Cours 01 Myocarde & Péricarde ⏱ 12 min

Cardiopathie inflammatoire non-infectieuse

Signes échocardiographiques associés aux cardiopathies inflammatoires

🎯 Objectifs pédagogiques
  • Énoncer les quatre cibles que l'échographie explore devant une maladie inflammatoire systémique.
  • Expliquer pourquoi l'échographie affirme l'atteinte cardiaque sans en donner l'étiologie.
  • Poser le diagnostic de péricardite aiguë à partir des quatre critères de la Société européenne de cardiologie.
  • Classer les étiologies de péricardite aiguë selon leur fréquence relative.
  • Reconnaître les cinq signes d'alarme imposant hospitalisation et bilan étiologique.
  • Distinguer l'abondance d'un épanchement péricardique de son retentissement hémodynamique.
  • Énumérer les cinq mécanismes d'atteinte myocardique des maladies inflammatoires.
  • Relier maladie inflammatoire et risque coronarien majoré, et en tirer la conduite pratique.
  • Expliquer pourquoi le strain longitudinal détecte l'atteinte infraclinique avant la fraction d'éjection.
  • Reconnaître les signes échocardiographiques d'hypertension pulmonaire et leurs limites.
  • Décrire l'endocardite de Libman-Sacks et le risque embolique qu'elle porte.
  • Identifier les signes évocateurs de sarcoïdose cardiaque et les distinguer d'une séquelle d'infarctus.
Mots-clés cardiopathie inflammatoiremaladie inflammatoire systémiquepéricardite aiguëépanchement péricardiquetamponnadepré-tamponnadeveine cave inférieuremyocarditevasculariteathérosclérose accéléréepolyarthrite rhumatoïdelupus systémiquesclérodermiesyndrome des antiphospholipidesendocardite de libman-sacksvégétation stérileaortiteracine aortiquestrain longitudinal globalfraction d'éjectionhypertension pulmonairesarcoïdose cardiaqueseptum basalsyndrome hyperéosinophilefibrose endomyocardiquepolyangéite granulomateuseanca

Les maladies inflammatoires systémiques ont un tropisme cardiaque fréquent et polymorphe. L'échocardiographie, examen de premier recours, permet de dépister une atteinte significative de quatre cibles : le péricarde, le myocarde, les valves et la racine aortique. Elle dit très bien qu'il y a une atteinte cardiaque ; elle ne dit presque jamais laquelle des maladies inflammatoires en est responsable.

🎯 À retenir en une phrase L'échographie est performante pour affirmer et suivre une atteinte cardiaque inflammatoire — surtout par le strain — mais peu performante pour le diagnostic étiologique, qui repose sur le contexte clinico-biologique.

1. Les quatre cibles du dépistage échographique

Devant une maladie inflammatoire systémique connue ou suspectée, l'examen n'est pas une exploration au hasard : il répond à quatre questions précises, dans un ordre qui ne varie pas. Chacune correspond à une structure que l'inflammation peut atteindre, et chacune a ses signes propres.

Figure 1 — Les quatre cibles que l'échographie interroge devant une maladie inflammatoire systémique. Suivez-les dans l'ordre du schéma : le péricarde en périphérie, le myocarde dans l'épaisseur de la paroi, les valves au centre, la racine aortique au départ du gros vaisseau. Cet ordre n'est pas décoratif — c'est celui qui empêche de s'arrêter à la première anomalie trouvée.
CibleAnomalies recherchéesCe que cela change
PéricardePéricardite, épanchement, tamponnadeUrgence possible ; oriente vers un bilan étiologique élargi
MyocardeDysfonction systolique globale ou régionale, dysfonction diastolique ou restriction, hypertension pulmonairePronostic ; impose de discuter la maladie coronarienne
ValvesÉpaississement, insuffisance plus que sténose, endocardite non bactérienneRisque embolique ; oriente vers lupus et antiphospholipides
Racine aortiqueAortite, dilatation, anévrysmeSurveillance dimensionnelle au long cours

Cette systématique a un mérite pratique : elle empêche de s'arrêter à la première anomalie trouvée. Un épanchement péricardique visible d'emblée capte l'attention et fait oublier de mesurer la racine aortique — c'est ainsi que se manquent les atteintes multiples, qui sont pourtant la règle plutôt que l'exception dans ces maladies.

