- Définir une cardiopathie congénitale, et distinguer le moment de sa constitution embryologique de celui de sa révélation clinique, qui peut être néonatale ou survenir après cinquante ans
- Énoncer la prévalence à la naissance des cardiopathies congénitales, la traduire en ordre de grandeur utilisable au lit du malade, et la situer par rapport aux autres malformations congénitales majeures
- Expliquer pourquoi la prévalence rapportée est passée de 0,6 à plus de 9 pour 1 000 naissances vivantes en soixante ans, sans qu'aucune augmentation réelle du nombre de malformations soit en cause
- Classer les huit malformations les plus fréquentes par ordre décroissant, et expliquer pourquoi la distribution observée en période néonatale diffère entièrement de celle observée en consultation
- Utiliser la classification physiopathologique en trois familles — shunt gauche-droite, obstacle, cardiopathie cyanogène — pour prédire le tableau clinique, le moment de révélation et le degré d'urgence
- Relier le calendrier de révélation des cardiopathies à la circulation transitionnelle : fermeture du canal artériel en 12 à 48 heures, chute des résistances pulmonaires sur 4 à 8 semaines
- Reconnaître une cardiopathie ducto-dépendante, en distinguer les formes à dépendance pulmonaire et systémique, énoncer la posologie et les risques de la prostaglandine E1, et savoir que l'oxygène pur est délétère devant une ducto-dépendance systémique
- Décrire le dépistage anténatal et le dépistage néonatal par oxymétrie de pouls, en donner les sites de mesure, les seuils et la conduite à tenir, et énumérer ce que chacun des deux laisse passer
- Énumérer les facteurs de risque maternels, médicamenteux et infectieux des cardiopathies congénitales, et situer leur action dans la fenêtre embryologique de la troisième à la huitième semaine post-conceptionnelle, soit de la cinquième à la dixième semaine d'aménorrhée
- Associer les cinq principaux syndromes génétiques à leur cardiopathie élective, et appliquer la règle réciproque : échocardiographie devant un syndrome, enquête syndromique devant une cardiopathie
1. Ce que recouvre le mot « cardiopathie congénitale »
1.1. La définition
Une cardiopathie congénitale est une malformation du cœur ou des gros vaisseaux, constituée pendant la vie embryonnaire ou fœtale. Trois mots comptent. Malformation : une anomalie de structure, non une maladie acquise du muscle ou des valves. Gros vaisseaux : l'aorte, l'artère pulmonaire, le canal artériel et les retours veineux appartiennent au champ — une coarctation ou un retour veineux pulmonaire anormal en sont, au même titre qu'une communication interventriculaire. Congénitale : la lésion existe à la naissance, même si elle ne se manifeste que quarante ans plus tard.
1.2. Ce que le mot ne recouvre pas
- Les cardiomyopathies de l'enfant, maladies du muscle et non anomalies de formation (voir le cours qui leur est consacré, avec la cardiotoxicité des traitements).
- Les troubles du rythme et de la conduction isolés : le cœur y est normalement construit.
- Les cardiopathies acquises — rhumatisme articulaire aigu, Kawasaki, myocardites —, qui pèsent lourd dans notre région.
- Les persistances de structures fœtales normales : le foramen ovale perméable, présent chez un quart des adultes, n'est pas une malformation (cours 68) ; le canal artériel du grand prématuré relève d'une immaturité, à la différence de celui de l'enfant né à terme.
2. Combien : incidence, prévalence, et pourquoi les chiffres bougent
2.1. Le chiffre à retenir
La prévalence à la naissance est de 8 à 9 pour 1 000 naissances vivantes, soit une naissance sur cent vingt. Dans une maternité de deux mille accouchements par an : seize enfants par an, dont quatre ou cinq porteurs d'une forme grave. C'est la malformation la plus fréquente de l'enfant, elle représente un tiers de toutes les anomalies congénitales majeures et dépasse à elle seule les anomalies chromosomiques réunies (0,7 %). Ce n'est donc pas une pathologie de centre expert : tout médecin en rencontrera — le généraliste, l'urgentiste qui reçoit un nourrisson gris, la sage-femme qui laisse sortir une mère, le cardiologue d'adultes devant un patient sternotomisé de trente ans.
2.2. Pourquoi elle a été multipliée par quinze en soixante ans
Elle est passée de 0,6 pour 1 000 entre 1930 et 1934 à 9,1 pour 1 000 après 1995, sans aucune épidémie de malformations. Trois causes, toutes méthodologiques : l'échocardiographie-Doppler couleur, qui compte désormais les petites communications interventriculaires musculaires et les communications interauriculaires de faible débit, autrefois muettes — plus grosse part de la hausse, et la moins conséquente cliniquement ; le diagnostic anténatal ; les changements de définition. La leçon dépasse ce cours : un chiffre de prévalence n'a de sens qu'accompagné de sa définition, de sa source et de son mode de recueil (section 8). Ce qui a réellement changé, ce n'est pas le nombre d'enfants malformés, c'est leur survie (section 11).

