmonaire et coronaire, surtout quand une branche naît ailleurs que du tronc. Le cathétérisme a peu d'indications : formes litigieuses, et surtout évaluation des résistances vasculaires pulmonaires chez le nourrisson de plus de six mois — celui dont on se demande s'il est encore opérable.

9. Chercher la microdélétion 22q11 : un diagnostic cardiaque qui change la prise en charge non cardiaque

9.1. Une des associations les plus fortes de la cardiologie congénitale

Le tronc artériel commun est associé à une microdélétion 22q11.2 — syndrome de DiGeorge, syndrome vélo-cardio-facial — dans plus de 20 % des cas pour le diaporama de référence, un tiers à 40 % dans les séries récentes. Avec l'interruption de l'arche aortique de type B, c'est la cardiopathie la plus liée à cette délétion, qui emporte TBX1, gène de la migration des cellules de la crête neurale.

Conséquence : on ne cherche pas la délétion parce que l'enfant est dysmorphique, on la cherche systématiquement devant tout tronc artériel commun, par FISH ou, mieux, par analyse chromosomique sur puce à ADN. La dysmorphie est inconstante et souvent discrète chez le nouveau-né.

9.2. Les trois conséquences immédiates

AtteinteMécanismeConduite immédiate
Hypocalcémie néonataleHypoparathyroïdie par agénésie ou hypoplasie des parathyroïdesDoser le calcium ionisé et le corriger. Risque de convulsions et de décompensation d'un myocarde déjà en difficulté ; recontrôler aux périodes de stress, dont la chirurgie
Déficit immunitaire THypoplasie ou aplasie thymiqueTout produit sanguin cellulaire doit être irradié, déleucocyté, de préférence CMV-négatif, sous peine de réaction du greffon contre l'hôte. Or cet enfant sera transfusé, ne serait-ce que pour l'amorçage de la circulation extracorporelle : prévenir l'équipe avant, pas pendant. Différer les vaccins vivants
Transmission génétiqueAutosomique dominante ; de novo dans la majorité des cas, héritée dans environ 10 %Tester les parents et proposer un conseil génétique : un parent porteur, parfois sans le savoir, a un risque de 1 sur 2 à chaque grossesse. La question se reposera pour l'enfant devenu adulte

S'y ajoutent à moyen terme une insuffisance vélo-pharyngée, des troubles de déglutition et de parole, des anomalies rénales, une hypoacousie, des troubles des apprentissages puis psychiatriques — autant de raisons de porter le diagnostic tôt et de coordonner un suivi multidisciplinaire.

🛡️ Sécurité — la ligne à écrire dans le dossier Devant un tronc artériel commun, écrivez dès l'admission et avant tout transfert : « microdélétion 22q11 à rechercher — produits sanguins irradiés jusqu'au résultat ». Une transfusion de produits non irradiés chez un enfant profondément lymphopénique peut provoquer une réaction du greffon contre l'hôte post-transfusionnelle, de mortalité très élevée. C'est le geste protecteur que l'étudiant de deuxième cycle peut appliquer lui-même.

10. Réparer le tronc : une chirurgie néonatale, et un tube qu'il faudra remplacer

10.1. Le principe

La réparation est complète et néonatale. Sous circulation extracorporelle, le chirurgien :

  1. désinsère les artères pulmonaires du tronc et ferme la brèche — ce temps donne l'accès et permet de dessiner la réparation avant d'entrer dans le ventricule ;
  2. ferme la communication interventriculaire par un patch, de sorte que le ventricule gauche éjecte dans le tronc — qui devient l'aorte, sa valve devenant la valve aortique ;
  3. rétablit la continuité ventricule droit-artères pulmonaires par un tube valvé, homogreffe ou tube de veine jugulaire bovine ;
  4. traite les lésions associées : interruption de l'arche, sténose de branche, et si besoin réparation ou remplacement de la valve troncale.

Avant le bloc. Si l'arche est interrompue ou très hypoplasique — le type A4 —, la circulation sous-diaphragmatique dépend entièrement du canal artériel : la perfusion continue de prostaglandine E1 est débutée dès la suspicion, avant même l'échographie si les pouls fémoraux sont faibles, et maintenue jusqu'à la mise en circulation extracorporelle ; la réparation de l'arche se fait dans le même temps opératoire.

