Cours 107 Complications ⏱ 20 min

Les complications de l'angioplastie : les nommer, les chiffrer, et les annoncer avant

Prise isolément, chaque complication de l'angioplastie paraît négligeable. Leur somme atteint trois à quatre pour cent à trente jours, chez un patient stable et programmé. C'est ce chiffre-là qu'il faut avoir en tête avant une consultation d'information — et savoir décomposer.

🎯 Objectifs pédagogiques
  • Distinguer le succès angiographique du succès clinique et énoncer les critères de chacun.
  • Situer la mortalité d'une angioplastie élective et le taux cumulé de complications à trente jours.
  • Expliquer pourquoi la première cause de décès hospitalier après angioplastie est l'insuffisance cardiaque.
  • Interpréter un score de risque européen et reconnaître qu'il ne discrimine que dans ses valeurs élevées.
  • Énoncer les critères de l'infarctus de type 4a et justifier qu'une élévation isolée de troponine n'en est pas un.
  • Comparer les définitions universelle et interventionnelle de l'infarctus péri-procédural et en tirer les conséquences pour la lecture des études.
  • Chiffrer l'incidence et la mortalité de l'accident vasculaire cérébral péri-procédural.
  • Distinguer les prédicteurs d'accident vasculaire cérébral selon que l'angioplastie est élective ou faite en syndrome coronaire aigu.
  • Classer une hémorragie selon l'échelle BARC et reconnaître le seuil de gravité.
  • Définir le patient à haut risque hémorragique et appliquer la règle d'un critère majeur ou de deux critères mineurs.
  • Énoncer les cinq adaptations de stratégie chez le patient à haut risque hémorragique.
  • Établir le contenu d'une information loyale et les trois lignes qu'un compte rendu doit porter.
Mots-clés complications de l'angioplastiesuccès angiographiquesuccès cliniquemortalité péri-procéduralescore de risqueinfarctus de type 4atroponinedéfinition universelle de l'infarctusaccident vasculaire cérébralcomplications hémorragiquesclassification BARChaut risque hémorragiquebithérapie antiplaquettairetriple associationanticoagulation oralevoie radialeembolisation distaleperforation coronaireinsuffisance rénaleradiodermiteréaction vasovagaleévénements cardiaques et cérébraux majeursinformation du patientcompte renduballon actifregistrecritère de jugement

1. Ce qu'on appelle un succès, et pourquoi la définition compte

« Si j'avais un ennemi, je lui apprendrais l'angioplastie. » La phrase est d'Andreas Grüntzig, qui a réalisé la première. Elle dit ce que ce cours essaie de transmettre : l'angioplastie dite simple n'existe que pour l'opérateur qui n'a pas encore rencontré la complication inattendue. Ce geste reste invasif et irradiant, et il ne se banalise pas.

1.1. Deux définitions du succès, et elles ne mesurent pas la même chose

Le succès angiographique se lit sur l'écran, à la fin de la procédure. Il suppose un flux TIMI 3 dans l'artère traitée, une réduction d'au moins 20 % de la sténose initiale, et une sténose résiduelle inférieure à 50 % du diamètre après dilatation au ballon, ou inférieure à 20 % après implantation d'une endoprothèse. Ce succès-là dépasse 95 % en pratique courante ; l'essai COURAGE rapportait 93 %.

Le succès clinique ajoute une condition que l'image ne donne pas : que le patient sorte de l'hôpital sans avoir présenté d'événement cardiovasculaire — décès de toute cause, accident vasculaire cérébral, infarctus, revascularisation en urgence, hémorragie.

🎯 Pourquoi la distinction n'est pas académique Un chiffre de succès annoncé sans préciser lequel des deux est un chiffre qui ne veut rien dire. L'écart entre les deux, c'est exactement l'ensemble des complications que ce cours décrit. Annoncer « plus de 95 % de succès » à un patient en pensant au succès angiographique, c'est lui promettre autre chose que ce qu'on mesure.
Planche de cours opposant deux définitions. Le succès angiographique est défini par un flux TIMI 3 en fin de procédure, une réduction d'au moins 20 % de la lésion initiale, et une sténose résiduelle inférieure à 50 % du diamètre après dilatation au ballon ou inférieure à 20 % après implantation d'une endoprothèse ; il est précisé que ce taux dépasse 95 %, l'essai COURAGE rapportant 93 %. Le succès clinique y ajoute l'absence, avant la sortie de l'hôpital, de décès de toute cause, d'accident vasculaire cérébral, d'infarctus, de revascularisation en urgence et d'hémorragie.
Figure 1 — Les deux définitions du succès d'une angioplastie

1.2. Ce que ce cours couvre, et ce qui a son propre cours

Cinq complications de l'angioplastie ont leur propre cours dans cette discipline, parce que chacune demande plus qu'un paragraphe : le no-reflow (cours 88), la resténose intra-stent, la thrombose d'endoprothèse, la néphropathie aux produits de contraste, et les complications liées à la gestion du matériel. Ce cours-ci tient le cadre général : les définitions, les ordres de grandeur, l'infarctus péri-procédural, l'accident vasculaire cérébral, les hémorragies, et l'information du patient.

1.3. Une remarque sur les opérateurs

Un opérateur qui accepte de présenter ses complications est un opérateur expérimenté et sûr de lui. La formule paraît anecdotique ; elle décrit en réalité la condition d'existence de ce cours. Les chiffres qui suivent viennent tous de registres et d'essais où des équipes ont accepté de compter, puis de publier sans les farder, ce qui s'était mal passé chez elles. Aucun de ces chiffres n’existerait sans cette décision, ce qui donne à la remarque sur les opérateurs sa portée exacte.

1.4. Ce que les registres ne comptent pas

Une réserve doit accompagner tous les chiffres de ce cours. Les registres recensent ce qui a été déclaré, à l'hôpital, pendant une fenêtre de temps courte. Trois catégories leur échappent presque entièrement.

Les complications survenant après la sortie : hémorragies tardives, néphropathie d'apparition différée, radiodermite, dont le délai dépasse la fenêtre de recueil. Les complications infracliniques : la petite élévation de troponine, la baisse transitoire du débit de filtration glomérulaire, qui ne franchissent pas les seuils de déclaration. Et les complications attribuées au terrain plutôt qu'au geste, ce qui est souvent légitime mais parfois commode.

