Cours 73 Shunts gauche-droite ⏱ 32 min

Communication interventriculaire : du petit souffle qui se ferme seul au shunt qui condamne le poumon

La malformation cardiaque la plus fréquente, et celle dont le pronostic va de la guérison spontanée à l'hypertension pulmonaire irréversible selon la seule taille du défaut. Le souffle y est inversement proportionnel à la gravité : ce qui décide, c'est le rapport des débits et la pression pulmonaire, pas l'intensité du bruit.

🎯 Objectifs pédagogiques
  • Définir une communication interventriculaire, situer sa fréquence parmi les cardiopathies congénitales et expliquer en quoi son shunt post-tricuspide et barométrique diffère de celui d'une communication interauriculaire
  • Énoncer le paradoxe du souffle — l'intensité du souffle mesure le gradient de pression et non la gravité — et en tirer les conséquences pratiques devant un souffle intense comme devant un souffle qui s'efface
  • Décrire la formation de la cloison interventriculaire à partir de ses quatre composants et rattacher chaque type de communication au défaut de fusion qui lui correspond
  • Énumérer les quatre types anatomiques avec leur fréquence, leur repérage échographique, leur potentiel de fermeture spontanée et les malformations associées à rechercher devant chacun
  • Expliquer que l'importance du shunt ne dépend que de la taille du défaut et des résistances pulmonaires, et définir les termes restrictive et non restrictive à partir du gradient interventriculaire
  • Comprendre pourquoi un nouveau-né porteur d'une communication large est asymptomatique et se décompense vers un à deux mois, organiser la surveillance qui en découle, et reconnaître l'exception vitale — le nouveau-né qui se dégrade dans les premiers jours de vie, chez qui il faut chercher une lésion obstructive gauche ducto-dépendante et perfuser sans attendre de la prostaglandine E1
  • Reconnaître les quatre tableaux cliniques — maladie de Roger, insuffisance cardiaque du nourrisson, syndrome d'Eisenmenger, communication à poumons protégés — et analyser les cinq signes d'auscultation en termes de mécanisme
  • Estimer la pression du ventricule droit par le flux de la communication, par l'insuffisance tricuspide et par l'insuffisance pulmonaire, et savoir dans quelles limites chaque méthode est valable
  • Expliquer le mécanisme du syndrome de Laubry-Pezzi et justifier qu'il impose la fermeture même en l'absence de shunt significatif
  • Poser l'indication opératoire ou percutanée selon le type hémodynamique, énoncer les contre-indications, et reconnaître le stade au-delà duquel la fermeture devient délétère
Mots-clés communication interventriculaireCIV périmembraneuseCIV musculaireCIV d'admissionCIV juxta-artérielleCIV par malalignementseptum conalseptum membraneuxmaladie de RogerCIV restrictiveCIV non restrictiveshunt gauche-droiteQp/Qsgradient interventriculairesyndrome de Laubry-Pezzieffet Venturianévrysme du septum membraneuxdéfaut de Gerbodesyndrome d'Eisenmengerrésistances vasculaires pulmonairescerclage de l'artère pulmonairefermeture percutanéeendocardite infectieusehypertension artérielle pulmonaire

1. La communication interventriculaire : une déhiscence, et un paradoxe

1.1. Définition et terrain

Une communication interventriculaire (CIV) est une déhiscence de la cloison interventriculaire qui met en communication permanente les deux ventricules, donc les circulations systémique et pulmonaire à l'étage ventriculaire. C'est la cardiopathie congénitale la plus fréquente : environ 30 % de l'ensemble, et 2 à 4 nouveau-nés vivants sur 1 000.

Deux qualificatifs commandent la suite, et tous deux l'opposent à la communication interauriculaire (voir le cours 03, Les communications interauriculaires). Le shunt est post-tricuspide : le volume surnuméraire est éjecté directement dans l'artère pulmonaire, revient par les veines pulmonaires et surcharge l'oreillette et le ventricule gauches — c'est le cœur gauche qui se dilate. Et il est barométrique autant que volumétrique : une CIA n'ajoute que du débit au lit pulmonaire, une CIV large lui impose en plus la pression du ventricule gauche, donc la pression systémique. D'où une hypertension pulmonaire qui s'installe en mois là où elle met des décennies dans une CIA.

Elle est le plus souvent isolée et sporadique, mais elle est aussi la brique élémentaire de malformations complexes — tétralogie de Fallot, ventricule droit à double issue, tronc artériel commun, canal atrio-ventriculaire, transposition avec CIV : la première question n'est donc pas « quelle taille » mais « est-elle isolée ? ». Associations à connaître : trisomie 21, le plus souvent par canal atrio-ventriculaire, et microdélétion 22q11 pour les défauts de la voie d'éjection.

1.2. Le paradoxe fondateur : le souffle est inversement proportionnel à la gravité

Un souffle naît d'une turbulence, et une turbulence naît d'une différence de pression — ici celle qui sépare les deux ventricules. Elle est maximale quand le trou est minuscule : le sang s'y engouffre à quatre ou cinq mètres par seconde et fait un bruit intense, rude, souvent frémissant. Elle est nulle quand le trou est large : les deux ventricules ne forment plus qu'une chambre, les pressions s'égalisent, et il ne reste presque rien à entendre.

🎯 La règle à ne jamais oublier L'intensité du souffle mesure le gradient de pression, pas la gravité de la maladie. Un souffle intense et frémissant signe un défaut restrictif, donc de bon pronostic. Un souffle discret, ou qui s'atténue chez un nourrisson porteur d'une large CIV, n'est presque jamais une bonne nouvelle : c'est le gradient qui s'efface, donc la pression pulmonaire qui monte. L'étudiant qui se fie au bruit se trompe dans le sens dangereux — il rassure les familles dont l'enfant est le plus menacé. Ce qui décide du pronostic, ce sont deux chiffres que l'oreille ne donne pas : le rapport des débits pulmonaire et systémique et la pression artérielle pulmonaire.
Figure 1 — Le paradoxe fondateur. Lisez l'image de gauche à droite : le défaut grandit, le flux qui le traverse grossit, mais la turbulence et l'onde sonore s'effacent. Regardez surtout les deux bandeaux du bas, qui varient en sens inverse — le gradient de pression s'effondre pendant que le débit pulmonaire augmente. Le souffle suit le bandeau du gradient, jamais celui du débit : voilà pourquoi le défaut le plus bruyant est le plus bénin, et le plus silencieux le plus menaçant.

2. Embryologie : les quatre pièces de la cloison interventriculaire

Entre la quatrième et la huitième semaine, le ventricule primitif se cloisonne par la convergence de quatre structures d'origines différentes. Cette origine composite explique qu'il existe non pas une, mais quatre maladies sous le nom de communication interventriculaire.

  1. Le septum musculaire trabéculé monte de l'apex vers la base, par coalescence de trabéculations.
  2. Le septum d'admission naît des bourrelets endocardiques, qui séparent aussi les deux orifices auriculo-ventriculaires ; il ferme la partie postérieure de la cloison.
  3. Le septum conal — ou infundibulaire — sépare les voies d'éjection aortique et pulmonaire. Il doit s'aligner sur le septum musculaire et fusionner avec lui, entre les deux branches du Y de la bande septale.
  4. Le septum membraneux, minuscule lame fibreuse, ferme en dernier le foramen interventriculaire résiduel, vers la fin de la septième semaine. Il est en continuité fibreuse avec la valve aortique en haut et le feuillet septal de la tricuspide en arrière.
Figure 2 — La cloison interventriculaire n'est pas un mur : c'est un assemblage. Sur le troisième panneau, repérez les quatre aplats de couleurs différentes — admission en arrière, trabéculé à l'apex, éjection en avant, et le minuscule septum membraneux au point où les trois se rejoignent. Retenez que ce dernier ferme un orifice qui, jusqu'à la fin de la septième semaine, est physiologiquement ouvert : c'est ce retard de fermeture qui fait la CIV la plus fréquente.

Chaque défaut de fusion produit un type : foramen interventriculaire non fermé → CIV périmembraneuse ; trabéculations non coalescentes → CIV musculaire ; défaut des bourrelets endocardiques → CIV d'admission, celle du canal atrio-ventriculaire ; anomalie du septum conal → CIV de l'outlet, par malalignement s'il est dévié, juxta-artérielle s'il est absent. Une conséquence pratique s'en déduit déjà : un défaut à berges musculaires peut se resserrer et se fermer, parce que le muscle se contracte et prolifère ; un défaut dont le toit est fibreux — anneau aortique, anneau pulmonaire, valves auriculo-ventriculaires — ne se fermera jamais seul.