2.3. Le chiffre tunisien, et pourquoi il est plus bas
Les séries tunisiennes rapportent 1 à 1,9 pour 1 000 naissances, avec un quart de formes sévères. Ce chiffre traduit une sous-estimation, non une population protégée : beaucoup de nouveau-nés sortent de maternité sans diagnostic, et le dépistage y repose sur l'examen clinique seul, qui ne détecte que 50 à 75 % des cardiopathies. La démonstration est chronologique : 1,1 pour 1 000 en 2009 sur l'examen physique, 2,77 pour 1 000 en 2015 après introduction de la saturation percutanée. Le nombre d'enfants malformés n'avait pas changé : c'est le regard.
3. Lesquelles : la hiérarchie des malformations

3.1. Le palmarès
Retenez l'ordre des huit premières, parce qu'il commande la probabilité a priori devant tout souffle de l'enfant : communication interventriculaire ≈ 30 % — elle écrase tout —, communication interauriculaire ≈ 8 % — première cardiopathie congénitale de l'adulte —, sténose pulmonaire et canal artériel ≈ 7 %, coarctation et tétralogie de Fallot ≈ 6 %, transposition et sténose aortique ≈ 5 %, canal atrio-ventriculaire ≈ 4 %. Viennent ensuite, à 1 ou 2 % chacune, les formes les plus lourdes : atrésies pulmonaires, atrésie tricuspide, tronc artériel commun, retour veineux pulmonaire anormal total, hypoplasie du cœur gauche, ventricule unique, Ebstein.
Deux tableaux publiés ne se ressemblent jamais : la fréquence relative dépend du lieu de recrutement — en ville la communication interventriculaire domine, en réanimation néonatale la transposition et la tétralogie (section 5.2) — et de la technique.
3.2. La part des formes graves, et le sex-ratio
Environ un quart des cardiopathies congénitales sont critiques : elles nécessitent une chirurgie ou un cathétérisme dans la première année, le plus souvent dans les premières semaines — soit 2 pour 1 000 naissances vivantes. Le sex-ratio montre une prédominance masculine, plus marquée pour les formes majeures : 1,2 à 1,3 globalement, 1,4 à 1,6 pour les majeures — transposition, rétrécissement aortique valvulaire, obstacles du cœur gauche. À l'inverse, communication interauriculaire, canal atrio-ventriculaire et canal artériel prédominent chez la fille.
4. Les trois grandes familles physiopathologiques
4.1. Pourquoi ce classement
Une liste anatomique — un trou dans la cloison des oreillettes, un trou dans celle des ventricules, une valve trop étroite, deux gros vaisseaux inversés — a un défaut rédhibitoire : elle ne prédit rien, ni ce que vous verrez, ni à quel âge, ni de combien de temps vous disposez. Le classement physiopathologique fait l'inverse : il regroupe les malformations par ce qu'elles font circuler, et de là découlent le tableau clinique, le moment de la révélation et l'urgence. C'est la grammaire de la discipline.
4.2. Première famille : les shunts gauche-droite
Mécanisme. Une communication anormale laisse repasser dans la circulation pulmonaire du sang déjà oxygéné : le poumon reçoit deux à trois fois le débit systémique. D'où une surcharge de volume, une congestion pulmonaire, et à terme un remodelage artériolaire qui, s'il se fixe, inverse le shunt et fait apparaître une cyanose tardive — le syndrome d'Eisenmenger.
Ce que vous voyez. Pas de cyanose : un souffle, une tachypnée, des sueurs pendant les tétées, une stagnation pondérale, des infections bronchiques répétées. Le signe le plus fiable chez le nourrisson n'est pas le souffle, c'est la courbe de poids. Le tableau apparaît quand les résistances pulmonaires chutent, entre la deuxième et la huitième semaine (section 5.1). Exemple : la communication interventriculaire.
4.3. Deuxième famille : les obstacles
Mécanisme. Le calibre est insuffisant sur le trajet du sang, d'où une surcharge de pression en amont — hypertrophie puis défaillance de la cavité qui pousse — et un débit insuffisant en aval. La lésion ne surcharge pas le poumon : elle épuise un ventricule.
Ce que vous voyez. À gauche — coarctation, rétrécissement aortique, interruption de l'arc — un pouls fémoral faible ou aboli, un différentiel tensionnel entre membres supérieurs et inférieurs, chez le plus grand une hypertension artérielle du membre supérieur. À droite — sténose ou atrésie pulmonaire — un souffle éjectionnel, et une cyanose si l'obstacle rend la circulation pulmonaire dépendante du canal. Quelques heures pour un obstacle serré, quarante ans pour un obstacle modéré. Exemple : la coarctation de l'aorte.
4.4. Troisième famille : les cardiopathies cyanogènes
Mécanisme. Du sang veineux systémique rejoint la circulation systémique sans traverser le poumon. Trois montages y conduisent : un obstacle pulmonaire associé à une communication, qui détourne le sang veineux vers l'aorte — tétralogie de Fallot, atrésie pulmonaire, atrésie tricuspide ; un mélange obligatoire dans une cavité commune — ventricule unique, tronc artériel commun, retour veineux pulmonaire anormal total ; deux circulations en parallèle — la transposition, où la vie est impossible sans communication entre les deux circuits.
Ce que vous voyez. Une cyanose centrale — lèvres, langue, muqueuses —, souvent avec peu de détresse respiratoire : l'enfant est bleu et calme, ce qui trompe. Et le signe qui définit la famille : la cyanose ne se corrige pas sous oxygène. C'est la famille des urgences horaires, la révélation survenant à la fermeture du canal, entre la douzième heure et le dixième jour. Exemple : la transposition des gros vaisseaux.
