Cours 90 Matériel et voies d'abord ⏱ 20 min

Le cathéter guide : sans support stable, l'angioplastie devient une autre intervention

Trois fonctions, six critères, et une seule question qui décide de tout : ce cathéter tiendra-t-il quand il faudra pousser ? Coaxialité, angle thêta, support passif ou actif, choix par la largeur de l'aorte et l'orientation de l'ostium, et ce que dit la courbe de pression quand quelque chose ne va pas.

🎯 Objectifs pédagogiques
  • Énoncer les trois fonctions d'un cathéter guide et les six critères qu'il doit remplir.
  • Expliquer ce qu'est la coaxialité et pourquoi elle conditionne le passage du matériel.
  • Distinguer un cathéter guide d'une sonde diagnostique par sa construction et sa lumière.
  • Citer les cinq facteurs qui déterminent la stabilité du support.
  • Expliquer le rôle de l'angle thêta et de la surface de contact avec l'aorte.
  • Comparer les points de résistance offerts par la voie fémorale et par les deux voies radiales.
  • Choisir la longueur et le calibre d'un cathéter guide selon la voie d'abord et le geste prévu.
  • Opposer support passif et support actif, et citer les cathéters de chaque famille.
  • Décrire les caractéristiques, avantages et limites des Judkins, Amplatz, extra-back-up et multipurpose.
  • Choisir un cathéter guide selon la largeur de l'aorte ascendante et l'orientation de l'ostium.
  • Citer les techniques d'amélioration du support, passives comme actives.
  • Interpréter une ventricularisation et une pression amortie, et en énoncer les causes.
Mots-clés cathéter guidecoaxialitésupport passifsupport actifangle thêtasurface de contactsinus de Valsalvaparoi aortique controlatéraleJudkinsAmplatzextra-back-upEBUXBmultipurposecathéter mammaire internedeep seatingintubation profondeextension de cathéter guideguide compagnonbuddy wireballon d'ancrageventricularisationpression amortiesténose ostialespasme coronaireFrenchaorte ascendanteorientation de l'ostiumtronc commun gauche

Le cathéter guide fait trois choses : il injecte, il mesure la pression, et il porte. C'est la troisième qui le sépare d'une sonde diagnostique, et c'est elle qui décide de la difficulté de toute l'angioplastie qui suit. La phrase du support est sans nuance et mérite de l'être : un cathéter guide non stable, et l'angioplastie devient beaucoup plus difficile. Ce cours tient tout entier dans un principe qu'il faut poser d'emblée — le support ne vient pas du cathéter, il vient de ce sur quoi le cathéter prend appui. Retenez cette phrase : les tableaux de sélection que vous verrez plus loin n'en sont que les conséquences.

1. Trois fonctions, six critères

Un cathéter guide assure trois fonctions simultanées, et il faut les nommer dans cet ordre parce que la troisième commande les deux autres :

  • l'injection du produit de contraste, qui permet d'opacifier l'arbre coronaire et de contrôler chaque étape du geste ;
  • le monitorage de la pression — nous verrons en fin de cours que c'est un capteur d'alarme, et pas seulement une formalité d'installation ;
  • le support, c'est-à-dire le cheminement des ballons, des stents et des guides jusqu'à la lésion, sans les endommager au passage.

Ces trois fonctions sont simultanées, et l'ordre dans lequel on les met en service compte. La ligne de pression doit être branchée et purgée avant l'engagement, jamais après : le capteur d'alarme décrit en fin de cours ne sert à rien s'il est raccordé une fois le cathéter déjà posé dans l'ostium, c'est-à-dire précisément après le moment où il aurait dû prévenir. Une ventricularisation ne se rattrape pas rétrospectivement.

Une sonde diagnostique assure parfaitement les deux premières. Elle ne peut pas assurer la troisième, et c'est pour cela qu'elle ne convient pas à l'angioplastie. Tout ce qui distingue physiquement un cathéter guide — sa tige plus rigide, sa lumière plus large, sa construction renforcée — est au service du support.

Pour assurer ces trois fonctions, le cathéter guide doit remplir six critères. Il faut les lire comme un cahier des charges, chacun répondant à un problème précis rencontré en salle.

CritèreCe qu'il garantitCe qui arrive s'il manque
Support optimal et coaxialLa poussée arrive à la pointe, et non contre la paroiLe ballon n'avance pas ; la pointe blesse l'ostium
Lumière adéquateCompatibilité avec les dispositifs prévusLe matériel n'entre pas, ou n'entre qu'à un exemplaire
Facile à manipulerLe couple appliqué se transmet à la pointeOn tourne à la main sans que la pointe suive
Résistance aux tortuositésLe cathéter ne s'écrase pas dans les courbesLa lumière se pince, le matériel bloque
Pointe distale atraumatiqueL'engagement ne blesse pas l'ostiumDissection ostiale à l'intubation
Radio-opaqueOn voit en permanence où il estOn travaille à l'aveugle sur la position la plus critique

Ces six critères ne sont pas indépendants. Ils s'opposent même deux à deux : une pointe très atraumatique est une pointe souple, donc peu propice au support ; une tige très résistante aux tortuosités est une tige rigide, donc moins docile. Choisir un cathéter guide, c'est arbitrer entre ces exigences en fonction de ce que l'on va faire — ce que la fin du cours traduira en tableaux.

Figure 1 — Les trois fonctions du cathéter guide. Il injecte, il mesure la pression, et il porte : c'est la troisième qui le distingue d'une sonde diagnostique et qui commande tout le reste du cours.

2. La coaxialité : une exigence mécanique, pas esthétique

On présente souvent l'alignement coaxial comme une élégance de geste, une signature d'opérateur soigneux. C'est une erreur de cadrage, et elle coûte cher : la coaxialité est une question de transmission de force.