10.2. Le calendrier, qui ne se négocie pas

L'âge idéal est avant six mois, en pratique dans les premières semaines de vie, dès le diagnostic. Au-delà, la maladie vasculaire pulmonaire peut rendre l'enfant inopérable. Un nourrisson adressé tardivement doit bénéficier d'un cathétérisme avec mesure des résistances et test de réversibilité avant toute décision.

10.3. Résultats

Ils sont acceptables à court et moyen terme. La mortalité opératoire, historiquement de l'ordre de 10 %, est aujourd'hui plus basse dans les centres entraînés. Le pronostic tient à trois facteurs : la fonction du conduit, la fonction de la valve troncale devenue aortique, et les résistances vasculaires pulmonaires.

Deux informations complètent d'emblée le contrat annoncé à la famille. L'enfant portera un matériel prothétique valvé : il relève à vie du groupe à haut risque d'endocardite infectieuse, avec antibioprophylaxie des gestes dentaires à risque et hygiène bucco-dentaire rigoureuse (voir, dans la discipline Cardiologie générale, le cours 34, L'endocardite infectieuse). Et son suivi spécialisé ne doit jamais être interrompu, de l'enfance à l'âge adulte.

🎯 Ce qu'il faut dire à la famille dès le premier jour La réparation d'un tronc artériel commun n'est pas une guérison en une opération. Le tube posé entre ventricule droit et artères pulmonaires ne grandit pas et se dégrade : il devra être remplacé plusieurs fois pendant la croissance, chirurgicalement puis, plus tard, par voie percutanée. L'annoncer d'emblée évite que chaque réintervention soit vécue comme un échec. C'est le prix, connu et accepté, d'un enfant qui vit.

11. Partie A — Anatomie, classifications et fermeture de la fenêtre — pour aller plus loin

📘 À partir d'ici Les sections suivantes développent le niveau du mastère de cardiopathie congénitale et pédiatrique. Le socle qui précède suffit pour le deuxième cycle.

11.1. Les trois types classiques

Le septum aorto-pulmonaire naît de la fusion des crêtes tronco-conales, d'origine crête neurale, qui descendent en spirale dans le tronc artériel primitif. Un défaut de fusion localisé laisse une communication dont le siège définit le type. La classification de Mori, reprise par Richardson, en distingue trois.

TypeSiègeDescriptionAssociations
I — proximalJuste au-dessus des sigmoïdesOrifice large et ovale ; bord inférieur au-dessus des sigmoïdes aortiques et pulmonaires, bord supérieur en amont de la bifurcationAnomalies coronaires, tétralogie de Fallot
II — distalHaut, entre aorte et bifurcationS'étend sur l'origine de l'artère pulmonaire droiteCoarctation, interruption de l'arche
III — totalToute la hauteurTrès rare. Absence totale de cloisonnement entre aorte ascendante et tronc pulmonaire jusqu'à la bifurcation ; le diagnostic différentiel avec le tronc artériel commun repose alors, encore, sur les deux valvesAnomalies des arcs aortiques

La nomenclature de la Society of Thoracic Surgeons (Jacobs) ajoute un type IV, intermédiaire : communication confinée entre les deux précédentes, avec des berges suffisantes de part et d'autre — précisément le type accessible à une fermeture percutanée.

À connaître aussi, le syndrome de Berry : fenêtre distale, naissance aortique de l'artère pulmonaire droite, interruption de l'arche aortique, septum interventriculaire intact et canal artériel alimentant l'aorte descendante. Méconnaître l'un de ces quatre éléments condamne la réparation.

11.2. Ce que le compte rendu doit préciser au chirurgien

  • Diamètre et hauteur de la communication le long des deux vaisseaux.
  • Distance aux ostia coronaires en bas et à la bifurcation pulmonaire en haut : ce sont ces deux berges qui décident du patch et de la faisabilité percutanée.
  • Origine des deux artères pulmonaires : une artère pulmonaire droite naissant de l'aorte transforme le geste.
  • Arche aortique entière : calibre, coarctation, interruption, sens de la crosse, canal artériel.
  • Pressions pulmonaires et état du ventricule droit.