Une restriction de sécurité, et elle est capitale. Ce test s'adresse au nouveau-né cyanosé. Devant un nouveau-né gris, en collapsus, aux pouls fémoraux abolis — ducto-dépendance systémique probable, section 5.3 —, on n'administre pas d'oxygène pur : l'hyperoxie ferme le canal dont dépend tout le débit systémique et vasodilate le lit pulmonaire, détournant vers le poumon un débit qui manque déjà au corps — hypoperfusion, acidose, arrêt. On vise alors une SpO₂ de 75 à 85 % en air ou à la FiO₂ minimale, et l'on met en route la prostaglandine E1. Même chez le cyanosé, le test dure dix minutes, pas davantage.
4.5. Synthèse, et où chaque famille est développée
Quatre groupes y échappent, et il faut le savoir pour ne pas les manquer : les anomalies coronaires, dont le mécanisme dominant est ischémique ; les malpositions et hétérotaxies ; les anomalies de l'arc aortique à expression respiratoire ; les valvulopathies isolées, dont la bicuspidie.
Une nuance sur les coronaires, parce que c'est elle qui fait manquer le diagnostic. La naissance anormale de la coronaire gauche depuis l'artère pulmonaire — ALCAPA — associe les deux mécanismes : ischémie myocardique et vol coronaire vers l'artère pulmonaire. Surtout, elle se révèle vers le deuxième mois par un tableau trompeusement identique à celui d'un shunt gauche-droite — malaise et pleurs pendant les tétées, sueurs, stagnation pondérale, cardiomégalie —, et se retrouve étiquetée « communication interventriculaire » ou « reflux ». Devant un nourrisson qui présente ce tableau sans souffle de shunt franc, y penser : voir le cours consacré aux anomalies coronaires de l'enfant.
| Shunt gauche-droite | Obstacle | Cardiopathie cyanogène | |
|---|---|---|---|
| Ce qui circule mal | Trop de sang dans le poumon ; surcharge de volume | Pas assez de sang en aval ; surcharge de pression | Sang veineux dans l'aorte ; hypoxémie |
| Signe d'appel | Tachypnée, sueurs des tétées, stagnation pondérale ; rose | Pouls fémoral aboli, différentiel tensionnel, HTA du bras ; rose ou gris | Cyanose réfractaire à l'oxygène ; bleu |
| Révélation, horloge | 2ᵉ à 8ᵉ semaine, à la chute des résistances ; semaines à mois | Heures de vie si serré, années si modéré | Premières heures à premiers jours ; heures |
| Traitement | Fermer la communication, au bon moment | Lever l'obstacle | Rétablir une circulation en série, ou un mélange |
Chaque famille a ses cours ici. Shunts : cours 68, Communication interauriculaire, puis communication interventriculaire, canal atrio-ventriculaire partiel, fenêtre aorto-pulmonaire et tronc artériel commun. Obstacles : cours 69, Coarctation de l'aorte, puis bicuspidie aortique et obstacles du cœur droit. Cyanogènes : cours 70, Transposition des gros vaisseaux, puis tétralogie de Fallot, Fallot opéré, retour veineux pulmonaire anormal total, cardiopathies univentriculaires.
5. Quand elles se révèlent : le calendrier
5.1. La circulation transitionnelle commande tout
Deux phénomènes se déroulent en parallèle après la naissance, et c'est leur chronologie qui fixe la date de révélation de presque toutes les cardiopathies.
- Les résistances vasculaires pulmonaires chutent dès les premières respirations, puis décroissent pendant quatre à huit semaines : c'est en descendant qu'elles démasquent un shunt. D'où : une communication interventriculaire large ne se manifeste pas en salle de naissance, mais vers un mois.
- Le canal artériel se ferme : constriction fonctionnelle dans les douze à quarante-huit premières heures, fermeture anatomique en une à trois semaines. Tant qu'il est ouvert, il supplée un obstacle gauche ou une circulation pulmonaire absente ; à sa fermeture, l'enfant s'effondre. D'où : les cardiopathies les plus graves se révèlent après la sortie.
5.2. Le premier mois
Environ la moitié des décès imputables à une cardiopathie congénitale surviennent pendant le premier mois de vie. Pas la première année — le premier mois. Ce qui se révèle alors n'est pas ce qui est fréquent, mais ce qui est mal toléré : les obstacles droits et gauches sévères, du fait de leur caractère ducto-dépendant ; la transposition des gros vaisseaux ; le retour veineux pulmonaire anormal total, surtout bloqué.

5.3. La ducto-dépendance, et le geste qui sauve
Une cardiopathie est ducto-dépendante lorsque la survie exige que le canal artériel reste ouvert. Deux mécanismes opposés.
| Ducto-dépendance pulmonaire | Ducto-dépendance systémique | |
|---|---|---|
| Rôle du canal | Débit pulmonaire : aorte → artère pulmonaire | Débit d'aval : artère pulmonaire → aorte descendante |
| Exemples | Atrésie et sténose pulmonaire critiques, tétralogie extrême, atrésie tricuspide | Coarctation serrée, interruption de l'arc, rétrécissement aortique critique, hypoplasie du cœur gauche |
| À la fermeture | Cyanose profonde, brutale, réfractaire. Piège : prise pour une pathologie pulmonaire | Collapsus, teint gris, pouls fémoraux abolis, oligurie, acidose. Piège : prise pour un choc septique |
Cas particulier : la transposition dépend du canal et d'une communication interauriculaire, car il lui faut un lieu de mélange entre deux circulations parallèles (cours 70).