Ces chiffres sont donc des planchers, pas des estimations centrales. Les tenir pour tels ne les invalide pas : ils restent les meilleurs disponibles, et ils suffisent largement à informer un patient. Mais ils justifient de ne jamais présenter une angioplastie comme un geste dont le risque serait connu à la décimale.

2. La mortalité : les ordres de grandeur

C'est le premier chiffre que demande un patient, et le plus difficile à donner correctement, parce qu'il dépend presque entièrement de qui il est.

2.1. Ce qu'on mesure, et quand

La mortalité de l'angioplastie dépend avant tout du profil clinique du malade, pas de la technique. Par convention, on mesure la mortalité toutes causes plutôt que la mortalité cardiovasculaire — la seconde suppose une attribution de cause qui prête à discussion — et on la recueille au trentième jour qui suit l'intervention.

Chez un patient stable programmé pour un angor, elle se situe entre 0,3 et 1 % dans les études contrôlées. La mortalité survenant en salle d'examen même reste inférieure à 0,02 %.

2.2. Le tableau de référence

Le registre de l'État de New York, qui a porté sur plus de vingt-trois mille actes entre 1999 et 2006, donne les ordres de grandeur qu'il faut avoir en tête. Ils sont bas, et leur cumul ne l'est pas.

ComplicationFréquence
Décès à 30 jours0,60 %
Décès en salle d'examen0,047 %
Infarctus du myocarde0,74 %
Thrombose d'endoprothèse0,82 %
Complications vasculaires0,79 %
Accident vasculaire cérébral0,29 %
Perforation0,29 %
Insuffisance rénale0,28 %
Hémorragie rétropéritonéale0,18 %
Hémodialyse0,17 %
Chirurgie cardiaque en urgence0,15 %
Au moins une des complications ci-dessus3,36 %

La dernière ligne est celle qu'il faut retenir. Prise isolément, chaque complication paraît négligeable ; leur somme donne trois à quatre pour cent à trente jours après une angioplastie élective pour angor stable. C'est le chiffre honnête à avoir en tête avant une consultation d'information.

Tableau à deux colonnes issu du registre de l'État de New York portant sur les années 1999 à 2006. Il énumère, avec leur fréquence en pourcentage, les décès à trente jours, les décès en salle d'examen, l'accident vasculaire cérébral, la perforation, l'infarctus du myocarde, la chirurgie cardiaque en urgence, la thrombose d'endoprothèse, l'insuffisance rénale, l'hémodialyse, l'hémorragie rétropéritonéale et les complications vasculaires. Deux flèches rouges désignent les lignes de cumul, dont la dernière indique qu'au moins une de ces complications survient dans 3,36 % des actes.
Figure 2 — L'incidence des principales complications dans un registre de plus de vingt-trois mille angioplasties

2.3. De quoi meurent ces patients

La question mérite d'être posée, parce que la réponse n'est pas celle qu'on attend. Dans un registre américain portant sur les décès hospitaliers après angioplastie entre 2001 et 2009, la première cause n'est pas une catastrophe de salle : c'est l'insuffisance cardiaque, qui représente à elle seule plus de quatre décès sur dix. Viennent ensuite les troubles du rythme, puis les atteintes neurologiques, l'insuffisance respiratoire, les infections et les complications vasculaires.

La lecture pratique est que la mortalité de l'angioplastie est en grande partie la mortalité de la maladie et du terrain, pas celle du geste. Elle se prévoit donc mieux par l'évaluation du patient que par l'anticipation de l'incident technique.

Diagramme circulaire des causes de mortalité intrahospitalière dans un registre américain d'angioplastie couvrant les années 2001 à 2009. Le secteur le plus large, représentant plus de quatre décès sur dix, correspond à l'insuffisance cardiaque. Viennent ensuite, par ordre décroissant, les arythmies, les atteintes neurologiques, l'insuffisance respiratoire, les infections et les complications vasculaires. Aucune des causes représentées ne correspond à un accident technique survenu en salle.
Figure 3 — De quoi meurent les patients à l'hôpital après une angioplastie

2.4. Une mortalité qui ne baisse plus

Fait à connaître, et il surprend : la mortalité de l'angioplastie coronaire est faible mais elle reste constante depuis dix ans. L'explication la plus vraisemblable n'est pas une stagnation technique — le matériel et les techniques ont beaucoup progressé — mais un déplacement des indications vers des lésions de plus en plus complexes. On traite aujourd'hui, par voie percutanée, des patients qu'on n'aurait pas traités ainsi il y a quinze ans.

2.6. Le même geste, cinq populations, cinq risques

Rien ne montre mieux que la complication dépend du patient que de mettre côte à côte les taux rapportés par cinq essais contemporains, portant sur le même geste mais sur des populations différentes. Les chiffres sont en pourcentage.

Complication100 % angor stable, à 30 j60 % angor stable, à 48 h60 % angor stable, à 90 j100 % syndrome coronaire aigu, à 30 j100 % infarctus avec sus-décalage, à 30 j
Décès toutes causes1,00,31,01,03,1
Décès cardiovasculaire0,30,61,13,0
Infarctus ou réinfarctus4,74,72,45,80,9
Accident vasculaire cérébral0,10,71,0
Revascularisation en urgence0,80,70,40,81,5
Hémorragie majeure non chirurgicale0,30,10,50,62,1

Trois lectures de ce tableau valent d'être faites, et la troisième surprend.

D'abord, le gradient de gravité suit l'indication. La mortalité passe de 1 % chez le patient stable à 3,1 % en infarctus avec sus-décalage, l'accident vasculaire cérébral de 0,1 à 1,0 %, l'hémorragie majeure de 0,3 à 2,1 %. Le geste est le même ; c'est l'urgence et le terrain qui déplacent tout.

Ensuite, la durée de suivi change les chiffres autant que la population. La colonne à 48 heures affiche la mortalité la plus basse de toutes — non parce que ces patients étaient les moins malades, mais parce qu'on a cessé de compter au deuxième jour. Comparer un taux à 48 heures à un taux à 90 jours n'a pas de sens.

