Cours 78 Terrains particuliers et devenir ⏱ 24 min

Cardiopathies congénitales à l'âge adulte : une population qui grandit, et que le cardiologue d'adultes voit sans y être préparé

Pour la première fois, il y a plus d'adultes que d'enfants porteurs d'une cardiopathie congénitale. Ces patients ne sont pas guéris : ils sont réparés. Leur cœur garde une cicatrice, une prothèse, un résidu — parfois un ventricule droit qui travaille à contre-emploi — et des complications que la cardiologie de l'adulte n'a pas apprises.

🎯 Objectifs pédagogiques
  • Situer le basculement démographique des cardiopathies congénitales — plus de 90 % de survie à l'âge adulte, des adultes désormais plus nombreux que les enfants — et en déduire pourquoi ces patients arrivent dans des consultations d'adultes qui ne les attendaient pas
  • Expliquer et savoir défendre devant un patient la distinction entre un cœur réparé et un cœur guéri, et énumérer les résidus qui font qu'un suivi à vie est nécessaire
  • Classer une cardiopathie congénitale de l'adulte en complexité simple, modérée ou sévère, et en déduire le lieu de suivi et son rythme, ainsi que le rôle de la transition entre pédiatrie et cardiologie d'adultes
  • Reconnaître les arythmies propres à cette population, identifier le piège de la tachycardie régulière prise pour une tachycardie sinusale, et énoncer les principes de traitement — cardioversion précoce, ablation en centre expert, prudence avec les antiarythmiques
  • Définir le ventricule droit systémique, décrire les quatre mécanismes de sa défaillance et énoncer le fait que les traitements validés de l'insuffisance cardiaque gauche n'y ont pas démontré leur efficacité
  • Distinguer les quatre situations d'hypertension pulmonaire associée à une cardiopathie congénitale, reconnaître un syndrome d'Eisenmenger et énumérer ce qu'il contre-indique formellement
  • Décrire les conséquences hématologiques, rénales, articulaires, biliaires, cérébrales et hémostatiques de la cyanose chronique, et justifier pourquoi la saignée systématique est une erreur
  • Identifier les trois situations de haut risque d'endocardite infectieuse et énoncer les mesures de prévention, spécifiques et non spécifiques
  • Utiliser la classification modifiée de l'Organisation mondiale de la santé pour évaluer le risque d'une grossesse, énumérer les situations de classe IV et proposer une contraception adaptée
  • Énoncer les points qui changent la conduite anesthésique lors d'une chirurgie non cardiaque, et poser les règles d'activité physique, professionnelle et de voyage
Mots-clés cardiopathie congénitale de l'adulteréparé n'est pas guériclassification de complexitétransition pédiatrie-adultesperdus de vueventricule droit systémiqueswitch atrialintervention de Mustardintervention de Senningdouble discordancecirculation de Fontanentéropathie exsudativesyndrome d'Eisenmengerhypertension pulmonairerésistances vasculaires pulmonairescyanose chroniqueérythrocytose secondairehyperviscositécarence martialetachycardie par réentrée intra-atrialeflutter cicatricielendocardite infectieuseclassification modifiée OMSembolie paradoxalefiltre à airchirurgie non cardiaque

1. Le basculement : une population qui a changé de visage

1.1. Le chiffre qui commande tout le reste

Huit à neuf naissances vivantes sur mille s'accompagnent d'une cardiopathie congénitale — voir, dans cette discipline, le cours 71, Épidémiologie et classification des cardiopathies congénitales. Il y a cinquante ans, la moitié de ces enfants mouraient avant l'adolescence. Aujourd'hui, plus de 90 % d'entre eux atteignent l'âge adulte, et la plupart y arrivent en bon état fonctionnel.

La conséquence est arithmétique et elle est inédite : pour la première fois dans l'histoire de la médecine, il y a plus d'adultes que d'enfants porteurs d'une cardiopathie congénitale. Les registres de population les mieux tenus — celui du Québec au premier rang — situent le croisement des deux courbes autour de l'an 2000 ; en 2010, les adultes représentaient déjà environ les deux tiers de la population congénitale totale. À l'échelle européenne, on estime à 2,3 millions le nombre d'adultes porteurs d'une cardiopathie congénitale, contre 1,9 million d'enfants.

Figure 1 — Le basculement démographique. Deux courbes qui se croisent : celle des enfants porteurs d'une cardiopathie congénitale, longtemps majoritaire, et celle des adultes, qui la dépasse autour de l'an 2000 et continue de monter. Regardez d'abord le point de croisement : il ne traduit pas une augmentation du nombre de malformations, mais la survie d'une génération entière opérée dans l'enfance. Regardez ensuite la pente de la courbe des adultes : elle explique pourquoi ces patients arrivent aujourd'hui dans des consultations qui ne les attendaient pas.

Cette population ne fait pas que croître : elle vieillit, et elle se déplace vers les formes complexes. Les patients qui arrivent aujourd'hui en consultation d'adultes ne sont plus seulement des communications interauriculaires opérées à cœur ouvert dans les années soixante-dix ; ce sont aussi des tétralogies de Fallot réparées, des transpositions commutées, des ventricules uniques dérivés selon Fontan — des montages chirurgicaux dont personne n'a encore vu le devenir à soixante ans, parce qu'aucun patient n'y est encore arrivé.

1.2. « Réparé » n'est pas « guéri »

🎯 La phrase à retenir de tout le cours Un patient opéré d'une cardiopathie congénitale n'est presque jamais guéri : il est réparé. La chirurgie a restauré une physiologie acceptable, elle n'a pas restitué un cœur normal. Il reste, selon les cas, une cicatrice — donc un substrat d'arythmie —, une valve remplacée — donc une prothèse qui vieillira —, un shunt résiduel, un obstacle résiduel, un ventricule droit placé du mauvais côté de la circulation, ou une circulation dépourvue de pompe pulmonaire. La prise en charge est un processus qui dure toute la vie, et l'affirmation « il a été opéré, tout va bien » est, à l'échelle d'une vie, presque toujours fausse.

Trois erreurs de raisonnement découlent directement de la confusion entre réparé et guéri, et ce sont les trois plus fréquentes.

  • Sortir le patient du suivi. C'est la plus fréquente et la plus grave : une réparation réussie dans l'enfance produit un adulte asymptomatique pendant vingt ans, qu'on cesse de convoquer — et qui revient en fibrillation atriale, en insuffisance cardiaque droite ou en endocardite.
  • Lire son cœur comme un cœur normal. Un compte rendu d'échocardiographie qui décrit « une insuffisance tricuspide modérée » chez un patient opéré selon Mustard n'a pas dit l'essentiel : cette valve est la valve auriculo-ventriculaire systémique, et sa fuite n'a pas du tout le même sens.
  • Appliquer sans transposition les protocoles de la cardiologie d'adultes. Nous y reviendrons pour les arythmies, l'insuffisance cardiaque et l'anticoagulation : la plupart des grands essais ont explicitement exclu ces patients.

1.3. Un mot de vocabulaire, qui n'est pas anodin

La nomenclature internationale a délibérément changé : on ne dit plus Grown-Up Congenital Heart disease, littéralement « cardiopathie congénitale ayant grandi », mais Adults with Congenital Heart Disease, « adultes porteurs d'une cardiopathie congénitale ». Le déplacement n'est pas cosmétique : il fait passer du défaut au patient, et il rappelle que ces adultes ont, en plus de leur malformation, l'hypertension artérielle, le diabète, la maladie coronaire et les cancers de leur génération. Une part croissante de leur morbidité n'est plus congénitale du tout.

1.4. Les huit problèmes transversaux

Quelle que soit la malformation de départ, le devenir à l'âge adulte se joue sur un petit nombre de problèmes récurrents. Ce sont eux qui structurent ce cours ; les particularités de chaque malformation sont renvoyées aux cours qui leur sont consacrés.

ProblèmeMécanisme dominantTraité en
ArythmiesCicatrices atriales et ventriculaires, dilatation chronique, atteinte du tissu de conductionSections 3 et 11
Insuffisance cardiaqueVentricule droit systémique, ventricule unique, surcharge chronique de volume ou de pressionSection 4
Hypertension pulmonaireHyperdébit prolongé, shunt non fermé ou fermé trop tardSections 5 et 13
Cyanose chroniqueShunt droite-gauche permanent, hypoxémie de plusieurs décenniesSection 7
Endocardite infectieuseMatériel prothétique, shunt résiduel, flux turbulentSection 8
Grossesse et contraceptionSurcharge volumique de la grossesse sur une réserve limitéeSection 6
Thrombose et anticoagulationFlux lents, arythmie atriale, prothèses, embolie paradoxaleSection 12
Chirurgie non cardiaque, sport, travailTolérance hémodynamique limitée, dépendance à la préchargeSection 9

2. Classer pour orienter : complexité, niveau de soins, transition

2.1. Trois niveaux de complexité anatomique

Les recommandations européennes de 2020 rangent les cardiopathies congénitales de l'adulte en trois niveaux de complexité anatomique — simple, modérée, sévère. Ce classement n'a rien d'académique : il commande le patient doit être suivi et à quel rythme.

ComplexitéExemplesOù suivreRythme
SimplePetite communication interauriculaire ou interventriculaire isolée ; canal artériel minime ; bicuspidie aortique sans dysfonction ; sténose pulmonaire légère ; shunt simple réparé sans séquelle ni résiduCardiologue général, avec au moins un avis initial en centre spécialiséTous les 3 à 5 ans, ou suivi partagé
ModéréeCanal atrio-ventriculaire partiel ou complet réparé ; coarctation ; anomalie d'Ebstein ; tétralogie de Fallot réparée ; sténose aortique sous- ou supravalvulaire ; retour veineux pulmonaire anormal, partiel ou total ; anomalie de naissance des coronaires ; ventricule droit à double chambre (bicaméral)Suivi partagé avec un centre spécialisé, qui voit le patient au moins une foisTous les 12 à 24 mois
Sévère (complexe)Toute cardiopathie cyanogène ; ventricule unique et circulation de Fontan ; transposition des gros vaisseaux, quelle que soit la réparation ; double discordance ; atrésie pulmonaire ; tronc artériel commun ; ventricule à double issue (droit ou gauche) ; syndrome d'Eisenmenger ; tout conduit entre ventricule droit et artère pulmonaireCentre spécialisé exclusivement ; toute intervention y est réaliséeTous les 6 à 12 mois
Figure 2 — Complexité et niveau de soins. Trois niveaux, trois lieux de suivi, trois rythmes. Ce qu'il faut y lire : ce n'est pas la rareté de la malformation qui décide, mais ce qu'elle impose au cœur et au reste du corps — et la règle qu'aucune cardiopathie sévère ne se suit hors d'un centre spécialisé.

