- Définir une communication interauriculaire et la distinguer formellement d'un foramen ovale perméable, dont l'anatomie, le type de shunt et la prise en charge sont entièrement différents
- Décrire la septation atriale normale en trois temps et en déduire l'origine embryologique de chacun des types de communication interauriculaire
- Énumérer les quatre formes anatomiques — ostium secundum, ostium primum, sinus venosus, sinus coronaire — avec leur fréquence, leurs anomalies associées et le mode de fermeture qui leur correspond
- Expliquer pourquoi le shunt d'une CIA est volumétrique, pré-tricuspide et silencieux, et pourquoi son importance dépend de la compliance ventriculaire plus que de la taille du défect
- Reconnaître le tableau clinique de l'enfant et les cinq circonstances de découverte chez l'adulte, et savoir qu'une auscultation normale n'élimine pas le diagnostic
- Analyser le souffle systolique pulmonaire et le dédoublement fixe du deuxième bruit en termes de mécanisme, et établir qu'aucun des deux n'est le bruit du shunt
- Interpréter l'électrocardiogramme et la radiographie de thorax d'une CIA, et énoncer les cinq questions auxquelles le compte rendu échocardiographique doit répondre
- Poser l'indication de fermeture sur le retentissement — surcharge droite, Qp/Qs supérieur à 1,5, résistances pulmonaires — et non sur le diamètre du défect, et situer le moment optimal du geste
- Énoncer les critères anatomiques d'éligibilité à une fermeture percutanée, dont l'analyse des cinq berges septales et la règle de proportion
- Décrire l'évolution d'une CIA vieillie de l'adulte — arythmies atriales, hypertension pulmonaire, insuffisance cardiaque droite — et fixer les limites au-delà desquelles la fermeture devient délétère
1. Une communication interauriculaire — et ce qui n'en est pas une
1.1. Définition
Une communication interauriculaire (CIA) est une perte de substance du septum interauriculaire qui fait communiquer en permanence les deux oreillettes. Le sang y passe de gauche à droite non par différence de pression — elle est minime — mais parce que les cavités droites sont plus compliantes : elles se laissent remplir plus facilement.
Deux qualificatifs commandent tout ce qui suit. Le shunt est pré-tricuspide : le volume surnuméraire traverse oreillette droite, valve tricuspide, ventricule droit, valve pulmonaire et lit pulmonaire — toutes ces structures sont dilatées par le volume, et c'est cette dilatation qui fait la maladie. Il est aussi volumétrique, non barométrique : à la différence d'une communication interventriculaire large, il n'impose pas d'emblée une pression élevée au lit pulmonaire, il ajoute du débit. Or les artères pulmonaires acceptent longtemps un débit doublé sans élever leur pression : c'est la raison profonde de la tolérance prolongée.
1.2. Le foramen ovale perméable n'est pas une CIA
1.3. Épidémiologie et terrain
La CIA représente environ 10 % des cardiopathies congénitales de l'enfant, avec une prépondérance féminine de deux pour un ; l'ostium secundum touche 1 naissance vivante sur 1 500. Mais le chiffre qui définit la maladie est ailleurs : c'est la cardiopathie congénitale la plus fréquente de l'adulte (environ 30 % d'entre elles), et un tiers des CIA sont découvertes après 18 ans.
La grande majorité des cas est sporadique. Trois situations en sortent.
- Les formes familiales avec bloc auriculo-ventriculaire du premier degré (gène NKX2-5) : devant une CIA avec PR long, interrogez la famille et faites-la dépister par électrocardiogramme. L'enjeu n'est pas seulement génétique — le trouble de conduction y est évolutif, du premier degré jusqu'au bloc complet ; il n'est pas corrigé par la fermeture du défect et expose à la syncope et à la mort subite. D'où une surveillance électrocardiographique et Holter à vie, avec indication de stimulateur cardiaque en cas de progression.
- Le syndrome de Holt-Oram (gène TBX5), autosomique dominant, qui associe des anomalies du membre supérieur, notamment un pouce triphalangé — regardez les mains.
- Les embryofœtopathies (alcoolisation fœtale) ; les aberrations chromosomiques, au premier rang la trisomie 21, associée à l'ostium primum ; et les syndromes monogéniques, dont le syndrome de Noonan. Ce dernier n'est pas une aberration chromosomique mais une RASopathie autosomique dominante (gène PTPN11 dans environ la moitié des cas, puis SOS1, RAF1…), à caryotype normal : un caryotype normal ne l'élimine donc jamais. Sa cardiopathie la plus caractéristique est la sténose pulmonaire valvulaire dysplasique, la CIA venant au second rang.
2. Physiopathologie : ce que le shunt fait au cœur
2.1. Ce qui détermine l'importance du shunt
Contrairement à une intuition tenace, la taille du défect n'est pas le seul déterminant, ni souvent le principal. Le débit shunté dépend aussi de la compliance relative des deux ventricules — facteur dominant ; de la compliance des oreillettes et du rythme ; des obstacles en aval (un rétrécissement mitral majore le shunt, un rétrécissement pulmonaire le diminue) ; et des anomalies associées, notamment un retour veineux pulmonaire anormal.