3. Les quatre types anatomiques et ce qu'ils annoncent

Le défaut peut siéger dans quatre zones topographiques. Le siège ne modifie pas l'importance du shunt, mais il commande la fermeture spontanée, le risque valvulaire aortique, les malformations associées et l'accès au cathétérisme.

Figure 3 — Les quatre sièges du défaut, sur une coupe frontale du cœur. Repérez les numéros : 1 désigne les défauts du septum musculaire trabéculé, ici l'un haut et l'autre apical ; 2, le défaut d'admission, au contact de l'appareil valvulaire auriculo-ventriculaire ; 3, le défaut de la voie d'éjection, haut, immédiatement sous les sigmoïdes ; 4, le défaut périmembraneux, au point de convergence des trois autres composants. Attention à ce que ce schéma dit et à ce qu'il ne dit pas : il donne le siège, rien de plus. La nature des berges — muscle ou tissu fibreux — ne se lit pas sur un dessin au trait, où les cinq défauts sont figurés par des ovales identiques ; elle se déduit du siège et de l'échographie. Et c'est elle, non le numéro, qui commande la fermeture spontanée.
Figure 3 — Les quatre sièges du défaut, sur une coupe frontale du cœur. Repérez les numéros : 1 désigne les défauts du septum musculaire trabéculé, ici l'un haut et l'autre apical ; 2, le défaut d'admission, au contact de l'appareil valvulaire auriculo-ventriculaire ; 3, le défaut de la voie d'éjection, haut, immédiatement sous les sigmoïdes ; 4, le défaut périmembraneux, au point de convergence des trois autres composants. Attention à ce que ce schéma dit et à ce qu'il ne dit pas : il donne le siège, rien de plus. La nature des berges — muscle ou tissu fibreux — ne se lit pas sur un dessin au trait, où les cinq défauts sont figurés par des ovales identiques ; elle se déduit du siège et de l'échographie. Et c'est elle, non le numéro, qui commande la fermeture spontanée.

3.1. La CIV périmembraneuse (≈ 75 %)

De très loin la plus fréquente. Elle occupe la région du septum membraneux et déborde sur le muscle adjacent — d'où le préfixe « péri ». Sa définition anatomique tient en une phrase : elle est en continuité fibreuse avec la valve aortique en haut et la valve tricuspide en arrière. Vue du ventricule droit, elle est masquée derrière le feuillet septal de la tricuspide. En parasternale petit axe, elle se projette à 10 heures.

Figure 4 — Communication interventriculaire périmembraneuse en coupe parasternale grand axe, mode bidimensionnel. La flèche bleue désigne l'interruption de l'écho septal, dans la partie haute du septum, au voisinage des voies d'éjection. Le cliché est reproduit tel quel, avec son contraste médiocre : c'est ainsi qu'il se présente en salle, et c'est tout le problème. Ne cherchez pas un « trou noir » évident — cherchez la perte de continuité de l'écho septal, et vérifiez-la sur plusieurs images successives et sur au moins deux incidences : quand le faisceau ultrasonore est parallèle au septum, une simple perte d'écho en donne l'illusion. Seul le Doppler couleur tranche, et c'est la figure 5 : la même acquisition, la boîte couleur posée exactement à l'endroit que désigne cette flèche.
Figure 4 — Communication interventriculaire périmembraneuse en coupe parasternale grand axe, mode bidimensionnel. La flèche bleue désigne l'interruption de l'écho septal, dans la partie haute du septum, au voisinage des voies d'éjection. Le cliché est reproduit tel quel, avec son contraste médiocre : c'est ainsi qu'il se présente en salle, et c'est tout le problème. Ne cherchez pas un « trou noir » évident — cherchez la perte de continuité de l'écho septal, et vérifiez-la sur plusieurs images successives et sur au moins deux incidences : quand le faisceau ultrasonore est parallèle au septum, une simple perte d'écho en donne l'illusion. Seul le Doppler couleur tranche, et c'est la figure 5 : la même acquisition, la boîte couleur posée exactement à l'endroit que désigne cette flèche.
  • Elle se ferme seule dans 8 à 35 % des cas, le plus souvent partiellement, par un anévrysme du septum membraneux : du tissu tricuspidien accessoire colmate l'orifice et se voit comme une poche mobile bombant vers le ventricule droit.
  • Elle peut s'étendre vers la voie d'éjection : c'est alors que naît le risque d'insuffisance aortique (section 7.1).
  • Elle peut prendre la forme d'un défaut de Gerbode : shunt du ventricule gauche vers l'oreillette droite, à travers la portion atrio-ventriculaire du septum membraneux. On y lit à tort une hypertension pulmonaire, sur un flux très rapide qui n'est pas une insuffisance tricuspide.
  • Le faisceau de His chemine sur son bord postéro-inférieur : d'où le risque de bloc auriculo-ventriculaire après fermeture.

3.2. La CIV musculaire ou trabéculée (≈ 10 %)

Ses berges sont exclusivement musculaires : c'est la définition. La forme la plus fréquente est trabéculée — apicale, médio-ventriculaire, antérieure ou multiple, les formes multiples réalisant le septum « en gruyère », redoutable parce qu'aucun patch ne le couvre entièrement. Deux traits opposés : la fermeture spontanée y est fréquente, le muscle se contractant autour de l'orifice ; mais la forme multiple est l'une des rares indications de cerclage palliatif.

🎯 Ne pas confondre le siège et la nature des berges La classification qui commande le pronostic est celle des berges, pas celle de la topographie. Il existe des CIV musculaires d'admission et des CIV musculaires infundibulaires : elles siègent dans la région d'admission ou dans la voie d'éjection, mais elles sont entièrement cernées de muscle. Elles suivent donc la règle du muscle et peuvent se fermer seules — contrairement à la CIV d'admission du canal atrio-ventriculaire, dont les bordures sont les valves auriculo-ventriculaires, et à la juxta-artérielle, dont le toit est la continuité des deux valves artérielles. Conséquence pratique : un compte rendu qui porte « CIV de l'inlet » ne suffit pas à conclure ; il faut savoir si les berges sont fibreuses ou musculaires avant d'annoncer qu'aucune fermeture n'est possible.

3.3. La CIV d'admission, ou de l'inlet

Elle siège à la partie postérieure de la cloison, au contact des valves auriculo-ventriculaires. C'est la CIV du canal atrio-ventriculaire : devant elle, on ne mesure pas un diamètre, on cherche une valve auriculo-ventriculaire commune, une fente mitrale, une CIA ostium primum et une trisomie 21. Sous cette forme — bordures fibreuses au contact des valves — elle ne se ferme jamais seule ; la variante musculaire d'admission, entièrement cernée de muscle, échappe à cette règle (voir ci-dessus).

3.4. La CIV de la voie d'éjection, ou de l'outlet

Elle se situe entre les deux branches du Y de la bande septale et procède d'une anomalie du septum conal. Deux variétés.

Par malalignement, ou cono-ventriculaire. Le septum conal existe mais il est déplacé. Déviation antérieure : la voie pulmonaire est rétrécie — tétralogie de Fallot, ventricule droit à double issue. Déviation postérieure : c'est la voie aortique qui l'est — obstacle sous-aortique, coarctation, interruption de l'arche. Ce sont les CIV des cardiopathies conotroncales : la CIV n'y est jamais le problème principal.

Infundibulaire, ou juxta-artérielle. Cinq noms pour une même lésion : infundibulaire, supra-cristale, conale, juxta-artérielle, doubly committed. Elle est due à l'absence du septum conal : le défaut a pour toit la continuité fibreuse des sigmoïdes aortiques et pulmonaires, devenues contiguës. Elle représente 3 % des CIV en Europe, beaucoup plus en Asie orientale. En parasternale petit axe elle se projette à 14 heures, juste sous la valve pulmonaire, alors qu'elle communique en bas avec la chambre de chasse gauche.

Figure 5 — La même image, en Doppler couleur. La boîte couleur est posée sur la région que désignait la flèche de la figure précédente : le jet en mosaïque rose-vert-bleu y apparaît, naissant du ventricule gauche pour s'épanouir dans le ventricule droit. Deux choses à voir. La mosaïque d'abord, qui signe un flux turbulent à haute vitesse, donc un gradient conservé, donc un défaut restrictif. Et surtout le fait que cette couleur soit ici la vraie preuve du défaut : le cliché bidimensionnel seul, à la figure précédente, ne permettait pas de conclure. Retenez qu'un jet aussi bruyant en couleur est un jet rassurant — c'est le shunt discret, à vitesse basse, qui doit inquiéter.
Figure 5 — La même image, en Doppler couleur. La boîte couleur est posée sur la région que désignait la flèche de la figure précédente : le jet en mosaïque rose-vert-bleu y apparaît, naissant du ventricule gauche pour s'épanouir dans le ventricule droit. Deux choses à voir. La mosaïque d'abord, qui signe un flux turbulent à haute vitesse, donc un gradient conservé, donc un défaut restrictif. Et surtout le fait que cette couleur soit ici la vraie preuve du défaut : le cliché bidimensionnel seul, à la figure précédente, ne permettait pas de conclure. Retenez qu'un jet aussi bruyant en couleur est un jet rassurant — c'est le shunt discret, à vitesse basse, qui doit inquiéter.