2.2. L'anatomie ne suffit pas : le stade physiologique

Une même anatomie peut correspondre à deux patients très différents : une tétralogie réparée peut être asymptomatique à quarante ans, ou en insuffisance cardiaque avec fibrillation atriale. Les recommandations américaines de 2018 ont donc introduit une double cotation : un chiffre romain pour l'anatomie (I simple, II modérée, III complexe) et une lettre pour le stade physiologique (A à D), fondé sur les symptômes, la capacité d'effort, les arythmies, l'hypertension pulmonaire, l'hypoxémie, l'atteinte valvulaire et l'atteinte des autres organes. Un patient « II C » est plus lourd qu'un patient « III A ».

🎯 Ce que l'étudiant doit en retenir Vous n'aurez pas à réciter cette cotation. Vous devez en retenir la logique : la lourdeur d'un patient congénital adulte ne se lit pas sur le nom de sa malformation, mais sur ce que son cœur fait aujourd'hui. Un même diagnostic recouvre des situations opposées. D'où la seule question qui vaille en consultation : de quoi a-t-il été opéré, quand, que reste-t-il, et où est-il suivi ?

2.3. La transition, et le scandale des perdus de vue

Le moment le plus dangereux de la vie d'un patient congénital n'est pas l'opération : c'est le passage de la cardiologie pédiatrique à la cardiologie d'adultes, entre seize et vingt ans. C'est l'âge où l'on quitte le domicile, où l'on change de ville, où l'on se croit guéri parce qu'on ne l'a jamais entendu dire autrement — et les séries publiées montrent que la moitié environ des patients sortent du suivi à cette période. Beaucoup reviennent dix ou quinze ans plus tard, avec une lésion devenue inopérable ou une arythmie installée.

D'où l'existence de programmes structurés de transition, commencés dès douze ou treize ans : on explique au patient sa propre malformation, on lui remet un document écrit résumant son anatomie, ses interventions et son matériel implanté, on l'éduque à l'endocardite et à la contraception, et on le présente à l'équipe d'adultes avant la rupture. Le succès de la transition se mesure à un seul indicateur : le patient est-il encore suivi cinq ans plus tard ?

🛡️ Le geste que vous pouvez faire dès l'externat Devant tout adulte portant une cicatrice de sternotomie ou de thoracotomie et disant « j'ai été opéré du cœur petit », posez trois questions et notez les réponses : quelle malformation, quelle opération et à quel âge, qui vous suit aujourd'hui ? Si la troisième réponse est « personne », vous venez d'identifier un perdu de vue, et l'adresser à une consultation spécialisée est un acte médical à part entière. Un ancien compte rendu opératoire, une carte de porteur de prothèse ou un vieux courrier valent, dans cette population, plus qu'une échocardiographie faite à l'aveugle.

3. Les arythmies : la complication qui domine le devenir

3.1. Pourquoi elles sont si fréquentes

Les troubles du rythme sont la première cause d'hospitalisation de l'adulte porteur d'une cardiopathie congénitale, et une cause majeure de mortalité. Leur fréquence tient à trois substrats qui s'additionnent au fil des décennies.

  • La cicatrice. Toute atriotomie, tout patch, toute suture de chenal veineux crée une zone électriquement inerte bordée d'isthmes de conduction lente : le substrat parfait d'une macro-réentrée. C'est pourquoi la voie percutanée, quand elle est possible, a un avantage propre — pas d'atriotomie, donc pas de flutter cicatriciel.
  • La dilatation et la fibrose chroniques. Une oreillette qui a supporté trente ans de surcharge volumétrique devient arythmogène par elle-même, et ce remodelage est peu ou pas réversible : fermer le shunt après quarante ans ne fait pas disparaître l'arythmie.
  • L'atteinte du tissu de conduction, soit constitutionnelle — double discordance, canal atrio-ventriculaire, formes familiales de communication interauriculaire —, soit chirurgicale — fermeture de communication interventriculaire, résection d'une sténose sous-aortique, chenaux de Mustard ou Senning.
Figure 3 — Le substrat arythmogène d'un cœur opéré. Regardez les zones claires : ce sont les cicatrices d'atriotomie et les lignes de suture des patchs, électriquement inertes. Entre elles et les obstacles anatomiques naturels — anneaux valvulaires, orifices caves — subsistent des couloirs étroits de tissu sain : ce sont ces isthmes qui portent les circuits de macro-réentrée. Retenez que la cicatrice ne fait pas seulement une trace : elle dessine un circuit.

3.2. Les trois grandes familles, et le piège du diagnostic

TroubleTerrain typiqueCe qu'il faut savoir
Tachycardie atriale par réentrée intra-atriale et flutter cicatricielToute oreillette opérée : Fontan, Mustard/Senning, Fallot, communication interauriculaire fermée chirurgicalementLa plus fréquente. Fréquence atriale souvent lente (150 à 250/min) parce que le circuit est long : la conduction peut être 1 pour 1, avec collapsus. Les ondes P sont souvent invisibles
Fibrillation atrialeShunt fermé tardivement, valvulopathie gauche, ventricule systémique défaillant, patients de plus de 50 ansDevient la forme dominante avec l'âge, comme dans la population générale — mais sur une oreillette déjà malade
Dysfonction sinusale et bloc auriculo-ventriculaireMustard/Senning et Fontan (dysfonction sinusale) ; double discordance, fermeture de communication interventriculaire (bloc)Souvent silencieuse, révélée par une intolérance à l'effort. Le bloc de la double discordance est évolutif, environ 2 % par an
Tachycardie ventriculaireTétralogie de Fallot réparée, ventricule systémique défaillant, sténose aortique ancienneRéentrée autour d'isthmes anatomiques bien identifiés dans le Fallot. Principal mécanisme de mort subite
Voie accessoireAnomalie d'Ebstein (environ 20 % de préexcitation), double discordanceSouvent multiples dans l'Ebstein. Une fibrillation atriale conduite sur voie accessoire peut dégénérer en fibrillation ventriculaire
⚠️ Le piège diagnostique le plus dangereux Devant un adulte congénital dont l'électrocardiogramme montre une tachycardie régulière, à complexes fins, autour de 130 à 150 par minute, sans onde P visible, le réflexe est d'écrire « tachycardie sinusale ». C'est presque toujours faux : c'est un flutter atrial lent conduit en 2 pour 1, et il peut passer en 1 pour 1 sous l'effet d'une catécholamine, d'une fièvre ou d'un antiarythmique de classe I — avec chute tensionnelle brutale. Deux règles : chez ces patients, une tachycardie régulière est un flutter jusqu'à preuve du contraire, et une manœuvre vagale ou de l'adénosine sert ici à démasquer les ondes atriales, pas à réduire. Deux réserves de sécurité sur l'adénosine : elle ne s'injecte qu'avec un défibrillateur immédiatement disponible et une voie veineuse sûre, car elle peut déclencher une fibrillation atriale ; et elle est contre-indiquée en cas de préexcitation connue ou suspectée — anomalie d'Ebstein, double discordance —, où le blocage du nœud auriculo-ventriculaire favorise la conduction exclusive sur la voie accessoire et peut précipiter une fibrillation ventriculaire. Corollaire : toute arythmie atriale nouvelle doit faire chercher une détérioration hémodynamique sous-jacente — obstruction de conduit, fuite valvulaire, dysfonction ventriculaire. L'arythmie est souvent le symptôme, pas la maladie.

3.3. Ce qui change dans le traitement

  • La cardioversion est précoce, et non retardée. Ces patients tolèrent mal la perte du rythme sinusal, en particulier dans une circulation de Fontan où le remplissage dépend de la contraction atriale : la restauration rapide du rythme sinusal est recommandée. Comme le risque de thrombus atrial est élevé, l'anticoagulation et la recherche de thrombus précèdent la cardioversion, sauf urgence hémodynamique.
  • L'ablation par cathéter passe devant les médicaments. Pour les arythmies supraventriculaires, l'ablation est un traitement de première intention dans les cardiopathies simples ; dans les formes modérées à sévères, elle se fait en centre expert, où l'on dispose de la cartographie tridimensionnelle et de la connaissance des accès veineux souvent redirigés.
  • Les antiarythmiques sont de maniement délicat. Les classe I sont contre-indiqués en présence de cicatrice ventriculaire ou de dysfonction ventriculaire ; le sotalol est proarythmogène ; l'amiodarone reste efficace mais expose, dans cette population souvent jeune et parfois cyanosée ou porteuse d'une circulation de Fontan, à une toxicité thyroïdienne et hépatique cumulative.
  • Toute arythmie supraventriculaire s'anticoagule si la cardiopathie est modérée ou sévère. Paroxystique ou persistante, elle justifie une anticoagulation sans passer par le score CHA₂DS₂-VASc, qui n'a pas été validé dans cette population et sous-estime le risque de patients souvent jeunes, dont les oreillettes sont cicatricielles, dilatées et à flux lent. C'est la décision à prendre aux urgences devant le patient de 29 ans opéré selon Mustard en flutter, dont le score CHA₂DS₂-VASc vaut 0.
  • Dans les cardiopathies simples, il reste licite d'utiliser les scores CHA₂DS₂-VASc et HAS-BLED comme chez tout adulte. Les cas particuliers — circulation de Fontan, patient cyanosé, anticoagulants oraux directs — sont développés en section 12.1.
  • Toute arythmie documentée dans une cardiopathie modérée ou sévère relève d'un centre expert.