L'image du tube

Poussez un objet dans un tube. Si votre main est dans l'axe du tube, toute votre force sert à faire avancer l'objet. Si votre main est de travers, une partie de la force appuie sur la paroi, et il ne reste que le reste pour avancer. Plus l'angle est grand, moins il reste. Ce n'est pas une analogie approximative : c'est exactement la décomposition d'un vecteur, et le cathéter guide y obéit sans indulgence.

Deux conséquences qui arrivent ensemble

  • Le matériel passe mal. Le support le dit expressément du Judkins : sa première courbure étant fixe, elle peut ne pas être coaxiale à l'artère, et le passage du ballon devient parfois difficile parce que le cathéter fait un angle de 90° avec l'ostium. Vous poussez, et le ballon bute sur la lèvre de l'ostium au lieu d'entrer.
  • La pointe appuie sur l'intima. La part de poussée qui n'est pas transmise ne disparaît pas : elle s'applique quelque part. Cet endroit est la paroi de l'ostium, et c'est le mécanisme même de la dissection ostiale.
Le signe qui doit vous alerter Quand il faut « forcer » pour faire passer un ballon dans une artère qui n'est pas calcifiée, la première hypothèse n'est pas la lésion : c'est l'alignement. Reprendre la position du cathéter coûte trente secondes ; forcer sur un cathéter oblique peut coûter une dissection.
Figure 2 — Coaxial ou non coaxial. Aligné dans l'axe du vaisseau, le cathéter transmet la poussée ; de travers, il la perd et blesse l'ostium.

3. Ce qu'il y a dans la paroi

La longueur habituelle d'un cathéter guide est de 100 cm. Sa paroi, elle, compte trois couches, et chacune a un métier distinct. Connaître cette construction n'est pas un raffinement théorique : elle explique pourquoi le cathéter se comporte comme il le fait.

CoucheMatériauRôle
InternePTFESurface lisse et lubrifiante, compatibilité avec les dispositifs
MoyenneAcier inoxydable ou KevlarTransmission du couple au rapport 1 pour 1, résistance aux tortuosités
ExternePolyuréthane ou polyéthylèneStabilité et flexibilité

Le rapport 1 pour 1 mérite qu'on s'y arrête. Il signifie qu'un tour appliqué à l'extrémité proximale produit un tour à la pointe — ni plus, ni moins, ni en retard. C'est ce qui rend le deep seating praticable : sans cette fidélité du couple, tourner le cathéter à l'aine ou au poignet serait un pari.

Cathéter guide ou sonde diagnostique : une différence de construction

La différence n'est pas de degré mais de nature. Le cathéter guide a une tige plus rigide, un diamètre interne plus large, et une construction renforcée à trois couches contre deux. C'est ce qui lui permet de porter — et c'est aussi ce qui le rend moins docile et plus agressif pour l'ostium. Une sonde diagnostique, plus souple, pardonne davantage ; c'est précisément pourquoi elle ne soutient rien.

Figure 3 — Ce qu'il y a dans la paroi : trois couches, trois métiers. La lumière glisse, l'armature transmet le couple, l'enveloppe donne la flexibilité — un cathéter guide a trois couches là où une sonde diagnostique en a deux.

4. Les cinq facteurs qui déterminent la stabilité

Voici le cœur du cours. Cinq facteurs, et ils s'organisent tous autour du principe posé en tête.

  1. L'angle thêta entre le cathéter guide et la paroi aortique controlatérale
  2. La surface de contact avec l'aorte
  3. La voie d'abord
  4. La taille du cathéter — longueur et diamètre
  5. La forme et la technique d'intubation

L'angle et la surface : d'où vient réellement le support

Les deux premiers facteurs vont ensemble. Le cathéter ne pousse pas dans le vide : il prend appui sur la paroi aortique opposée, et l'efficacité de cet appui dépend de l'angle sous lequel il l'aborde et de l'étendue de la zone de contact. La règle tient en une ligne : plus la surface d'appui est grande, plus la poussée arrive à la pointe.

Cette phrase explique à elle seule les comportements que vous observerez en salle. Un Judkins droit soutient si peu parce qu'il n'a aucun point de contact avec l'aorte ascendante — il n'a rien sur quoi s'appuyer. Un Judkins gauche fait à peine mieux : son point de contact existe, mais il est très haut et très étroit, d'où le risque de prolapsus et d'extubation dès qu'on pousse. Un extra-back-up, à l'inverse, applique toute une longue courbe secondaire contre la paroi opposée, et il tient.

Figure 4 — L'angle thêta et la surface de contact. Le support ne vient pas du cathéter seul mais de ce sur quoi il prend appui : plus la surface de contact avec l'aorte est grande, plus la poussée est transmise.

La voie d'abord : compter les points de résistance

Le trajet parcouru avant d'atteindre la racine aortique n'est pas neutre. Chaque courbe franchie est un endroit où une part de la poussée se dissipe contre la paroi vasculaire au lieu de progresser.

VoiePoints de résistanceTrajet
Fémorale1Aorte descendante puis crosse
Radiale droite2Tronc brachiocéphalique puis crosse
Radiale gauche1Sous-clavière gauche puis crosse

Ce décompte ne remet nullement en cause le choix de la radiale, qui reste la voie de première intention et dont l'essai MATRIX a montré le bénéfice sur les hémorragies majeures et sur la mortalité dans le syndrome coronarien aigu. Il explique seulement pourquoi, à cathéter égal, le support n'est pas le même — et pourquoi la radiale droite demande parfois de choisir d'emblée un cathéter plus soutenant que celui qu'on aurait pris par voie fémorale.

Figure 5 — Un point d'appui ou deux, selon la voie. La fémorale et la radiale gauche n'offrent qu'un point de résistance ; la radiale droite en offre deux, ce qui change la façon dont la poussée se transmet.