2. Atteinte péricardique

2.1. Poser le diagnostic de péricardite aiguë

Le diagnostic ne repose pas sur l'échographie seule. Les recommandations européennes de 2015 le retiennent devant la présence d'au moins deux des quatre critères suivants :

  1. Douleur thoracique respiro-dépendante et position-dépendante — majorée en décubitus, soulagée penché en avant ;
  2. Auscultation d'un frottement péricardique ;
  3. Sus-décalage diffus du segment ST ou sous-décalage du PR à l'électrocardiogramme ;
  4. Épanchement péricardique.
Électrocardiogramme douze dérivations montrant des anomalies diffuses de repolarisation.
Figure 2 — Électrocardiogramme douze dérivations au cours d'une péricardite aiguë. Parcourez les douze tracés : l'anomalie est DIFFUSE, présente dans des dérivations qui n'appartiennent pas au même territoire coronaire — c'est ce qui la sépare d'un infarctus. Cherchez ensuite le sous-décalage du segment PR, plus discret que le sus-décalage de ST mais plus précoce et plus spécifique ; il se lit en prenant la ligne de base comme référence.

Le troisième critère mérite qu'on s'y arrête, parce qu'il est le plus souvent mal lu. L'anomalie électrique de la péricardite est diffuse, sans systématisation à un territoire coronaire : c'est ce qui la distingue d'un infarctus. Le sous-décalage du segment PR, plus discret, est souvent le signe le plus précoce et le plus spécifique — encore faut-il le chercher, ligne de base à l'appui.

⚠️ Deux critères sur quatre, pas l'épanchement seul Un épanchement péricardique isolé, sans douleur, sans frottement, sans anomalie électrique, ne fait pas le diagnostic de péricardite. Il impose de chercher une autre cause d'épanchement — insuffisance cardiaque, insuffisance rénale, hypothyroïdie, néoplasie — avant de conclure à une atteinte inflammatoire.

2.2. Les étiologies, et leurs proportions réelles

La répartition étiologique est constante dans les séries occidentales, et elle vaut d'être connue par cœur : elle fixe la probabilité a priori devant laquelle on raisonne.

CauseFréquence
Idiopathique, présumée virale80–85 %
Auto-immune — connectivites, vascularites, maladies granulomateuses, fièvre méditerranéenne familiale< 10 %
Néoplasique5–7 %
Autres — urémie, dysthyroïdie, traumatique, médicamenteuse< 5 %

Cette répartition dit ce qui arrive à l'ensemble des péricardites. La question inverse — quand cette maladie inflammatoire-là touche-t-elle le péricarde ? — appelle une autre réponse, et elle est très inégale d'une maladie à l'autre.

MaladieAtteinte péricardique
Lupus systémique> 50 %
Sclérodermie systémiquesymptomatique < 20 %, globale > 60 %
Maladie de Kawasaki≈ 30 %
Syndrome de Sjögren< 30 %
Polyarthrite rhumatoïde10–30 %
Connectivite mixte10–30 %
Syndrome de Churg-Strauss20–25 %
Polyangéite granulomateuse< 10 %
Polymyosite et dermatomyosite< 10 %
Fièvre méditerranéenne familiale≈ 1 %
🎯 Deux lectures, deux usages Le tableau précédent sert quand vous voyez une péricardite et cherchez sa cause : l'idiopathique domine. Celui-ci sert quand vous suivez une maladie connue et vous demandez quoi surveiller : un lupus impose de regarder le péricarde à chaque examen, une fièvre méditerranéenne beaucoup moins.

Autrement dit : quatre péricardites sur cinq n'auront jamais d'étiologie identifiée, et c'est normal. La question utile n'est donc pas « quelle est la cause ? » mais « cette péricardite se comporte-t-elle comme une péricardite banale ? » Si oui, on traite et on n'explore pas. Si non, on explore.

2.3. Les signes d'alarme qui font tout changer

🚨 Les cinq « red flags » Fièvre supérieure à 38 °C · décours subaigu et torpide, sur des jours ou des semaines · épanchement abondant, au-delà de 2 cm · tamponnade · non-réponse au traitement anti-inflammatoire initial.

La présence d'un seul de ces signes impose deux décisions simultanées : l'hospitalisation, parce que le risque de complication est plus élevé, et la recherche d'une étiologie spécifique. Ce bilan est standardisé — vitesse de sédimentation, protéine C-réactive, numération formule sanguine, facteurs antinucléaires, facteur rhumatoïde, ANCA, TSH, sérologies virales — complété d'hémocultures en cas de fièvre ou d'hyperleucocytose, et le cas échéant d'une péricardiocentèse avec analyse du liquide.

Cas clinique. Homme de 39 ans, fumeur. Douleurs thoraciques positionnelles depuis un mois, rhinite croûteuse depuis quelques semaines, perte de poids de sept kilogrammes, sudations nocturnes, fébricule à 38,2 °C. Les anti-inflammatoires prescrits pour une douleur supposée musculaire n'ont rien changé. L'échographie montre un épanchement péricardique en pré-tamponnade : veine cave inférieure dilatée, épaisseur maximale 15 mm, sans compression des cavités. Le bilan retrouve un syndrome inflammatoire majeur — vitesse de sédimentation à 100 mm/h, CRP à 153 mg/L — un sédiment urinaire actif, et des c-ANCA positifs au 1/160 avec anticorps anti-PR3. Diagnostic : polyangéite granulomateuse.