Elle est souvent de petite taille et n'entraîne alors ni shunt significatif ni risque d'hypertension pulmonaire. Mais elle ne se ferme jamais et donne le taux le plus élevé d'insuffisance aortique par prolapsus : c'est le type dont on opère le plus souvent un petit défaut.

3.5. Synthèse des quatre types

Type%Siège et borduresFermeture spontanéeÀ chercher
Périmembraneuse≈ 75Septum membraneux ; continuité fibreuse avec l'aorte et la tricuspide ; 10 h8 à 35 %, souvent partielleFuite aortique, anévrysme septal, Gerbode, obstacle sous-aortique
Musculaire≈ 10Berges entièrement musculaires ; apicale, médio-ventriculaire, antérieure, multipleFréquente si petite et apicaleDéfauts multiples « en gruyère »
D'admission≈ 5Partie postérieure, au contact des valves auriculo-ventriculairesNulle pour la forme à bordure fibreuse (canal atrio-ventriculaire) ; possible pour la variante musculaire d'admissionCanal atrio-ventriculaire, fente mitrale, trisomie 21
Outlet, malalignementVariableSeptum conal présent mais déviéNulle — le malalignement est structurelFallot, ventricule droit à double issue, 22q11
Outlet, juxta-artérielle≈ 3Absence du septum conal ; toit = continuité des deux valves artérielles ; 14 hNulleProlapsus de cuspide et fuite aortique
🎯 Le siège ne change pas le débit, il change le destin La localisation du défaut n'a aucune influence sur l'importance du shunt, qui ne dépend que de la taille et des résistances pulmonaires. En revanche le siège commande la fermeture spontanée, le risque de fuite aortique, les malformations associées, la faisabilité percutanée et le risque de bloc auriculo-ventriculaire. Un compte rendu qui écrit « CIV de 4 mm » sans dire n'a rien dit d'utile.

4. Physiopathologie : deux paramètres, et le sens du shunt

4.1. Ce qui règle l'importance du shunt

La CIV est le prototype du shunt gauche-droite. Deux paramètres, et deux seulement, en règlent l'importance : la taille du défaut, rapportée au diamètre de l'anneau aortiquelarge au-delà de 50 % de ce diamètre, petit en dessous du tiers — et le niveau des résistances vasculaires pulmonaires rapporté aux résistances systémiques. S'y ajoutent les lésions associées : un obstacle sur la voie pulmonaire freine le shunt et protège le poumon ; un obstacle sur la voie aortique l'augmente.

4.2. Restrictive ou non restrictive : le mot qui compte dans un compte rendu

Une CIV est restrictive lorsqu'elle maintient entre les deux ventricules une différence de pression d'au moins 25 mmHg : ce chiffre garantit que la pression pulmonaire reste infra-systémique, et c'est l'élément rassurant du suivi. Un hyperdébit pulmonaire reste possible malgré la restriction — restrictif ne veut pas dire anodin, cela veut dire que le poumon n'est pas soumis au régime de pression du ventricule gauche. Une CIV non restrictive est assez large pour que les pressions s'égalisent : le shunt ne dépend plus que du rapport des résistances. C'est la situation dangereuse.

4.3. La chaîne des conséquences

  • Shunt gauche-droite → augmentation du débit pulmonaire et du retour veineux pulmonaire → dilatation de l'oreillette et du ventricule gauches. Le ventricule droit n'est pas dilaté tant que les résistances restent basses : il se contente de transmettre.
  • Hyperdébit → élévation de la pression pulmonaire, d'abord « de débit », réversible ; puis élévation des résistances, et la pression devient fixe. Le shunt diminue alors — l'enfant paraît aller mieux — puis s'inverse.
  • Un shunt important donne aussi une dyspnée et des troubles de ventilation par compression des voies aériennes par les artères pulmonaires dilatées : d'où les bronchites à répétition et les atélectasies.

4.4. Pourquoi le nouveau-né va bien et se décompense vers un mois

À la naissance, les résistances pulmonaires sont élevées : les artérioles fœtales ont une média épaisse. Même à travers une CIV large, le shunt est donc faible et le nouveau-né est eupnéique, rose, presque sans souffle. Puis la média régresse, les résistances chutent, et le shunt explose. L'insuffisance cardiaque par hyperdébit apparaît vers le premier ou le deuxième mois, et non à la naissance. Elle est plus précoce chez le prématuré, dont la média artériolaire est peu développée : les résistances y chutent en quelques jours et la décompensation peut survenir dès la première ou la deuxième semaine.

⚠️ Ce que cela impose en pratique Un nouveau-né porteur d'une CIV large et asymptomatique à la maternité n'est pas rassurant : il est trop jeune pour faire une insuffisance cardiaque de shunt. Il doit être revu toutes les deux à quatre semaines pendant les premiers mois, et les parents doivent connaître les signes qui imposent de consulter : polypnée, sueurs et essoufflement pendant les tétées, tétées qui s'allongent puis se raccourcissent, absence de prise de poids. Chez le nourrisson, une courbe de poids qui décroche est un signe d'insuffisance cardiaque.
🚨 L'exception vitale : le nouveau-né qui se dégrade dans les premiers jours La règle « pas d'insuffisance cardiaque à la naissance » vaut pour le shunt, et seulement pour lui. Un nouveau-né porteur d'une CIV qui s'effondre entre J2 et J10 — mauvaise perfusion périphérique, teint gris, pouls fémoraux abolis, gradient de pression entre les bras et les jambes, oligurie, acidose métabolique — ne fait pas une insuffisance cardiaque d'hyperdébit. C'est jusqu'à preuve du contraire une lésion obstructive gauche associée — coarctation de l'aorte, interruption de l'arche aortique, obstacle sous-aortique — qui se démasque à la fermeture du canal artériel. Ces lésions accompagnent volontiers les CIV par malalignement postérieur du septum conal (section 3.4). Conduite : perfusion de prostaglandine E1 en urgence pour rouvrir le canal, et transfert immédiat en réanimation néonatale et cardiopédiatrie, avant toute autre décision. Ne jamais renvoyer à domicile un nouveau-né qui se dégrade sous prétexte qu'il est « trop jeune pour être malade ».

4.5. La classification hémodynamique en cinq types

La taille du défaut et l'importance du shunt fondent une classification hémodynamique en quatre types, dont le second se subdivise. Elle repose sur deux rapports : PAPS/PS, pression artérielle pulmonaire systolique sur pression systémique, et Qp/Qs, débit pulmonaire sur débit systémique. C'est le vocabulaire dans lequel s'expriment ensuite toute la clinique et toute la décision thérapeutique : il faut le posséder avant d'aborder les sections suivantes.

TypeDéfautPAPS/PSQp/QsCliniqueConduite
I — RogerPetit, restrictif ; gradient > 60 mmHg< 0,31 à 1,5Enfant eupnéique ; souffle 3 à 4/6, frémissant ; pas de dilatation gaucheAbstention, surveillance annuelle
II aMoyen à large, restrictif0,3 à 0,7> 2Polypnée, stagnation pondérale ; dilatation gauche, ventricule droit non dilatéTraitement médical puis fermeture
II bLarge, non restrictif : égalité des pressions0,7 à 1> 2Polypnée marquée, gêne aux tétées, hépatomégalie, cassure pondérale ; shunt à vitesses bassesVérifier la réversibilité puis fermer sans délai
III — EisenmengerLarge, maladie vasculaire fixée> 1< 1Cyanose, hippocratisme ; souffle absent ; B2 claqué et uniqueFermeture contre-indiquée
IV — poumons protégésCIV + sténose pulmonaire ; gradient ventricule droit − artère pulmonaire > 25 mmHg< 0,7> 2Souffle intense ; tolérance longtemps conservéeSelon obstacle et shunt
⚠️ Deux gradients de 25 mmHg, à ne surtout pas confondre Le 25 mmHg du type IV est le gradient ventricule droit − artère pulmonaire : il mesure une sténose pulmonaire. Le 25 mmHg de la restrictivité (section 4.2) est le gradient ventricule gauche − ventricule droit : il mesure le caractère restrictif du défaut. Même chiffre, deux mesures qui n'ont rien à voir. Nommez toujours le gradient que vous écrivez.