La longueur : trois situations

  • 100 cm en standard, qui couvre l'immense majorité des procédures ;
  • plus de 100 cm si l'aorte est tortueuse — le trajet réel s'allonge, et un cathéter standard peut ne plus laisser de longueur utile ;
  • moins de 100 cm pour une intubation distale : pont saphène, artère mammaire interne. Il faut alors du cathéter en réserve pour aller loin, ce qu'un cathéter standard ne permet pas.

Le diamètre : trois éléments le commandent

Le calibre se décide sur la voie d'abord, sur le diamètre de l'ostium à intuber, et sur la complexité de la procédure — c'est-à-dire sur le matériel qu'il faudra faire passer. En pratique : 5 à 7 French par voie fémorale, 5 à 6 par voie radiale.

CalibreCe qu'il accepteCe qu'il interdit
5 FrenchBallons de moins de 5 mm, stents de moins de 4,5 mm, IVUS, rotablator 1,25 mmKissing balloon
6 FrenchTous ballons et stents coronaires, cutting balloon, extension de cathéter guide, kissing balloon, dispositif de protection
7 French et plusTechniques à deux stents exigeantes, rotablator de plus gros calibre

Le tableau ci-dessus se lit dans les deux sens. Monter en calibre ouvre des techniques, mais rien n'est gratuit : un introducteur plus gros augmente le risque au point de ponction, ce qui pèse d'autant plus que la voie fémorale expose déjà à 2 à 10 % de complications vasculaires. Le 7 French et au-delà se justifient donc par une technique précise — deux stents dans une bifurcation exigeante, un rotablator de gros calibre — et non par un confort d'opérateur.

Deux repères pratiques complètent la lecture. Le calibre limite ce qui passe simultanément : c'est pour cela que le kissing balloon, qui impose deux ballons dans la même lumière, sépare nettement le 5 du 6 French. Et le calibre gouverne aussi la qualité de l'injection : une lumière plus large opacifie mieux et plus vite, ce qui compte lorsqu'il faut juger un résultat dans une artère à haut débit.

Choisir le calibre AVANT de commencer Le calibre se décide sur la technique envisagée, jamais sur l'habitude. Découvrir en cours de procédure qu'un kissing balloon est nécessaire alors qu'on est monté en 5 French oblige à changer de cathéter — et parfois à repiquer, si la voie choisie ne supporte pas le calibre supérieur. Une bifurcation qui pourrait demander deux stents se commence en 6 French, pas en 5.

5. Support passif et support actif : deux stratégies

Il existe deux façons d'obtenir du support, et il faut à tout moment savoir laquelle on est en train d'utiliser — parce qu'elles n'exposent pas aux mêmes risques.

Le support passif : laisser la forme travailler

Le support passif ne demande aucune manipulation supplémentaire : la forme du cathéter prend appui d'elle-même dès qu'il est en place. Deux stratégies coexistent, et elles correspondent à deux familles.

  • L'appui dans le sinus de Valsalva ipsilatéral — c'est l'Amplatz, gauche ou droit, et le multipurpose. Le cathéter s'assoit dans le sinus coronaire du côté qu'il cathétérise, avec un alignement coaxial et un support venant de cet appui.
  • L'appui sur la paroi aortique controlatérale — c'est l'extra-back-up (EBU) et l'extra-support (XB). La longue courbe secondaire vient buter sur la paroi opposée, ce qui fournit un alignement coaxial et un support puissant.
Figure 6 — Support passif : deux façons de prendre appui. L'Amplatz s'assoit dans le sinus de Valsalva, l'extra-back-up bute sur la paroi aortique opposée — deux stratégies, deux formes.

Le support actif : intervenir sur la position

Le support actif s'obtient de deux façons : en manipulant le cathéter pour l'installer dans une configuration conforme à la racine aortique, ou en l'engageant profondément dans l'artère coronaire elle-même — le deep seating.

Le deep seating et ses trois conditions

Le deep seating donne un support remarquable, parce qu'il déplace le point d'appui de l'aorte vers l'artère elle-même, au plus près de la lésion. Il exige trois conditions, et aucune ne se négocie :

  1. l'artère est assez large pour accueillir le cathéter ;
  2. il n'y a aucune lésion ostiale ni proximale ;
  3. la pointe du cathéter est souple.

Le geste lui-même est une rotation, et son sens dépend de l'artère : horaire pour la circonflexe et la coronaire droite, anti-horaire pour l'interventriculaire antérieure. Tourner dans le mauvais sens, sur un geste qui expose déjà à la dissection, revient à cumuler les risques.

Ce qu'il ne faut jamais faire Engager profondément un cathéter dans une artère porteuse d'une lésion ostiale. Le support gagné ne compense rien : on dissèque. La deuxième condition n'est pas une précaution, c'est une interdiction.
Figure 7 — Le deep seating, ou support actif. On engage le cathéter dans l'artère elle-même : le support devient excellent, et le risque de dissection avec lui. Trois conditions avant de tourner.

6. Les quatre familles de cathéters

Les plus utilisés sont les Judkins (JL, JR), les Amplatz (AL, AR) et les extra-back-up (EBU, XB). S'y ajoutent le multipurpose et le cathéter mammaire interne. Chaque famille correspond à une façon de prendre appui, donc à un comportement sous la poussée.

Judkins : engager doucement, soutenir peu

Caractéristiques. La première courbure est fixe. Elle intube un petit segment de l'ostium, avec moins de risque de traumatisme, et permet d'engager le tronc commun sans trop de manipulations. La courbe secondaire s'applique sur la paroi controlatérale.

Le segment compris entre les courbures primaire et secondaire du Judkins gauche doit correspondre à la largeur de l'aorte ascendante — c'est de là que viennent les tailles 3,5, 4 et 4,5, et c'est aussi pourquoi le choix ne se fait pas au hasard.