11.3. Technique et suites

Technique de référence : fermeture par patch sous circulation extracorporelle, par aortotomie transverse, le patch — péricarde autologue traité ou matériel prothétique — étant suturé sur le versant aortique du défect, ce qui évite de distordre l'artère pulmonaire. Variante : sectionner la communication et fermer séparément les deux orifices. Pièges opératoires constants : ostium coronaire gauche au bord inférieur d'une fenêtre proximale, artère pulmonaire droite au bord supérieur d'une fenêtre distale, rétrécissement iatrogène de l'aorte ou de l'artère pulmonaire si le patch est trop tendu.

Les suites sont dominées par la crise d'hypertension artérielle pulmonaire, dont la prévention est standardisée : sédation et analgésie profondes, éviction de l'hypoxie, de l'hypercapnie et de l'acidose, monoxyde d'azote inhalé en cas de poussée, sevrage prudent. Le risque est proportionnel à l'âge à la réparation — argument supplémentaire pour opérer tôt.

11.4. Fermeture percutanée : critères de sélection

  • Fenêtre restrictive, de petit diamètre, avec gradient significatif entre aorte et artère pulmonaire.
  • Berges suffisantes, à distance des ostia coronaires et de la bifurcation pulmonaire.
  • Résistances pulmonaires normales ou réversibles, vérifiées au cathétérisme.
  • Poids compatible avec le matériel — ce qui exclut de fait le nourrisson en insuffisance cardiaque.
  • Dispositifs : occluders de canal artériel ou de communication interventriculaire musculaire, avec contrôle angiographique et échographique de la perméabilité coronaire et pulmonaire avant largage.

12. Partie B — Classifications et variantes anatomiques du tronc artériel commun — pour aller plus loin

12.1. Les deux classifications

Toutes reposent sur la même question : d'où naissent les artères pulmonaires ?

Figure 9 — Les quatre types de Van Praagh, lus de gauche à droite puis de haut en bas. En haut à gauche, A1 : un court tronc pulmonaire naît du truncus puis se divise. En haut à droite, A2 : les deux branches naissent séparément du truncus. En bas à gauche, A3 : une seule branche naît du truncus, l'autre poumon dépendant du canal artériel ou de collatérales. En bas à droite, A4 : truncus avec interruption de l'arche aortique — l'aorte ascendante est grêle et c'est l'arche, au-delà des troncs supra-aortiques, qui est interrompue ; toute la moitié inférieure du corps est vascularisée par un canal systémique, d'où la dépendance vitale à la prostaglandine E1. Ce qui change d'un type à l'autre n'est pas un détail descriptif : c'est l'opération.
Collett et Edwards (1949)Van PraaghDescription
Type IA1Un court tronc pulmonaire naît du truncus puis se divise rapidement en deux branches
Type IIA2Les deux branches naissent séparément et de façon rapprochée de la face postérieure du truncus
Type IIIA2 (fusionné)Les deux branches naissent séparément et à distance l'une de l'autre, des faces latérales
Type IV (abandonné)Aucune artère pulmonaire ne naît du truncus, les poumons étant vascularisés par des collatérales de l'aorte descendante. Ce n'est pas un tronc artériel commun mais une atrésie pulmonaire à septum ouvert : n'employez plus ce terme
A3Une seule branche naît du truncus ; l'autre poumon dépend du canal artériel, de l'aorte descendante ou de collatérales
A4Truncus avec interruption ou hypoplasie majeure de l'arche aortique : aorte ascendante petite, tronc pulmonaire large, moitié inférieure du corps dépendante d'un canal systémique. Association très fréquente à la microdélétion 22q11
Groupe BTronc artériel commun à septum interventriculaire intact : exceptionnel

La logique : Collett et Edwards décrivent la distance entre les deux ostia pulmonaires, distinction de peu de portée chirurgicale — d'où la fusion de leurs types II et III par Van Praagh ; Van Praagh décrit ce qui change l'opération, une branche manquante (A3) ou un arc interrompu (A4). C'est la classification des chirurgiens, et celle que doit employer votre compte rendu.