Cette dépendance à la compliance explique deux comportements qui déroutent. En cas de défaillance du ventricule gauche, celui-ci devient rigide, la pression de l'oreillette gauche monte et le shunt gauche-droite augmente : le patient ne fait pas d'œdème pulmonaire, mais une congestion droite — la CIA joue le rôle d'une soupape. En cas de défaillance droite ou d'élévation des résistances pulmonaires, c'est l'inverse : le shunt diminue, puis s'inverse, et la cyanose apparaît.

2.2. La chaîne des conséquences
- Surcharge de l'oreillette droite → dilatation et hyperdébit tricuspide → roulement diastolique tricuspide par rétrécissement tricuspide relatif ; à long terme, fibrose atriale et arythmies.
- Surcharge du ventricule droit → dilatation et allongement du temps d'éjection → retard de fermeture des sigmoïdes pulmonaires → dédoublement de B2 ; dépolarisation allongée → bloc de branche droit incomplet.
- Hyperdébit à travers une valve pulmonaire normale → souffle systolique éjectionnel par rétrécissement pulmonaire relatif.
- Hyperdébit pulmonaire chronique → dilatation du tronc de l'artère pulmonaire et hypervascularisation radiologique ; puis, chez une minorité de patients et après des décennies, artériolite pulmonaire, hypertension pulmonaire fixée et syndrome d'Eisenmenger.
2.3. Pourquoi la tolérance est si longue
Le lit vasculaire pulmonaire est un système à basse pression et à grande réserve : il accepte deux à trois fois le débit normal en recrutant et en distendant ses capillaires, sans élever sa pression. C'est cette propriété, non la petite taille du défect, qui explique qu'un enfant porteur d'une CIA large soit asymptomatique. D'où la règle : l'absence de symptôme n'est pas l'absence de retentissement. Ce qui se dilate silencieusement, ce sont les cavités droites.
3. Reconnaître : circonstances de découverte et examen physique
3.1. Chez le nourrisson et l'enfant
Le tableau est celui du silence : enfant rose, croissance normale, pas d'insuffisance cardiaque. Le diagnostic se fait le plus souvent sur un souffle systolique modéré découvert à un examen systématique vers quelques mois. En cas de shunt important : fatigabilité et infections bronchiques récidivantes. Chez le grand enfant, on cherche une déformation thoracique.
3.2. Chez l'adulte
C'est ici que se joue le piège du cours. Les patients restent asymptomatiques jusqu'à l'âge adulte et la plupart deviennent symptomatiques après 40 ans. Cinq circonstances doivent faire penser à une CIA chez un adulte réputé sain :
- une dyspnée d'effort très progressive, mise sur le compte de l'âge ou du déconditionnement — le patient a adapté son mode de vie année après année ;
- des palpitations révélant une fibrillation ou un flutter auriculaire ;
- des signes d'insuffisance cardiaque droite, souvent précipités par le passage en arythmie, après 50 ans ;
- un accident ischémique cérébral, par embolie paradoxale ou sur fibrillation atriale ;
- bien plus rarement aujourd'hui, une cyanose par inversion du shunt.
3.3. L'auscultation : quatre signes, un seul spécifique
À la palpation : absence de frémissement — le shunt est à basse vitesse — et éventuel signe de Harzer.
| Signe | Caractères | Mécanisme et valeur |
|---|---|---|
| Souffle systolique | Doux, éjectionnel, 1 à 3 sur 6, maximum aux 2e-3e espaces intercostaux gauches, irradiant vers le dos et les aisselles | Rétrécissement pulmonaire relatif : hyperdébit à travers une valve pulmonaire normale. Sensible, non spécifique — ce n'est pas le bruit du shunt |
| Dédoublement large et fixe de B2 | Au foyer pulmonaire ; l'écart des deux composantes ne varie pas avec la respiration | Retard permanent de fermeture pulmonaire et abolition de la variation respiratoire du remplissage droit. Signe cardinal, quasi spécifique |
| Roulement diastolique tricuspide | Bas situé, à l'appendice xiphoïde, souvent discret | Rétrécissement tricuspide relatif. Signe un shunt important |
| B1 fort | Au foyer tricuspide ; inconstant | Fermeture vigoureuse d'une valve tricuspide largement ouverte sur un ventricule droit surchargé. Ni sensible ni spécifique |
Avertissement capital chez l'adulte : souffle et dédoublement fixe y deviennent inconstants — emphysème, obésité, baisse du débit shunté. Une auscultation normale n'élimine pas une CIA.
4. Embryologie et classification anatomique : quatre maladies sous un même nom
Le tableau clinique décrit plus haut recouvre en réalité quatre malformations d'embryologie, de pronostic et de traitement différents.
4.1. La septation atriale en trois temps
La cloison interauriculaire n'est pas un mur : c'est un système à deux feuillets décalés, fait pour laisser passer le sang de droite à gauche in utero, puis se fermer à la naissance.
- Vers le 27e-28e jour, une première cloison, le septum primum, descend du toit de l'oreillette primitive vers les bourrelets endocardiques. L'espace laissé au-dessous d'elle est l'ostium primum, qui se ferme lorsque le septum primum rejoint les bourrelets.
- Avant qu'il ne se ferme, la partie haute du septum primum se fenêtre par apoptose : c'est l'ostium secundum, qui prend le relais et maintient la communication fœtale.