Inconvénients. Deux, et ils sont liés à la même cause. La première courbure étant fixe, elle peut ne pas être coaxiale à l'artère, et le passage du ballon devient parfois difficile parce que le cathéter fait un angle de 90° avec l'ostium. Surtout, le support est faible : le Judkins gauche a un point de contact sur l'aorte ascendante très haut et très étroit, ce qui augmente le risque de prolapsus et d'extubation ; le Judkins droit n'a aucun point de contact sur l'aorte ascendante, et son support est extrêmement faible.

Amplatz : une plate-forme stable, une pointe qui regarde en bas

Caractéristiques. La courbe secondaire repose sur la sigmoïde aortique postérieure, ce qui offre une plate-forme stable pour l'avancement du matériel. La contrepartie est géométrique : la pointe est orientée légèrement vers le bas, d'où un risque accru de dissection ostiale.

Le choix de la taille est essentiel : 1 pour la plus petite racine aortique, 2 pour une racine normale, 3 pour les grandes racines. Et il faut le dire nettement : forcer l'engagement d'un Amplatz augmente le risque de complication. Si le cathéter n'entre pas, il n'est pas à la bonne taille.

Le repère qui dit si la taille est juste Pointe au-dessous de l'ostium : le cathéter est trop petit. Pointe au-dessus de l'ostium : il est trop grand. Deux images en scopie suffisent à trancher, sans mesurer quoi que ce soit.

Extra-back-up (EBU, XB) : le meilleur compromis

La pointe longue forme une ligne assez droite avec l'axe du tronc commun, ou avec la coronaire droite ostio-proximale. La longue courbe secondaire vient buter sur la paroi aortique opposée, fournissant une plate-forme très stable. Trois avantages, et c'est ce qui en fait le cathéter de référence de l'angioplastie gauche : intubation coaxiale, meilleur support et meilleure stabilité, sécurité.

Multipurpose et cathéter mammaire

Le multipurpose est droit, avec un seul pli mineur à la pointe. Il sert au pont saphène, à la coronaire droite et à une implantation haute du tronc commun — c'est-à-dire aux situations où la cible se présente dans un axe presque rectiligne. Le cathéter mammaire interne, enfin, sert au cathétérisme des deux artères mammaires.

Reconnaître une courbure à l'écran

Savoir nommer un cathéter sur une image aide à comprendre ce qu'il fait. Trois indices suffisent le plus souvent.

  • Où se trouve la deuxième courbure ? Haut sur l'aorte ascendante et sur une faible longueur, c'est un Judkins. Assise dans le sinus, c'est un Amplatz. Étalée sur la paroi opposée, c'est un extra-back-up.
  • Vers où regarde la pointe ? Dans l'axe de l'artère pour un Judkins bien posé ; légèrement vers le bas pour un Amplatz — d'où sa réputation en matière de dissection ostiale ; en ligne droite avec le tronc commun pour un extra-back-up.
  • Le cathéter recule-t-il quand on pousse ? C'est le test le plus honnête. Un Judkins gauche prolabe ou s'extube ; un extra-back-up ne bouge pas.

Les chiffres derrière les sigles

Les nombres accolés aux sigles ne sont pas des tailles de fabricant mais des mesures. Pour un Judkins gauche, le chiffre — 3,5, 4 ou 4,5 — donne la longueur du segment compris entre les deux courbures, c'est-à-dire la largeur d'aorte que le cathéter est capable de franchir. Pour un Amplatz, le chiffre décrit l'amplitude de la courbe secondaire : 1 pour la plus petite racine aortique, 2 pour une racine normale, 3 pour les grandes. Pour un extra-back-up, il traduit de la même façon la distance entre l'appui pariétal et l'ostium.

D'où une conséquence pratique qui vaut pour les trois familles : quand un cathéter n'engage pas, la première hypothèse est une erreur de taille, pas une erreur de famille. Passer d'un JL 4 à un JL 3,5 résout plus de situations qu'un changement pour un Amplatz.

Trois comportements, résumés

FamilleAlignementSupportD'où vient l'appui
Judkins (JR, JL)Simple, coaxialFaible — nul pour le JRContact haut et étroit, ou aucun
Amplatz (AR, AL)CoaxialBonSinus de Valsalva
Extra-back-up (EBU, XB)CoaxialPuissantParoi aortique controlatérale
Figure 8 — Les quatre familles de cathéters guides. Le Judkins engage sans traumatiser mais soutient peu ; l'Amplatz et l'extra-back-up soutiennent ; le multipurpose sert les anatomies droites.

7. Choisir : les critères de sélection

Six critères entrent dans le choix d'un cathéter guide, et ils se lisent presque tous sur la coronarographie diagnostique déjà réalisée :

  • le vaisseau à canuler — coronaire gauche, coronaire droite, pont mammaire, pont saphène ;
  • l'angioplastie est-elle élective ou primaire, ce qui change la tolérance au temps passé ;
  • le degré de tortuosité et de calcification du segment proche de la zone cible ;
  • le diamètre de l'aorte ascendante ;
  • la situation et l'orientation de l'ostium à canuler ;
  • les préférences de l'opérateur — qui ne sont pas un caprice : on est meilleur avec le matériel dont on connaît le comportement.

La largeur de l'aorte : une distance à franchir

Le principe est purement géométrique, et c'est lui qui engendre le tableau. La courbe du cathéter doit franchir la distance qui sépare la paroi aortique de l'ostium. Aorte étroite, petit chiffre ; aorte dilatée, grand chiffre. On ne mémorise pas un tableau : on mesure une distance.