5.4. Après la période néonatale
Le calendrier s'étale ensuite. Chez le nourrisson : shunts et obstacles modérés, révélés par un souffle systématique ou des infections bronchiques répétées. Chez l'adolescent : coarctation modérée, sténose pulmonaire, bicuspidie, révélées par un souffle, une hypertension artérielle ou une fatigue à l'effort. Chez l'adulte : communication interauriculaire, bicuspidie, anomalies coronaires — dyspnée d'effort, fibrillation atriale, dilatation droite inexpliquée, mort subite du sportif.
6. Dépister : avant et après la naissance
6.1. Le dépistage anténatal
L'échographie obstétricale du deuxième trimestre, vers 20 à 22 semaines d'aménorrhée, examine le cœur fœtal à deux niveaux d'exigence : la coupe des quatre cavités, minimum absolu, qui dépiste les malformations déséquilibrant les deux ventricules — hypoplasie du ventricule gauche, canal atrio-ventriculaire, atrésie tricuspide ; et les coupes des voies d'éjection et des trois vaisseaux, sans lesquelles la transposition et les anomalies conotroncales passent inaperçues, leurs quatre cavités étant normales.
Le diagnostic anténatal ne change pas l'anatomie : il change le lieu et le moment de la naissance. Un enfant dont la transposition est connue naît dans une maternité adossée à un centre de cardiologie pédiatrique, sous prostaglandine dès les premières minutes, sans transfert en état de choc — c'est ainsi qu'il réduit la mortalité et la morbidité des formes graves. Mais il ne dépiste pas tout : la moitié seulement des cardiopathies graves sont reconnues avant la naissance (section 9.1).
6.2. L'oxymétrie de pouls avant la sortie de maternité
C'est le filet de sécurité, et il tient dans un appareil de poche : la plupart des cardiopathies critiques s'accompagnent d'une hypoxémie modérée, invisible à l'œil nu — la cyanose n'apparaît qu'au-dessous de 80 à 85 % de saturation, un saturomètre la voit bien avant.
Où mesurer, et pourquoi ces deux sites. Au membre supérieur droit, dont l'artère naît en amont du canal artériel — saturation préductale —, et à un pied, irrigué par l'aorte descendante en aval du canal — saturation postductale. Comparer les deux, c'est interroger le canal artériel sans image et sans laboratoire : un différentiel traduit un flux droite-gauche par le canal ; une désaturation des deux côtés, un mélange en amont, donc une cardiopathie cyanogène vraie.
Quand, et selon quels seuils. Après 24 heures de vie, ou juste avant la sortie si celle-ci est plus précoce — plus tôt, la circulation transitionnelle inachevée multiplie les faux positifs.
- Moins de 90 % à l'un des deux sites : échec immédiat, avis et échocardiographie sans délai. Une saturation inférieure à 90 % ne se recontrôle pas : on appelle.
- Saturation entre 90 et 94 % aux deux sites, ou différence supérieure à 3 points : résultat douteux — contrôle une heure plus tard, deux recontrôles au maximum ; passé ce stade, l'anomalie qui persiste vaut échec.
- Au moins 95 % à l'un des deux sites et différence d'au plus 3 points : test normal.
6.3. Ce que les dépistages laissent passer
Mais attention à la réciproque. Tant que le canal artériel est ouvert, il alimente l'aorte descendante et normalise à la fois la saturation au pied, les pouls fémoraux et la tension aux membres inférieurs : c'est le même mécanisme. Un examen normal à vingt-quatre ou quarante-huit heures n'élimine donc pas une coarctation serrée — c'est exactement le nourrisson qui revient en collapsus à J7-J15 après une sortie de maternité « normale ». D'où la double consigne : réexaminer les pouls fémoraux à la consultation de J7-J15, et prévenir les parents des signes d'alarme — refus de téter, teint gris, polypnée, somnolence — en leur disant de consulter en urgence.
Un saturomètre normal ne dispense jamais d'un examen clinique complet ; et un examen clinique normal sous canal ouvert ne dispense pas de le refaire.
6.4. Devant un dépistage positif
- Examiner : coloration, fréquence respiratoire, signes de lutte, auscultation, pouls fémoraux, temps de recoloration, tension aux quatre membres, foie.
- Éliminer les causes non cardiaques — infection néonatale, pathologie pulmonaire, hypertension pulmonaire persistante —, plus fréquentes que les cardiopathies parmi les positifs.
- Demander l'échocardiographie : voir le cours consacré à l'échocardiographie de l'enfant, et le cours 12 de la discipline Échocardiographie, La systématique de l'examen échocardiographique.
- Ne pas laisser sortir avant réponse ; si l'enfant se dégrade, envisager la prostaglandine en lien avec le centre de référence (section 5.3).