Enfin, la ligne de l'infarctus va à contre-courant des autres : 4,7 % chez le patient stable contre 0,9 % en infarctus avec sus-décalage. La raison est logique une fois qu'on la voit — chez un patient déjà en infarctus, les biomarqueurs sont massivement élevés avant le geste, et un infarctus péri-procédural n'y est plus identifiable par les critères habituels. Ce n'est pas que la complication n'arrive pas : c'est qu'on ne sait plus la voir.

⚠️ Ne jamais citer un taux sans sa population et son horizon Ce tableau contient six taux de mortalité toutes causes allant de 0,3 à 3,1 % pour la même intervention. Chacun est exact. Un chiffre de complication n'a de sens qu'accompagné de trois éléments : l'indication, le délai de recueil, et la définition employée. Sans eux, on peut soutenir à peu près n'importe quoi.

2.5. Chiffrer le risque avant le geste : le score européen

Puisque la mortalité dépend d'abord du patient, il existe un moyen de la chiffrer avant d'entrer en salle. Le score de risque européen agrège seize paramètres et fournit une estimation de la mortalité hospitalière.

CaractéristiquePoints
Infarctus avec sus-décalage en évolution8
Infarctus sans sus-décalage en évolution6
Syndrome coronaire aigu stabilisé4
Âge de 60 à 70 ans / de 70 à 80 ans / au-delà de 80 ans2 / 3 / 6
Instabilité hémodynamique11
Absence d'antécédent de pontage aorto-coronaire4
Diabète3
Lésion du tronc commun3
Sexe féminin, antécédent d'accident vasculaire cérébral, valvulopathie, indice de masse corporelle inférieur à 25 kg/m², occlusion coronaire, lésion proximale de l'interventriculaire antérieure, bifurcation, lésion complexe de type C2 chacun
Tabagisme, atteinte tritronculaire1 chacun

Deux observations méritent d'être faites sur ce tableau, et elles enseignent plus que le score lui-même.

La première : le poids le plus lourd, onze points, n'est pas anatomique — c'est l'instabilité hémodynamique. Le second, huit points, est l'infarctus en évolution. Les caractéristiques de la lésion, elles, pèsent deux à trois points chacune. Autrement dit, l'état du patient au moment du geste compte davantage que la complexité de ce qu'on va traiter.

La seconde : le score est surtout discriminant dans ses valeurs élevées. La courbe de mortalité hospitalière reste plate jusqu'à un score d'environ quinze, puis s'élève brutalement pour approcher 20 % aux valeurs les plus hautes. Un score bas ne dit donc pas grand-chose ; un score élevé dit beaucoup. C'est une propriété commune à la plupart des scores de risque, et elle interdit de s'en servir pour rassurer.

⚠️ Une contre-intuition du tableau L'absence d'antécédent de pontage vaut quatre points, soit davantage que le diabète ou la lésion du tronc commun. Ce n'est pas une erreur de lecture : un patient déjà ponté a, par construction, survécu à une chirurgie cardiaque et a été jugé opérable, ce qui sélectionne un terrain. Le score capte cette sélection, pas un effet protecteur du pontage.

3. L'infarctus lié à la procédure

C'est la complication la plus fréquente des complications graves, et celle dont la définition a le plus varié. Cette variation n'est pas un détail d'épidémiologiste : elle rend la comparaison des études délicate, voire impossible.

3.1. Le mécanisme

Le mécanisme le plus fréquent est l'embolisation de fragments athérothrombotiques vers le lit d'aval, et l'occlusion de branches collatérales après implantation de l'endoprothèse. Autrement dit : ce n'est pas l'artère traitée qui se ferme, ce sont ses branches et son territoire distal qui reçoivent ce que le geste a détaché.

Son incidence se situe entre 2 et 4 % selon les registres — une fourchette large qui tient précisément aux définitions employées.

3.2. La définition retenue aujourd'hui

La quatrième définition universelle de l'infarctus, publiée en 2018, qualifie d'infarctus de type 4a l'infarctus lié à une intervention coronaire percutanée. Elle exige une élévation de la troponine à plus de cinq fois le 99ᵉ percentile chez un patient dont la troponine de base était normale.

Chez un patient dont la troponine était déjà élevée avant l'intervention, deux conditions se cumulent : la troponine doit être stable — variation inférieure ou égale à 20 % — ou en baisse avant le geste, puis augmenter de plus de 20 % après, la valeur absolue devant atteindre au moins cinq fois le 99ᵉ percentile.

À cette élévation biologique doit s'ajouter au moins un des éléments suivants :

  • des modifications électriques ischémiques nouvelles ;
  • l'apparition d'ondes Q pathologiques ;
  • une preuve à l'imagerie d'une perte nouvelle de myocarde viable, ou d'une anomalie nouvelle de la cinétique régionale dans un contexte cohérent avec une cause ischémique ;
  • des données angiographiques cohérentes avec une complication limitant le flux pendant l'intervention — dissection coronaire, occlusion d'une artère épicardique majeure ou d'un pontage, occlusion ou thrombus d'une branche, interruption du flux collatéral, embolisation distale.
⚠️ Une élévation de troponine n'est pas un infarctus C'est l'erreur la plus fréquente autour de cette définition. Une troponine qui monte après une angioplastie est banale, souvent sans conséquence, et n'est pas en soi un infarctus de type 4a. Il faut le seuil et l'un des cinq éléments cliniques, électriques, d'imagerie ou angiographiques. Doser la troponine sans savoir ce qu'on fera du résultat conduit à étiqueter des infarctus qui n'en sont pas.
Planche détaillant la définition retenue par la quatrième définition universelle de l'infarctus. Elle exige une élévation de la troponine à plus de cinq fois le 99ᵉ percentile chez un patient dont la valeur de base était normale ; chez un patient dont la troponine était déjà élevée mais stable ou en baisse, une augmentation de plus de 20 % avec une valeur absolue atteignant cinq fois le 99ᵉ percentile. À cela doit s'ajouter au moins un élément parmi des modifications électriques ischémiques nouvelles, des ondes Q pathologiques, une preuve à l'imagerie, ou des données angiographiques de complication limitant le flux.
Figure 4 — Les critères d'un infarctus lié à une intervention coronaire percutanée

4. L'accident vasculaire cérébral

Rare, mais c'est la complication dont les conséquences fonctionnelles sont les plus lourdes et dont la mortalité est la plus élevée.