- Vers la 5e-6e semaine, une seconde cloison musculaire, le septum secundum, se développe à droite de la première et recouvre partiellement l'ostium secundum sans le fermer. Le décalage laisse un chenal oblique, le foramen ovale : valve à sens unique qui se plaque à la naissance, quand la pression gauche dépasse la droite.
Cette architecture explique tout : un défaut de fermeture en bas donne l'ostium primum ; un excès de résorption en haut, ou un septum secundum trop court, l'ostium secundum ; l'absence de fusion des deux feuillets, sans perte de substance, le foramen ovale perméable — qui n'est donc pas une CIA.
4.2. Les quatre formes anatomiques
| Type | % | Siège et mécanisme | Associations | Traitement |
|---|---|---|---|---|
| Ostium secundum | ~70 | Région de la fosse ovale : déhiscence du septum primum, plus rarement du secundum. Centrale, supérieure, inférieure, postérieure ou multiple | Anévrysme septal, septum multiperforé, retour veineux anormal (≈ 10 %), prolapsus mitral | Fermeture percutanée si les berges le permettent ; sinon chirurgie |
| Ostium primum | ~10-15 | Partie basse du septum, en continuité avec les valves auriculo-ventriculaires | Spectre du canal atrio-ventriculaire : fente de la valve auriculo-ventriculaire gauche avec fuite mitrale ; trisomie 21 | Chirurgie obligatoire : fermeture et réparation de la fente. Jamais de dispositif |
| Sinus venosus | ~10 | Pas un défect du septum lui-même : déhiscence de la paroi séparant les veines pulmonaires droites de la veine cave supérieure (forme haute) ou inférieure (rare) | Retour veineux pulmonaire anormal quasi constant ; prépondérance masculine | Chirurgie : patch de redirection ou intervention de Warden |
| Sinus coronaire | < 1 | Défaut du toit du sinus coronaire, total (unroofed) ou partiel. Shunt : oreillette gauche → sinus coronaire → oreillette droite | Veine cave supérieure gauche persistante | Chirurgie |
4.3. Formes associées à connaître
- Retour veineux pulmonaire anormal partiel : l'anomalie associée la plus fréquente. Il ajoute son propre shunt et modifie le geste. À évoquer devant une dilatation droite disproportionnée par rapport au défect visible.
- Anévrysme du septum : bombement de plus de 10 à 15 mm, souvent fenêtré, avec risque d'embolie paradoxale.
- Rétrécissement pulmonaire valvulaire : souffle plus intense, hypertrophie ventriculaire droite électrique plus marquée.
- Syndrome de Lutembacher : CIA et rétrécissement mitral rhumatismal. Le rétrécissement élève la pression de l'oreillette gauche et majore le shunt ; en retour, la CIA décomprime l'oreillette gauche et atténue le gradient mitral. Deux maladies qui se masquent l'une l'autre.
5. Confirmer et quantifier : ECG, radiographie, échocardiographie
5.1. L'électrocardiogramme
Le rythme est le plus souvent sinusal chez l'enfant et l'adulte jeune ; les arythmies supraventriculaires sont tardives. Les anomalies caractéristiques traduisent la surcharge volumétrique droite : déviation axiale droite ; aspect rsR' en V1-V2 et en aVR, c'est-à-dire un bloc de branche droit incomplet, l'amplitude de R' étant grossièrement corrélée à la surcharge ; hypertrophie ventriculaire droite franche si rétrécissement pulmonaire ou hypertension pulmonaire associés. Deux indices précieux : un bloc auriculo-ventriculaire du premier degré évoque une forme familiale, et une déviation axiale gauche avec hémibloc antérieur gauche — l'inverse de ce qu'on attend — évoque un ostium primum.

5.2. La radiographie de thorax
Ce n'est plus un examen diagnostique, mais c'est souvent celui qui alerte, parce qu'il est fait pour autre chose : cardiomégalie par dilatation droite, saillie de l'arc moyen gauche par dilatation du tronc de l'artère pulmonaire, hypervascularisation artérielle pulmonaire jusqu'aux périphéries. Chez l'adulte, le volume cardiaque augmente progressivement : comparer les clichés anciens est instructif.

5.3. L'échocardiographie : l'examen clé
Elle affirme le diagnostic, en précise le type, mesure le retentissement et guide le traitement. Le compte rendu doit répondre explicitement à cinq questions :
- Quel type ? Siège, taille, nombre, aspect du septum (anévrysmal, multiperforé), hauteur septale totale.
- Quelles berges ? Leur mesure conditionne l'éligibilité percutanée (section 8).
- Quel retentissement ? Dilatation de l'oreillette et du ventricule droits, mouvement paradoxal du septum interventriculaire — signe direct de surcharge volumétrique droite.
- Quel shunt ? Direction au Doppler pulsé, cartographie couleur, rapport des débits pulmonaire et systémique (Qp/Qs).
- Quelles pressions, quelles lésions associées ? Pression pulmonaire estimée sur l'insuffisance tricuspide, retour veineux anormal, fente mitrale, rétrécissement mitral.