7. Pourquoi elles arrivent : la fenêtre embryologique et les facteurs de risque
7.1. Trois à huit semaines
Le cœur se constitue entre la troisième et la huitième semaine après la conception, soit entre la cinquième et la dixième semaine d'aménorrhée. À la fin de la huitième semaine post-conceptionnelle, la cloison interventriculaire est fermée, les valves formées, les gros vaisseaux séparés, l'arc aortique constitué : tout est joué.
Attention à l'échelle de temps — c'est la première cause d'erreur sur ce chapitre. L'embryologie compte en semaines post-conceptionnelles, l'obstétrique en semaines d'aménorrhée, et il y a deux semaines d'écart. Sur le calendrier obstétrical, donc en semaines d'aménorrhée : le retard de règles se remarque vers 4 à 5 SA, la première échographie se fait vers 12 SA. La fenêtre de formation du cœur s'ouvre donc juste après le retard de règles et se referme deux semaines avant la première image. Autrement dit : quand une femme découvre sa grossesse, le cloisonnement du cœur commence ; quand elle voit son enfant pour la première fois à l'écran, il est terminé depuis deux semaines. La prévention ne peut donc être, presque entièrement, que pré-conceptionnelle.
7.2. Les maladies maternelles
- Diabète maternel. Le diabète pré-gestationnel multiplie par trois à cinq le risque s'il est mal équilibré à la conception : anomalies conotroncales, communications interventriculaires, hétérotaxies. Le diabète gestationnel arrive après la fenêtre ; il donne l'hypertrophie septale transitoire du nouveau-né de mère diabétique, qui régresse en quelques mois. Le chiffre qui compte n'est pas la glycémie du sixième mois : c'est l'hémoglobine glyquée avant l'arrêt de la contraception.
- Phénylcétonurie maternelle non contrôlée : risque majeur, à forte composante conotroncale ; un régime strict repris avant la conception l'annule presque.
- Épilepsie maternelle et son traitement : risque multiplié par environ trois, le valproate étant le plus incriminé.
- Âge maternel supérieur à 35 ans : risque accru, surtout via les anomalies chromosomiques.
- Obésité maternelle et carence en folates : associations faibles, mais accessibles à la prévention.
7.3. Médicaments et toxiques
| Exposition | Effet cardiaque connu | Conduite |
|---|---|---|
| Isotrétinoïne et rétinoïdes | Anomalies conotroncales | Contraception obligatoire, arrêt avant la conception |
| Antiépileptiques, valproate au premier rang ; lithium | Communications septales et obstacles ; anomalie d'Ebstein pour le lithium (risque réel, plus faible qu'énoncé jadis) | Révision du traitement avant la grossesse, folates, échographie fœtale ciblée |
| Anti-inflammatoires non stéroïdiens | Pas une malformation : fermeture prématurée du canal artériel au troisième trimestre | Contre-indiqués à partir du sixième mois |
| Alcool, tabac | Communications septales (alcoolisation fœtale) ; association modérée pour le tabac | Abstinence, sevrage |
| Thalidomide ; pesticides, solvants, chloration de l'eau | Tétralogie et anomalies conotroncales (exemple historique) ; preuve inégale pour les autres | Éviction professionnelle raisonnée |
7.4. Les infections
La rubéole congénitale reste l'exemple canonique, et le seul entièrement évitable : risque de l'ordre de 50 % au premier mois et de 22 % au deuxième. Cardiopathies caractéristiques : persistance du canal artériel, sténoses des branches pulmonaires, coarctation, communications interventriculaires — associées à la cataracte et à la surdité. Aucun traitement n'existe, seulement un vaccin à administrer des années avant : c'est la seule prévention primaire réellement efficace de cette liste. Une infection fébrile au premier trimestre est par ailleurs associée à un excès de cardiopathies conotroncales.
7.5. La part génétique et les syndromes
Une anomalie chromosomique ou génétique identifiable est retrouvée dans environ 12 à 13 % des cardiopathies (section 10.1) ; le reste relève d'une hérédité multifactorielle. Cinq syndromes doivent être connus par cœur.
| Syndrome | Mécanisme | Fréquence d'une cardiopathie | Cardiopathie élective |
|---|---|---|---|
| Trisomie 21 | Trisomie libre | ≈ 40 à 50 % | Canal atrio-ventriculaire, puis communications septales. Maladie vasculaire pulmonaire précoce, qui avance la date opératoire |
| Microdélétion 22q11.2 (DiGeorge) | Délétion 22q11.2. De novo dans ≈ 90 % des cas, mais héritée dans 5 à 10 % — autosomique dominante, 50 % de récurrence : tester les deux parents | ≈ 75 à 80 % | Anomalies conotroncales : tronc artériel commun, tétralogie, interruption de l'arc type B. Hypocalcémie, déficit immunitaire : produits sanguins irradiés |
| Turner (45,X) | Monosomie X | ≈ 25 à 45 % | Bicuspidie et coarctation ; dilatation de l'aorte ascendante, risque de dissection |
| Williams-Beuren | Délétion 7q11.23 (élastine) | ≈ 75 à 80 % | Sténose aortique supravalvulaire et sténoses des branches pulmonaires. Risque anesthésique par atteinte ostiale coronaire |
| Noonan | RASopathie autosomique dominante (PTPN11) — caryotype normal | ≈ 80 % | Sténose pulmonaire valvulaire dysplasique, cardiomyopathie hypertrophique, CIA |
La troisième colonne indique la proportion de patients porteurs du syndrome qui ont une cardiopathie, toutes lésions confondues — et non la part de la cardiopathie élective parmi elles.