12.2. La valve troncale en détail

  • Nombre de sigmoïdes : tricuspide dans deux tiers des cas, quadricuspide 25 %, bicuspide 7 à 8 %, exceptionnellement unicuspide ou jusqu'à six. Comptage en parasternale petit axe, en zoomant sur l'anneau.
  • Structure : normale une fois sur deux ; sinon épaissie, myxoïde, charnue, avec des sigmoïdes inégales.
  • Fonction : sténose et/ou fuite dans environ un quart des cas. La fuite est la plus délétère : elle s'ajoute à la surcharge volumétrique du shunt et effondre la pression diastolique, donc la perfusion coronaire.
  • Pronostic : une insuffisance troncale au moins modérée est, avec l'interruption de l'arche, le principal facteur de mortalité opératoire et le principal motif de réintervention aortique à distance.

12.3. Coronaires et arche

Les anomalies coronaires concernent 30 à 40 % des troncs. Le schéma habituel comporte deux ostia — l'un postérieur, qui « cravate » le tronc avant de bifurquer, l'autre antérieur donnant la coronaire droite — mais l'origine peut être haute, commissurale ou unique. Un trajet intramural est fréquent parmi les formes anormales, et dans environ 15 % des cas une coronaire croise la voie d'éjection du ventricule droit : exactement là où le chirurgien ouvre le ventricule pour implanter le tube.

Du côté de l'arche : crosse à droite dans un quart à un tiers des cas, sous-clavière gauche rétro-œsophagienne, et surtout interruption de l'arche aortique dans 10 à 20 % des séries, presque toujours de type B et presque toujours associée à la microdélétion 22q11. Une aorte horizontale hypoplasique ou atrésique fait dépendre toute la moitié inférieure du corps du canal artériel : la perfusion de prostaglandine E1 devient alors vitale avant la chirurgie.

13. Partie B — La réparation chirurgicale et ses facteurs de risque — pour aller plus loin

13.1. La technique, pas à pas

  1. Détachement des artères pulmonaires du tronc, en emportant une collerette de paroi ; la brèche est fermée directement ou par patch, sans rétrécir le tronc ni léser une coronaire.
  2. Fermeture de la communication interventriculaire par un patch, en tunnellisant le ventricule gauche vers la valve troncale.
  3. Ventriculotomie droite haute, dessinée en fonction du trajet coronaire.
  4. Interposition d'un tube valvé entre ventricule droit et bifurcation pulmonaire : homogreffe pulmonaire ou aortique, ou veine jugulaire bovine. Certaines équipes réalisent une connexion directe complétée par un patch antérieur, pour retarder l'ère des conduits.
  5. Gestes associés : réparation d'une interruption de l'arche dans le même temps, plastie ou remplacement de la valve troncale si la fuite est importante.

13.2. Facteurs de risque de mortalité opératoire

  • Interruption ou hypoplasie majeure de l'arche (type A4).
  • Insuffisance troncale importante, imposant un geste valvulaire.
  • Anomalie coronaire, en particulier croisant la voie d'éjection droite.
  • Âge tardif à la réparation et résistances pulmonaires déjà élevées.
  • Petit poids, prématurité, sténose des branches, et terrain 22q11 par ses complications propres.

13.3. Les suites immédiates

Elles sont dominées par les crises d'hypertension artérielle pulmonaire, le bas débit d'un ventricule droit ventriculotomisé, et la nécessité fréquente d'une fermeture sternale différée. Deux réflexes doivent être écrits avant l'entrée au bloc : produits sanguins irradiés tant que le statut immunitaire n'est pas connu, et surveillance de la calcémie ionisée.

14. Partie B — Le suivi au long cours : conduit, valve troncale, réinterventions — pour aller plus loin

14.1. Le conduit : une échéance, pas une complication

Un tube valvé implanté chez un nouveau-né ne grandit pas et se dégrade : calcification, rétraction des feuillets, néo-intima, sténose des anastomoses. La réintervention est la règle. Deux mécanismes s'additionnent : la disproportion de croissance, qui rend le tube trop petit en quelques années, et la dégénérescence, qui le rend sténosant et fuyant.