5. Reconnaître : quatre tableaux, et une auscultation raisonnée

5.1. Le petit souffle isolé — la maladie de Roger

La présentation la plus fréquente : un nourrisson en parfaite santé, de croissance normale, chez qui l'examen systématique découvre un souffle holosystolique intense, rude, en jet de vapeur, maximal au troisième ou quatrième espace intercostal gauche, souvent frémissant, irradiant dans toutes les directions — le classique « souffle en rayons de roue ». B2 normal, pas de roulement, pas d'hépatomégalie, pas de polypnée. C'est le type I, la seule forme où l'on peut rassurer d'emblée.

5.2. Le nourrisson en insuffisance cardiaque

Vers un à trois mois : polypnée, sueurs et essoufflement aux tétées, cassure pondérale, infections bronchiques à répétition, tachycardie, tirage, hépatomégalie. Le souffle est plus doux qu'au type I, et deux signes s'y ajoutent : un roulement diastolique mitral à la pointe — rétrécissement mitral relatif par hyperdébit, qui signe un Qp/Qs supérieur à 2 — et un éclat de B2 au foyer pulmonaire.

5.3. L'enfant cyanosé — la CIV vue trop tard

Le souffle a disparu. B2 est claqué et unique. L'enfant est cyanosé, avec hippocratisme digital et polyglobulie. Il paraît « aller mieux » qu'un an plus tôt : il ne fait plus d'infections, il n'est plus congestif. C'est le syndrome d'Eisenmenger.

⚠️ Le piège le plus grave de tout ce cours Chez un nourrisson suivi pour une CIV large, la disparition du souffle, la régression de l'hépatomégalie et l'amélioration apparente ne signent presque jamais une fermeture spontanée : elles signent l'égalisation des pressions et la montée des résistances pulmonaires. Devant toute « amélioration » d'une CIV large non opérée : échographie sans délai et mesure de la saturation. Une amélioration qui ne s'accompagne pas d'une régression du défaut à l'image est une aggravation.

5.4. La CIV à poumons protégés

Quand une sténose pulmonaire s'associe à la CIV, elle limite le débit pulmonaire et protège le lit vasculaire. Le souffle est intense et l'enfant reste longtemps équilibré. Cette sténose est présente d'emblée ou se constitue secondairement par hypertrophie de l'infundibulum sous l'effet de l'hypertension ventriculaire droite. C'est le type IV.

5.5. L'auscultation raisonnée

SigneCaractèresMécanisme et valeur
Souffle holosystoliqueRude, « en jet de vapeur », 3e-4e espace intercostal gauche, « en rayons de roue », d'autant plus intense que le défaut est petitTurbulence du jet à travers l'orifice restrictif. Son intensité mesure le gradient, pas la gravité
Roulement diastolique mitralÀ la pointe, mésodiastolique, souvent discretRétrécissement mitral relatif par hyperdébit. Signe un Qp/Qs > 2
Éclat de B2 pulmonaireB2 fort, puis unique et claquéÉlévation de la pression pulmonaire ; unique au stade d'Eisenmenger
Souffle diastolique aortiqueDoux, aspiratif, le long du bord gauche du sternumFuite aortique : évoquer un Laubry-Pezzi. Change à lui seul l'indication opératoire
Disparition du souffleChez un enfant antérieurement bruyant, porteur d'une CIV largeSoit fermeture spontanée, soit égalisation des pressions. Jamais de conclusion sans échographie

6. Confirmer et mesurer : ECG, radiographie, échocardiographie

6.1. ECG et radiographie de thorax

Tous deux sont normaux dans la maladie de Roger. Dans les CIV à gros débit, l'ECG montre une hypertrophie ventriculaire gauche de surcharge diastolique — grandes ondes R en V5-V6, ondes Q fines et profondes, ondes T amples — et une hypertrophie auriculaire gauche ; l'apparition d'une hypertrophie ventriculaire droite traduit l'élévation de la pression pulmonaire et constitue un signe d'alarme. La radiographie montre une cardiomégalie aux dépens des cavités gauches, une saillie de l'arc moyen gauche et une hypervascularisation pulmonaire jusqu'aux périphéries. Au stade d'Eisenmenger tout s'inverse : hypertrophie droite isolée, cœur recentré, branches pulmonaires distales amputées — l'aspect en « arbre mort ».

6.2. L'échocardiographie : sept questions

Le compte rendu doit dire : siège le défaut, avec le vocabulaire de la section 3 ; combien il y en a — d'où un balayage complet du septum en Doppler couleur, sous peine de manquer des défauts musculaires multiples ; quelle taille, rapportée à l'anneau aortique ; restrictive ou non, sur le gradient maximal ventricule gauche - ventricule droit ; quel retentissement, sur les dimensions gauches rapportées à la surface corporelle ; quelle pression pulmonaire ; et quelles lésions associées — prolapsus et fuite aortiques, anévrysme du septum membraneux, obstacle sous-aortique, sténose infundibulaire, coarctation, canal artériel.

Figure 6 — Communication interventriculaire de la voie d'éjection, juxta-artérielle, par absence du septum conal. À gauche, le Doppler couleur montre une colonne de flux ascendante dans la voie d'éjection avec un foyer d'aliasing à sa base : le jet siège immédiatement sous les valves sigmoïdes. À droite, la coupe petit axe au niveau des gros vaisseaux montre les deux valves artérielles devenues adjacentes, sans septum conal interposé entre elles. C'est cette contiguïté qui donne au défaut un toit fibreux — donc l'impossibilité de se fermer seul et le risque de prolapsus de la cuspide aortique.
Figure 6 — Communication interventriculaire de la voie d'éjection, juxta-artérielle, par absence du septum conal. À gauche, le Doppler couleur montre une colonne de flux ascendante dans la voie d'éjection avec un foyer d'aliasing à sa base : le jet siège immédiatement sous les valves sigmoïdes. À droite, la coupe petit axe au niveau des gros vaisseaux montre les deux valves artérielles devenues adjacentes, sans septum conal interposé entre elles. C'est cette contiguïté qui donne au défaut un toit fibreux — donc l'impossibilité de se fermer seul et le risque de prolapsus de la cuspide aortique.

6.3. Estimer la pression pulmonaire — la manœuvre qui décide

Toute l'évaluation hémodynamique repose sur le calcul de la pression du ventricule droit. Trois voies, fondées sur l'équation de Bernoulli simplifiée : gradient = 4 V².

VoieFormuleConditions et limites
Flux de la CIVPression systolique du ventricule droit = pression artérielle systolique − gradient maximal VG-VDVoie de référence. Exige un bon alignement et une pression artérielle mesurée au même moment. Inutilisable si le défaut est non restrictif ou s'il existe un obstacle sous-aortique. Attention : cette méthode donne la pression du VENTRICULE DROIT. Elle n'est égale à la pression artérielle pulmonaire qu'en l'absence d'obstacle sur la voie d'éjection droite : avant de conclure à une hypertension pulmonaire, examiner l'infundibulum et la valve pulmonaire et mesurer le gradient ventricule droit - artère pulmonaire
Insuffisance tricuspidePression systolique du ventricule droit = 4 V²(IT) + pression auriculaire droite (estimée à 5 mmHg)Exige un flux d'insuffisance tricuspide analysable. Attention au défaut de Gerbode, qui simule une insuffisance tricuspide très rapide
Insuffisance pulmonairePression pulmonaire moyenne = 4 V²(protodiastolique) + 5 ; diastolique = 4 V²(télédiastolique) + 5La seule voie qui donne les pressions moyenne et diastolique. Exige une enveloppe Doppler complète

Un exemple à savoir refaire. Nourrisson de 7 mois, CIV périmembraneuse de 7 mm, pression artérielle systolique 90 mmHg, gradient maximal ventricule gauche - ventricule droit 40 mmHg : la pression systolique du ventricule droit vaut 90 − 40 = 50 mmHg. En l'absence de sténose pulmonaire à l'examen, la pression artérielle pulmonaire systolique est donc estimée à 50 mmHg elle aussi. La CIV est restrictive, puisque le gradient dépasse 25 mmHg, mais la pression pulmonaire dépasse la moitié de la pression systémique — 50/90 = 0,56 : cet enfant est au type IIa et relève d'une fermeture.