4.1. Les chiffres

Le registre européen de référence, portant sur 46 888 angioplasties réalisées entre 2005 et 2008, donne une incidence de 0,4 % pour l'ensemble : 0,3 % chez les patients stables, 0,6 % en cas de syndrome coronaire aigu.

Ce qui frappe n'est pas l'incidence, c'est le pronostic. La mortalité hospitalière des patients qui font un accident vasculaire cérébral atteint 19,2 % — contre 1,3 % chez ceux qui n'en font pas. Chez les patients électifs, elle est de 10,0 % contre 0,2 % ; en syndrome coronaire aigu, de 23,2 % contre 2,3 %. Un accident vasculaire cérébral péri-procédural multiplie donc la mortalité hospitalière par un facteur qui va de dix à cinquante selon le contexte.

4.2. Les prédicteurs, qui ne sont pas les mêmes selon le contexte

Ce point mérite une attention particulière, parce qu'il est souvent énoncé de travers. Les facteurs prédictifs indépendants identifiés dans ce registre diffèrent selon l'indication.

ContextePrédicteurs indépendants
Syndrome coronaire aiguInstabilité hémodynamique, âge de 75 ans ou plus, antécédent d'accident vasculaire cérébral, insuffisance cardiaque congestive
Angioplastie électiveAngioplastie d'un pontage, et insuffisance rénale — et rien d'autre
⚠️ Ne pas transposer une liste de prédicteurs d'un contexte à l'autre On lit souvent, présentée comme une liste unique, l'énumération « âge supérieur à 75 ans, état de choc, syndrome coronaire aigu, insuffisance cardiaque ». Ces facteurs sont ceux du syndrome coronaire aigu. Chez le patient électif, ils ne ressortent pas : les deux seuls prédicteurs indépendants y sont l'angioplastie d'un pontage et l'insuffisance rénale. Un patient stable de 80 ans sans insuffisance rénale et sans pontage n'est pas, de ce fait, à risque accru.
Planche de synthèse indiquant que l'accident vasculaire cérébral survient dans 0,4 % des cas sur un registre européen de 46 888 angioplasties, avec 0,3 % chez les patients stables et 0,6 % en syndrome coronaire aigu. Elle souligne une mortalité hospitalière de 19 % pour l'ensemble de la cohorte et de 10 % pour les angioplasties électives. Une liste énumère les facteurs prédictifs cités : âge supérieur à 75 ans, état de choc, syndrome coronaire aigu et insuffisance cardiaque.
Figure 5 — L'accident vasculaire cérébral : rare, et de pronostic sévère

5. Les complications hémorragiques

Ce sont les complications dont la fréquence est la plus sous-estimée et dont le pronostic à distance est le plus mauvais. Elles se répartissent en deux temps, et le second est le plus souvent oublié.

5.1. Les hémorragies immédiates

Elles surviennent pendant l'hospitalisation et dépendent largement du site d'accès artériel. La voie radiale réduit de moitié les hémorragies majeures par rapport à la voie fémorale, en particulier en syndrome coronaire aigu — c'est le résultat qui a fait basculer la pratique européenne vers la radiale en première intention.

Mais un fait doit être immédiatement ajouté, car il retire à ce résultat une partie de sa portée : les saignements sans rapport avec la voie d'abord sont au moins aussi fréquents que ceux du point de ponction, et ils sont grevés d'une mortalité trois fois plus élevée dans l'année qui suit l'acte. Changer de voie d'abord règle donc une moitié du problème, pas l'autre.

5.2. Les hémorragies tardives

Elles surviennent après la sortie et sont pour cette raison largement méconnues : le cardiologue qui a fait le geste ne les voit pas. Deux facteurs les favorisent, et tous deux sont des prescriptions.

L'anticoagulation orale d'abord, chez un patient qui reçoit par ailleurs des antiagrégants. Les inhibiteurs plaquettaires puissants ensuite. La triple association d'un antivitamine K, de l'aspirine et d'un anti-P2Y12 est déconseillée : elle double le risque d'hémorragie majeure et s'associe à une surmortalité chez le patient en fibrillation auriculaire. Quand elle est inévitable, sa durée doit être limitée au strict nécessaire.

🛡️ Sécurité — la complication qu'on ne voit pas Une hémorragie tardive survient chez un patient qui n'est plus dans le service, sous un traitement que nous avons prescrit. Elle ne remonte au cardiologue interventionnel que si quelqu'un la lui signale. C'est la raison pour laquelle la durée de la bithérapie et la nécessité d'une triple association se décident et s'écrivent dans le compte rendu, avec une date de réévaluation — pas « selon avis ».

5.3. La classification BARC

Les hémorragies se cotent selon une échelle universelle, dite BARC, qui permet de comparer les études entre elles et de définir ce qu'est un saignement « important ».

TypeDéfinition
1Hémorragie ne nécessitant aucune prise en charge
2Hémorragie non classée ailleurs, mais nécessitant une prise en charge médicale
3Baisse de l'hémoglobine de plus de 3 g/dL nécessitant transfusion, traitement vasoactif ou chirurgie ; hémorragie intraoculaire ; hémorragie intracrânienne ; tamponnade
4Hémorragie après pontage coronarien
5Hémorragie fatale

Retenez que le seuil de gravité communément retenu est le type 3 ou 5 : c'est lui qui sert à définir le patient à haut risque hémorragique.

Planche divisée en deux parties. Les complications immédiates, hospitalières, dépendent largement du site d'accès artériel, la voie radiale réduisant de moitié les hémorragies majeures surtout en syndrome coronaire aigu ; il est précisé que les saignements sans rapport avec la voie d'abord sont au moins aussi fréquents et grevés d'une mortalité trois fois plus élevée dans l'année. Les complications tardives, souvent méconnues car survenant après la sortie, sont favorisées par l'anticoagulation orale et les inhibiteurs plaquettaires puissants, la triple association doublant le risque d'hémorragie majeure.
Figure 6 — Les deux temps des complications hémorragiques

6. Reconnaître le patient à haut risque hémorragique

Un consensus international publié en 2019 a fixé une définition opérationnelle, là où l'on se contentait auparavant d'une impression clinique.

6.1. La définition

Un patient est à haut risque hémorragique s'il présente, à un an :

  • un risque d'au moins 4 % de saignement important — c'est-à-dire de type 3 ou 5 dans la classification BARC ;
  • et / ou un risque d'au moins 1 % de saignement intracrânien.