4. Insuffisance cardiaque et ventricule droit systémique

4.1. La première cause de décès

Chez l'adulte congénital, l'insuffisance cardiaque est la première cause de décès — de l'ordre du quart à plus du tiers des morts dans les séries contemporaines, devant la mort subite. Elle prend trois formes qu'il faut distinguer, parce qu'elles n'ont ni le même mécanisme ni le même traitement.

FormeSituationsMécanisme
Défaillance d'un ventricule gauche systémiqueSurcharge volumique ancienne (insuffisance aortique, shunt fermé tardivement), coronaropathie après switch artériel, sténose aortique ancienneLe plus proche de l'insuffisance cardiaque ordinaire — c'est la seule forme où le traitement de l'adulte a fait ses preuves
Défaillance d'un ventricule droit systémiqueTransposition opérée par switch atrial (Mustard, Senning) ; double discordance (transposition congénitalement corrigée)Une pompe à paroi fine soumise à vie à la pression systémique, avec une valve tricuspide qui fuit
Défaillance d'une circulation de FontanVentricule unique dérivé : le sang cave rejoint directement les artères pulmonairesIl n'y a pas de pompe pulmonaire. Le problème n'est pas la contractilité, c'est la pression veineuse et la résistance du lit pulmonaire

4.2. Le ventricule droit systémique

C'est le concept central de ce chapitre, et il est parfaitement contre-intuitif. Un ventricule droit normal est une pompe de volume : paroi fine, forme en croissant, faite pour pousser un grand débit contre une résistance dix fois plus basse que la résistance systémique. Placez-le en position systémique — par un montage chirurgical à l'étage atrial, ou par la nature elle-même dans la double discordance — et vous lui demandez de tenir une pression cinq fois supérieure pendant soixante ans.

Figure 4 — Le ventricule droit systémique. À gauche, la disposition normale : un ventricule gauche épais, conique, qui éjecte dans l'aorte, et un ventricule droit à paroi fine en croissant. À droite, la situation après commutation atriale ou dans la double discordance : c'est le ventricule droit, reconnaissable à sa forme et à sa paroi, qui pousse le sang dans l'aorte. Regardez trois choses : l'épaississement de sa paroi, la dilatation de sa cavité, et la fuite de la valve tricuspide devenue valve auriculo-ventriculaire systémique.

Quatre mécanismes le condamnent à terme.

  1. Hypertrophie puis fibrose : il s'adapte d'abord, puis se fibrose, et la fibrose est irréversible et arythmogène.
  2. Inadéquation coronaire : sa vascularisation reste celle d'un ventricule droit — une seule artère coronaire droite — pour une masse musculaire qui a doublé.
  3. La valve auriculo-ventriculaire systémique est une tricuspide, dont l'appareil sous-valvulaire n'a jamais été dessiné pour une pression systémique : elle fuit. La fuite dilate le ventricule, la dilatation aggrave la fuite.
  4. Le septum se déplace vers le ventricule sous-pulmonaire, ce qui déforme l'anneau tricuspide et entretient la fuite.

Le résultat est prévisible : vers quarante ans, environ la moitié des patients opérés par switch atrial ont une dysfonction ventriculaire droite au moins modérée, et la double discordance évolue de la même façon, avec en plus un bloc auriculo-ventriculaire progressif.

⚠️ Le grand manque de la discipline Les traitements qui ont transformé le pronostic de l'insuffisance cardiaque à fraction d'éjection abaissée — bloqueurs du système rénine-angiotensine, bêtabloquants, antagonistes des récepteurs minéralocorticoïdes — ont été validés sur des ventricules gauches systémiques. Les essais conduits chez les patients à ventricule droit systémique sont petits et, dans l'ensemble, neutres : aucun bénéfice n'y a été démontré. Ces patients sont traités par analogie, faute de mieux. C'est une information à donner honnêtement, et une raison supplémentaire de les adresser tôt à un centre spécialisé — la question n'est pas seulement « quel médicament », mais « à quel moment discuter la transplantation ». Pour la prise en charge de la défaillance, voir la discipline Insuffisance cardiaque : cours 39, Poser le diagnostic d'insuffisance cardiaque ; cours 45, Épreuve d'effort métabolique et mesure directe de la consommation d'oxygène ; cours 60, La transplantation cardiaque ; et cours 61, Insuffisance cardiaque de l'enfant.

4.3. Reconnaître la défaillance dans cette population

Deux difficultés propres. D'abord, ces patients sous-déclarent leurs symptômes : n'ayant jamais eu de cœur normal, ils ignorent ce qu'est une capacité d'effort normale et adaptent silencieusement leur mode de vie. La question « êtes-vous essoufflé ? » y est peu informative ; la bonne question est « qu'avez-vous cessé de faire cette année ? ». C'est pourquoi l'épreuve d'effort cardiorespiratoire, répétée dans le temps, a une place particulière : elle objective une dégradation que l'interrogatoire ne perçoit pas.

Ensuite, les peptides natriurétiques gardent une valeur pronostique mais perdent beaucoup de leur valeur diagnostique : ils sont souvent modérément élevés à l'état basal, et la cinétique individuelle vaut mieux que le seuil. Ce qui compte, c'est la comparaison avec la valeur du patient lui-même six mois plus tôt.

5. Hypertension pulmonaire et syndrome d'Eisenmenger

5.1. Quatre situations, pas une

L'hypertension pulmonaire de la cardiopathie congénitale se répartit en quatre tableaux, qui n'ont ni le même pronostic ni la même conduite.

  • Le syndrome d'Eisenmenger : un shunt large jamais fermé, des résistances pulmonaires élevées jusqu'au niveau systémique, voire au-delà, un shunt devenu bidirectionnel puis inversé, une cyanose permanente et une atteinte multiviscérale.
  • L'hypertension pulmonaire avec shunt gauche-droite persistant, encore prédominant : c'est la situation où se pose la question, souvent difficile, de la fermeture (section 13).
  • L'hypertension pulmonaire avec petit défect ou défect coïncident : le shunt est trop petit pour expliquer l'hypertension, dont l'évolution est celle d'une hypertension artérielle pulmonaire idiopathique. Fermer ne sert à rien et peut nuire.
  • L'hypertension pulmonaire après fermeture : elle persiste ou réapparaît après la correction. C'est la forme de plus mauvais pronostic, parce qu'il n'y a plus de soupape.
Figure 5 — La marche vers le syndrome d'Eisenmenger. De gauche à droite : un shunt large gauche-droite qui inonde le poumon ; l'artériole pulmonaire qui s'hypertrophie, prolifère puis se fibrose ; l'égalisation des pressions ; enfin l'inversion du shunt et la cyanose. Ce qu'il faut voir : la flèche du shunt qui rétrécit, s'annule, puis change de sens — et la lumière artériolaire qui se ferme. À ce stade, le défect n'est plus la maladie, c'est la soupape.

5.2. Reconnaître un syndrome d'Eisenmenger

Le tableau est celui d'un adulte jeune, cyanosé au repos, avec hippocratisme digital, dyspnée d'effort ancienne, hématocrite élevé, et à l'auscultation un B2 pulmonaire claqué et unique ou peu dédoublé — le souffle du shunt, lui, a souvent disparu, parce que le gradient qui le produisait s'est effacé. C'est un piège classique : l'atténuation puis la disparition du souffle chez un patient porteur d'un shunt large est un signe de gravité, pas d'amélioration.

Une particularité sémiologique commande le diagnostic : dans un canal artériel devenu Eisenmenger, le sang désaturé gagne l'aorte en aval de l'artère sous-clavière gauche, d'où une cyanose différentielle — pieds bleus et cyanosés, mains roses, saturation inférieure aux orteils qu'aux doigts. Mesurez donc la saturation aux quatre membres.

5.3. Ce que l'Eisenmenger interdit — et ce qu'il autorise

🛡️ Les interdits du syndrome d'Eisenmenger
  • La fermeture du shunt est formellement contre-indiquée : le défect est devenu la soupape d'un ventricule droit soumis à des pressions systémiques. Le fermer, c'est le condamner.
  • La grossesse est formellement contre-indiquée — classe IV de la classification modifiée de l'Organisation mondiale de la santé, mortalité maternelle très élevée (section 6).
  • La déshydratation, l'anesthésie qui fait chuter la pression artérielle, les vasodilatateurs systémiques : toute baisse des résistances systémiques aggrave l'inversion du shunt et effondre la saturation.
  • Toute injection intraveineuse comportant une bulle d'air : filtre à air obligatoire sur les voies veineuses.
  • La plongée sous-marine, l'altitude élevée, et les efforts isométriques intenses.
Ce qui reste possible : une vie sociale et professionnelle adaptée, un traitement vasodilatateur pulmonaire ciblé, un suivi spécialisé — et, en dernier recours, la transplantation cardio-pulmonaire ou pulmonaire avec réparation du défect.

Le traitement ciblé a changé les choses. L'antagoniste des récepteurs de l'endothéline bosentan a été le premier à démontrer, dans un essai contrôlé contre placebo mené spécifiquement chez des patients Eisenmenger, une amélioration du périmètre de marche et des résistances pulmonaires sans dégrader la saturation — ce que l'on craignait. D'autres molécules ont suivi. Le principe est aujourd'hui admis : l'Eisenmenger se traite, il ne s'observe plus. Les modalités sont détaillées en section 12.

6. Grossesse, contraception et conseil génétique

6.1. Pourquoi la grossesse est une épreuve d'effort de neuf mois

La grossesse augmente le volume plasmatique de 40 à 50 %, le débit cardiaque de 30 à 50 %, abaisse les résistances systémiques, accélère la fréquence cardiaque et installe un état d'hypercoagulabilité. Le pic de contrainte n'est pas l'accouchement mais le post-partum immédiat, quand la levée de la compression cave et la rétraction utérine renvoient brutalement un volume important vers le cœur. Une réserve cardiaque limitée est démasquée exactement là.