CibleAorte étroiteAorte normaleAorte dilatée
Tronc commun gaucheJL 3-3,5 · XB 3,0 · EBU 3,0-3,25 · AL 1JL 4 · EBU 3,5 · AL 2JL 5-6 · AL 3 · XB ≥ 4 · EBU ≥ 4
Coronaire droiteJR 3,5 · AR 1 · AL 0,75JR 4 · AR 2 · AL 1JR 5-6 · AR 3 · AL 2
Figure 9 — Choisir par la largeur de l'aorte. Le même ostium n'appelle pas le même cathéter selon que la racine aortique est étroite, normale ou dilatée.

L'orientation de l'ostium

Trois orientations sont décrites : supérieure, horizontale, inférieure. La règle tient en deux lignes, et elle relève encore de la géométrie :

  • orientation supérieure → cathéter de petite courbure ;
  • orientation inférieure → cathéter de grande courbure.

Ce que l'on cherche en scopie est simple à formuler : l'ostium regarde-t-il vers le haut, vers l'avant, ou vers le bas ? Un ostium d'orientation supérieure se présente comme si l'artère montait à la rencontre du cathéter — une petite courbure suffit à l'atteindre, et une grande le dépasserait. Un ostium d'orientation inférieure fait l'inverse : le cathéter doit descendre pour l'aborder, ce qu'une grande courbure permet seule. L'orientation horizontale, la plus fréquente, est celle pour laquelle les tailles standard ont été dessinées.

La conséquence est qu'une même aorte peut appeler deux cathéters différents selon le côté que l'on veut cathétériser : ce n'est pas contradictoire, c'est simplement que les deux ostiums n'ont pas la même orientation.

La longueur du tronc commun

Tronc commun court : un Judkins suffit, parce que la cible est immédiate et que le support demandé reste modeste. Tronc commun long : il faut un cathéter qui soutienne vraiment — extra-back-up ou Amplatz — car la distance à parcourir avant d'atteindre la lésion consomme la poussée disponible.

Cas particuliers de la coronaire droite

Habituellement, un JR ou un AR. Si un bon support est nécessaire — occlusion chronique, tortuosité importante — l'AL 1. Devant un ostium d'orientation inférieure, le multipurpose, dont l'axe droit épouse cette configuration. Une naissance anormale de la coronaire droite impose de reconsidérer entièrement le choix, en partant de la position réelle de l'ostium plutôt que de la position attendue.

Naissance anormale d'une coronaire

Une coronaire née d'un sinus qui n'est pas le sien change tout, parce que le raisonnement habituel repose sur une position attendue de l'ostium. La règle est de repartir de zéro : localiser réellement l'ostium, puis appliquer les mêmes principes — largeur à franchir, orientation, longueur du segment initial — comme s'il s'agissait d'un vaisseau ordinaire.

En pratique, les cathéters à forte capacité d'appui et à grande amplitude de courbure — Amplatz et multipurpose — rendent le plus de services dans ces situations, parce qu'ils permettent d'aborder un ostium sous un angle pour lequel aucun cathéter standard n'a été dessiné. La littérature consacrée à la sélection des cathéters dans les naissances anormales insiste sur le même point : c'est l'imagerie préalable, et non l'essai successif de cathéters, qui fait gagner du temps et limite le traumatisme ostial.

Les pontages

Pour les ponts saphènes : multipurpose, Judkins droit ou Amplatz droit selon le site d'implantation sur l'aorte, parfois Amplatz gauche. Pour les ponts mammaires : le cathéter mammaire interne, qui sert aux deux artères mammaires. Dans les deux cas, un cathéter plus court que 100 cm est souvent nécessaire.

Noter le cathéter qui a fonctionné

Une ligne dans le compte rendu de procédure fait gagner un temps considérable à celui qui reprendra ce patient : le cathéter guide effectivement utilisé, sa taille, et le calibre retenu. Ces malades reviennent — contrôle, nouvelle lésion, autre territoire — et l'anatomie qui a imposé un extra-back-up 4 ou un Amplatz gauche 2 n'aura pas changé.

Le corollaire vaut aussi pour les échecs. Si un Judkins n'a pas soutenu, ou si un cathéter s'est extubé à la première poussée, l'écrire évite à l'opérateur suivant de recommencer la même séquence. C'est l'application la plus concrète du principe posé en tête de ce cours : le support dépend de l'appui, donc de l'anatomie du patient — une donnée stable, qui mérite d'être transmise plutôt que redécouverte.

8. Trois situations pour s'exercer

Les tableaux ne servent qu'une fois traduits en décisions. Voici trois situations construites à partir des règles ci-dessus.

Situation 1 — Une aorte dilatée et un tronc commun long Angioplastie programmée de l'interventriculaire antérieure proximale chez un patient de 74 ans, hypertendu de longue date. La coronarographie diagnostique montre une aorte ascendante nettement dilatée et un tronc commun long.

Raisonnement. Deux critères pointent dans la même direction. L'aorte dilatée impose une grande courbe : JL 5-6, AL 3, ou XB et EBU de taille supérieure ou égale à 4. Le tronc commun long élimine le Judkins, qui ne soutiendrait pas sur cette distance. Choix : un extra-back-up de taille ≥ 4, qui cumule la courbe nécessaire et l'appui sur la paroi opposée. Un JL 5 engagerait l'ostium mais lâcherait à la première poussée.
Situation 2 — Une occlusion chronique de la coronaire droite par voie radiale droite Homme de 61 ans, occlusion chronique de la coronaire droite moyenne. Voie radiale droite retenue. Aorte de largeur normale.

Raisonnement. Trois éléments se cumulent contre vous. L'occlusion chronique demande le support maximal ; la voie radiale droite impose deux points de résistance au lieu d'un ; et le JR 4, choix par défaut sur une aorte normale, n'a aucun point d'appui sur l'aorte ascendante. Choix : un AL 1, indiqué précisément lorsqu'un bon support est nécessaire sur la coronaire droite. Prévoir d'emblée le 6 French — l'extension de cathéter guide et le ballon d'ancrage font partie de l'arsenal habituel de ces procédures, et aucun des deux ne passe en 5 French.
Situation 3 — Une courbe qui se ventricularise à l'engagement Vous engagez un cathéter guide dans le tronc commun. Dès la mise en place, la pression diastolique s'effondre, la systolique reste conservée.