6.2. Comment on l'applique

La définition ne se calcule pas au lit du malade : elle s'applique par une liste de critères, répartis en majeurs et mineurs. La règle d'usage est simple — un seul critère majeur, ou deux critères mineurs, suffisent à classer le patient à haut risque hémorragique.

Les critères majeurs et mineurs sont détaillés en section 12, après la bascule. Ce que le clinicien doit retenir ici est la logique : ces critères ne sont pas des contre-indications à l'angioplastie, ce sont des déclencheurs d'adaptation de la stratégie.

7. Ce qu'on adapte chez ces patients

Reconnaître un haut risque hémorragique n'a d'intérêt que si l'on en tire des conséquences. Elles sont au nombre de cinq, et elles portent autant sur le geste que sur l'ordonnance.

  • Simplifier le montage. Devant une bifurcation, préférer une technique à une seule endoprothèse plutôt qu'à deux : moins de métal, moins de risque de thrombose, donc moins d'exigence sur la durée de la bithérapie.
  • Penser au ballon actif. Il traite sans laisser d'implant, ce qui lève une partie de la contrainte antiagrégante.
  • Choisir une endoprothèse ayant fait la preuve d'une bithérapie courte. Toutes n'ont pas cette démonstration, et c'est un critère de sélection à part entière chez ces patients.
  • Raccourcir la durée de la bithérapie, en l'écrivant explicitement dans le compte rendu.
  • Éviter les anti-P2Y12 puissants au profit du clopidogrel, sauf si le risque thrombotique l'emporte manifestement.
🎯 La logique à retenir Chez le patient à haut risque hémorragique, la décision ne porte pas sur l'opportunité de l'angioplastie : elle porte sur la manière de la faire pour que le traitement antithrombotique qu'elle impose reste supportable. La stratégie se décide donc avant le geste, au moment où l'on choisit le matériel — pas à la sortie, quand il ne reste plus qu'à rédiger l'ordonnance.

7.4. L'arbitrage entre le risque hémorragique et le risque thrombotique

Une difficulté traverse tout ce chapitre et il faut la nommer : les mêmes patients cumulent souvent un haut risque hémorragique et un haut risque thrombotique. L'âge avancé, l'insuffisance rénale, le diabète, l'atteinte pluritronculaire figurent des deux côtés de la balance. Raccourcir la bithérapie pour protéger du saignement expose alors à la thrombose d'endoprothèse, et l'allonger fait l'inverse.

Trois principes permettent de trancher sans se contredire.

  • Le risque hémorragique se calcule, le risque thrombotique s'estime. Le premier dispose d'une définition consensuelle et d'une liste de critères ; le second repose surtout sur la complexité du montage et le contexte clinique. À incertitude inégale, on part du critère le mieux défini.
  • Une hémorragie majeure pèse autant qu'un infarctus sur la mortalité à un an. Le réflexe qui consiste à traiter le saignement comme un désagrément et la thrombose comme une catastrophe ne correspond pas aux données.
  • La meilleure sortie de l'arbitrage est en amont. Un montage simple, une seule endoprothèse, un ballon actif là où il suffit : chaque décision technique qui réduit l'exigence antithrombotique desserre l'étau avant qu'il ne se referme sur l'ordonnance.
🎯 La formule qui résume la conduite Chez le patient à double risque, on ne choisit pas entre saigner et thromboser : on choisit un geste qui permette de moins avoir à choisir. C'est la raison pour laquelle l'identification du haut risque hémorragique doit précéder le choix du matériel, et non le suivre.

8. Les complications qui ont leur propre cours

Quatre complications sont assez vastes pour avoir été traitées séparément dans cette discipline. Ce cours les situe sans les développer, afin que la carte d'ensemble soit complète.

8.1. Le no-reflow

L'artère est ouverte et le myocarde reste mal perfusé. C'est l'objet du cours 88 de cette discipline, No-reflow : l'artère est ouverte, le myocarde reste fermé. Il partage avec l'infarctus de type 4a le mécanisme d'embolisation distale, ce qui explique qu'on les rencontre souvent ensemble.

8.2. La resténose et la thrombose d'endoprothèse

Deux échecs tardifs de l'endoprothèse, de mécanisme et de délai différents, chacun traité dans son propre cours. Retenez ici la distinction, qui est source de confusion permanente : la resténose est un rétrécissement progressif, dont la présentation habituelle est la récidive d'angor ; la thrombose est une occlusion brutale, dont la présentation habituelle est le syndrome coronaire aigu ou la mort subite. Le registre new-yorkais situe la thrombose à 0,82 % des actes.

8.3. La néphropathie aux produits de contraste

Le registre new-yorkais rapporte 0,28 % d'insuffisance rénale et 0,17 % de recours à l'hémodialyse. Ces chiffres, bas, décrivent les formes graves ; l'atteinte rénale infraclinique est bien plus fréquente et fait l'objet d'un cours dédié.

8.4. Les complications liées au matériel

Guide piégé, endoprothèse perdue, rupture de matériel : elles ont leur propre cours parce qu'elles appellent des techniques de récupération spécifiques. Elles n'apparaissent pas comme telles dans les registres, qui les comptent sous « complications de la procédure ».

8.5. La carte complète des mécanismes

Pour terminer le tour d'horizon, il est utile de disposer de la liste des mécanismes par lesquels une angioplastie peut mal tourner, classés par origine. Les études d'angioplastie regroupent les conséquences de ces mécanismes sous le terme d'événements cardiaques et cérébraux majeurs.

GroupeMécanismes
Complications coronairesOcclusion coronaire aiguë ; embolisation distale de thrombus ou d'athérome ; perforation coronaire ; embolisation de matériel — guide, endoprothèse ; arythmie ventriculaire grave
Complications non coronairesDissection aortique ; lésion vasculaire périphérique ; embolisation périphérique, cérébrale ou de membre ; insuffisance rénale ; radiodermite
Événements systémiquesRéaction vasovagale ; choc anaphylactique ; hémorragie ; œdème pulmonaire aigu ; sepsis

Trois enseignements se lisent dans cette répartition. D'abord, la moitié des mécanismes ne sont pas coronaires : on peut parfaitement réussir l'artère et compromettre le patient. Ensuite, deux mécanismes — la radiodermite et l'insuffisance rénale — ne se manifestent pas en salle mais à distance, ce qui les rend invisibles à l'équipe qui a fait le geste. Enfin, les événements systémiques sont ceux dont on parle le moins et qui surviennent le plus vite : une réaction vasovagale ou un choc anaphylactique se déclarent en quelques secondes.