6.2. La classification modifiée de l'Organisation mondiale de la santé

C'est l'outil de référence, et sa force est de classer le risque et non la malformation.

ClasseRisque d'événement cardiaque maternelExemples congénitauxConduite
IÀ peine supérieur à la population générale (2,5 à 5 %)Sténose pulmonaire, canal artériel ou prolapsus mitral légers ; shunt simple réparé sans séquelle (communication interauriculaire ou interventriculaire, canal artériel, retour veineux anormal)Suivi obstétrical ordinaire, un ou deux avis cardiologiques
IIModérément augmenté (5,7 à 10,5 %)Communication interauriculaire ou interventriculaire non opérée ; tétralogie de Fallot réparée ; la plupart des arythmies supraventriculairesAvis cardiologique à chaque trimestre
II–IIIIntermédiaire (10 à 19 %)Coarctation réparée ; canal atrio-ventriculaire ; dysfonction ventriculaire gauche légère ; aorte inférieure à 45 mm sur bicuspidieSuivi tous les deux mois, accouchement en maternité avec cardiologue
IIIImportant (19 à 27 %)Ventricule droit systémique à fonction conservée ou peu altérée ; circulation de Fontan non compliquée ; cardiopathie cyanogène non réparée ; valve mécanique ; autres cardiopathies complexesConsultation préconceptionnelle obligatoire ; suivi mensuel ou bimensuel en centre expert
IVGrossesse contre-indiquée (40 à 100 %)Toute hypertension artérielle pulmonaire, syndrome d'Eisenmenger au premier rang ; dysfonction ventriculaire systémique sévère ; ventricule droit systémique à dysfonction modérée ou sévère ; rétrécissement mitral serré ; recoarctation sévère ; aorte trop dilatée ; circulation de Fontan compliquéeContraception efficace ; si grossesse débutée, discuter l'interruption médicale ; si poursuivie, centre expert avec équipe dédiée

6.3. La contraception, qui se décide en même temps

Poser une contre-indication de grossesse sans proposer une contraception efficace est une faute de raisonnement : le taux d'échec des méthodes barrière est trop élevé pour une femme chez qui la grossesse peut être mortelle.

  • Les œstroprogestatifs sont contre-indiqués chaque fois que le risque thrombotique est majoré : cyanose, hypertension pulmonaire, circulation de Fontan, antécédent thromboembolique, arythmie atriale.
  • Les progestatifs seuls — pilule au désogestrel, implant — et le dispositif intra-utérin au lévonorgestrel sont les méthodes de choix : efficaces et sans risque thrombotique propre.
  • Une précaution technique souvent ignorée : la pose d'un dispositif intra-utérin peut déclencher une réaction vagale, très mal tolérée dans une circulation de Fontan ou un syndrome d'Eisenmenger. Chez ces patientes, elle se fait en milieu surveillé.
  • La stérilisation est licite ; la voie cœlioscopique, avec son pneumopéritoine, est mal tolérée dans un Fontan ou une hypertension pulmonaire — la discuter avec l'équipe.

6.4. Le conseil génétique et l'écho fœtale

Le risque de récurrence d'une cardiopathie congénitale chez l'enfant d'un parent atteint est d'environ 3 à 5 %, contre 0,8 % dans la population générale, et il est plus élevé si c'est la mère qui est atteinte. Il monte à 50 % dans les affections autosomiques dominantes — syndrome de Marfan, microdélétion 22q11, syndrome de Holt-Oram, syndrome de Noonan. On propose donc une échocardiographie fœtale vers 18 à 22 semaines, et un avis génétique quand le contexte s'y prête.

⚠️ Les médicaments à revoir avant, pas pendant Les bloqueurs du système rénine-angiotensine, l'association sacubitril-valsartan et les antagonistes des récepteurs minéralocorticoïdes sont contre-indiqués pendant la grossesse. Les antagonistes des récepteurs de l'endothéline — bosentan, macitentan, ambrisentan — sont tératogènes : chez une femme en âge de procréer traitée pour une hypertension pulmonaire, une contraception efficace fait partie de la prescription. Les bêtabloquants cardiosélectifs sont utilisables avec surveillance de la croissance fœtale — métoprolol et bisoprolol en première intention. L'aténolol fait exception : bien que cardiosélectif, il n'est pas recommandé pendant la grossesse (classe III), en raison du retard de croissance intra-utérin nettement plus marqué qu'avec les autres bêtabloquants ; il doit être remplacé avant la conception. Ces changements se décident avant la conception : c'est tout l'objet de la consultation préconceptionnelle.

7. La cyanose chronique et ses conséquences systémiques

7.1. L'érythrocytose n'est pas une polyglobulie, et c'est une adaptation

L'hypoxémie chronique stimule la sécrétion d'érythropoïétine et augmente la masse érythrocytaire. Le mot juste est érythrocytose secondaire : une seule lignée est concernée, à la différence de la polyglobulie primitive de Vaquez où les trois lignées augmentent. Cette distinction n'est pas de vocabulaire : elle commande la conduite. L'érythrocytose est une adaptation utile, qui restaure le transport de l'oxygène. La corriger, c'est aggraver l'hypoxie tissulaire.

Figure 6 — Ce que trente ans d'hypoxémie font au corps. Au centre, l'hypoxémie chronique ; autour, les organes atteints. Lisez la branche du sang en premier : l'érythrocytose est une adaptation utile, et c'est la carence en fer — souvent provoquée par des saignées répétées — qui rigidifie l'hématie et fait monter la viscosité. Les autres branches se retiennent par leur mécanisme : défaut d'excrétion de l'acide urique, hyperfiltration rénale, hémostase doublement anormale, et court-circuit du filtre capillaire pulmonaire.
⚠️ La saignée systématique est une erreur — et voici pourquoi Devant un hématocrite à 68 %, le réflexe acquis en cardiologie d'adultes est de saigner. C'est presque toujours délétère. La saignée répétée crée une carence martiale ; or l'hématie carencée en fer est microcytaire et rigide, se déforme mal dans les capillaires, et augmente la viscosité sanguine pour un hématocrite donné. On aggrave donc exactement ce que l'on croyait traiter, et le risque d'accident vasculaire cérébral augmente. La saignée ne se discute que si tous les critères suivants sont réunis : hématocrite supérieur à 65 %, symptômes réels d'hyperviscosité, déshydratation éliminée et carence martiale éliminée — et elle se fait alors avec compensation volumique isovolémique. Dans l'immense majorité des cas, ce qu'il faut faire est l'inverse : hydrater et corriger le fer.

7.2. Ce que trente ans d'hypoxémie font aux organes

Organe ou systèmeCe qui se passeConduite pratique
Moelle et ferÉrythrocytose secondaire ; carence martiale fréquente (saignées, hémoptysies, apports)Doser ferritine et coefficient de saturation ; supplémenter prudemment avec contrôle rapproché
ViscositéCéphalées, vertiges, troubles visuels, paresthésies, myalgies, asthénieÉliminer d'abord déshydratation et carence martiale : ce sont les causes les plus fréquentes de ces symptômes
HémostaseAnomalie double : tendance hémorragique (thrombopénie, anomalies du facteur Willebrand, facteurs vitamine K-dépendants abaissés) et tendance thrombotique (thrombose in situ des artères pulmonaires, embolie paradoxale)Pas d'anticoagulation de principe. Adapter le volume de citrate du tube de coagulation si l'hématocrite dépasse 55 %, sous peine de temps de prothrombine faussement allongé
ReinGlomérulomégalie, hyperfiltration puis protéinurie, baisse du débit de filtrationHydratation avant tout produit de contraste ; prudence avec les anti-inflammatoires non stéroïdiens et les diurétiques
Acide uriqueDéfaut d'excrétion tubulaire, non excès de production → hyperuricémieGoutte et lithiase urique ; traiter la crise, hypo-uricémiant si récidive. L'hyperuricémie isolée ne se traite pas
Voies biliairesLithiase pigmentaire par renouvellement accéléré de l'hèmeY penser devant une douleur de l'hypochondre droit
CerveauLe filtre capillaire pulmonaire est court-circuité : bactéries et bulles passent directement dans la circulation systémiqueToute fièvre avec céphalée, convulsion ou signe focal impose une imagerie cérébrale à la recherche d'un abcès. Hémocultures avant antibiotiques
Os et articulationsHippocratisme digital, ostéo-arthropathie hypertrophiante douloureuseAntalgiques simples ; se méfier des anti-inflammatoires non stéroïdiens (rein, saignement)

7.3. Les règles de vie du patient cyanosé

  • Filtre à air sur toute voie veineuse, purge méticuleuse, aucune injection comportant une bulle : chez un patient à shunt droite-gauche, une bulle est un accident vasculaire cérébral.
  • Ne jamais laisser se déshydrater : jeûne prolongé, diarrhée, canicule, diurétique mal surveillé.
  • Éviter les vasodilatations brutales : bain très chaud, sauna, alcool en excès, certains antihypertenseurs — toutes augmentent le shunt droite-gauche.
  • Hygiène bucco-dentaire rigoureuse et suivi dentaire régulier : la cyanose est un facteur de haut risque d'endocardite (section 8).
  • Vaccination antigrippale et antipneumococcique.
  • Pas de plongée en scaphandre autonome, prudence en altitude.
  • L'oxygénothérapie systématique n'a pas démontré de bénéfice et ne corrige pas un shunt : elle ne se prescrit pas de principe.

8. L'endocardite infectieuse : qui est à haut risque

8.1. Les patients à haut risque

Tous les patients congénitaux ne relèvent pas d'une prophylaxie. Trois situations définissent le haut risque, et elles doivent être sues par cœur.