Quatre repères suffisent ici. La coupe sous-costale est la référence chez l'enfant : le faisceau y est perpendiculaire au septum. La coupe apicale expose à des faux positifs par perte d'écho, le faisceau étant parallèle au septum : le Doppler couleur tranche. La parasternale petit axe, à hauteur des gros vaisseaux, montre le défect en position rétro-aortique et sert à l'analyse des berges rétro-aortique et postérieure — à ne pas confondre avec la parasternale grand axe, qui n'expose pas le septum interauriculaire de façon exploitable. L'échocardiographie transœsophagienne devient indispensable chez l'adulte peu échogène.
5.4. Les autres examens, et leur juste place
Le cathétérisme droit est inutile au diagnostic : ses seules indications sont l'hypertension pulmonaire — résistances et test de réversibilité — et le doute sur un retour veineux anormal. L'oxymétrie étagée y montre un saut oxymétrique auriculaire, la saturation dans l'oreillette droite dépassant celle des veines caves : un saut d'au moins 7 points est retenu comme significatif à l'étage auriculaire dans les manuels de cathétérisme, et le chiffre de 10 points, souvent cité, correspond déjà à un shunt franc (voir le cours 44, Le cathétérisme cardiaque droit et gauche). Le scanner ou l'IRM cartographient un retour veineux anormal. L'exploration électrophysiologique est réservée aux troubles du rythme documentés (voir le cours 35, Les troubles du rythme cardiaque).
6. Histoire naturelle : ce que le temps fait à une CIA
| Période | Ce qui se passe | Ce qu'on observe |
|---|---|---|
| 0 à 3 ans | Fermeture spontanée possible : une petite CIA — de 5 à 8 mm ou moins — peut se fermer, souvent avant 18 mois, et d'autant plus volontiers qu'elle est plus petite | Enfant asymptomatique : on surveille avant de décider |
| Enfance, adolescence | Le lit pulmonaire absorbe l'hyperdébit sans élever sa pression | Excellente tolérance, dilatation droite silencieuse. Endocardite exceptionnelle |
| 20 à 40 ans | La compliance du ventricule gauche diminue et la dilatation atriale agrandit le défect → le shunt augmente | Premiers symptômes, attribués au déconditionnement. Pressions pulmonaires en hausse après la 2e décennie |
| Après 30-40 ans | L'oreillette droite dilatée et fibrosée devient arythmogène | Fibrillation et flutter auriculaire ; accidents thromboemboliques |
| Après 50 ans | Débit et résistances pulmonaires augmentent ; dysfonction droite favorisée par l'arythmie | Insuffisance cardiaque droite, hypertension pulmonaire modérée : la « CIA vieillie » |
| Évolution rare | Artériolite pulmonaire : hypertrophie de la média, prolifération intimale, fibrose → hypertension pulmonaire fixée | Syndrome d'Eisenmenger : pressions droites supra-systémiques, shunt inversé, cyanose, polyglobulie. Fermeture formellement contre-indiquée |
Deux remarques sur l'Eisenmenger, souvent mal situé. Il est rare sur une CIA — bien plus que sur une communication interventriculaire ou un canal artériel, parce que le lit pulmonaire n'a jamais subi de régime de pression. Et il apparaît volontiers dès la deuxième décennie, très rarement après 35 ans, ce qui suggère une prédisposition génétique. Qui a passé la trentaine sans Eisenmenger ne le fera probablement jamais — mais il fera de l'arythmie et de l'insuffisance cardiaque droite.
7. Fermer : le principe, le moment, les deux techniques
7.1. Qui fermer
Le principe tient en une phrase : on ferme un retentissement, pas un trou. Trois éléments fondent la décision, et le diamètre du défect n'en fait pas partie : la surcharge volumétrique des cavités droites — dilatation droite, mouvement septal paradoxal — critère central ; un Qp/Qs supérieur à 1,5 ; l'absence d'hypertension pulmonaire fixée.
7.2. Quand fermer
Chez l'enfant, l'âge de référence est de 3 à 5 ans et le poids optimal pour la voie percutanée d'environ 15 kg — le calibre des désilets et l'espace intra-atrial dictent cette limite. On ferme plus tôt si le shunt est mal toléré, on attend 2 à 3 ans devant un petit défect susceptible de se fermer seul. Chez l'adulte, on ferme dès le diagnostic si les conditions sont réunies, quel que soit l'âge — la question n'étant plus « faut-il attendre ? » mais « n'est-il pas trop tard ? » (section 10).