9. Informer le patient : ce qui se dit avant

« L'erreur est humaine, mais gouverner, c'est prévoir. » L'information du patient est le seul moment où l'on peut transformer une complication éventuelle en événement prévu.

9.1. Ce qu'une information loyale contient

Quatre éléments, tous chiffrables à partir de ce cours.

  • Le bénéfice attendu, formulé sur ce qui a été démontré pour l'indication en cause.
  • Le risque global : de l'ordre de trois à quatre pour cent de complication à trente jours pour une angioplastie élective, la mortalité étant comprise entre 0,3 et 1 %.
  • Les complications spécifiques à son cas : un patient sous anticoagulant oral entend parler d'hémorragie, un patient insuffisant rénal de sa fonction rénale, un patient de plus de 75 ans en syndrome coronaire aigu du risque d'accident vasculaire cérébral.
  • Ce qui dépend de lui : l'observance du traitement antiagrégant, dont l'interruption prématurée est le premier facteur de thrombose d'endoprothèse.

9.2. Ce que l'opérateur prévoit de son côté

Conscient de ses limites, l'opérateur évalue le risque et prévoit en amont une stratégie adaptée. Cela signifie concrètement : avoir identifié le haut risque hémorragique avant de choisir l'endoprothèse, avoir prévu la voie d'abord en fonction du risque de saignement, et avoir décidé de la durée de la bithérapie avant que le patient soit sur la table.

9.3. Ce que le compte rendu doit porter

Trois lignes conditionnent la suite et manquent souvent : la durée de bithérapie prescrite avec sa date de réévaluation ; le volume de produit de contraste et la dose de rayonnement délivrés ; et, s'il y en a eu, la complication survenue avec sa prise en charge. Un patient qui change de médecin emporte son compte rendu, pas notre mémoire.

📘 À partir d'ici Les sections qui suivent détaillent les outils que le clinicien utilise sans forcément en connaître la construction : pourquoi les définitions de l'infarctus péri-procédural divergent d'une étude à l'autre, comment la classification BARC s'applique en pratique, et la liste complète des critères de haut risque hémorragique. Elles s'adressent à qui doit lire un protocole d'essai, coter une hémorragie ou classer un patient — pas à qui veut simplement comprendre les ordres de grandeur.

10. Pourquoi les définitions de l'infarctus péri-procédural divergent — pour aller plus loin

Les critères ont varié pendant vingt ans, et cette variation explique une part importante de la dispersion des chiffres publiés. Savoir laquelle des définitions une étude a employée est une condition pour la lire.

10.1. Deux familles de définitions

La première famille, celle des définitions universelles, cherche à identifier une nécrose myocardique, quelle que soit son ampleur. Elle est donc sensible et retient des événements dont la portée clinique est parfois faible. Son seuil actuel est de cinq fois le 99ᵉ percentile de la troponine, assorti d'un critère clinique, électrique, d'imagerie ou angiographique.

La seconde famille cherche l'inverse : identifier les seuls infarctus cliniquement pertinents, c'est-à-dire ceux dont on a montré qu'ils pèsent sur le pronostic. Le consensus de la société savante américaine d'angiographie et d'intervention, publié en 2013, en est le représentant.

10.2. La définition de 2013, et ses seuils

Elle repose sur la CK-MB, et sur des seuils bien plus élevés que la définition universelle.

Situation de départCritère retenu
CK-MB de base normalePic de CK-MB dans les 48 heures atteignant 10 fois la limite supérieure de la normale du laboratoire ; ou 5 fois avec ondes Q pathologiques nouvelles dans au moins deux dérivations contiguës, ou bloc de branche gauche nouveau et persistant
CK-MB non mesurée, troponine de base normaleTroponine dans les 48 heures atteignant 70 fois la limite supérieure de la normale ; ou 35 fois avec ondes Q nouvelles ou bloc de branche gauche nouveau
Biomarqueur de base élevé mais stable ou en baisseÉlévation d'un incrément absolu égal aux valeurs ci-dessus, à partir du dernier dosage préprocédural
Biomarqueur de base élevé, non stableMême incrément absolu, plus un sus- ou sous-décalage nouveau du segment ST, plus des signes cliniques cohérents — insuffisance cardiaque nouvelle ou aggravée, hypotension prolongée

10.3. Ce que l'écart entre les deux produit

Le rapport entre les seuils est considérable : cinq fois le 99ᵉ percentile d'un côté, soixante-dix fois la limite supérieure de la normale de l'autre. Une même série de patients peut donc afficher un taux d'infarctus péri-procédural très différent selon la définition retenue, sans qu'aucun patient n'ait changé.

⚠️ La conséquence pour la lecture des études Comparer les taux d'infarctus péri-procédural de deux études qui n'ont pas employé la même définition n'a aucun sens, et cette comparaison est faite couramment. Avant de retenir un chiffre, chercher dans les méthodes quelle définition a été utilisée. Si l'article ne le dit pas, le chiffre n'est pas utilisable.
Planche en anglais exposant la définition proposée en 2013 par la société savante américaine d'angiographie et d'intervention. Chez un patient dont la CK-MB de base est normale, le seuil est un pic atteignant dix fois la limite supérieure de la normale du laboratoire dans les quarante-huit heures, ou cinq fois avec ondes Q nouvelles ou bloc de branche gauche nouveau. En l'absence de CK-MB et avec une troponine de base normale, le seuil est de soixante-dix fois la limite supérieure, ou trente-cinq fois avec ondes Q. Deux paragraphes traitent des patients dont le biomarqueur de base est déjà élevé.
Figure 7 — La définition interventionnelle de l'infarctus péri-procédural et ses seuils

10.4. Ce que le choix d'une définition a produit, une fois

L'exposé qui précède pourrait passer pour une querelle de méthodologistes. Un épisode récent montre qu'elle ne l'est pas.