Raisonnement. C'est une ventricularisation, dont la cause la plus fréquente est une sténose ostiale que le cathéter vient d'obstruer. Conduite : ne pas injecter — injecter dans une artère fermée par le cathéter crée une hyperpression dans un vaisseau sans échappement. On retire le cathéter de quelques millimètres, on vérifie que la courbe se normalise, et l'on reconsidère alors la stratégie : une lésion ostiale contre-indique formellement le deep seating, et impose de choisir un cathéter dont le support ne dépend pas de l'engagement profond.
Situation 4 — Un pont saphène sur coronaire droite Patiente de 68 ans, pontée il y a douze ans, angor de novo. Il faut opacifier puis traiter une sténose du corps d'un pont saphène implanté sur la coronaire droite.

Raisonnement. Deux décisions se prennent avant même de piquer. La première porte sur la longueur : intuber un pont impose d'aller loin, donc un cathéter de moins de 100 cm — un cathéter standard laisserait trop peu de longueur utile. La seconde porte sur la forme : pour un pont saphène, le multipurpose, le Judkins droit ou l'Amplatz droit selon le site d'implantation sur l'aorte, parfois l'Amplatz gauche. Choix : un multipurpose court, dont l'axe presque rectiligne épouse la direction habituelle de ces pontages. Si le geste doit comporter un dispositif de protection embolique — fréquent sur les ponts saphènes anciens — le 6 French est un minimum.

9. Renforcer un support insuffisant

Quand le cathéter choisi ne suffit pas, deux voies s'ouvrent, selon que l'on renforce le support passif ou que l'on passe à l'actif.

Améliorer le support PASSIFAméliorer le support ACTIF
Cathéter guide à extra-support : EBU, AL, ARIntubation profonde (deep seating)
Cathéter guide plus longExtension de cathéter guide
Cathéter guide 7 French
Second guide extra-support parallèle (guide compagnon)
Ancrage par guide (anchoring wire)
Ancrage par ballon (anchoring balloon)

Quand le cathéter refuse d'engager

La situation est fréquente et se résout mieux par une séquence que par l'essai désordonné de cathéters. Dans l'ordre :

  1. Vérifier la taille avant la famille. Pour un Amplatz, le repère est immédiat : pointe sous l'ostium, trop petit ; au-dessus, trop grand. Pour un Judkins gauche, comparer le segment inter-courbures à la largeur de l'aorte.
  2. Reconsidérer l'orientation de l'ostium sur les incidences déjà acquises, plutôt que de multiplier les injections à la recherche d'une position.
  3. Changer de famille seulement ensuite, en fonction de ce que les deux premiers points ont appris.
  4. Ne jamais forcer, en particulier un Amplatz : les tentatives de forcer augmentent le risque de complication, et sa pointe orientée vers le bas transforme une difficulté d'intubation en dissection ostiale.
L'ordre dans lequel on essaie On commence par ce qui est réversible et sans risque ajouté — le guide compagnon — avant d'aller vers ce qui occlut temporairement une branche — l'ancrage par ballon — et avant le deep seating, qui est le geste le plus exposé du cours. Escalader, jamais commencer par le haut.

10. Sécurité : les gestes et la courbe de pression

Quatre gestes simples et rarement enseignés

  • Aspirer vigoureusement le cathéter guide dès qu'il est inséré dans l'aorte ascendante, pour retirer tout thrombus ou débris athéromateux flottant. Sans cette aspiration, la première injection les enverra dans la coronaire.
  • Rincer fréquemment, pour éviter la stagnation du sang à l'intérieur du cathéter.
  • Pendant l'injection, garder l'extrémité de la seringue pointée vers le bas, afin que les bulles d'air remontent loin de l'embout et ne soient pas injectées.
  • Regarder la courbe de pression artérielle — le réflexe le plus utile, et le plus souvent négligé.

La ventricularisation

La pression diastolique s'effondre, la systolique reste : la courbe prend l'allure d'une courbe ventriculaire, d'où son nom. Sa cause la plus fréquente est une sténose ostiale que le cathéter vient obstruer.

La pression amortie

La systolique et la diastolique s'abaissent toutes les deux. Les causes sont plus nombreuses, et il faut les connaître car elles n'appellent pas la même conduite :

  • une lésion significative de l'ostium ;
  • un spasme coronaire ;
  • un alignement non coaxial ;
  • une disproportion entre le diamètre du cathéter guide et celui de la lumière artérielle ;
  • une purge défectueuse.
La conduite est la même dans les deux cas Ne pas injecter. Injecter dans une artère que le cathéter obstrue crée une hyperpression dans un vaisseau fermé. On retire d'abord le cathéter de quelques millimètres, on vérifie que la courbe se normalise, et l'on cherche ensuite laquelle des causes est en jeu.
Figure 10 — Ventricularisation ou pression amortie. La courbe de pression est le premier signal d'alarme du cathéter guide : elle dit qu'il ne faut pas injecter, et elle dit souvent pourquoi.

11. Extensions de cathéter guide — pour aller plus loin

📘 À partir d'ici Les trois sections qui suivent dépassent ce qu'exige une angioplastie de routine. Elles s'adressent à l'opérateur confronté à une anatomie qui refuse le matériel, et à qui doit arbitrer entre gagner du support et prendre un risque.

L'extension de cathéter guide — dite mother-in-child — est un tube court que l'on fait progresser à l'intérieur du cathéter guide, au-delà de sa pointe, jusque dans l'artère. Elle procure un support actif sans avoir à engager profondément le cathéter guide lui-même.