  1. Antécédent d'endocardite infectieuse, quelle que soit la cardiopathie.
  2. Cardiopathie congénitale cyanogène non réparée ou palliée.
  3. Cardiopathie réparée avec du matériel prothétique — patch, prothèse de fermeture, conduit, valve : pendant les 6 mois qui suivent la procédure, le temps de l'endothélialisation ; puis à vie s'il persiste un shunt résiduel ou une fuite valvulaire au contact du matériel, parce que l'endothélialisation ne se fera jamais là où le flux reste turbulent.

S'y ajoutent, comme dans la population générale, les porteurs de prothèse valvulaire, quelle qu'elle soit.

8.2. Prévenir : l'essentiel n'est pas l'antibiotique

La mesure la plus efficace n'est pas la prescription du jour du soin dentaire, c'est l'hygiène quotidienne.

  • Hygiène bucco-dentaire et consultation dentaire au moins annuelle — deux fois par an chez les patients à haut risque.
  • Hygiène cutanée ; désinfection de toute plaie ; pas d'automédication antibiotique en cas de fièvre, qui décapite les hémocultures.
  • Asepsie stricte lors de tout geste invasif, y compris les cathéters veineux périphériques.
  • Tatouages et piercings découragés, en particulier les piercings de la langue et des muqueuses.
  • La prophylaxie antibiotique proprement dite ne concerne que les patients à haut risque et les gestes dentaires touchant la gencive, la région péri-apicale ou perforant la muqueuse orale : amoxicilline 2 g par voie orale, 30 à 60 minutes avant le geste (chez l'enfant : 50 mg/kg par voie orale, sans dépasser 2 g — un adolescent de 60 kg reçoit la dose adulte, pas 3 g). En cas d'allergie aux pénicillines, on ne recommande plus la clindamycine : on utilise la doxycycline 100 mg per os, ou l'azithromycine ou la clarithromycine 500 mg per os (15 mg/kg chez l'enfant), 30 à 60 minutes avant le geste. Une céphalosporine de première génération (céfalexine 2 g ; 50 mg/kg chez l'enfant) n'est utilisable que si l'allergie n'a jamais été de type anaphylaxie, angio-œdème ou urticaire : dans ces trois cas, toute céphalosporine est contre-indiquée, par réactivité croisée.
🛡️ Une attention particulière : les valves pulmonaires percutanées Les patients porteurs d'une valve pulmonaire implantée par voie percutanée — dont la valve Melody, largement utilisée pour remplacer un conduit entre ventricule droit et artère pulmonaire — ont une incidence d'endocardite notablement plus élevée que les autres. Chez eux, toute fièvre inexpliquée impose des hémocultures avant tout antibiotique, et un avis spécialisé. Pour le diagnostic, les critères de Duke et la prise en charge, voir le cours 34, Endocardite infectieuse ; pour l'évaluation des prothèses, voir le cours 10 de la discipline Échocardiographie, Évaluation échographique d'une prothèse valvulaire.

9. Chirurgie non cardiaque, sport et vie professionnelle

9.1. La chirurgie non cardiaque et l'anesthésie

Le risque d'une anesthésie chez un adulte congénital ne se lit pas sur la lourdeur de la chirurgie mais sur la physiologie du patient. Sont à haut risque : la cyanose, l'hypertension pulmonaire, la circulation de Fontan, la dysfonction ventriculaire systémique, les arythmies et tout antécédent d'insuffisance cardiaque. Une chirurgie de complexité modérée à sévère, ou tout patient à physiologie à risque, relève d'un centre disposant d'une équipe congénitale.

SituationCe qui change la conduite
Shunt résiduel, quel qu'il soitFiltre à air sur toutes les voies veineuses, purge méticuleuse, aucune bulle : risque d'embolie paradoxale cérébrale ou coronaire
Circulation de FontanLe débit pulmonaire est passif : dépendance étroite à la précharge. Pas de jeûne prolongé, pas d'hypovolémie ; prudence avec la ventilation en pression positive et la pression expiratoire positive ; maintenir le rythme sinusal ; éviter tout ce qui élève les résistances pulmonaires — hypoxie, hypercapnie, acidose, hypothermie, douleur. Le pneumopéritoine de la cœlioscopie est mal toléré
CyanoseNe pas laisser chuter les résistances systémiques : toute vasodilatation augmente le shunt droite-gauche et effondre la saturation. Anticiper avec un vasoconstricteur. Hémostase chirurgicale soigneuse
Hypertension pulmonaire, EisenmengerSituation de très haut risque. Éviter l'hypotension systémique ; l'anesthésie locorégionale avec bloc sympathique étendu est dangereuse ; surveillance postopératoire en soins intensifs
Prophylaxie et matérielVérifier l'indication de prophylaxie de l'endocardite (section 8) ; gérer l'anticoagulation ; prévoir la reprogrammation d'un stimulateur ou d'un défibrillateur
🎯 La règle qui résume tout On appelle le centre de référence avant l'intervention, pas après la complication. Dix minutes de téléphone la veille — pour obtenir l'anatomie exacte, le compte rendu opératoire et l'avis de l'équipe qui connaît le patient — valent mieux qu'une réanimation en salle de réveil. Voir aussi le cours 63 de la discipline Insuffisance cardiaque, L'insuffisant cardiaque opéré d'une chirurgie non cardiaque.

9.2. Le sport et l'activité physique

La règle a changé de sens en vingt ans : on encourage aujourd'hui l'activité physique régulière chez la quasi-totalité de ces patients, parce que le déconditionnement est plus délétère que le risque de l'effort. La restriction est l'exception, et elle doit être motivée.

  • Lésion simple réparée, sans séquelle ni arythmie : aucune restriction, y compris compétition.
  • Restriction des efforts intenses, isométriques et de la compétition : hypertension pulmonaire et syndrome d'Eisenmenger ; dysfonction ventriculaire systémique sévère ; arythmies ventriculaires ; sténose aortique sévère.
  • Aortopathie avec dilatation aortique — Marfan, bicuspidie, Turner, coarctation : éviter les efforts statiques lourds et les sports de contact.
  • Patients anticoagulés : pas de sport de contact ou de collision.
  • Circulation de Fontan : activité d'endurance d'intensité légère à modérée recommandée ; compétition généralement déconseillée.
  • La plongée sous-marine en scaphandre autonome est contre-indiquée en cas de shunt droite-gauche, même potentiel, et d'hypertension pulmonaire.
  • L'épreuve d'effort cardiorespiratoire aide à individualiser la prescription plus sûrement que le nom de la malformation — voir le cours 45 et le cours 51 de la discipline Insuffisance cardiaque.

9.3. Vie professionnelle, conduite, voyages

Trois points concrets, régulièrement omis en consultation et pourtant déterminants pour la vie du patient.

  • Emploi : la plupart des métiers sont accessibles. Restent restreints les emplois à responsabilité de sécurité — pilote, conducteur professionnel, forces armées, plongée professionnelle — et les métiers exigeant des efforts physiques lourds chez les patients à réserve limitée. Un certificat précis vaut mieux qu'une inaptitude vague.
  • Conduite automobile : elle est réglementée après syncope, arythmie grave ou implantation d'un défibrillateur ; ces règles doivent être expliquées et notées dans le dossier.
  • Voyages et avion : le vol commercial est en règle bien toléré, y compris chez le patient cyanosé, à condition d'une bonne hydratation et d'une mobilisation régulière ; les séjours en haute altitude et les efforts en altitude sont à déconseiller en cas de cyanose ou d'hypertension pulmonaire. Le patient doit voyager avec un résumé écrit de son anatomie et de ses interventions.

10. Le devenir, malformation par malformation — pour aller plus loin

📘 À partir d'ici Les sections suivantes développent le niveau du mastère de cardiopathie congénitale et pédiatrique. Le socle qui précède suffit pour le deuxième cycle.

10.1. Les shunts

MalformationCe qui reste après réparationCe qu'il faut surveiller
Communication interauriculaire
voir, dans cette discipline, le cours 68
Fermeture avant 20 ans : espérance de vie identique à la population générale. Entre 20 et 40 ans : gain de survie modeste. Après 40 ans : pas d'impact démontré sur la mortalité, mais réduction nette de la morbidité — hypertension pulmonaire, insuffisance cardiaque, accident vasculaire cérébralArythmies : fermeture chirurgicale avant 40 ans → réentrée intra-atriale et flutter cicatriciel, accessibles à l'ablation ; après 40 ans → fibrillation atriale, environ 10 % dans les six mois, et la fermeture ne modifie pas la prévalence. Accidents thromboemboliques tardifs. Insuffisance cardiaque droite, régressive après fermeture sauf dysfonction droite préexistante. Shunt résiduel rare
Communication interventriculaire
voir, dans cette discipline, le cours 73
Plus de 90 % des opérés sont en classe I ; la capacité d'effort sur cycloergomètre est normale dans 80 % des cas, moins bonne si la chirurgie a été tardiveCommunication résiduelle le plus souvent insignifiante ; fuite aortique ou mitrale, préexistante ou secondaire ; fraction d'éjection abaissée au repos et absence d'augmentation à l'effort ; hypertension pulmonaire résiduelle si opéré tard avec résistances déjà élevées, en règle stable ensuite. Bloc de branche droit : 20 à 37 % après abord auriculaire, 30 à 50 % après abord ventriculaire
Canal artériel persistantTrès bon pronostic. Le shunt intraprothétique initial est fréquent et disparaît en 24 heures ; un shunt résiduel persiste chez 7 à 12 % des patients à un moisRisque d'endocardite tant que le shunt n'a pas disparu et que la prothèse n'est pas endothélialisée. Sténose légère à modérée de l'artère pulmonaire gauche ; coarctation vraie par protrusion de la prothèse, ou pseudocoarctation avec simple accélération du flux
Canal atrio-ventriculaire
voir, dans cette discipline, le cours 74
Mortalité opératoire de l'ordre de 3 %. Surveillance clinique et échocardiographique à vieBloc auriculo-ventriculaire ; dysfonction ventriculaire gauche ou droite ; communication interventriculaire résiduelle ; fuite de la valve auriculo-ventriculaire gauche, complication dominante ; sténose sous-aortique ; hypertension pulmonaire

10.2. Les obstacles et les aortopathies

La coarctation opérée mérite un développement propre, parce qu'elle est la plus trompeuse : le geste réussit, le gradient disparaît, et pourtant la maladie continue. La complication dominante est l'hypertension artérielle, présente chez une large part des patients après plusieurs décennies, même sans recoarctation. Elle ne s'explique pas seulement par un obstacle résiduel : rigidité artérielle, anomalie des barorécepteurs et de la géométrie de l'arc, dysfonction endothéliale persistante en amont de la zone opérée, rigidité ventriculaire gauche associée y concourent. Fait intéressant, les antagonistes des récepteurs de l'angiotensine y semblent moins efficaces que les bêtabloquants, ce qui remet en question le rôle du système rénine-angiotensine dans ce mécanisme.