Un grand essai comparant l'angioplastie à la chirurgie dans les lésions du tronc commun a rapporté des résultats favorables à l'angioplastie. Ses investigateurs s'étaient engagés à publier leurs résultats selon deux définitions de l'infarctus — la définition propre à l'essai et la définition universelle. Seule la première a été publiée. Une chaîne de télévision a ensuite révélé que la seconde donnait des conclusions différentes : selon la définition universelle, l'avantage s'inversait.

La conséquence a été institutionnelle. L'association européenne de chirurgie cardio-thoracique a retiré son soutien aux recommandations communes sur la prise en charge des lésions du tronc commun, et a décidé de suspendre sa participation à leur rédaction. La mortalité toutes causes à cinq ans, publiée depuis, est de 13,0 % après angioplastie contre 9,9 % après pontage : une différence absolue de 3,1 points, dont l'intervalle de confiance à 95 % va de 0,2 à 6,1 et exclut donc zéro, chez des patients dont l'âge moyen était de 66 ans.

🎯 Ce que cet épisode enseigne, au-delà du tronc commun Le choix d'une définition de l'infarctus péri-procédural n'est pas un réglage technique : il peut renverser la conclusion d'un essai et, par conséquence, une recommandation internationale. Quand vous lisez un essai d'angioplastie, la définition employée pour l'infarctus est aussi importante que le critère de jugement principal — et son absence dans les méthodes est un motif de méfiance, pas un oubli de rédaction.

11. La classification BARC en pratique — pour aller plus loin

Coter une hémorragie paraît trivial et ne l'est pas : c'est ce qui distingue un effet indésirable d'un critère de jugement.

11.1. Ce que chaque type recouvre réellement

Le type 1 désigne un saignement qui n'a nécessité aucune prise en charge et pour lequel le patient n'a pas consulté : un hématome au point de ponction, une épistaxis qui cède seule. Il n'est pas comptabilisé comme événement dans la plupart des essais, mais il compte pour le patient, qui interrompt parfois son traitement à cause de lui.

Le type 2 est la catégorie fourre-tout des saignements ayant demandé une intervention médicale — une consultation, un arrêt de traitement, un examen — sans atteindre les critères du type 3. C'est aussi le type le plus fréquent en pratique de ville.

Le type 3 est le seuil de gravité. Il se reconnaît à un critère quantitatif — une baisse d'hémoglobine de plus de 3 g/dL avec transfusion, traitement vasoactif ou chirurgie — ou à trois localisations qui suffisent à elles seules quel que soit le retentissement : intraoculaire, intracrânienne, et la tamponnade.

Le type 4 est réservé aux hémorragies survenant après pontage coronarien, dont le contexte chirurgical rend la comparaison impossible avec les autres. Le type 5 est l'hémorragie fatale.

11.2. Les deux pièges de cotation

Premier piège : croire que la localisation intracrânienne relève automatiquement du type 5 parce qu'elle est grave. Elle relève du type 3 si le patient survit — la gravité clinique et le type BARC ne sont pas la même échelle.

Second piège : coter en type 3 un saignement transfusé sans baisse documentée de l'hémoglobine. La transfusion seule ne suffit pas : c'est la conjonction d'une baisse supérieure à 3 g/dL et d'une mesure thérapeutique qui définit le type 3.

Planche énumérant les cinq types de la classification universelle des hémorragies. Type 1, hémorragie ne nécessitant aucune prise en charge. Type 2, hémorragie non classée ailleurs mais nécessitant une prise en charge médicale. Type 3, mis en évidence en rouge, hémorragie avec baisse d'hémoglobine supérieure à 3 g/dL nécessitant transfusion, traitement vasoactif ou chirurgie, ainsi que les localisations intraoculaire et intracrânienne et la tamponnade. Type 4, hémorragie après pontage coronarien. Type 5, hémorragie fatale.
Figure 8 — Les cinq types de la classification BARC

12. Les critères de haut risque hémorragique, un par un — pour aller plus loin

Le consensus de 2019 fournit vingt critères, répartis en quatorze majeurs et six mineurs. Un critère majeur, ou deux critères mineurs, classent le patient à haut risque hémorragique.

12.1. Les quatorze critères majeurs

  • Anticoagulation orale au long cours.
  • Insuffisance rénale chronique sévère, avec un débit de filtration glomérulaire estimé inférieur à 30 mL/min.
  • Anémie avec une hémoglobine inférieure à 11 g/dL.
  • Saignement ayant entraîné une hospitalisation dans les six derniers mois — la limite des six mois disparaissant en cas de saignement récurrent.
  • Thrombopénie inférieure à 100 × 10⁹/L.
  • Trouble de la coagulation, inné ou acquis.
  • Cirrhose avec hypertension portale.
  • Cancer actif dans les douze derniers mois.
  • Antécédent d'hémorragie intracrânienne spontanée, à n'importe quel moment.
  • Hémorragie intracrânienne traumatique dans les douze derniers mois.
  • Malformation artérioveineuse connue.
  • Accident vasculaire cérébral modéré à sévère dans les six mois.
  • Chirurgie à risque ou traumatisme dans les trente jours.
  • Chirurgie à risque prévue chez un patient sous double antiagrégation.

12.2. Les six critères mineurs

  • Âge de 75 ans ou plus.
  • Insuffisance rénale chronique modérée, débit de filtration glomérulaire estimé entre 30 et 59 mL/min.
  • Anémie modérée — hémoglobine entre 11 et 12,9 g/dL chez l'homme, entre 11 et 11,9 g/dL chez la femme.
  • Saignement spontané ayant nécessité une hospitalisation ou une transfusion au cours des douze derniers mois.
  • Usage chronique d'anti-inflammatoires.
  • Accident vasculaire cérébral ischémique de plus de six mois.
🎯 Ce que la liste révèle quand on la lit d'un bloc Trois observations. D'abord, le grand âge n'est qu'un critère mineur : à lui seul, il ne classe pas. Ensuite, l'insuffisance rénale figure deux fois, avec un seuil différent selon la sévérité — c'est le seul critère gradué de la liste. Enfin, plusieurs critères sont réversibles ou programmables : une chirurgie prévue, une anémie corrigeable, un anti-inflammatoire arrêtable. Chez ces patients-là, l'adaptation ne porte pas seulement sur l'endoprothèse, elle porte sur le calendrier.
Planche listant en deux colonnes les quatorze critères majeurs du consensus sur le haut risque hémorragique : anticoagulation orale, insuffisance rénale chronique sévère sous 30 mL/min, anémie sous 11 g/dL, saignement ayant entraîné une hospitalisation dans les six mois, thrombopénie sous 100 × 10⁹/L, trouble de la coagulation, cirrhose avec hypertension portale, cancer actif dans les douze mois, antécédent d'hémorragie intracrânienne spontanée, hémorragie intracrânienne traumatique dans les douze mois, malformation artérioveineuse, accident vasculaire cérébral modéré à sévère dans les six mois, chirurgie ou traumatisme à risque dans les trente jours, et chirurgie à risque prévue sous double antiagrégation.
Figure 9 — Les quatorze critères majeurs de haut risque hémorragique