À reconnaître aussi : Holt-Oram (TBX5, pouce triphalangé), Alagille, Marfan, trisomies 13 et 18, CHARGE.
7.6. La règle qui marche dans les deux sens
Et devant une cardiopathie, cherchez un syndrome. Examinez l'enfant en entier — visage, mains, taille, palais, audition, calcémie — et demandez un avis génétique : deux cardiopathies sur cinq s'accompagnent d'une anomalie associée — chromosomique, extracardiaque ou syndromique (section 8.2). Le cœur n'est jamais seul.
8. Lire un chiffre de prévalence — pour aller plus loin
8.1. Deux dénominateurs, deux chiffres
La prévalence à la naissance rapporte le nombre de cas aux seules naissances vivantes ; la prévalence totale le rapporte à l'ensemble des grossesses — naissances vivantes, morts fœtales et interruptions médicales de grossesse. La seconde est toujours supérieure, et l'écart s'agrandit à mesure que le diagnostic anténatal s'améliore.
Les registres européens donnent, pour l'ensemble des cardiopathies, 90 % de naissances vivantes, 1 à 2 % de décès périnataux et 8 à 9 % d'interruptions de grossesse. Cette dernière fraction explique une part de la baisse apparente de prévalence des formes sévères là où le diagnostic prénatal est performant. Une hypoplasie du ventricule gauche « moins fréquente » peut vouloir dire « mieux dépistée avant la naissance », non « moins survenue ».

8.2. Formes isolées et formes associées
Environ trois cardiopathies sur cinq sont isolées — 61 % dans le registre EPICARD. Les deux cinquièmes restants comportent une anomalie associée : chromosomique dans 13,7 % des cas, extracardiaque non chromosomique dans 14,3 %, et associations diverses ou formes syndromiques dans environ 11 % (figure 8). Trois conséquences : le pronostic n'est pas celui de la lésion cardiaque seule ; toute découverte anténatale impose une recherche d'anomalies associées avec caryotype et analyse chromosomique sur puce ; et deux séries dont l'une inclut les formes syndromiques et l'autre non ne sont pas comparables.
8.3. Classer la sévérité
La classification de complexité retenue par l'ESC distingue trois niveaux, qui commandent le lieu et le rythme du suivi. Complexité faible — petite communication interauriculaire, petite communication interventriculaire ou petit canal artériel isolés ; sténose pulmonaire légère isolée ; défauts réparés sans lésion résiduelle : cardiologue général, avis spécialisé ponctuel. Complexité modérée — ostium primum ou sinus venosus, canal atrio-ventriculaire, coarctation, sténose pulmonaire modérée à sévère, tétralogie réparée, Ebstein : suivi partagé avec échographie régulière en centre expérimenté. Complexité élevée — cardiopathie cyanogène non réparée, circulation de Fontan, transposition, atrésie pulmonaire, tronc artériel commun, ventricule droit systémique, Eisenmenger : centre spécialisé exclusivement.
Un point d'attribution à connaître : la bicuspidie aortique isolée ne figure pas dans la catégorie « légère » de l'ESC. C'est la classification anatomique ACC/AHA 2018 qui la range en catégorie « simple ». L'ESC la traite à part, parce que son suivi n'est pas celui d'une petite communication interauriculaire : il est indexé sur le diamètre de l'aorte ascendante, avec le risque de dilatation et de dissection déjà signalé à propos du syndrome de Turner (section 7.5). Une bicuspidie « sans dysfonction » n'est donc pas une bicuspidie sans surveillance.
Retenez la logique plus que la liste : ce qui classe un patient n'est pas la gravité initiale de sa malformation, mais l'état de sa circulation après réparation.
9. Le dépistage : performances, seuils et limites — pour aller plus loin
9.1. Sensibilité du dépistage anténatal
Les chiffres qui suivent sont des ordres de grandeur issus des registres européens : ils varient d'un facteur trois selon l'organisation locale, et servent à hiérarchiser.
- Détection élevée, souvent > 80 % : cœurs univentriculaires, hypoplasie du cœur gauche, canal atrio-ventriculaire — la coupe des quatre cavités y est franchement anormale.
- Intermédiaire : tétralogie de Fallot, qui exige les coupes des voies d'éjection.
- Faible à intermédiaire : transposition des gros vaisseaux — les quatre cavités sont normales, seule la coupe des trois vaisseaux la révèle.
- Faible : coarctation, dont le diagnostic repose sur une disproportion ventriculaire délicate à interpréter.
- Très faible : retour veineux pulmonaire anormal total, le cœur ayant un aspect quasi normal in utero.
Lecture directe : les trois malformations les plus dangereuses dans les premières heures — transposition, coarctation serrée, retour veineux bloqué — sont les plus mal dépistées avant la naissance. C'est ce qui donne son sens au dépistage néonatal.