Figure 7 — Angioscanner de l'aorte thoracique en reconstruction tridimensionnelle, vue de profil, chez un patient coarcté. Suivez l'aorte ascendante puis les trois troncs de la crosse — tronc artériel brachio-céphalique, carotide commune gauche, sous-clavière gauche — jusqu'à l'isthme, repéré immédiatement en aval de la sous-clavière gauche : le calibre se réduit progressivement à ce niveau, le point le plus étroit se situant un peu au-dessous de la flèche, puis l'aorte se réélargit — dilatation post-sténotique — avant l'aorte descendante. Regardez aussi le contraste de calibre avec l'aorte ascendante, ici manifestement large : la coarctation s'accompagne très souvent d'une aortopathie, le plus souvent sur bicuspidie, et c'est elle qu'il faudra surveiller à vie. Retenez enfin la topographie, car c'est elle qui explique tout le reste : l'hypertension du territoire supérieur, l'asymétrie tensionnelle entre bras et jambes, et la circulation collatérale. (Cliché d'archive photographié à l'écran : la résolution est médiocre, mais les repères anatomiques restent lisibles.)
Figure 7 — Angioscanner de l'aorte thoracique en reconstruction tridimensionnelle, vue de profil, chez un patient coarcté. Suivez l'aorte ascendante puis les trois troncs de la crosse — tronc artériel brachio-céphalique, carotide commune gauche, sous-clavière gauche — jusqu'à l'isthme, repéré immédiatement en aval de la sous-clavière gauche : le calibre se réduit progressivement à ce niveau, le point le plus étroit se situant un peu au-dessous de la flèche, puis l'aorte se réélargit — dilatation post-sténotique — avant l'aorte descendante. Regardez aussi le contraste de calibre avec l'aorte ascendante, ici manifestement large : la coarctation s'accompagne très souvent d'une aortopathie, le plus souvent sur bicuspidie, et c'est elle qu'il faudra surveiller à vie. Retenez enfin la topographie, car c'est elle qui explique tout le reste : l'hypertension du territoire supérieur, l'asymétrie tensionnelle entre bras et jambes, et la circulation collatérale. (Cliché d'archive photographié à l'écran : la résolution est médiocre, mais les repères anatomiques restent lisibles.)
  • Diagnostic de l'hypertension : pression artérielle aux quatre membres et mesure ambulatoire de la pression artérielle sur 24 heures. Une hypertension d'effort isolée est fréquente et doit être cherchée.
  • Recoarctation : gradient invasif pic à pic ≥ 20 mmHg, ou gradient moyen échographique ≥ 25 mmHg avec prolongement diastolique du flux au Doppler continu ; confirmation par scanner ou imagerie par résonance magnétique en cas de doute.
  • Anévrysmes aortiques au site opératoire, avec risque de dissection et de rupture : imagerie aortique initiale et de suivi par résonance magnétique ou scanner chez tout patient coarcté, opéré ou non.
  • Anévrysmes intracrâniens : leur dépistage par angiographie par résonance magnétique peut être raisonnable.
  • Mortalité tardive de l'ordre de 28 % à trente ans de suivi — soit une survie d'environ 72 % —, très supérieure à celle d'une population témoin du même âge ; les causes principales sont l'insuffisance coronaire, la mort subite, l'insuffisance cardiaque, les accidents vasculaires cérébraux et la rupture d'anévrysme.

Voir, dans cette discipline, le cours 69, Coarctation de l'aorte, et le cours 79, Bicuspidie aortique ; pour les obstacles droits, le cours 80.

Les sténoses aortiques congénitales — valvulaire, sous-valvulaire, supravalvulaire — suivent les indications de la valvulopathie acquise, avec un seuil de gradient moyen abaissé à 40 mmHg chez le patient symptomatique. Chez l'asymptomatique, opèrent en faveur du geste : symptômes à l'épreuve d'effort, fraction d'éjection ≤ 50 % sans autre cause, chute tensionnelle à l'effort, et — à risque chirurgical faible — vitesse maximale supérieure à 5,5 m/s, progression de plus de 0,3 m/s par an, élévation confirmée des peptides natriurétiques au-delà de trois fois la normale pour l'âge et le sexe, ou pression pulmonaire de repos supérieure à 60 mmHg confirmée au cathétérisme.

Pour les aortopathies héréditaires, les seuils à retenir : chirurgie si l'aorte atteint 50 mm dans le syndrome de Marfan ; entre 45 et 50 mm en présence d'un antécédent familial de dissection, d'une insuffisance aortique évolutive, d'un désir de grossesse, d'une hypertension mal contrôlée ou d'une progression ≥ 3 mm par an ; 45 mm en cas de mutation TGFBR1 ou TGFBR2, syndrome de Loeys-Dietz inclus. Dans le syndrome de Turner, l'indice est rapporté à la surface corporelle : une aorte ascendante supérieure à 25 mm/m² chez une femme de plus de 16 ans, avec facteurs de risque de dissection — bicuspidie, allongement de l'aorte transverse, coarctation, hypertension —, fait discuter la chirurgie.

10.3. Les cardiopathies cyanogènes réparées

MalformationSéquelles caractéristiquesDécisions tardives
Tétralogie de Fallot réparée
voir, dans cette discipline, les cours 81 et 82
Insuffisance pulmonaire : lésion résiduelle la plus fréquente, 40 à 80 % des opérés, modérée à sévère dans environ 10 % ; longtemps bien tolérée, elle dilate puis altère le ventricule droit. Sténose pulmonaire résiduelle significative dans 10 à 15 %, de l'infundibulum aux branches distales. Communication interventriculaire résiduelle 6 à 9 %, par déhiscence d'un angle du patch. Insuffisance aortique 15 %, sur dilatation de l'aorte ascendante — risque de dissection. Anévrysme de la chambre de chasse droite 2 à 25 %, sur patch transannulaireRemplacement valvulaire pulmonaire : classe I si symptomatique avec insuffisance pulmonaire au moins modérée ; à considérer chez l'asymptomatique devant une dilatation ou une dysfonction ventriculaire droite progressive ou une baisse de la capacité d'effort. Ablation de tachycardie ventriculaire avant la valvulation chez les patients ayant présenté une tachycardie ventriculaire soutenue
Transposition, switch atrial (Mustard, Senning)
voir, dans cette discipline, le cours 70
Obstruction des chenaux veineux (jusqu'à 3 % selon les séries) ; troubles du rythme très fréquents — dysfonction sinusale, rythme jonctionnel, tachyarythmies atriales : 6,5 à 25 % dans les séries anciennes, nettement davantage avec le recul, la perte du rythme sinusal touchant environ 60 % des patients et les tachyarythmies atriales 25 à 50 % à vingt ans ; dysfonction du ventricule droit systémique (5 à 12 % dans les séries anciennes, bien davantage avec le recul) ; fuite de la valve tricuspide systémique ; mortalité tardive non négligeableStenting des chenaux ; ablation en centre expert avec accès veineux redirigés ; discussion de transplantation quand le ventricule droit systémique défaille
Transposition, switch artérielPronostic en général bon, bon développement intellectuel. Complications ischémiques par torsion, coudure, prolifération intimale ou fibrose des réimplantations coronaires, de l'ordre de 5 %. Sténoses des zones anastomotiques pulmonaire et aortique. Dilatation de la racine néo-aortique avec insuffisance aortiqueRecherche d'ischémie par imagerie de stress ; surveillance de la racine néo-aortique ; dilatation ou stenting des branches pulmonaires
Double discordance (transposition congénitalement corrigée)Ventricule droit systémique d'emblée ; bloc auriculo-ventriculaire progressif, environ 2 % par an ; fuite de la valve tricuspide systémique, souvent dysplasiqueStimulation biventriculaire en cas de bloc ou de stimulation ventriculaire dépassant 40 % (classe IIa). La réparation anatomique par double switch a été retirée des recommandations européennes
Anomalie d'EbsteinFuite tricuspide, ventricule droit atrialisé, cyanose par shunt droite-gauche au travers d'une communication interauriculaire ou d'un foramen ovale, voies accessoires souvent multiplesRéparation valvulaire par un chirurgien expérimenté ; fermeture du shunt atrial ; ablation des voies accessoires avant la chirurgie
Conduit ventricule droit – artère pulmonaireDégénérescence, sténose et fuite ; endocardite plus fréquente sur valve implantée par voie percutanéeRemplacement percutané ou chirurgical selon l'anatomie et le calibre

Les anomalies de naissance des coronaires découvertes à l'âge adulte se jugent sur l'ischémie : une imagerie de stress non pharmacologique — échocardiographie, scintigraphie ou résonance magnétique d'effort — est recommandée pour confirmer ou exclure une ischémie myocardique avant toute décision. Voir, dans cette discipline, le cours 77.