7.3. Comment fermer
| Fermeture percutanée | Chirurgie | |
|---|---|---|
| Indication | CIA ostium secundum d'anatomie favorable | Toutes les autres formes ; ostium secundum à berges insuffisantes ou trop large ; lésion associée à traiter |
| Principe | Prothèse à double disque en nitinol déployée à cheval sur le septum par voie veineuse fémorale, sous contrôle échographique et scopique | Sous circulation extracorporelle : suture directe ou patch, redirection des veines pulmonaires, réparation de la fente si ostium primum |
| Avantages | Ni sternotomie ni circulation extracorporelle, hospitalisation courte, pas de cicatrice atriale — donc pas de flutter cicatriciel | Applicable à toutes les anatomies ; traite les lésions associées dans le même temps |
| Après le geste | Antiagrégant plaquettaire 6 mois, le temps de l'endothélialisation : aspirine 3 à 5 mg/kg/j chez l'enfant, sans dépasser 75 à 100 mg/j ; 75 à 100 mg/j chez l'adulte. Prophylaxie de l'endocardite 6 mois | Surveillance habituelle ; risque de flutter cicatriciel par atriotomie. Si un patch a été utilisé — ce qui est la règle dans l'ostium primum, le sinus venosus et le sinus coronaire — : prophylaxie de l'endocardite 6 mois, exactement comme après une prothèse percutanée |
7.4. Ce qu'on peut attendre — et ce qu'on ne peut pas
Les résultats sont excellents si la fermeture est précoce : fermée avant 20 ans, une CIA donne une espérance de vie comparable à celle de la population générale, et les complications sont rares. Mais ce qu'on ne peut pas attendre doit être annoncé : fermer ne guérit pas une arythmie déjà installée et n'efface pas un remodelage atrial constitué. C'est l'argument décisif en faveur d'une fermeture au bon moment.
8. L'anatomie du septum et l'éligibilité percutanée — pour aller plus loin
8.1. Lire un septum : les berges
Un dispositif percutané tient parce que ses deux disques prennent appui sur du tissu septal de part et d'autre du défect. La berge est la longueur de septum entre le bord du défect et la structure voisine.
| Berge | Structure voisine et plan d'analyse | Importance |
|---|---|---|
| Rétro-aortique | Racine aortique ; petit axe de la base, 30-45° | La seule dont l'absence n'est pas une contre-indication ; souvent déficiente |
| Postérieure (appelée postéro-inférieure dans le diaporama source) | Paroi postérieure de l'oreillette et veines pulmonaires droites ; petit axe 30-45°, transœsophagien 0° | Critique : son absence contre-indique en pratique le dispositif |
| Cave supérieure | Veine cave supérieure ; bicave 90-120° | Critique. Son absence doit faire chercher une forme sinus venosus |
| Cave inférieure | Veine cave inférieure et valvule d'Eustachi ; bicave 90-120° | La plus critique : son absence contre-indique formellement le dispositif (embolisation) |
| Vers les valves auriculo-ventriculaires | Anneaux mitral et tricuspide ; 4 cavités, 0° | Critique ; son absence définit l'ostium primum, jamais fermé par voie percutanée |

L'échocardiographie tridimensionnelle transœsophagienne apporte ce que le bidimensionnel ne donne pas : la vue en face du septum, qui montre d'un seul regard la géométrie réelle du défect — ronde, ovale, en membrane, multiperforée — et la répartition circonférentielle des berges. Un défect ovale mesuré sur son petit axe est sous-estimé en deux dimensions.
8.2. Les critères de sélection
- Type : ostium secundum, exclusivement ; diamètre étiré ≤ 38-40 mm.
- Berges ≥ 5 mm pour toutes, sauf la berge rétro-aortique dont l'absence est tolérée.
- Règle de proportion : le diamètre maximal du défect augmenté de 14 mm doit rester inférieur à la longueur totale du septum — le disque doit se déployer sans déborder.
- Absence d'autre lésion chirurgicale et de retour veineux pulmonaire anormal.
Deux nuances mal connues : les CIA multiples ne sont pas une contre-indication absolue — on peut implanter deux dispositifs, ou un seul couvrant plusieurs fenestrations proches ; et l'absence de berge rétro-aortique n'en est pas une non plus. En revanche, des berges très souples et fines, qui se dérobent au ballon, sont plus dangereuses qu'une berge courte mais ferme.
Enfin, le diamètre échographique sous-estime souvent la taille fonctionnelle du défect, dont les bords sont distensibles : la mesure au ballon de calibrage donne le diamètre étiré qui sert à choisir la prothèse. Beaucoup d'équipes s'en passent au profit du 3D transœsophagien.
9. Indications, contre-indications et modalités — pour aller plus loin
9.1. Ce que disent les recommandations
Les recommandations européennes (ESC 2020) et américaines (AHA/ACC 2018) convergent sur une logique : c'est la surcharge droite qui indique, ce sont les résistances pulmonaires qui contre-indiquent.
| Situation | Conduite | Force |
|---|---|---|
| Surcharge volumétrique du ventricule droit, sans hypertension pulmonaire ni maladie du cœur gauche, symptomatique ou non | Fermeture recommandée | Classe I |
| CIA ostium secundum d'anatomie favorable | Voie percutanée = méthode de choix | Classe I |
| Suspicion d'embolie paradoxale, autres causes exclues | À considérer, indépendamment de la taille du shunt | Classe IIa |
| Résistances pulmonaires ≥ 3 et < 5 unités Wood, shunt gauche-droite persistant (Qp/Qs > 1,5) | À considérer, en centre spécialisé | Classe IIa |
| Résistances ≥ 5 unités Wood abaissées sous traitement vasodilatateur ciblé, Qp/Qs > 1,5 | Éventuellement discutée en centre expert, parfois avec dispositif fenêtré | Classe IIb |
| Syndrome d'Eisenmenger ; résistances ≥ 5 unités Wood malgré traitement ciblé ; désaturation à l'effort | Contre-indiquée | Classe III |
| CIA sans surcharge droite, sans antécédent embolique | Abstention et surveillance | — |
9.2. La zone grise de l'hypertension pulmonaire
C'est la décision la plus difficile de la pathologie. Tant que les artérioles pulmonaires sont saines, l'hyperdébit n'élève pas la pression : le shunt reste gauche-droite et la fermeture restitue une circulation normale. Lorsqu'elles se remodèlent, les résistances montent, le shunt diminue, puis s'inverse. À ce stade, la CIA n'est plus une maladie, c'est une soupape : elle décharge un ventricule droit dépassé, et la fermer revient à le condamner. D'où une démarche en trois temps.