Son intérêt est double. Elle permet de franchir une lésion qui refuse le stent, en rapprochant le point d'appui de la cible : la distance sur laquelle la poussée peut se dissiper diminue d'autant. Et elle protège l'ostium, puisque c'est l'extension qui s'engage — sa pointe est souple et son calibre réduit — et non le cathéter guide, dont la pointe est plus agressive.

Les séries publiées sur ces dispositifs rapportent une efficacité réelle pour la délivrance du matériel dans des anatomies difficiles, avec un profil de sécurité acceptable. La contrepartie tient en trois points, et il faut les avoir en tête avant de l'utiliser : l'extension réduit la lumière disponible, ce qui limite le matériel qui peut encore passer ; elle amortit la courbe de pression, ce qui rend le monitorage plus difficile à interpréter au moment précis où il serait le plus utile ; et sa progression dans un vaisseau malade peut elle-même disséquer.

Deux précautions accompagnent son usage, et elles découlent directement des trois limites ci-dessus. La première est de surveiller la courbe de pression avant, pendant et après la mise en place : puisque l'extension amortit la courbe, il faut savoir à quoi elle ressemblait sans l'extension pour ne pas attribuer à celle-ci une anomalie qui préexistait — ou l'inverse. La seconde est de faire progresser l'extension sur un guide déjà en place et sous contrôle scopique, jamais à l'aveugle : c'est un dispositif à pointe souple, mais il progresse dans un vaisseau malade.

12. Guide compagnon et ancrage — pour aller plus loin

Trois techniques permettent d'augmenter le support sans changer de cathéter. Elles se classent naturellement par risque croissant.

Le guide compagnon

On monte un second guide extra-support parallèle au premier, dans la même artère ou dans une branche. Il rigidifie l'ensemble du système et redresse partiellement les tortuosités. Simple, réversible, sans risque propre notable — et souvent suffisant. C'est pour cela qu'il vient en premier.

L'ancrage par guide

Un guide est placé dans une branche latérale en aval : il fixe le système et empêche le cathéter de reculer quand on pousse. On gagne en stabilité ce qu'on perd en simplicité.

L'ancrage par ballon

Le principe est le même, en plus ferme : un ballon est gonflé à basse pression dans une branche latérale, immobilisant le cathéter guide. La poussée appliquée sert alors intégralement à faire progresser le matériel, au lieu de chasser le cathéter hors de l'ostium. Le prix à payer est l'occlusion temporaire de la branche où le ballon est gonflé — d'où le choix d'une branche accessoire, et d'une durée courte.

13. Pourquoi le Judkins reste le premier choix — pour aller plus loin

Cette section répond à une question que les tableaux ne posent pas : si le Judkins soutient si mal, pourquoi reste-t-il le cathéter de première intention ?

Parce que le support n'est pas la seule qualité recherchée, et qu'il se paie. La première courbure fixe du Judkins intube un petit segment de l'ostium, avec moins de risque de traumatisme, et permet d'engager le tronc commun sans trop de manipulations. Sa faiblesse en support est le revers exact de sa douceur : les deux propriétés viennent de la même géométrie.

À l'inverse, l'Amplatz offre une plate-forme stable, mais sa pointe est orientée vers le bas et le risque de dissection ostiale augmente ; forcer son engagement augmente encore ce risque. L'extra-back-up soutient mieux et engage plus profondément la paroi opposée — ce qui n'est pas anodin sur une aorte fragile.

La règle de conduite qui en découle Commencer par le cathéter le plus doux compatible avec le geste, et n'augmenter le support que lorsque le besoin est démontré — pas par anticipation. Une angioplastie simple menée avec un Judkins bien choisi vaut mieux qu'une angioplastie simple commencée avec un Amplatz forcé.

Cette leçon dépasse le seul cathéter guide. En cardiologie interventionnelle, la plupart des choix de matériel opposent une propriété désirable à son coût, et le réflexe utile est toujours le même : identifier ce que la propriété gagnée fait perdre par ailleurs. Un ballon non compliant dilate mieux et pardonne moins ; un guide rigide franchit mieux et perfore plus ; un cathéter très soutenant délivre mieux et dissèque plus. Aucun de ces choix n'est bon ou mauvais dans l'absolu : ils sont adaptés, ou non, à ce que l'on s'apprête à faire.

14. Points clés à retenir

Points clés
  • Trois fonctions : injecter, monitorer la pression, porter. La troisième le sépare d'une sonde diagnostique.
  • Six critères, qui s'opposent deux à deux : choisir un cathéter, c'est arbitrer entre douceur et support.
  • Construction à trois couches contre deux : PTFE lubrifiant, armature acier ou Kevlar transmettant le couple au rapport 1 pour 1, enveloppe polymère. Longueur habituelle 100 cm.
  • Le support ne vient pas du cathéter mais de son appui : angle thêta et surface de contact avec l'aorte.
  • Voie fémorale et radiale gauche : 1 point de résistance. Radiale droite : 2.
  • Longueur : plus de 100 cm sur aorte tortueuse, moins de 100 cm pour un pont saphène ou une mammaire.
  • Calibre : 5 à 7 French en fémoral, 5 à 6 en radial. Le 5 French interdit le kissing balloon — le calibre se décide sur la technique prévue.
  • Support passif : Amplatz dans le sinus de Valsalva, extra-back-up sur la paroi opposée. Aucune manipulation supplémentaire.
  • Support actif : deep seating, sous trois conditions — artère large, aucune lésion ostiale ou proximale, pointe souple. Rotation horaire pour CX et CD, anti-horaire pour l'IVA.
  • Judkins : engage doucement, soutient mal. Le JR n'a aucun contact avec l'aorte ascendante ; le JL a un contact haut et étroit, d'où prolapsus et extubation.
  • Amplatz : plate-forme stable, pointe vers le bas donc risque de dissection ostiale. Pointe sous l'ostium = trop petit ; au-dessus = trop grand. Ne jamais forcer.
  • Extra-back-up : le meilleur compromis entre coaxialité, support et sécurité.
  • La courbe du cathéter suit la largeur de l'aorte : c'est la logique des tableaux, pas une liste à mémoriser.
  • Ostium haut → petite courbure. Ostium bas → grande courbure. Tronc commun long → EBU ou Amplatz.
  • Renforcer le support : guide compagnon, puis ancrage, puis deep seating. Dans cet ordre.
  • Ventricularisation : diastolique effondrée, sténose ostiale le plus souvent. Pression amortie : les deux pressions baissent, cinq causes possibles. Dans les deux cas, ne pas injecter.