11. Rythmologie interventionnelle et prévention de la mort subite — pour aller plus loin

11.1. Le défibrillateur automatique implantable

IndicationClasse
Prévention secondaire : arrêt cardiaque par fibrillation ventriculaire, ou tachycardie ventriculaire mal tolérée sur le plan hémodynamique, après exclusion d'une cause réversibleI
Fraction d'éjection du ventricule gauche ≤ 35 % sur cœur biventriculaire à ventricule gauche systémique, symptomatique (NYHA II–III) malgré 3 mois de traitement médical optimal, avec espérance de vie supérieure à un anIIa
Syncope avec dysfonction ventriculaire sévère, ou stimulation ventriculaire programmée positiveIIa
Tétralogie de Fallot avec plusieurs facteurs de risque : fibrose ventriculaire droite étendue en imagerie par résonance magnétique, QRS ≥ 180 ms, tachycardie ventriculaire non soutenue, dysfonction ventriculaire gauche, stimulation ventriculaire programmée positiveIIa
Dysfonction sévère d'un ventricule unique ou d'un ventricule droit systémiqueIIb

Voir aussi le cours 53 de la discipline Insuffisance cardiaque, Le défibrillateur automatique implantable en prévention primaire.

11.2. Stimulation, resynchronisation et ablation

  • Stimulateur cardiaque : indiqué dans le syndrome brady-tachycardie pour prévenir les arythmies supraventriculaires lorsque l'ablation échoue ou n'est pas réalisable (classe IIa). Les accès veineux étant souvent redirigés ou occlus, l'implantation relève d'une équipe entraînée ; la voie épicardique reste fréquente.
  • Resynchronisation : critères usuels dans les cardiopathies biventriculaires à ventricule gauche systémique. Dans la double discordance, la stimulation biventriculaire est à considérer en cas de bloc auriculo-ventriculaire ou de stimulation ventriculaire supérieure à 40 % (classe IIa). Voir le cours 54 de la discipline Insuffisance cardiaque, La resynchronisation cardiaque.
  • Ablation de tachycardie ventriculaire avant valvulation pulmonaire chez les patients porteurs d'une tétralogie de Fallot ayant présenté une tachycardie ventriculaire soutenue, afin de cibler les isthmes anatomiques tant qu'ils restent accessibles au cathéter (classe IIa) — après la mise en place d'une prothèse, certains isthmes deviennent inatteignables.
  • Pour les mécanismes et les techniques d'ablation, voir le cours 35, Troubles du rythme cardiaque.

12. Anticoagulation, hypertension pulmonaire ciblée et circulation de Fontan — pour aller plus loin

12.1. Anticoagulation : les règles propres à cette population

La règle centrale a été posée en section 3.3, parce qu'elle est de niveau socle : toute arythmie supraventriculaire survenant dans une cardiopathie modérée ou sévère s'anticoagule, sans passer par le score CHA₂DS₂-VASc ; dans les cardiopathies simples, les scores usuels restent licites. Restent les situations particulières.

  • Les anticoagulants oraux directs sont utilisables chez ces patients en l'absence de valve mécanique et de rétrécissement mitral serré.
  • Dans la circulation de Fontan, l'anticoagulation est indiquée (classe I) en présence ou en cas d'antécédent de thrombus atrial, d'arythmie atriale ou d'événement thromboembolique. En dehors de ces situations, la stratégie — antiagrégant ou anticoagulant systématique — reste débattue.
  • Chez le patient cyanosé, l'anticoagulation ne se prescrit pas de principe : l'hémostase y est doublement anormale et le risque hémorragique réel.

12.2. L'hypertension pulmonaire ciblée

Le raisonnement thérapeutique rejoint celui de l'hypertension artérielle pulmonaire en général, avec deux réserves : l'objectif n'est pas de « fermer plus tard », et la saturation ne doit pas se dégrader. Trois voies sont utilisées, seules ou en association : les antagonistes des récepteurs de l'endothéline (bosentan, macitentan, ambrisentan) ; la voie du monoxyde d'azote, empruntée soit par un inhibiteur de la phosphodiestérase de type 5, soit par le riociguatjamais les deux ensemble : l'association d'un inhibiteur de la phosphodiestérase de type 5 et du riociguat est formellement contre-indiquée, l'essai PATENT PLUS ayant été interrompu pour hypotension sévère, syncopes et surmortalité ; l'association de l'un ou de l'autre avec un dérivé nitré est également contre-indiquée ; et les agonistes de la voie des prostacyclines (époprosténol, tréprostinil, sélexipag). L'essai fondateur dans l'Eisenmenger a montré qu'un antagoniste des récepteurs de l'endothéline améliorait le périmètre de marche et abaissait les résistances pulmonaires sans aggraver l'hypoxémie ; les études ultérieures avec d'autres molécules de la même classe ont confirmé l'effet hémodynamique, avec des résultats plus nuancés sur la capacité d'effort.

Deux précautions absolues : ces molécules sont tératogènes pour la classe des antagonistes de l'endothéline, et une anémie relative chez un patient cyanosé — hémoglobine « normale » alors qu'elle devrait être élevée — doit être corrigée avant de conclure à une aggravation de l'hypertension pulmonaire.

12.3. La circulation de Fontan, ou l'insuffisance cardiaque sans défaillance de pompe

Dans une dérivation cavopulmonaire totale, le sang veineux systémique gagne directement les artères pulmonaires : il n'y a pas de ventricule sous-pulmonaire. Le débit dépend donc de la pression veineuse centrale, de la résistance du lit pulmonaire et de la compliance du ventricule unique. La conséquence est structurelle : la pression veineuse est élevée en permanence, et le débit cardiaque est plafonné.

Figure 8 — La circulation de Fontan : une circulation sans pompe pulmonaire. Le sang des veines caves rejoint directement les artères pulmonaires ; rien ne le pousse que la pression veineuse et la dépression inspiratoire. Deux conséquences à lire sur le schéma : en amont, une pression veineuse chroniquement élevée — d'où la congestion hépatique, la lymphangiectasie intestinale et l'épanchement ; en aval, un débit plafonné, entièrement dépendant de la précharge et de la basse résistance du lit pulmonaire. Tout ce qui gêne le retour veineux coupe le débit.
ComplicationChiffres et mécanismeConduite
Arythmies atrialesEnviron 50 % des patients à 20 ans ; plus fréquentes après Fontan classique et tunnel latéral, moins fréquentes avec les conduits extracardiaquesCardioversion rapide (classe I) : la perte du rythme sinusal effondre le débit
Thromboses20 % dans les 5 ans postopératoires. Flux de très basse vélocité dans le système cave et le conduit ; anomalies acquises de la coagulation, dont un déficit acquis en protéine C et des déficits de facteurs liés à l'atteinte hépatiqueAnticoagulation selon les indications de la section 12.1 ; imagerie du conduit devant tout événement
Entéropathie exsudative4 à 13 % des cas. Élévation chronique de la pression veineuse → lymphangiectasie intestinale → fuite d'albumine, de protéines, de lymphocytes et d'immunoglobulines. Survie à 5 ans de 46 à 59 % : le pronostic est mauvaisRégime pauvre en graisses, riche en protéines et en triglycérides à chaîne moyenne ; réduction de la postcharge ; levée des obstacles du circuit ; fenestration ; en dernier recours, transplantation
Atteinte hépatiqueCongestion chronique → fibrose puis cirrhose, avec risque de carcinome hépatocellulaireImagerie hépatique régulière — échographie, scanner ou résonance magnétique (classe IIa)
Insuffisance cardiaque chroniqueMultifactorielle : hypoxie chronique, surcharge de volume et de pression du ventricule unique. Plus fréquente si le ventricule unique est de type droit, en cas d'obstacle à l'éjection systémique (sténose sous-aortique, coarctation) ou de fuite des valves auriculo-ventriculaires. Survie à dix ans de l'ordre de 60 à 79 %, meilleure lorsque le ventricule unique est de type gaucheChercher systématiquement un obstacle levable — obstruction du circuit, sténose sous-aortique, coarctation, fuite auriculo-ventriculaire — avant tout traitement médical ; épreuve d'effort cardiorespiratoire répétée pour objectiver la dégradation ; discussion précoce de la transplantation en centre expert
🎯 Quand refaire un cathétérisme dans un Fontan Un cathétérisme cardiaque est recommandé (classe I) devant tout œdème inexpliqué, toute détérioration des capacités fonctionnelles, toute arythmie nouvelle, toute cyanose ou toute hémoptysie. Dans cette circulation, un gradient de quelques millimètres de mercure suffit à décompenser l'ensemble : l'imagerie non invasive ne le mesure pas. Voir aussi le cours 44, Le cathétérisme cardiaque droit et gauche, et, dans cette discipline, le cours 83, Cardiopathies univentriculaires.

13. Fermer un shunt chez l'adulte : ce que décident les résistances — pour aller plus loin

Chez l'adulte, la question n'est plus « faut-il fermer ? » mais « est-il encore temps ? ». Deux éléments décident : le rapport des débits pulmonaire et systémique (Qp/Qs), qui doit rester supérieur à 1,5, et surtout les résistances vasculaires pulmonaires. Devant tout signe non invasif d'élévation des pressions pulmonaires chez un patient porteur d'un shunt, la mesure invasive des résistances par la méthode de Fick est recommandée : l'estimation échographique ne suffit pas, d'autant qu'elle est majorée par l'hyperdébit lui-même.

Résistances pulmonairesCommunication interauriculaireCommunication interventriculaire et canal artériel
< 3 unités WoodFermeture (classe I)Fermeture (classe I)
3 à 5 unités WoodFermeture (classe IIa)Fermeture (classe IIa)
≥ 5 unités Wood, abaissées sous 5 après traitement cibléFermeture fenestrée envisageable (classe IIb)Fermeture selon les centres (classe IIb)
≥ 5 unités Wood, non réversiblesFermeture non recommandée (classe III)Fermeture selon les centres, en centre expert (classe IIb)

La différence de traitement entre la communication interauriculaire et les shunts post-tricuspides n'est pas arbitraire : dans la communication interauriculaire, le défect est en amont du ventricule droit et sert de soupape lorsque les résistances montent ; le fermer supprime cette échappatoire et condamne le ventricule droit. C'est la raison de la classe III.