🎯 Ne pas ajouter la pression auriculaire droite ici Le document source écrit 55 mmHg, en ajoutant 5 mmHg de pression auriculaire droite au résultat. C'est une erreur de report, et il faut savoir ne pas la reproduire. La pression auriculaire droite n'entre que dans la méthode par l'insuffisance tricuspide, où le gradient mesuré sépare le ventricule droit de l'oreillette droite : il faut donc y rajouter la pression de l'oreillette pour remonter à celle du ventricule. Le gradient de la CIV, lui, sépare déjà les deux ventricules : l'ajouter une seconde fois serait un double comptage. La conclusion, en revanche, ne change pas — l'enfant reste au type IIa.
Figure 7 — Le jet d'une communication restrictive. La boîte couleur est appliquée le long du septum interventriculaire ; le jet turbulent, en mosaïque rouge-jaune-bleu, franchit le septum en un point puis file le long de sa face droite, sur toute la hauteur de la boîte couleur. Ne lisez surtout pas cette image comme un septum perforé sur toute sa hauteur : ce serait un septum « en gruyère », entité voisine et de tout autre pronostic. C'est ce jet que l'on interroge en Doppler continu pour mesurer le gradient maximal ventricule gauche - ventricule droit, dont on déduit la pression du ventricule droit. Alignez le tir sur l'axe du jet : un mauvais alignement sous-estime la vitesse, donc le gradient, et fait surestimer la pression du ventricule droit.
Figure 7 — Le jet d'une communication restrictive. La boîte couleur est appliquée le long du septum interventriculaire ; le jet turbulent, en mosaïque rouge-jaune-bleu, franchit le septum en un point puis file le long de sa face droite, sur toute la hauteur de la boîte couleur. Ne lisez surtout pas cette image comme un septum perforé sur toute sa hauteur : ce serait un septum « en gruyère », entité voisine et de tout autre pronostic. C'est ce jet que l'on interroge en Doppler continu pour mesurer le gradient maximal ventricule gauche - ventricule droit, dont on déduit la pression du ventricule droit. Alignez le tir sur l'axe du jet : un mauvais alignement sous-estime la vitesse, donc le gradient, et fait surestimer la pression du ventricule droit.
📚 Renvois Ce cours développe l'embryologie, l'anatomie, l'histoire naturelle et la décision. La technique échographique — incidences, balayage du septum, réglages du Doppler couleur, mesure du gradient, quantification du shunt — est développée dans la discipline Échocardiographie : voir le cours 22, Prise en charge des communications interventriculaires (CIV), jumeau échographique de cette fiche. Voir aussi le cours 18, Mesure des pressions droites ; le cours 13, Fonction cardiaque droite ; le cours 19, Mesure du débit cardiaque à l'échocardiographie ; le cours 44, Le cathétérisme cardiaque droit et gauche ; et le cours 61, Insuffisance cardiaque de l'enfant.

7. Les complications : ce qui menace une CIV, même petite

La question que pose toute mère d'un enfant porteur d'une petite CIV restrictive est : « il n'y a donc aucun risque ? ». La réponse honnête : le risque d'hypertension pulmonaire est quasi nul, mais il reste quatre risques liés à la turbulence du jet et au siège du défaut. Ils sont rares. Ils justifient à eux seuls une surveillance à vie.

7.1. Le syndrome de Laubry-Pezzi

Le terrain : les CIV périmembraneuses à extension vers l'outlet et surtout les CIV infundibulaires juxta-artérielles — les deux types en rapport étroit avec la valve aortique.

Le mécanisme : le bord supérieur du défaut n'est pas du muscle, c'est l'anneau aortique. La cuspide coronaire droite n'a plus d'appui sous elle. À chaque systole, un jet rapide file juste au-dessous ; un fluide rapide crée une dépression latérale — l'effet Venturi — qui aspire la cuspide vers le bas. Elle s'allonge, prolabe dans le défaut, cesse de coapter : c'est l'insuffisance aortique. Il s'y associe volontiers une déhiscence du sinus de Valsalva coronaire droit.

Figure 8 — Le syndrome de Laubry-Pezzi expliqué par la mécanique des fluides. Comparez les deux panneaux : à gauche la cuspide repose sur un anneau complet ; à droite, le défaut a mangé son appui. Suivez ensuite les petites flèches perpendiculaires au jet : elles figurent la dépression latérale créée par un flux rapide — l'effet Venturi — qui tire la cuspide vers le bas. La valve est normale au départ ; c'est le trou d'à côté qui la déforme, puis la fait fuir.

Le piège : en prolabant, la cuspide vient obstruer la communication. Le shunt diminue, le souffle systolique s'atténue — et l'on croit à une amélioration. En réalité le défaut se ferme aux dépens de la valve, et le pronostic ne dépend plus du shunt mais du degré de la fuite aortique.

🎯 Ce que Laubry-Pezzi change dans la décision C'est la seule situation où l'on ferme une CIV dont le shunt ne justifierait rien. Devant une CIV périmembraneuse ou infundibulaire, on surveille une valve aortique initialement normale, par échographie annuelle. Dès qu'apparaissent un prolapsus de cuspide et une fuite aortique qui progresse, l'indication opératoire est posée — même si le défaut est petit, même si l'enfant est asymptomatique, même si le Qp/Qs est normal. On n'opère plus le shunt : on opère pour sauver la valve.

7.2. L'endocardite infectieuse

Le jet de haute vitesse frappe l'endocarde du ventricule droit en regard du défaut et y crée une lésion d'impact, terrain de greffe bactérienne. Paradoxe cohérent avec tout ce cours : le risque est plus élevé pour les petites CIV restrictives que pour les larges, où le flux est lent.

La prévention repose sur trois piliers, dont deux sont trop souvent oubliés au profit du troisième : une hygiène bucco-dentaire irréprochable chez tous les patients, opérés ou non — de loin la plus efficace ; le réflexe hémocultures devant toute fièvre prolongée inexpliquée, avant toute antibiothérapie à l'aveugle ; et l'antibioprophylaxie des gestes dentaires à risque, que les recommandations européennes actuelles réservent au haut risque — cardiopathie cyanogène non opérée, matériel prothétique de moins de six mois, shunt résiduel au contact d'un patch, antécédent d'endocardite, prothèse valvulaire. Une petite CIV isolée non opérée n'y figure plus, alors que les textes plus anciens — et le document source de ce cours — la recommandaient : suivez le protocole de votre centre et sachez expliquer aux parents pourquoi il a changé (voir le cours 34, Endocardite infectieuse).

7.3. Les obstacles acquis

  • Sténose infundibulaire pulmonaire : hypertrophie de l'infundibulum droit, réactionnelle à l'hypertension ventriculaire droite. Elle protège le poumon — c'est le type IV — mais fait évoluer le tableau vers une physiologie de Fallot.
  • Diaphragme ou membrane sous-aortique : bourrelet fibreux sous la valve aortique, favorisé par les turbulences. En augmentant la postcharge gauche il majore le shunt et peut léser la valve. À chercher en Doppler continu dans la chambre de chasse gauche.

7.4. Le syndrome d'Eisenmenger

Terme de l'évolution d'une CIV large non prise en charge à temps. L'hyperdébit à pression systémique agresse les artérioles pulmonaires : vasoconstriction, puis hypertrophie de la média — encore réversible —, puis prolifération intimale, fibrose et nécrose aboutissant à l'oblitération artériolaire. Les résistances pulmonaires dépassent les résistances systémiques : le shunt s'inverse et la cyanose apparaît. L'hypertension pulmonaire est alors fixée et irréversible. Exceptionnellement ce tableau existe d'emblée, par absence de maturation du lit artériel pulmonaire après la naissance.

⚠️ Trois messages de sécurité à connaître dès le deuxième cycle 1. La grossesse est formellement contre-indiquée en cas d'hypertension pulmonaire sévère et de syndrome d'Eisenmenger : la chute des résistances systémiques y aggrave l'inversion du shunt, et la mortalité maternelle est très élevée. La contraception s'aborde dès l'adolescence. 2. L'érythrocytose du patient cyanosé est adaptative : elle compense l'hypoxémie. Pas de saignée systématique — les saignées répétées créent une carence martiale, des hématies microcytaires rigides et majorent le risque d'accident vasculaire cérébral. Ce qu'il faut faire, c'est dépister et corriger la carence martiale. 3. Toute voie veineuse doit être munie d'un filtre à air : chez un patient à shunt droite-gauche, une bulle passe directement dans la circulation systémique — embolie paradoxale.

8. Traiter : le principe, le moment, les trois voies

8.1. Le traitement médical : gagner du temps, jamais guérir

Il ne s'adresse qu'aux nourrissons porteurs d'une CIV large en insuffisance cardiaque congestive, et n'a qu'un objectif : passer le cap, en attendant la réduction spontanée du shunt ou l'intervention. Il ne ferme aucun défaut.