ÉtapeCe qui se passeCe qu'on fait
Premières annéesLe tube devient relativement étroit : le ventricule droit s'hypertrophie, le gradient montePremier remplacement chirurgical
Enfance, adolescenceSténose et/ou fuite pulmonaire, dilatation et dysfonction du ventricule droitDilatation au ballon et endoprothèse pour gagner du temps, puis implantation percutanée d'une valve pulmonaire quand le calibre le permet
Âge adulteRéinterventions itératives, risque rythmique lié à la ventriculotomie, endocardite sur matérielSuivi à vie en centre spécialisé de cardiopathie congénitale adulte

Les indications suivent la logique du ventricule droit, non un chiffre isolé : symptômes, pression ventriculaire droite atteignant environ les deux tiers de la pression systémique, dilatation et dysfonction progressives, arythmie ventriculaire. L'IRM est l'imagerie de référence pour les volumes ; l'échographie suit le gradient et la fonction droite (voir, dans la discipline Échocardiographie, le cours 13, La fonction cardiaque droite).

14.2. La valve troncale devenue aortique

C'est la deuxième horloge. L'insuffisance troncale progresse avec le temps, favorisée par la dysplasie, la quadricuspidie et la dilatation de la racine. Elle impose une surveillance du degré de fuite, du diamètre de la racine et des volumes du ventricule gauche, et conduit une minorité de patients à une plastie ou un remplacement valvulaire aortique. Le pronostic à long terme d'un tronc artériel commun ne se résume jamais à l'état du tube.

14.3. Le reste du programme

  • Shunt résiduel sur le patch et sténoses des branches pulmonaires sur les anastomoses, à rechercher systématiquement.
  • Hypertension pulmonaire résiduelle si la réparation a été tardive.
  • Troubles du rythme : ventriculotomie et cicatrices exposent aux arythmies ventriculaires ; toute syncope doit être explorée.
  • Endocardite : matériel prothétique valvé, donc groupe à haut risque — antibioprophylaxie des gestes dentaires à risque et hygiène bucco-dentaire (voir, dans la discipline Cardiologie générale, le cours 34, L'endocardite infectieuse).
  • Grossesse : à discuter selon la fonction ventriculaire droite, le gradient du conduit, la fuite troncale et les pressions pulmonaires ; conseil génétique préalable indispensable en cas de microdélétion 22q11, dont la transmission est de 1 sur 2.
  • Transition : cardiopathie de haute complexité, dont le suivi ne doit jamais être interrompu — c'est la population où la rupture de suivi à l'adolescence coûte le plus cher.

15. Points clés à retenir

⭐ Points clés à retenir
  • Ces deux malformations partagent une communication large et non restrictive entre circulations systémique et pulmonaire, dès la naissance, sans mécanisme de protection : pression pulmonaire systémique d'emblée, jamais de fermeture spontanée.
  • Le temps se compte en semaines. La maladie vasculaire pulmonaire s'installe dès le sixième mois, parfois avant. La réparation est néonatale.
  • Comptez les valves : deux appareils sigmoïdiens distincts = fenêtre aorto-pulmonaire ; un seul = tronc artériel commun.
  • La fenêtre n'est pas un canal artériel : perte de substance entre aorte ascendante et tronc pulmonaire, sans muscle ductal — donc ni fermeture spontanée, ni indométacine, et dispositif percutané exceptionnel. Devant un shunt entre les gros vaisseaux, demandez-vous d'où part le jet.
  • Une fenêtre large donne un souffle systolique d'éjection, non continu : les pressions aortique et pulmonaire étant égales tout au long du cycle, aucun gradient ne peut engendrer de souffle continu — et son absence n'élimine rien. Le souffle siège au bord gauche du sternum, plus bas et plus médian que celui du canal artériel.
  • Le tronc artériel commun associe un vaisseau unique, une valve troncale unique et souvent dysplasique, une communication interventriculaire large, et des coronaires anormales dans 30 à 40 % des cas.
  • Cliniquement : insuffisance cardiaque précoce plus cyanose modérée, pouls bondissants, B2 unique et clic d'éjection. La disparition de la cyanose est une aggravation ; son retour signe la maladie vasculaire pulmonaire.
  • Le piège diagnostique majeur est l'atrésie pulmonaire à septum ouvert : « les artères pulmonaires naissent-elles du tronc, ou du canal et de collatérales ? ».
  • La microdélétion 22q11 se cherche systématiquement devant tout tronc artériel commun : hypocalcémie à corriger, produits sanguins irradiés obligatoires, conseil génétique avec risque de transmission de 1 sur 2.
  • Sécurité — prostaglandine E1. Dans les deux malformations, une coarctation ou une interruption de l'arche peut être associée. Devant des pouls fémoraux faibles ou abolis, un gradient bras/jambe ou une désaturation différentielle, on débute une perfusion continue de prostaglandine E1 sans attendre l'échographie. On ne laisse jamais se fermer le canal avant d'avoir vu l'arche en entier.
  • Sécurité — oxygène et inhibiteur de l'enzyme de conversion. L'oxygène est un vasodilatateur pulmonaire : FiO2 élevée et hyperventilation aggravent le vol pulmonaire et le bas débit systémique. On vise la FiO2 la plus basse tolérée, une SpO2 de 75 à 85 %, une normocapnie et pas d'alcalose. L'inhibiteur de l'enzyme de conversion n'est introduit qu'après avoir éliminé une coarctation et une interruption de l'arche, à dose progressive.
  • La réparation interpose un tube valvé ventricule droit-artère pulmonaire qui ne grandit pas et sera remplacé plusieurs fois ; le pronostic tient au conduit, à la valve troncale et aux résistances pulmonaires. L'hypertension pulmonaire fixée contre-indique la fermeture dans les deux maladies.