Deux compléments techniques. Chez un patient porteur d'une communication interauriculaire et d'une maladie du cœur gauche, un test d'occlusion au ballon est recommandé avant de décider : il permet de vérifier que la suppression du shunt ne fera pas monter les pressions de remplissage gauches — et conduit parfois à préférer une fermeture fenêtrée, voire l'abstention. Et la fermeture percutanée d'une communication interventriculaire a des indications précises : communications résiduelles, communications difficilement accessibles chirurgicalement, et communications musculaires centrales. Voir le cours 22 de la discipline Échocardiographie, Prise en charge des communications interventriculaires.

14. Points clés à retenir

⭐ Points clés à retenir
  • Plus de 90 % des enfants nés avec une cardiopathie congénitale atteignent l'âge adulte : les adultes sont désormais plus nombreux que les enfants dans cette population, dont ils représentent environ les deux tiers.
  • Réparé n'est pas guéri. Il reste une cicatrice, une prothèse, un résidu ou un ventricule mal placé : la prise en charge dure toute la vie, et le suivi ne s'arrête jamais.
  • La complexité anatomique — simple, modérée, sévère — commande le lieu et le rythme du suivi : toute cardiopathie sévère relève exclusivement d'un centre spécialisé, avec un contrôle tous les 6 à 12 mois.
  • Le moment le plus dangereux est la transition entre 16 et 20 ans : environ la moitié des patients sortent du suivi. Devant une sternotomie ancienne, demandez toujours quelle malformation, quelle opération, qui vous suit.
  • Les arythmies sont la première cause d'hospitalisation. Chez ces patients, une tachycardie régulière à complexes fins est un flutter jusqu'à preuve du contraire, et toute arythmie nouvelle doit faire chercher une détérioration hémodynamique sous-jacente.
  • L'insuffisance cardiaque est la première cause de décès. Le ventricule droit systémique — après Senning ou Mustard, et dans la double discordance — finit par défaillir, et les traitements de l'insuffisance cardiaque gauche n'y ont pas fait la preuve de leur efficacité.
  • Le syndrome d'Eisenmenger contre-indique formellement la fermeture du shunt et la grossesse. La disparition d'un souffle chez un patient à shunt large est un signe de gravité.
  • La cyanose chronique est une maladie de tous les organes. L'érythrocytose est une adaptation : la saignée systématique est une erreur, car la carence martiale qu'elle crée augmente la viscosité. Hydrater et corriger le fer d'abord.
  • Endocardite : sont à haut risque l'antécédent d'endocardite, les cardiopathies cyanogènes, et les réparations avec matériel prothétique — 6 mois, ou à vie s'il persiste un shunt ou une fuite au contact du matériel.
  • Grossesse : elle se discute avant la conception, sur la classification modifiée de l'Organisation mondiale de la santé. La classe IV, contre-indication formelle, comprend au premier rang toute hypertension artérielle pulmonaire. Une contre-indication de grossesse s'accompagne toujours d'une contraception efficace, progestative ou intra-utérine.
  • Anticoagulation : toute arythmie atriale dans une cardiopathie modérée ou sévère s'anticoagule, sans passer par le CHA₂DS₂-VASc ; les anticoagulants oraux directs sont utilisables hors valve mécanique et rétrécissement mitral serré.
  • Chirurgie non cardiaque : filtre à air sur toutes les voies veineuses s'il existe un shunt, respect de la précharge dans un Fontan, maintien des résistances systémiques chez le cyanosé — et l'on appelle le centre de référence avant, pas après.

15. Pièges fréquents

⚠️ Pièges fréquents
  • Écrire « opéré dans l'enfance, cœur normal ». Aucun cœur réparé n'est normal : il faut nommer la malformation, l'intervention, le matériel implanté et les lésions résiduelles.
  • Étiqueter « tachycardie sinusale » une tachycardie régulière à 140 par minute. C'est un flutter conduit en 2 pour 1, qui peut passer en 1 pour 1 et s'effondrer. L'adénosine sert à démasquer les ondes atriales, pas à réduire — et seulement avec un défibrillateur prêt, jamais en cas de préexcitation connue ou suspectée.
  • Traiter une arythmie nouvelle sans chercher ce qui l'a provoquée. Elle révèle souvent une obstruction de conduit, une fuite valvulaire ou une dysfonction ventriculaire.
  • Transposer les protocoles d'insuffisance cardiaque au ventricule droit systémique. Les essais y sont neutres : c'est un traitement par analogie, à dire honnêtement au patient.
  • Prendre la disparition d'un souffle pour une amélioration. Chez un patient à shunt large, elle signe l'égalisation des pressions et l'entrée dans l'Eisenmenger.
  • Saigner un patient cyanosé sur le seul chiffre d'hématocrite. C'est créer une carence martiale, augmenter la viscosité et le risque d'accident vasculaire cérébral. Cherchez d'abord la déshydratation et la carence en fer.
  • Anticoaguler systématiquement un cyanosé. Son hémostase est doublement anormale ; l'indication est individuelle. Et son temps de prothrombine est faussement allongé si le tube de citrate n'a pas été adapté à un hématocrite supérieur à 55 %.
  • Oublier le filtre à air. Chez un patient à shunt résiduel, une bulle dans une perfusion est un infarctus cérébral. C'est la mesure la plus simple et la plus souvent omise.
  • Injecter un produit de contraste sans hydrater. La néphropathie hypoxique du cyanosé est fragile et la fonction rénale se dégrade vite.
  • Découvrir la question de la grossesse au deuxième trimestre. Elle se pose avant la conception, en consultation dédiée ; et poser une contre-indication sans prescrire de contraception efficace n'est pas une décision, c'est un vœu.
  • Prescrire un œstroprogestatif à une patiente cyanosée, à circulation de Fontan ou porteuse d'une hypertension pulmonaire.
  • Faire la prophylaxie de l'endocardite à tout le monde — ou à personne. Elle est réservée aux trois situations de haut risque et aux gestes dentaires touchant la gencive ou la muqueuse ; l'hygiène bucco-dentaire quotidienne compte davantage que l'antibiotique.
  • Endormir un Fontan comme un patient ordinaire. Le jeûne prolongé, l'hypovolémie, la pression expiratoire positive et le pneumopéritoine coupent un débit qui n'a pas de pompe pour le rétablir.
  • Fermer une communication interauriculaire dont les résistances pulmonaires dépassent 5 unités Wood et ne sont pas réversibles. Le défect est devenu la soupape du ventricule droit : la fermeture est de classe III.
  • Donner une céphalosporine à un patient « allergique à la pénicilline » sans demander de quelle allergie il s'agit. Anaphylaxie, angio-œdème ou urticaire sous pénicilline contre-indiquent toute céphalosporine : on prescrit alors doxycycline, azithromycine ou clarithromycine.
  • Associer un inhibiteur de la phosphodiestérase de type 5 et le riociguat en croyant rester dans la même classe. Ce sont deux façons d'emprunter la même voie, et leur association est contre-indiquée.
  • Interdire tout sport. Le déconditionnement est plus délétère que l'effort chez la grande majorité de ces patients : la restriction est l'exception, et elle se motive.

Sources

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  2. MESSAOUDI Y. Prise en charge des cardiopathies congénitales à l'âge adulte — quoi de neuf ? Diaporama, Service de cardiologie, CHU Sahloul, Sousse. document interne, non publié
  3. Baumgartner H, De Backer J, Babu-Narayan SV, et al. 2020 ESC Guidelines for the management of adult congenital heart disease. Eur Heart J. 2021;42(6):563-645. doi:10.1093/eurheartj/ehaa554
  4. Stout KK, Daniels CJ, Aboulhosn JA, et al. 2018 AHA/ACC Guideline for the Management of Adults With Congenital Heart Disease: A Report of the American College of Cardiology/American Heart Association Task Force on Clinical Practice Guidelines. Circulation. 2019;139(14):e698-e800. doi:10.1161/CIR.0000000000000603
  5. Regitz-Zagrosek V, Roos-Hesselink JW, Bauersachs J, et al. 2018 ESC Guidelines for the management of cardiovascular diseases during pregnancy. Eur Heart J. 2018;39(34):3165-241. doi:10.1093/eurheartj/ehy340
  6. Hernández-Madrid A, Paul T, Abrams D, et al. Arrhythmias in congenital heart disease: a position paper of the European Heart Rhythm Association (EHRA), Association for European Paediatric and Congenital Cardiology (AEPC), and the European Society of Cardiology (ESC) Working Group on Grown-up Congenital heart disease, endorsed by HRS, PACES, APHRS, and SOLAECE. Europace. 2018;20(11):1719-53. doi:10.1093/europace/eux380
  7. Marelli AJ, Ionescu-Ittu R, Mackie AS, Guo L, Dendukuri N, Kaouache M. Lifetime prevalence of congenital heart disease in the general population from 2000 to 2010. Circulation. 2014;130(9):749-56. doi:10.1161/CIRCULATIONAHA.113.008396
  8. Galiè N, Beghetti M, Gatzoulis MA, et al. Bosentan therapy in patients with Eisenmenger syndrome: a multicenter, double-blind, randomized, placebo-controlled study. Circulation. 2006;114(1):48-54. doi:10.1161/CIRCULATIONAHA.106.630715
  9. Gatzoulis MA, Landzberg M, Beghetti M, et al. Evaluation of Macitentan in Patients With Eisenmenger Syndrome: results from the randomized, controlled MAESTRO study. Circulation. 2019;139(1):51-63. doi:10.1161/CIRCULATIONAHA.118.033575
  10. Humbert M, Kovacs G, Hoeper MM, et al. 2022 ESC/ERS Guidelines for the diagnosis and treatment of pulmonary hypertension. Eur Heart J. 2022;43(38):3618-3731. doi:10.1093/eurheartj/ehac237

Cours de la Pr Ag Yosra Messaoudi, Faculté de Médecine de Sousse.

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