  • Diurétique de l'anse : furosémide per os, 1 à 2 mg/kg/j en deux à trois prises — le document source retient 2 mg/kg/j —, sous surveillance de la kaliémie, de la natrémie et de la fonction rénale.
  • Vasodilatateur artériel : captopril. En abaissant les résistances systémiques, il réduit le shunt — mais la posologie dépend de l'âge et l'instauration ne s'improvise pas. Dose-test initiale de 0,1 mg/kg chez le nourrisson de plus d'un mois, 0,01 à 0,05 mg/kg chez le nouveau-né, sous surveillance de la pression artérielle pendant deux heures — la première prise d'un inhibiteur de l'enzyme de conversion expose à une hypotension sévère, d'autant plus qu'il est ici associé d'emblée à un diurétique. Puis augmentation par paliers, en trois prises, jusqu'à 2 à 3 mg/kg/j chez le nourrisson de plus d'un mois ; posologies très inférieures chez le nouveau-né et le prématuré (de l'ordre de 0,3 mg/kg par prise au maximum). Surveillance à chaque palier : pression artérielle, créatininémie et kaliémie — retenez que le captopril fait l'erreur inverse du furosémide, il donne une hyperkaliémie là où le diurétique donne une hypokaliémie. Contre-indications : sténose bilatérale des artères rénales, obstacle significatif sur la voie aortique — coarctation, sténose sous-aortique, précisément les lésions que ce cours décrit comme fréquemment associées —, grossesse.
  • Nutrition, que l'on néglige et qui décide souvent du calendrier chirurgical : régime hypercalorique, enrichissement des biberons, au besoin alimentation entérale par sonde. Un nourrisson en insuffisance cardiaque dépense plus et mange moins.
  • Infections respiratoires : kinésithérapie, vaccinations à jour, immunoprophylaxie contre le virus respiratoire syncytial — le palivizumab n'est pas un vaccin mais un anticorps monoclonal administré chaque mois pendant la saison.
  • Correction de l'anémie : fer, transfusion si nécessaire. L'anémie abaisse la viscosité sanguine et les résistances pulmonaires, majore le shunt et diminue le transport d'oxygène.

La règle de décision : si l'enfant s'alimente mieux et reprend du poids, on poursuit en espérant une réduction spontanée du shunt. Sinon, ou si la pression pulmonaire reste élevée, la réparation chirurgicale doit être précoce.

8.2. La chirurgie, la voie percutanée, le cerclage

La fermeture par patch synthétique ou péricardique sous circulation extracorporelle est le traitement curatif de référence ; l'abord est le plus souvent trans-atrial, à travers la valve tricuspide, ce qui évite toute incision ventriculaire. Trois indications : CIV à gros débit symptomatique malgré le traitement médical et sans tendance à la fermeture spontanée ; CIV large non restrictive avec des résistances pulmonaires non fixées ; CIV compliquée — fuite aortique, sténose infundibulaire, membrane sous-aortique.

La fermeture percutanée suppose une anatomie favorable et un poids suffisant : CIV musculaire trabéculée — la meilleure indication — ou périmembraneuse si la distance aux valves dépasse 4 mm, et un poids supérieur à 3,5 kg selon le document source, beaucoup d'équipes exigeant davantage pour l'abord fémoral et réservant l'abord périventriculaire hybride aux plus petits. Deux limites : le bloc auriculo-ventriculaire complet pour les défauts périmembraneux, et la proximité de l'anneau aortique.

Le cerclage de l'artère pulmonaire crée un obstacle artificiel qui limite le débit pulmonaire et protège le lit vasculaire. Il ne corrige rien : il achète du temps. Trois situations — CIV à gros débit mal tolérée au-dessous de 3,5 kg, poids sous lequel l'exposition chirurgicale est très incertaine ; CIV musculaires multiples ; anatomie complexe faisant différer la circulation extracorporelle.

8.3. Conduite à tenir selon le type hémodynamique

SituationConduitePourquoi
CIV de RogerAucun traitement. Hygiène bucco-dentaire ; échocardiographie annuelle, à la recherche d'une complication et de la fuite aortique en premierPronostic excellent, forte probabilité de fermeture spontanée. On surveille la valve, pas le trou
Type IIaTraitement médical puis fermeture s'il n'y a pas de potentiel de fermeture spontanée ; cerclage si mauvaise tolérance à moins de 3,5 kg ou si CIV multiplesRisque d'évolution vers une hypertension pulmonaire iso- puis supra-systémique
Type IIbS'assurer de la réversibilité des résistances — cathétérisme et test au monoxyde d'azote — puis fermerC'est la dernière fenêtre : au-delà, la fermeture devient dangereuse
CIV avec fuite aortiqueFermeture quel que soit le shunt, avec geste valvulaire si nécessaireLe pronostic est celui de la valve, pas du shunt
CIV avec EisenmengerContre-indication absolue à la fermeture. Traitement palliatif : vasodilatateurs pulmonaires spécifiques — bosentan, tératogène et hépatotoxique : contraception efficace obligatoire et transaminases mensuelles. Dépister et corriger la carence martiale ; pas de saignée systématique — l'érythrocytose est adaptative, et les saignées répétées induisent une carence martiale et majorent le risque d'accident vasculaire cérébral. La saignée n'est envisagée qu'en cas de symptômes d'hyperviscosité avec hématocrite supérieur à 65 %, après avoir exclu une déshydratation et une carence martiale, et toujours avec compensation volémique. Prévention de l'embolie paradoxale : filtre à air sur toute voie veineuse. Discussion d'une transplantation cardio-pulmonaireLe défaut est devenu la soupape d'un ventricule droit supra-systémique : le fermer, c'est le condamner

9. Histoire naturelle et fermeture spontanée

L'histoire naturelle de la CIV est la fermeture spontanée, habituellement dans la première année de vie pour les petits défauts restrictifs. Pour les autres, le traitement est chirurgical. Encore faut-il savoir chez qui attendre, et combien de temps.

TypeFermeture spontanéeMécanismeFenêtre
Musculaire trabéculée, petiteLa plus élevée — la majorité des petits défauts apicauxContraction et prolifération du muscle qui borde l'orificeSurtout la première année, parfois jusqu'à 2 ans
Périmembraneuse8 à 35 %, souvent partielleAnévrysme du septum membraneux : tissu tricuspidien accessoire qui colmate le défautPremière année surtout, parfois plus tard
D'admissionNulle pour la forme du canal atrio-ventriculaire ; possible pour la variante musculaire d'admissionBordures fibreuses au contact des valves auriculo-ventriculaires — sauf si les berges sont entièrement musculairesPremière année pour la variante musculaire
Outlet, malalignementNulleDéfaut d'alignement structurel
Outlet, juxta-artérielleNulle — sauf par prolapsus d'une cuspide, ce qui est une complication, pas une guérisonToit fibreux formé par les deux valves artérielles
Figure 9 — La contre-épreuve : chez qui il ne faut surtout pas attendre. Voici l'histoire naturelle d'une communication large non restrictive — de la naissance aux premiers mois. Lisez la première ligne : à la naissance, malgré un défaut large, les résistances pulmonaires élevées ne laissent passer qu'un hyperdébit faible — bébé eupnéique, souffle 2 sur 6 voire absent. Lisez la seconde : trois semaines plus tard, les résistances ont chuté, l'hyperdébit s'installe, et c'est là qu'apparaissent la polypnée, la gêne aux tétées, l'hépatomégalie et la cassure pondérale. Le souffle modeste de la première ligne est le piège de tout ce cours ; la dernière ligne en donne le prix : maladie vasculaire pulmonaire en six à douze mois, puis Eisenmenger. Le tableau de fermeture spontanée qui précède ne concerne que les petits défauts restrictifs : celui-ci relève de la chirurgie, et vite.
Figure 9 — La contre-épreuve : chez qui il ne faut surtout pas attendre. Voici l'histoire naturelle d'une communication large non restrictive — de la naissance aux premiers mois. Lisez la première ligne : à la naissance, malgré un défaut large, les résistances pulmonaires élevées ne laissent passer qu'un hyperdébit faible — bébé eupnéique, souffle 2 sur 6 voire absent. Lisez la seconde : trois semaines plus tard, les résistances ont chuté, l'hyperdébit s'installe, et c'est là qu'apparaissent la polypnée, la gêne aux tétées, l'hépatomégalie et la cassure pondérale. Le souffle modeste de la première ligne est le piège de tout ce cours ; la dernière ligne en donne le prix : maladie vasculaire pulmonaire en six à douze mois, puis Eisenmenger. Le tableau de fermeture spontanée qui précède ne concerne que les petits défauts restrictifs : celui-ci relève de la chirurgie, et vite.

9.1. Ce que la surveillance cherche

Une surveillance n'est pas une abstention, et son programme ne consiste pas à mesurer le trou. On cherche, dans cet ordre : la valve aortique — prolapsus ou fuite débutante, seul élément capable de faire opérer un enfant qui va bien ; les cavités gauches, dont la dilatation traduit un shunt qui augmente ; le gradient interventriculaire et la pression pulmonaire, dont la baisse chez un enfant dont le défaut n'a pas diminué est un signal d'alarme et non de guérison ; la chambre de chasse gauche et l'infundibulum pulmonaire ; et la courbe de poids, instrument de mesure hémodynamique chez le nourrisson.