9.2. Les détails d'application de l'oxymétrie
Les seuils et la règle des recontrôles appartiennent au socle et figurent à la section 6.2. S'y ajoutent ici trois points de méthode. Le capteur doit être néonatal et tolérant au mouvement, la première cause de test ininterprétable étant l'agitation. La mesure se prend enfant calme et extrémités réchauffées : une mauvaise perfusion périphérique donne un signal inexploitable, non un résultat rassurant. Enfin, l'altitude abaisse les saturations normales et impose d'adapter les seuils.
9.3. Performances et faux positifs
Les méta-analyses situent la sensibilité pour les cardiopathies critiques autour de 75 %, la spécificité proche de 99,9 % et le taux de faux positifs à 0,1-0,2 % après 24 heures de vie.
- Un quart des cardiopathies critiques échappe, au premier rang la coarctation : le test complète l'examen clinique, il ne s'y substitue pas.
- Le taux de faux positifs très bas rend le dépistage universel acceptable : un ou deux à tort sur mille nouveau-nés.
- Surtout, ces « faux positifs » ne sont pas des faux au sens clinique : ce sont en majorité des infections néonatales, des pneumopathies et des hypertensions pulmonaires persistantes. Le rendement réel du test dépasse son rendement cardiologique.
10. Génétique, récurrence et conseil — pour aller plus loin
10.1. La part génétique, revue à la hausse
Le chiffre de 12 à 13 % correspond au seul caryotype standard. Les techniques modernes l'ont considérablement relevé.
- Anomalies visibles au caryotype : 8 à 13 % — trisomies 21, 18, 13, monosomie X.
- Variations du nombre de copies sur puce : 3 à 10 % supplémentaires, dont la microdélétion 22q11.2 — examen de première intention devant une cardiopathie syndromique ou conotroncale.
- Mutations d'un gène unique : quelques pour cent — NKX2-5 (communication interauriculaire avec bloc auriculo-ventriculaire évolutif), TBX5, GATA4, JAG1, PTPN11.
- Mutations de novo : le séquençage d'exome en trio en identifie dans une fraction notable des formes sporadiques sévères.
Le reste demeure multifactoriel : plusieurs variants de faible pénétrance et un environnement défavorable pendant la fenêtre embryologique. D'où la structure de la récurrence familiale — risque augmenté mais modeste, sans transmission mendélienne.
10.2. Le risque de récurrence
- Population générale : ≈ 0,8 %. Un frère ou une sœur atteint : ≈ 2 à 3 % ; deux apparentés du premier degré : ≈ 5 à 10 %.
- Père atteint : ≈ 2 à 3 % ; mère atteinte : ≈ 4 à 6 %.
- Obstacles du cœur gauche — bicuspidie, coarctation, hypoplasie du cœur gauche — : héritabilité bien plus élevée, jusqu'à 10 à 20 % chez les apparentés du premier degré si l'on inclut la bicuspidie.
- Syndrome monogénique autosomique dominant identifié : 50 % de transmission du gène, expression variable.
Deux faits à expliquer aux familles : le risque de transmission par la mère est supérieur à celui du père, sans mécanisme élucidé ; et les obstacles du cœur gauche se comportent comme un groupe familial, ce qui rend légitime une échocardiographie de dépistage chez les apparentés du premier degré.
10.3. Quand demander une échocardiographie fœtale
L'échographie de dépistage n'est pas une échocardiographie fœtale. Cette dernière, réalisée par un opérateur formé vers 18 à 22 semaines, se justifie devant : une anomalie suspectée ou une coupe des quatre cavités non concluante ; une clarté nucale augmentée, même avec caryotype normal ; un antécédent de cardiopathie chez un parent ou dans la fratrie ; un diabète pré-gestationnel, une phénylcétonurie maternelle, un lupus avec anticorps anti-SSA ; une exposition tératogène avérée ; une anomalie extracardiaque ou chromosomique, un hydramnios, une anasarque, un trouble du rythme fœtal.
11. La bascule démographique et ce qu'elle change — pour aller plus loin
Le dernier chapitre de l'épidémiologie n'est plus néonatal : il est adulte. La survie à l'âge adulte est passée de moins d'un enfant sur cinq dans les années soixante à plus de neuf sur dix. Trois chiffres : la prévalence des formes sévères chez l'adulte a augmenté d'environ 85 % en quinze ans, de 0,2 à 0,4 pour 1 000 adultes ; toutes sévérités confondues, elle avoisine 6 pour 1 000 ; et la courbe des adultes a croisé celle des enfants autour de l'an 2000, si bien que les adultes en représentent désormais les deux tiers.
Ce basculement crée des complications propres — arythmies sur cicatrice d'atriotomie, défaillance d'un ventricule droit en position systémique, dégénérescence des valves et conduits implantés dans l'enfance, hypertension pulmonaire, endocardite, conséquences d'une cyanose chronique — et des questions nouvelles : grossesse, contraception, anesthésie pour chirurgie non cardiaque. Ces patients ne relèvent ni de la cardiologie pédiatrique, qui les perd de vue à l'adolescence, ni de la cardiologie d'adultes ordinaire, qui n'a pas appris leur anatomie : c'est l'objet du cours consacré aux cardiopathies congénitales à l'âge adulte. Voir aussi le cours 61, L'insuffisance cardiaque de l'enfant, et le cours 13, La fonction cardiaque droite.