16. Pièges fréquents

⚠️ Pièges fréquents
  • Traiter une fenêtre aorto-pulmonaire comme un canal artériel. Aucun anti-inflammatoire ne la fermera, aucune fermeture spontanée n'est à attendre, et le dispositif percutané est une exception.
  • Éliminer une fenêtre parce que le souffle n'est pas continu. Quand elle est large, les pressions sont égales tout au long du cycle : aucun gradient, donc aucun souffle continu. Il ne reste qu'un souffle systolique d'éjection, souvent un roulement mitral, parfois rien qu'un éclat de B2 et des pouls bondissants.
  • Conclure à une fenêtre sur une seule perte d'écho en parasternale petit axe. La paroi y est parallèle au faisceau : faux positif classique. Exigez un flux couleur et une deuxième incidence.
  • Ne pas voir une fenêtre très large. Le jet y est lent et mal coloré : baissez l'échelle de vitesse, et cherchez devant toute hypertension pulmonaire inexpliquée du nourrisson.
  • Se rassurer parce que le nourrisson va mieux sous diurétiques. L'artériole pulmonaire continue de se remodeler : l'amélioration clinique ne repousse jamais la date de l'opération.
  • Confondre tronc artériel commun et atrésie pulmonaire à septum ouvert. Seule l'origine des artères pulmonaires tranche. Le « type IV » de Collett et Edwards est en réalité une atrésie pulmonaire : terme abandonné.
  • Prendre la disparition de la cyanose pour une amélioration. L'enfant qui rosit est celui dont le poumon se noie ; celui qui recyanose devient inopérable.
  • Juger le pronostic d'un tronc sur la communication interventriculaire. Ce qui décide, c'est la valve troncale — sa fuite surtout —, les coronaires, l'arche et les résistances pulmonaires.
  • Oublier le calcium et l'irradiation des produits sanguins chez un enfant 22q11, et ne chercher la délétion que s'il paraît dysmorphique : la dysmorphie est inconstante, la recherche est systématique.
  • Mettre de l'oxygène à pleine dose devant un nouveau-né « cyanosé ». L'oxygène dilate le lit pulmonaire : il augmente encore le vol pulmonaire et effondre le débit systémique. FiO2 la plus basse tolérée, SpO2 de 75 à 85 %, normocapnie, pas d'alcalose.
  • Laisser se fermer le canal artériel avant d'avoir vu l'arche. Une coarctation ou une interruption de l'arche associée démasque un choc en quelques heures : prostaglandine E1 en perfusion continue devant des pouls fémoraux faibles, un gradient bras/jambe ou une désaturation différentielle.
  • Prescrire un inhibiteur de l'enzyme de conversion sans avoir exclu un obstacle sur la voie systémique. Coarctation, interruption de l'arche, canal-dépendance : la postcharge y est vitale, et la pression diastolique est déjà effondrée. Titrer lentement, surveiller créatinine et kaliémie.
  • Parler de tachycardie chez un nourrisson sans regarder son âge. La norme du nourrisson est de 100 à 160/min : une fréquence cardiaque ne s'interprète jamais seule.
  • Promettre une opération unique, ou vouloir fermer trop tard. Le tube sera remplacé plusieurs fois ; et devant des résistances pulmonaires élevées non réversibles, la fermeture est contre-indiquée : la communication est devenue la soupape du ventricule droit.