15. Pièges fréquents

⚠️ Pièges fréquents
  • Choisir le cathéter guide par habitude plutôt que sur l'anatomie : la largeur de l'aorte et l'orientation de l'ostium décident, et toutes deux se lisent sur la coronarographie diagnostique déjà faite.
  • Monter en 5 French sans avoir décidé la technique : ce calibre interdit le kissing balloon, et le découvrir en cours de procédure oblige à changer de cathéter, parfois à repiquer.
  • Confondre engagement et support : un Judkins engage très bien un ostium qu'il ne soutiendra pas — le JR n'a aucun point d'appui sur l'aorte ascendante.
  • Forcer l'engagement d'un Amplatz : les tentatives de forcer augmentent le risque de complication, et sa pointe orientée vers le bas dissèque l'ostium.
  • Ignorer le repère de taille de l'Amplatz : pointe sous l'ostium, le cathéter est trop petit ; au-dessus, il est trop grand — deux images suffisent à trancher.
  • Pratiquer un deep seating sur une lésion ostiale : la deuxième condition n'est pas une précaution mais une interdiction.
  • Tourner dans le mauvais sens en deep seating : horaire pour la circonflexe et la coronaire droite, anti-horaire pour l'interventriculaire antérieure.
  • Travailler avec un cathéter non coaxial : la poussée se perd contre la paroi, le ballon passe mal, et la pointe appuie sur l'intima.
  • Forcer un ballon dans une artère non calcifiée : avant d'incriminer la lésion, vérifier l'alignement du cathéter — c'est la cause la plus fréquente.
  • Prendre un cathéter de 100 cm pour une intubation distale : un pont saphène ou une mammaire demandent un cathéter plus court.
  • Oublier d'allonger le cathéter sur une aorte tortueuse : le trajet réel s'allonge, et 100 cm peuvent ne plus suffire.
  • Oublier que la radiale droite impose deux points de résistance : à cathéter égal, le support y est moindre qu'en fémoral ou en radial gauche.
  • Injecter sur une courbe de pression anormale : c'est créer une hyperpression dans une artère que le cathéter obstrue.
  • Confondre ventricularisation et pression amortie : la première fait chuter la seule diastolique et signe presque toujours une sténose ostiale ; la seconde abaisse les deux et compte cinq causes.
  • Ne pas aspirer le cathéter à son arrivée dans l'aorte ascendante : un thrombus ou un débris athéromateux flottant partira dans la coronaire à la première injection.
  • Injecter seringue pointée vers le haut : les bulles d'air remontent vers l'embout et s'injectent.
  • Escalader d'emblée vers le geste le plus risqué : guide compagnon, puis ancrage, puis deep seating — dans cet ordre, jamais l'inverse.

Sources

  1. MESSAOUDI Y. Le cathéter guide. Diaporama de cours, CEC de cardiologie interventionnelle, Faculté de Médecine de Sfax. document interne, non publié
  2. Casserly IP, Messenger JC. Technique and catheters. Cardiol Clin. 2009;27(3):417-432. doi:10.1016/j.ccl.2009.04.005
  3. Sarkar K, Sharma SK, Kini AS. Catheter selection for coronary angiography and intervention in anomalous coronary arteries. J Interv Cardiol. 2009;22(3):234-239. doi:10.1111/j.1540-8183.2009.00463.x
  4. Sharma D, Shah A, Osten M, et al. Efficacy and safety of the GuideLiner mother-in-child guide catheter extension. J Interv Cardiol. 2016;30(1):46-55. doi:10.1111/joic.12354
  5. Neumann FJ, Sousa-Uva M, Ahlsson A, et al. 2018 ESC/EACTS Guidelines on myocardial revascularization. Eur Heart J. 2019;40(2):87-165. doi:10.1093/eurheartj/ehy394
  6. Byrne RA, Rossello X, Coughlan JJ, et al. 2023 ESC Guidelines for the management of acute coronary syndromes. Eur Heart J. 2023;44(38):3720-3826. doi:10.1093/eurheartj/ehad191
  7. Valgimigli M, Gagnor A, Calabró P, et al. Radial versus femoral access in patients with acute coronary syndromes undergoing invasive management (MATRIX). Lancet. 2015;385(9986):2465-2476. doi:10.1016/S0140-6736(15)60292-6
  8. Bashore TM, Balter S, Barac A, et al. 2012 ACCF/SCAI expert consensus document on cardiac catheterization laboratory standards update. Catheter Cardiovasc Interv. 2012;80(3):E37-E49. doi:10.1002/ccd.24466
  9. Seto AH, Abu-Fadel MS, Sparling JM, et al. Real-time ultrasound guidance facilitates femoral arterial access and reduces vascular complications (FAUST). JACC Cardiovasc Interv. 2010;3(7):751-758. doi:10.1016/j.jcin.2010.04.015

Cours de la Pr Ag Yosra Messaoudi, Faculté de Médecine de Sousse.

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