- Vérifier le chiffre — et vérifier de quelle pression on parle. L'estimation échographique est majorée par le gradient transvalvulaire pulmonaire lié à l'hyperdébit lui-même. Surtout, l'échocardiographie n'estime pas la pression pulmonaire moyenne : elle estime la pression systolique, à partir du flux d'insuffisance tricuspide (section 5.3). Une PAP systolique estimée au-delà de 40 à 45 mmHg — ou tout autre signe non invasif d'hypertension pulmonaire — impose une évaluation hémodynamique invasive avant de poser l'indication de fermeture. Retenir un seuil de 45 mmHg de moyenne reviendrait à n'explorer que les hypertensions pulmonaires déjà sévères, c'est-à-dire à laisser passer en fermeture précisément les patients dont les résistances sont en train de monter.
- Mesurer les résistances par cathétérisme droit, avec oxymétrie étagée et calcul du Qp/Qs.
- Tester la réversibilité : vasodilatateurs pulmonaires, au premier rang desquels le monoxyde d'azote inhalé ; parfois test d'occlusion au ballon du défect. La persistance d'un shunt gauche-droite est en elle-même un argument favorable.
9.3. La procédure percutanée

Par voie veineuse fémorale, sous double guidage scopique et échographique, la prothèse est déployée disque gauche d'abord, puis disque droit ; avant largage, on vérifie sa stabilité et l'absence de conflit avec les valves, l'aorte, le sinus coronaire et les veines pulmonaires. Complications spécifiques, rares mais graves : embolisation du dispositif, érosion de la paroi auriculaire ou de la racine aortique — favorisée par une berge rétro-aortique absente et une prothèse surdimensionnée —, thrombose sur prothèse, bloc auriculo-ventriculaire.
9.4. La prophylaxie après fermeture percutanée
- Moins de 50 ans, sans antécédent de fibrillation atriale : antiagrégant plaquettaire 6 mois — aspirine 3 à 5 mg/kg/j chez l'enfant, sans dépasser 75 à 100 mg/j ; 75 à 100 mg/j chez l'adulte.
- Plus de 50 ans, sans antécédent de fibrillation atriale : anticoagulation orale 3 mois, puis antiagrégant 3 mois — risque d'arythmie précoce. Cette stratégie est celle retenue dans ce cours et par de nombreuses équipes ; les recommandations ESC 2020 et AHA/ACC 2018 ne prescrivent, elles, qu'un antiagrégant après fermeture percutanée.
- Fibrillation atriale permanente préexistante : anticoagulation orale poursuivie au long cours.
- Endocardite : prophylaxie 6 mois après toute fermeture utilisant du matériel prothétique — prothèse percutanée ou patch chirurgical —, le temps de l'endothélialisation ; au-delà, le risque redevient exceptionnel. Une suture directe, sans matériel, n'en relève pas.
10. La CIA vieillie de l'adulte — pour aller plus loin
10.1. Pourquoi le shunt grossit avec l'âge
L'aggravation clinique et hémodynamique avec l'âge est constante, et procède de deux facteurs successifs.
À partir de 20 ans, l'augmentation progressive du shunt gauche-droite. Deux causes s'additionnent : la diminution naturelle de la compliance du ventricule gauche — accentuée par l'hypertension artérielle, la maladie coronaire, le diabète — élève la pression de l'oreillette gauche et pousse davantage de sang vers la droite ; et la dilatation des oreillettes augmente le calibre du défect. Voilà le mécanisme central de la CIA vieillie, parfaitement contre-intuitif : ce sont les maladies acquises du cœur gauche qui aggravent la malformation congénitale.
Surtout après 50 ans, l'élévation du débit et des résistances pulmonaires, l'hyperdébit chronique altérant très progressivement le lit vasculaire. D'où le tableau typique : hypertension pulmonaire modérée, insuffisance cardiaque droite, fibrillation auriculaire.
10.2. Le tableau du patient de plus de cinquante ans
L'ECG montre un allongement progressif de QRS — le bloc de branche droit incomplet devient complet — et surtout une fibrillation ou un flutter auriculaire. L'échocardiographie doit répondre à des questions supplémentaires : quantifier la fonction ventriculaire droite, mesurer la pression pulmonaire systolique en se méfiant de la surestimation liée à l'hyperdébit, et — point souvent oublié — évaluer la fonction systolo-diastolique du ventricule gauche, dont dépend la tolérance de la fermeture.