Sources

  1. MESSAOUDI Y. Fenêtre aorto-pulmonaire. Diaporama du Mastère de cardiologie congénitale et pédiatrique, Faculté de Médecine de Sousse ; 2019-2020. document interne, non publié
  2. MESSAOUDI Y. Tronc artériel commun. Diaporama du Mastère de cardiopathie congénitale et pédiatrique, Faculté de Médecine de Sousse ; 20 juin 2020. document interne, non publié
  3. Stout KK, Daniels CJ, Aboulhosn JA, et al. 2018 AHA/ACC Guideline for the Management of Adults With Congenital Heart Disease: A Report of the American College of Cardiology/American Heart Association Task Force on Clinical Practice Guidelines. Circulation. 2019;139(14):e698-e800. doi:10.1161/CIR.0000000000000603
  4. Baumgartner H, De Backer J, Babu-Narayan SV, et al. 2020 ESC Guidelines for the management of adult congenital heart disease. Eur Heart J. 2021;42(6):563-645. doi:10.1093/eurheartj/ehaa554
  5. Collett RW, Edwards JE. Persistent truncus arteriosus: a classification according to anatomic types. Surg Clin North Am. 1949;29(4):1245-70. doi:10.1016/s0039-6109(16)32803-1
  6. Van Praagh R, Van Praagh S. The anatomy of common aorticopulmonary trunk (truncus arteriosus communis) and its embryologic implications. A study of 57 necropsy cases. Am J Cardiol. 1965;16(3):406-25. doi:10.1016/0002-9149(65)90732-0
  7. Mori K, Ando M, Takao A, Ishikawa S, Imai Y. Distal type of aortopulmonary window. Report of 4 cases. Br Heart J. 1978;40(6):681-9. doi:10.1136/hrt.40.6.681
  8. Kutsche LM, Van Mierop LH. Anatomy and pathogenesis of aorticopulmonary septal defect. Am J Cardiol. 1987;59(5):443-7. doi:10.1016/0002-9149(87)90953-2
  9. Richardson JV, Doty DB, Rossi NP, Ehrenhaft JL. The spectrum of anomalies of aortopulmonary septation. J Thorac Cardiovasc Surg. 1979;78(1):21-7. doi:10.1016/S0022-5223(19)38156-5
  10. Jacobs JP, Quintessenza JA, Gaynor JW, Burke RP, Mavroudis C. Congenital Heart Surgery Nomenclature and Database Project: aortopulmonary window. Ann Thorac Surg. 2000;69(4 Suppl):S44-9. doi:10.1016/s0003-4975(99)01236-9
  11. Jacobs ML. Congenital Heart Surgery Nomenclature and Database Project: truncus arteriosus. Ann Thorac Surg. 2000;69(4 Suppl):S50-5. doi:10.1016/s0003-4975(99)01320-x
  12. McDonald-McGinn DM, Sullivan KE, Marino B, et al. 22q11.2 deletion syndrome. Nat Rev Dis Primers. 2015;1:15071. doi:10.1038/nrdp.2015.71
  13. Fleming S, Thompson M, Stevens R, et al. Normal ranges of heart rate and respiratory rate in children from birth to 18 years of age: a systematic review of observational studies. Lancet. 2011;377(9770):1011-8. doi:10.1016/S0140-6736(10)62226-X

Cours de la Pr Ag Yosra Messaoudi, Faculté de Médecine de Sousse.

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