12. Points clés à retenir
- 8 à 9 pour 1 000 naissances vivantes, soit une naissance sur cent vingt : malformation la plus fréquente de l'enfant, un tiers des anomalies congénitales majeures.
- Un quart des formes sont critiques, et la moitié des décès imputables surviennent dans le premier mois de vie.
- Congénital ne veut pas dire néonatal : le mot désigne la constitution, non la révélation.
- Le classement utile est physiopathologique — shunt, obstacle, cyanogène : chacun prédit un tableau, un moment et une urgence.
- La règle de trois : le shunt fait souffler et fatiguer, l'obstacle fait chuter un pouls ou monter une tension, la cyanogène fait bleuir sans répondre à l'oxygène.
- Circulation transitionnelle : canal fermé en 12 à 48 heures, donc ducto-dépendantes en heures ; résistances pulmonaires en baisse sur 4 à 8 semaines, donc shunts vers un mois.
- Cyanose ou collapsus néonatal ducto-dépendant : prostaglandine E1, 0,01 à 0,1 µg/kg/min — bas si le canal est encore perméable, jusqu'à 0,1 si le canal est fermé, puis dose minimale efficace. Matériel d'intubation prêt (apnée), appel du centre de référence.
- Une cyanose non corrigée par l'oxygène pur est cardiaque jusqu'à preuve du contraire : PaO₂ au membre supérieur droit restant < 100 mmHg. Mais le test d'hyperoxie est réservé au nouveau-né cyanosé : devant un nouveau-né gris, en collapsus, fémoraux abolis, l'oxygène pur ferme le canal et aggrave — SpO₂ visée 75 à 85 %, et prostaglandine.
- Oxymétrie avant la sortie, après 24 heures, main droite et un pied : < 90 % = échec immédiat ; 90 à 94 % ou différentiel > 3 points = contrôle ; normal = ≥ 95 % à l'un des sites et ≤ 3 points d'écart. Sensibilité ≈ 75 % seulement. Elle ne voit pas la coarctation : palpez les fémoraux — et sachez que des fémoraux normaux sous canal ouvert n'éliminent rien, d'où le réexamen à J7-J15.
- Le cœur se forme entre la 3ᵉ et la 8ᵉ semaine post-conceptionnelle, soit 5 à 10 SA : la fenêtre s'ouvre au moment du retard de règles et se referme deux semaines avant la première échographie — prévention pré-conceptionnelle. Devant un syndrome, cherchez une cardiopathie, et l'inverse.
13. Pièges fréquents
- Croire que « congénital » signifie « visible à la naissance ». Un tiers des communications interauriculaires se découvrent après 18 ans.
- Apprendre une liste anatomique et s'arrêter là. Elle ne prédit ni le tableau, ni l'âge de révélation, ni le délai.
- Attendre une cyanose. Les shunts gauche-droite ne cyanosent jamais : leur premier signe est nutritionnel — cassure de la courbe de poids.
- Se rassurer parce que la saturation monte un peu sous oxygène. Le test d'hyperoxie s'interprète sur la PaO₂, non sur l'impression clinique.
- Mettre sous oxygène pur un nouveau-né gris, en collapsus, aux fémoraux abolis. Le test d'hyperoxie s'adresse au nouveau-né cyanosé ; devant une ducto-dépendance systémique, l'hyperoxie ferme le canal et vasodilate le poumon — elle aggrave l'hypoperfusion. SpO₂ visée 75 à 85 %, et prostaglandine.
- Plafonner la prostaglandine à 0,05 µg/kg/min devant un canal déjà fermé, constater l'absence de réponse et abandonner l'hypothèse ducto-dépendante. La fourchette va jusqu'à 0,1 µg/kg/min.
- Croire qu'une échographie fœtale normale élimine une cardiopathie. La moitié des formes graves passent, et les plus dangereuses sont les plus mal vues.
- Laisser sortir un nouveau-né sur la foi d'un saturomètre normal, sans palper les fémoraux. C'est le trou du filet, et il s'appelle coarctation. Et croire que des fémoraux normaux à la maternité l'éliminent : tant que le canal est ouvert, il normalise pouls et tension aussi bien que la saturation — d'où le réexamen à J7-J15 et les signes d'alarme donnés aux parents.
- Réaliser l'oxymétrie avant 24 heures et multiplier les faux positifs ; ou tenir un « faux positif » pour un non-événement, alors qu'il s'agit souvent d'une infection néonatale.
- Confondre diabète gestationnel et pré-gestationnel. Ce qui malforme un cœur, c'est un diabète mal équilibré à la conception ; celui du sixième mois ne donne qu'une hypertrophie septale transitoire.
- Ne pas chercher de syndrome devant une cardiopathie, ni de cardiopathie devant un syndrome. Deux enfants sur cinq ont une anomalie associée.
- Croire un enfant réparé guéri. Les adultes sont les deux tiers de cette population, et leurs complications se déclarent des décennies après une chirurgie réussie.
Sources
- MESSAOUDI Y. Épidémiologie des cardiopathies congénitales. Diaporama du Mastère de cardiopathie congénitale et pédiatrique, Faculté de Médecine de Sousse ; 22 novembre 2019. document interne, non publié
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Cours de la Pr Ag Yosra Messaoudi, Faculté de Médecine de Sousse.