10.3. Fermer après quarante ans : le bénéfice réel
| Âge à la fermeture | Survie | Morbidité |
|---|---|---|
| Avant 20 ans | Identique à la population générale | Arythmies rares si la correction a lieu avant 25 ans |
| 20 à 40 ans | Gain modeste mais réel | Réduction nette des symptômes et du remodelage droit |
| Après 40 ans | Pas d'impact démontré sur la mortalité | Réduction de la morbidité : hypertension pulmonaire, insuffisance cardiaque, accident vasculaire cérébral. Amélioration fonctionnelle constante |
Le bénéfice fonctionnel est mesurable : les patients asymptomatiques augmentent leur consommation maximale d'oxygène à six mois, les symptomatiques s'améliorent nettement. Deux mécanismes : la baisse des pressions pulmonaires et un meilleur remplissage du ventricule gauche, qui n'est plus court-circuité. Les séries de fermeture percutanée chez le sujet âgé le montrent bien : le diamètre télédiastolique du ventricule droit diminue dès le troisième mois, tandis que celui du ventricule gauche augmente — il récupère le volume qui lui manquait. S'y ajoute la réduction d'une insuffisance tricuspide fonctionnelle.
10.4. Le piège de la fermeture chez le sujet âgé
11. Arythmies tardives, grossesse et suivi — pour aller plus loin
11.1. Risque rythmique et embolique
C'est la complication qui domine le devenir des CIA fermées tardivement, et elle obéit à une règle simple : le remodelage auriculaire est peu ou pas réversible.
- Correction avant 25 ans : arythmies rares.
- Fermeture chirurgicale au-delà de 40 ans : environ 10 % de fibrillation atriale dans les six mois.
- Fermeture chirurgicale avant 40 ans : le trouble typique n'est pas la fibrillation mais la tachycardie par réentrée intra-atriale ou le flutter cicatriciel lié à l'atriotomie ; ablation par radiofréquence souvent efficace.
- CIA non réparée, ou réparée après 40 ans : le trouble typique est la fibrillation auriculaire. La fermeture après 40 ans ne semble pas modifier la prévalence de ces arythmies.
- La voie percutanée a un avantage propre : sans atriotomie, pas de flutter cicatriciel.
Toute fermeture tardive impose donc une surveillance rythmique régulière : interrogatoire, ECG, Holter au moindre symptôme.
Un mot des embolies, enfin : deux mécanismes coexistent et ne se confondent pas. L'embolie paradoxale suppose une inversion transitoire du shunt, favorisée par un anévrysme septal ou une manœuvre de Valsalva : elle peut survenir même sur une petite CIA. L'embolie cardiaque sur fibrillation atriale est le mécanisme dominant des accidents vasculaires cérébraux tardifs. La distinction commande le traitement : la fermeture protège de la première, l'anticoagulation de la seconde.
11.2. Grossesse
Une CIA non fermée sans hypertension pulmonaire est en règle bien tolérée : risque maternel modérément augmenté, catégorie II de la classification modifiée de l'Organisation mondiale de la santé retenue par l'ESC. L'augmentation physiologique du volume plasmatique majore cependant le shunt. Le risque spécifique est l'embolie paradoxale, favorisée par l'hypercoagulabilité de la grossesse et du post-partum — d'où mobilisation précoce, contention et, si le risque est élevé, thromboprophylaxie — et, au bloc comme en salle de naissance, la même règle de purge des voies veineuses et de filtre à air rappelée ci-dessus. À l'opposé, une CIA avec hypertension pulmonaire sévère ou syndrome d'Eisenmenger contre-indique la grossesse : catégorie IV, mortalité maternelle très élevée ; c'est l'un des rares cas où l'interruption médicale de grossesse doit être proposée. La conduite idéale est de fermer avant la grossesse ; si nécessaire, une fermeture percutanée peut être réalisée au deuxième trimestre, sous guidage échographique.
11.3. Suivi, endocardite et activité physique
- Après fermeture : consultation et échocardiographie à 1 mois, 6 mois et 12 mois, puis annuelles — shunt résiduel, stabilité de la prothèse, régression de la dilatation droite, épanchement, trouble du rythme.
- Endocardite : risque exceptionnel sur une CIA isolée non opérée, pas de prophylaxie. Après toute fermeture utilisant du matériel prothétique — prothèse percutanée ou patch chirurgical, ce qui inclut donc l'ostium primum, le sinus venosus et le sinus coronaire, opérés par patch —, prophylaxie pendant les 6 premiers mois, le temps de l'endothélialisation ; au-delà, le risque redevient exceptionnel. Une suture directe sans matériel n'en relève pas.
- Activité physique : aucune restriction 3 à 6 mois après le geste si la CIA est fermée, sans hypertension pulmonaire, arythmie ni dysfonction ventriculaire.
- Patients non opérés : surveillance annuelle et dépistage de l'arythmie — la décision de ne pas fermer n'est jamais définitive.
12. Points clés à retenir
- Une CIA est une perte de substance du septum ; le foramen ovale perméable n'en est pas une : shunt potentiel droite-gauche, aucune surcharge droite, maladie = embolie paradoxale.
- Le shunt est pré-tricuspide et volumétrique : il dilate les cavités droites sans élever la pression pulmonaire pendant des décennies. C'est la cardiopathie congénitale la plus fréquente de l'adulte (≈ 30 %).
- Le souffle n'est pas celui du shunt : rétrécissement pulmonaire relatif par hyperdébit. Signe cardinal : dédoublement large et fixe de B2 ; le roulement tricuspide signe un shunt important.