9.2. Ce qu'il faut dire aux parents

  1. « Surveiller n'est pas ne rien faire. » On revoit, on ausculte, on pèse, on refait une échographie — et ce que l'on cherche n'est pas le trou, c'est la valve et le cœur gauche.
  2. « Un défaut qui rétrécit reste un défaut. » Tant qu'il persiste un jet, l'endocarde d'en face reste agressé : hygiène bucco-dentaire et réflexe hémocultures devant toute fièvre inexpliquée restent de règle, et l'antibioprophylaxie garde ses indications dans les situations à haut risque.
  3. « Une amélioration doit être prouvée à l'échographie. » Le souffle qui s'atténue peut être une excellente ou une très mauvaise nouvelle ; seule l'image tranche.

10. La classification hémodynamique commentée — pour aller plus loin

📘 À partir d'ici Les sections suivantes développent le niveau du mastère de cardiopathie congénitale et pédiatrique. Le socle qui précède — sections 1 à 9, tableau des cinq types hémodynamiques compris (section 4.5) — suffit pour le deuxième cycle.

Le tableau des cinq types a été donné en section 4.5, parce qu'on ne peut pas lire la clinique ni la décision thérapeutique sans lui. Trois commentaires le font vivre. Au type I, le débit shunté est faible : c'est la turbulence, non le volume, qui explique l'intensité du souffle. Au type II, le shunt dépend des résistances pulmonaires, dont la baisse après la naissance explique qu'il augmente avec l'âge : le IIa reste restrictif et pourtant son débit pulmonaire dépasse le double du débit systémique ; le IIb, non restrictif, ne devient réellement shuntant qu'après la maturation du lit artériel, vers le début du deuxième mois — s'ensuivent la dilatation des cavités gauches, puis droites quand les résistances s'élèvent, et enfin la chute du débit cardiaque malgré un ventricule gauche hyperkinétique. Au type IV, la sténose pulmonaire égalise les pressions en systole et limite le shunt ; elle est présente d'emblée ou se constitue par hypertrophie infundibulaire réactionnelle.

⚠️ Le piège du type IV Un gradient élevé sur la voie pulmonaire ne signifie pas toujours qu'il existe une sténose. Un hyperdébit à travers une valve pulmonaire strictement normale accélère le flux et crée un gradient : c'est une accélération de débit, non un obstacle. La distinction se fait sur l'aspect de la valve et de l'infundibulum, sur la forme de l'enveloppe Doppler et sur l'évolution du gradient après réduction du shunt. Conclure à tort à une sténose protectrice, c'est se croire à l'abri d'une hypertension pulmonaire que l'on laisse s'installer.

11. Indications, techniques et contre-indications — pour aller plus loin

11.1. La logique des recommandations

Les recommandations européennes sur les cardiopathies congénitales de l'adulte (ESC 2020) et américaines (AHA/ACC 2018) convergent : ce sont les symptômes et la surcharge volumétrique gauche qui indiquent, c'est la maladie vasculaire pulmonaire qui contre-indique, et la valve aortique constitue une indication à part entière.

SituationConduiteNiveau
Symptômes attribuables au shunt, sans maladie vasculaire pulmonaire sévèreFermeture recommandéeI
Patient asymptomatique avec surcharge volumétrique gauche imputable à la CIVFermeture recommandéeI
Prolapsus d'une cuspide aortique avec fuite progressiveÀ considérer, indépendamment du shuntIIa
Antécédent d'endocardite sur la CIVÀ considérerIIa
Résistances de 3 à 5 unités Wood, Qp/Qs > 1,5À considérer, en centre spécialiséIIa
Résistances ≥ 5 unités Wood, Qp/Qs > 1,5, après évaluation experteÉventuellement discutéeIIb
Syndrome d'Eisenmenger ; désaturation à l'effortContre-indiquéeIII
Petite CIV sans surcharge gauche, sans hypertension pulmonaire, sans endocarditeNe pas fermer ; surveillerIII

Chez le nourrisson la logique est la même mais le calendrier bien plus serré : une CIV large et non restrictive doit être fermée dans la première année de vie, le plus souvent avant six mois, parce que la maladie vasculaire pulmonaire peut se fixer dès la deuxième année.

Ce calendrier est encore avancé dans deux situations. La trisomie 21 d'abord, et c'est capital puisque c'est le terrain que ce cours cite deux fois : la maladie vasculaire pulmonaire y est plus précoce et plus rapide — résistances pulmonaires néonatales plus élevées, hypoplasie alvéolaire, obstruction des voies aériennes supérieures et hypoventilation nocturne, puis remodelage accéléré. La réparation y est recommandée avant quatre à six mois, et une maladie vasculaire fixée peut exister avant deux ans ; une polysomnographie est à demander à la recherche d'une obstruction des voies aériennes supérieures. Appliquer sans nuance la règle « avant un an » à un enfant porteur d'une trisomie 21, c'est autoriser l'attente chez le patient le plus exposé. Ensuite, les lésions associées qui majorent le shunt — obstacle sur la voie aortique, canal artériel persistant, communication interauriculaire.

11.2. L'évaluation avant fermeture en cas d'hypertension pulmonaire

C'est la décision la plus difficile de la pathologie, et elle ne se prend jamais sur l'échographie seule. Cathétérisme droit : pressions, oxymétrie étagée, calcul du Qp/Qs et des résistances pulmonaires indexées à la surface corporelle — chez l'enfant, en unités Wood × m². Test de vasoréactivité au monoxyde d'azote inhalé : une chute significative des résistances signe leur caractère non fixé et autorise la fermeture. S'y ajoutent des arguments indirects : shunt restant à prédominance gauche-droite, absence de désaturation à l'effort, dilatation persistante des cavités gauches.

🎯 La question n'est pas « faut-il fermer » mais « est-il encore temps » Tant que les artérioles pulmonaires sont saines ou seulement hypertrophiées, fermer la CIV fait redescendre les résistances et guérit l'enfant. Lorsque la maladie vasculaire est fixée, la CIV n'est plus la maladie : c'est la soupape qui permet à un ventricule droit soumis à des pressions supra-systémiques d'assurer encore un débit systémique. La fermer, c'est supprimer cette soupape et provoquer une défaillance droite aiguë. Fermer une CIV au stade d'Eisenmenger tue le patient plus vite que de ne rien faire.

11.3. Complications propres des gestes de fermeture

  • Bloc auriculo-ventriculaire complet : la complication redoutée, liée au trajet du faisceau de His sur le bord postéro-inférieur des CIV périmembraneuses et d'admission. Rare après chirurgie, il a longtemps limité la voie percutanée pour ces défauts, et peut être retardé de plusieurs mois : d'où la surveillance électrocardiographique prolongée.
  • Shunt résiduel, fréquent et le plus souvent minime, qui impose de rester attentif au risque d'endocardite tant qu'il persiste au contact du matériel ; bloc de branche droit, très fréquent et bénin ; insuffisance tricuspide par l'abord trans-atrial ; fuite aortique par lésion d'une cuspide lors de la pose du patch.
  • Complications du cerclage : distorsion des branches pulmonaires, migration de l'anneau, hypertrophie droite excessive, aggravation d'un obstacle sous-aortique.

12. Après la fermeture : suivi, devenir et vie adulte — pour aller plus loin

Le devenir est excellent : plus de 90 % des patients opérés dans l'enfance sont en classe fonctionnelle I de la New York Heart Association. Des anomalies résiduelles ne sont cependant pas rares : le plus souvent de petites CIV résiduelles hémodynamiquement insignifiantes, et des fuites aortique ou mitrale déjà présentes avant l'intervention ou apparues secondairement.

Le rythme du suivi. Petite CIV non opérée : annuel, sur la fuite aortique, un diaphragme sous-aortique, la dilatation gauche. CIV large en attente : toutes les deux à quatre semaines les premiers mois. Après fermeture : 1, 6 et 12 mois puis espacé, sur le shunt résiduel, la fonction ventriculaire, les fuites valvulaires et les troubles de conduction. Eisenmenger : en centre expert, à vie. Activité physique sans restriction pour une petite CIV restrictive isolée comme après une fermeture non compliquée, sous réserve d'une fonction ventriculaire et d'une pression pulmonaire normales.

Grossesse. Une petite CIV, ou une CIV fermée sans séquelle, est bien tolérée : risque maternel très faible. À l'opposé, l'hypertension pulmonaire sévère et le syndrome d'Eisenmenger contre-indiquent formellement la grossesse — la chute des résistances systémiques aggrave l'inversion du shunt et l'hypoxémie, et la mortalité maternelle est très élevée. Contraception à aborder dès l'adolescence, interruption médicale de grossesse à discuter le cas échéant. Enfin la transition vers la cardiologie adulte doit être organisée : l'adulte opéré conserve deux risques au long cours, la fuite aortique et l'endocardite, et doit connaître lui-même le type de son défaut et le matériel implanté.