13. Points clés à retenir

⭐ Points clés à retenir
  • Le succès angiographique — TIMI 3, sténose résiduelle inférieure à 20 % après endoprothèse — dépasse 95 % ; le succès clinique y ajoute l'absence d'événement avant la sortie. L'écart entre les deux, ce sont les complications.
  • Chaque complication prise isolément est rare, mais leur cumul atteint 3 à 4 % à trente jours après une angioplastie élective.
  • La mortalité à trente jours d'une angioplastie élective se situe entre 0,3 et 1 % ; en salle d'examen, elle reste inférieure à 0,02 %.
  • La première cause de décès hospitalier après angioplastie est l'insuffisance cardiaque, pas l'accident de salle : la mortalité est surtout celle du terrain.
  • Cette mortalité ne baisse plus depuis dix ans, vraisemblablement parce que les indications se déplacent vers des lésions plus complexes.
  • L'infarctus de type 4a survient dans 2 à 4 % des cas ; son mécanisme dominant est l'embolisation de fragments athérothrombotiques et l'occlusion de branches.
  • Une élévation isolée de troponine n'est pas un infarctus : il faut le seuil de cinq fois le 99ᵉ percentile et un critère clinique, électrique, d'imagerie ou angiographique.
  • L'accident vasculaire cérébral survient dans 0,4 % des angioplasties, mais sa mortalité hospitalière atteint 19,2 % contre 1,3 % sans lui.
  • Les prédicteurs d'accident vasculaire cérébral diffèrent selon le contexte : en syndrome coronaire aigu l'instabilité, l'âge, l'antécédent d'accident vasculaire et l'insuffisance cardiaque ; en électif, l'angioplastie de pontage et l'insuffisance rénale seulement.
  • La voie radiale réduit de moitié les hémorragies majeures, mais les saignements hors point de ponction sont au moins aussi fréquents et trois fois plus mortels à un an.
  • La triple association antivitamine K, aspirine et anti-P2Y12 double le risque d'hémorragie majeure : sa durée se limite et s'écrit.
  • Le seuil de gravité BARC est le type 3 ou 5 ; l'intraoculaire, l'intracrânien et la tamponnade y suffisent à eux seuls.
  • Est à haut risque hémorragique le patient dont le risque de saignement BARC 3 ou 5 atteint 4 % à un an, ou celui de saignement intracrânien 1 %.
  • Un critère majeur, ou deux critères mineurs, classent le patient à haut risque. L'âge de 75 ans n'est qu'un critère mineur.
  • Chez ces patients : simplifier le montage, penser au ballon actif, choisir une endoprothèse validée pour une bithérapie courte, la raccourcir, éviter les anti-P2Y12 puissants.
  • Ces adaptations se décident avant le geste, au moment du choix du matériel, pas à la sortie.

14. Pièges fréquents

⚠️ Pièges fréquents
  • Annoncer « plus de 95 % de succès » au patient. C'est le succès angiographique. Le succès clinique est plus bas, et c'est celui qui l'intéresse.
  • Regarder les complications une par une. Chacune paraît négligeable ; c'est leur somme, 3 à 4 %, qui constitue le risque réel.
  • Croire que la mortalité de l'angioplastie mesure la qualité du geste. Elle dépend d'abord du terrain, et sa première cause hospitalière est l'insuffisance cardiaque.
  • Étiqueter un infarctus de type 4a sur une troponine élevée seule. Le seuil biologique ne suffit pas : il faut en plus l'un des cinq éléments requis.
  • Comparer des taux d'infarctus péri-procédural entre deux études. Sans vérifier la définition employée, la comparaison n'a pas de sens : les seuils vont de cinq à soixante-dix fois la normale.
  • Transposer les prédicteurs d'accident vasculaire cérébral du syndrome coronaire aigu au patient électif. En électif, seules l'angioplastie de pontage et l'insuffisance rénale ressortent.
  • Croire qu'un accident vasculaire cérébral péri-procédural est de bon pronostic parce qu'il est rare. Sa mortalité hospitalière est de 19,2 %.
  • Considérer le problème hémorragique réglé par la voie radiale. Elle règle la moitié du problème ; les saignements hors point de ponction sont aussi fréquents et plus mortels.
  • Oublier les hémorragies tardives. Elles surviennent après la sortie, sous un traitement que nous avons prescrit, et ne remontent au cardiologue que si quelqu'un les signale.
  • Laisser une triple association sans date de fin. Elle double le risque hémorragique majeur et s'associe à une surmortalité en fibrillation auriculaire.
  • Coter en BARC 5 une hémorragie intracrânienne survivante. Elle relève du type 3 : la gravité clinique et le type BARC ne sont pas la même échelle.
  • Coter en BARC 3 une transfusion sans baisse documentée d'hémoglobine. Il faut la baisse de plus de 3 g/dL et la mesure thérapeutique.
  • Classer à haut risque hémorragique un patient de plus de 75 ans sur ce seul critère. L'âge est un critère mineur : il en faut un second.
  • Traiter le haut risque hémorragique comme une contre-indication. C'est un déclencheur d'adaptation de la stratégie, pas un refus de traiter.
  • Décider de la durée de bithérapie à la sortie. Elle conditionne le choix de l'endoprothèse, donc elle se décide avant le geste.
  • Omettre du compte rendu la durée de bithérapie, le contraste et la dose. Le patient qui change de médecin emporte son compte rendu, pas notre mémoire.

Sources

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Cours de la Pr Ag Yosra Messaoudi, Faculté de Médecine de Sousse.

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