- Chez l'adulte, ces signes deviennent inconstants : une auscultation normale n'élimine pas une CIA.
- Quatre types : ostium secundum (~70 %), ostium primum (~10-15 %, canal atrio-ventriculaire et fente mitrale), sinus venosus (~10 %, retour veineux anormal), sinus coronaire (< 1 %). Seul l'ostium secundum relève du percutané.
- ECG : déviation axiale droite et rsR' en V1. Une déviation axiale gauche évoque un ostium primum, un PR long une forme familiale.
- On ferme un retentissement, pas un trou : surcharge droite, Qp/Qs > 1,5, absence d'hypertension pulmonaire fixée. Une CIA sans surcharge droite doit être respectée.
- Chez l'enfant : fermeture à 3-5 ans, poids ≈ 15 kg. Berges ≥ 5 mm sauf la rétro-aortique ; absence de berge cave inférieure = contre-indication.
- Le syndrome d'Eisenmenger contre-indique formellement la fermeture : le défect est devenu la soupape d'un ventricule droit dépassé. Chez la femme, il contre-indique aussi formellement la grossesse — mortalité maternelle très élevée, interruption médicale de grossesse à proposer.
- Après toute fermeture avec matériel prothétique — prothèse percutanée ou patch chirurgical — : antiagrégant et prophylaxie de l'endocardite pendant 6 mois. Aspirine 3 à 5 mg/kg/j chez l'enfant, sans dépasser 75 à 100 mg/j.
- Chez tout porteur d'une CIA non fermée, toute voie veineuse doit être purgée et l'injection faite sans bulle : une bulle qui passe à gauche fait un accident vasculaire cérébral.
- Fermeture avant 20 ans = espérance de vie normale. Après 40 ans, pas de gain de survie démontré mais bénéfice net sur la morbidité ; l'arythmie installée ne régresse pas.
13. Pièges fréquents
- Confondre foramen ovale perméable et CIA. Le FOP n'a pas de perte de substance, ne surcharge pas le cœur droit, et ne se ferme qu'après un accident embolique.
- Croire que le souffle est celui du shunt. Le gradient interauriculaire est de quelques millimètres de mercure : le passage est silencieux. Un souffle intense et frémissant doit faire chercher autre chose, par exemple un rétrécissement pulmonaire associé.
- Éliminer une CIA sur une auscultation normale chez l'adulte. Souffle et dédoublement fixe y sont inconstants.
- Confondre ostium primum et ostium secundum. Poser un dispositif percutané sur un ostium primum, c'est accrocher une prothèse là où il n'y a pas de berge, et léser les valves auriculo-ventriculaires.
- Ne pas chercher la fente mitrale devant un ostium primum, ni le retour veineux pulmonaire anormal devant une CIA sinus venosus — ou devant toute dilatation droite disproportionnée au défect visible.
- Décider de fermer sur la taille du défect. Ce sont la surcharge droite, le Qp/Qs et l'état du lit pulmonaire qui décident ; fermer sans surcharge droite expose au risque de la procédure sans bénéfice.
- Porter le diagnostic en coupe apicale sans Doppler couleur. Le faisceau y est parallèle au septum : la « perte d'écho » est un faux positif classique. La coupe de référence est sous-costale.
- Croire une pression pulmonaire estimée en écho chez un gros shunt — et se tromper de pression. L'hyperdébit crée un gradient transvalvulaire pulmonaire qui majore l'estimation ; et l'échographie estime la pression systolique, non la moyenne. Au-delà de 40-45 mmHg de PAP systolique, ou devant tout autre signe non invasif d'hypertension pulmonaire : cathétérisme.
- Croire qu'un patch chirurgical dispense de la prophylaxie de l'endocardite. Elle est due pendant six mois après toute fermeture utilisant du matériel prothétique, percutanée comme chirurgicale — donc après un canal atrio-ventriculaire partiel opéré, comme après une prothèse.
- Prescrire à un enfant la dose d'aspirine de l'adulte. La dose antiagrégante pédiatrique est de 3 à 5 mg/kg/j, plafonnée à 75-100 mg/j ; et l'aspirine s'interrompt en cas de varicelle ou de syndrome grippal fébrile (syndrome de Reye).
- Fermer une CIA à shunt inversé. Devant une cyanose, une désaturation à l'effort ou des résistances non réversibles, la fermeture est contre-indiquée : elle supprime la soupape du ventricule droit.
- Promettre qu'une fermeture guérira une fibrillation atriale à cinquante ans. Le remodelage auriculaire n'est pas réversible, l'anticoagulation reste nécessaire — et il reste un risque d'œdème pulmonaire par restitution brutale du volume à un ventricule gauche peu compliant.
Sources
- MESSAOUDI Y. Communications interauriculaires. Diaporama du Mastère de cardiopathie congénitale et pédiatrique, Faculté de Médecine de Sousse ; 2019-2020. document interne, non publié
- MESSAOUDI Y. Communications interauriculaires vieillies. Diaporama du Mastère de cardiopathie congénitale et pédiatrique, Faculté de Médecine de Sousse. document interne, non publié
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Cours de la Pr Ag Yosra Messaoudi, Faculté de Médecine de Sousse.