13. Points clés à retenir

⭐ Points clés à retenir
  • La CIV est la cardiopathie congénitale la plus fréquente (≈ 30 %). Son shunt est post-tricuspide : ce sont les cavités gauches qui se dilatent, et le lit pulmonaire reçoit non seulement du débit mais, si le défaut est large, la pression systémique.
  • L'intensité du souffle mesure le gradient, pas la gravité. Souffle intense et frémissant = défaut restrictif, donc bénin. Souffle discret ou qui s'efface = pressions qui s'égalisent, donc danger.
  • Quatre sièges : périmembraneuse (≈ 75 %, 10 h en petit axe), musculaire (≈ 10 %), d'admission (canal atrio-ventriculaire, trisomie 21), de l'outlet — malalignement (Fallot) ou juxta-artérielle (≈ 3 %, 14 h en petit axe).
  • Le siège ne change pas le débit du shunt, qui ne dépend que de la taille du défaut et des résistances pulmonaires. Il change la fermeture spontanée, le risque aortique et l'accès au cathétérisme.
  • Restrictive = gradient interventriculaire ≥ 25 mmHg, donc pression pulmonaire infra-systémique. Restrictif ne veut pas dire sans hyperdébit.
  • Le nourrisson porteur d'une CIV large se décompense par hyperdébit vers un à deux mois, pas à la naissance — plus tôt chez le prématuré : c'est la chute des résistances pulmonaires qui démasque le shunt. Un nouveau-né asymptomatique n'est pas rassuré, il est trop jeune.
  • Un nouveau-né porteur d'une CIV qui se dégrade entre J2 et J10 ne fait pas une insuffisance cardiaque de shunt. Pouls fémoraux abolis, gradient bras-jambe, acidose : c'est une lésion obstructive gauche ducto-dépendante associée — coarctation, interruption de l'arche, obstacle sous-aortique, fréquentes avec les CIV par malalignement postérieur. Prostaglandine E1 en urgence et transfert.
  • Syndrome de Laubry-Pezzi : effet Venturi sous une CIV périmembraneuse à extension outlet ou infundibulaire → prolapsus de la cuspide coronaire droite → fuite aortique. Seule situation où l'on ferme une CIV même sans shunt significatif.
  • La fermeture spontanée concerne surtout les petites CIV musculaires et, dans 8 à 35 % des cas, les périmembraneuses. Elle est nulle quand les bordures sont fibreuses — inlet du canal atrio-ventriculaire, juxta-artérielle — et pour le malalignement ; les variantes entièrement musculaires de même topographie, elles, peuvent se fermer. La fenêtre est la première année.
  • Chez qui l'on ne ferme pas : la petite CIV sans retentissement, et surtout le syndrome d'Eisenmenger — contre-indication absolue. Le défaut y est devenu la soupape d'un ventricule droit supra-systémique.
  • Au stade d'Eisenmenger, trois règles de sécurité : la grossesse est formellement contre-indiquée (contraception dès l'adolescence) ; l'érythrocytose est adaptativepas de saignée systématique, on corrige la carence martiale ; filtre à air sur toute voie veineuse, à cause de l'embolie paradoxale.
  • Devant toute CIV large avec hypertension pulmonaire, avant de fermer : cathétérisme, résistances indexées, test de réversibilité au monoxyde d'azote. Ce qui autorise, ce n'est pas le chiffre de pression, c'est la réversibilité.

14. Pièges fréquents

⚠️ Pièges fréquents
  • Croire qu'un gros souffle signe une grosse cardiopathie. C'est l'inverse : le souffle intense signe un petit défaut restrictif. La CIV la plus dangereuse est souvent la plus silencieuse.
  • Se réjouir d'une amélioration chez un nourrisson porteur d'une CIV large. Souffle qui s'efface, hépatomégalie qui régresse : ce peut être l'égalisation des pressions. Échographie et saturation avant de conclure.
  • Rassurer un nouveau-né porteur d'une CIV large parce qu'il est asymptomatique. Les résistances pulmonaires néonatales masquent le shunt : le tableau apparaît vers un à deux mois, plus tôt chez le prématuré.
  • Appliquer « trop jeune pour être malade » à un nouveau-né qui va mal. Un nouveau-né porteur d'une CIV qui se dégrade dans les dix premiers jours n'a pas une insuffisance cardiaque de shunt : c'est une lésion obstructive gauche ducto-dépendante jusqu'à preuve du contraire. Pouls fémoraux, gradient bras-jambe, gaz du sang — puis prostaglandine E1.
  • Saigner un patient au stade d'Eisenmenger parce qu'il est polyglobulique. L'érythrocytose y est adaptative ; les saignées itératives créent une carence martiale et majorent le risque d'accident vasculaire cérébral. On corrige le fer, on ne saigne pas de principe.
  • Écrire « CIV de 4 mm » sans préciser le siège. Le siège commande la fermeture spontanée, le risque aortique, les malformations associées et la faisabilité percutanée.
  • Croire que le siège règle l'importance du shunt. Il n'a aucune influence sur elle : seules la taille du défaut et les résistances pulmonaires la déterminent.
  • Oublier la valve aortique devant une petite CIV. Un souffle diastolique nouveau chez un enfant suivi pour une CIV périmembraneuse ou infundibulaire, c'est un Laubry-Pezzi jusqu'à preuve du contraire — et une indication opératoire quel que soit le shunt.
  • Prendre un prolapsus qui obstrue le défaut pour une guérison. Le shunt diminue au prix de la valve : le pronostic bascule du shunt vers la fuite aortique.
  • Prendre un défaut de Gerbode pour une hypertension pulmonaire. Le shunt ventricule gauche - oreillette droite donne un flux systolique très rapide qui simule une insuffisance tricuspide et fait calculer des pressions fantaisistes.
  • Prendre une accélération de débit pour une sténose pulmonaire protectrice. Un hyperdébit à travers une valve normale crée un gradient : croire à une protection que l'on n'a pas, c'est laisser s'installer l'hypertension pulmonaire.
  • Fermer une CIV au stade d'Eisenmenger. C'est supprimer la soupape d'un ventricule droit supra-systémique et précipiter la défaillance droite. Devant une cyanose, une désaturation à l'effort ou des résistances non réversibles : ne pas fermer, adresser en centre expert.

Sources

  1. MESSAOUDI Y. Prise en charge des communications interventriculaires. Module d'auto-apprentissage, Faculté de Médecine Ibn El Jazzar de Sousse ; année universitaire 2022-2023. document interne, non publié
  2. Chantepie A. Communications interventriculaires. EMC - Cardiologie-Angéiologie. 2005;2(2):202-30. doi:10.1016/j.emcaa.2005.03.001
  3. Soto B, Becker AE, Moulaert AJ, Lie JT, Anderson RH. Classification of ventricular septal defects. Br Heart J. 1980;43(3):332-43. doi:10.1136/hrt.43.3.332
  4. Haworth SG. Pulmonary vascular disease in ventricular septal defect: structural and functional correlations in lung biopsies from 85 patients, with outcome of intracardiac repair. J Pathol. 1987;152(3):157-68. doi:10.1002/path.1711520304
  5. Baumgartner H, De Backer J, Babu-Narayan SV, et al. 2020 ESC Guidelines for the management of adult congenital heart disease. Eur Heart J. 2021;42(6):563-645. doi:10.1093/eurheartj/ehaa554
  6. Stout KK, Daniels CJ, Aboulhosn JA, et al. 2018 AHA/ACC Guideline for the Management of Adults With Congenital Heart Disease: A Report of the American College of Cardiology/American Heart Association Task Force on Clinical Practice Guidelines. Circulation. 2019;139(14):e698-e800. doi:10.1161/CIR.0000000000000603
  7. Penny DJ, Vick GW 3rd. Ventricular septal defect. Lancet. 2011;377(9771):1103-12. doi:10.1016/S0140-6736(10)61339-6
  8. Kidd L, Driscoll DJ, Gersony WM, et al. Second natural history study of congenital heart defects. Results of treatment of patients with ventricular septal defects. Circulation. 1993;87(2 Suppl):I38-51. PubMed 8425321
  9. Delgado V, Ajmone Marsan N, de Waha S, et al. 2023 ESC Guidelines for the management of endocarditis. Eur Heart J. 2023;44(39):3948-4042. doi:10.1093/eurheartj/ehad193

Cours de la Pr Ag Yosra Messaoudi, Faculté de Médecine de Sousse.

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