Ce cas illustre la logique du chapitre. L'échographie a fait deux choses : elle a affirmé l'atteinte péricardique et elle a évalué son retentissement hémodynamique. Elle n'a rien dit de la cause. Ce sont la rhinite croûteuse, l'altération de l'état général et le sédiment urinaire qui ont orienté — puis les ANCA qui ont conclu.

2.4. Évaluer le retentissement, pas seulement l'abondance

Coupe apicale montrant un épanchement péricardique abondant entourant le cœur.
Figure 3 — Épanchement péricardique abondant en coupe apicale. Repérez d'abord l'espace noir, sans écho, qui sépare le cœur du péricarde sur toute la hauteur de l'image : c'est le liquide. Comparez ensuite sa largeur à celle des cavités — un épanchement de cette abondance impose de chercher aussitôt les signes de compression, veine cave inférieure et parois libres des cavités droites.

Un point mérite d'être posé clairement, parce qu'il fait errer : l'abondance d'un épanchement ne dit pas son retentissement. Un épanchement modéré installé en quelques heures comprime davantage qu'un épanchement abondant constitué en trois semaines — c'est la vitesse d'installation, et donc la compliance du péricarde, qui décide.

Le compte rendu doit donc porter deux informations distinctes. D'une part la mesure : épaisseur maximale, en télédiastole, en précisant où elle a été prise. D'autre part les signes de retentissement : dilatation de la veine cave inférieure avec perte de sa variation respiratoire, collapsus de l'oreillette droite en fin de diastole, collapsus protodiastolique du ventricule droit, et variation respiratoire excessive des flux transvalvulaires.

🛡️ Sécurité — la pré-tamponnade se décrit, elle ne se devine pas Dans le cas ci-dessus, la veine cave inférieure était dilatée sans compression des cavités. Ce tableau intermédiaire est celui qui décide de l'hospitalisation et de la surveillance rapprochée. Écrire « épanchement de 15 mm » sans mentionner l'état de la veine cave prive le clinicien de l'information qui compte.

La tolérance hémodynamique s'apprécie enfin au lit du patient, pas seulement à l'écran : une tachycardie, une hypotension, un pouls paradoxal changent l'interprétation d'une même image. Dans l'observation rapportée, la fréquence était à 116 battements par minute — donnée qui pèse autant que les 15 millimètres mesurés.

3. Atteinte myocardique

Figure 4 — Les cinq mécanismes par lesquels une maladie inflammatoire atteint le myocarde. Ils ne s'excluent pas : chez un même patient, plusieurs coexistent souvent, et c'est ce qui rend le tableau échographique si peu spécifique. Notez que l'athérosclérose accélérée, à gauche, est celle qu'on oublie le plus volontiers.

L'atteinte myocardique des maladies inflammatoires n'a pas un mécanisme mais cinq, qui coexistent souvent chez le même patient : athérosclérose accélérée, atteinte micro-vasculaire, myocardite, vascularite et hypertension pulmonaire. Cette pluralité explique pourquoi le tableau échographique est si peu spécifique.

3.1. L'athérosclérose accélérée, qu'on oublie

L'inflammation chronique accélère l'athérosclérose de façon mesurable. Le risque de maladie coronarienne est multiplié par deux dans la polyarthrite rhumatoïde et par trois dans le lupus systémique.

🎯 Le réflexe à garder Devant des symptômes cardiaques chez un patient porteur d'une maladie inflammatoire, toujours considérer la maladie coronarienne comme cause potentielle. L'erreur naturelle consiste à tout attribuer à la maladie de fond — et à laisser passer un syndrome coronarien chez un patient jeune, dont on n'attendait pas d'athérome.

3.2. Ce que l'échographie mesure

L'échocardiographie est l'imagerie de premier recours : elle établit la présence d'une atteinte myocardique significative. Les paramètres à recueillir sont classiques — fraction d'éjection du ventricule gauche, analyse de la cinétique segmentaire, fonction diastolique par le rapport E/e', dépistage d'une hypertension pulmonaire.

⚠️ Une fraction d'éjection normale n'élimine rien La fraction d'éjection reste longtemps normale alors que le myocarde est déjà atteint. C'est précisément la limite que le strain longitudinal vient combler.

3.3. Le strain, plus sensible que la fraction d'éjection

Carte polaire de strain longitudinal du ventricule gauche, valeur globale abaissée.
Figure 5 — Carte polaire du strain longitudinal, dite « œil-de-bœuf ». Chaque secteur porte la valeur d'un segment myocardique, du plus apical au centre au plus basal en périphérie ; plus la valeur est proche de zéro, moins la fibre se raccourcit. Le chiffre global, en bas à droite, résume l'ensemble — ici −15 %, nettement abaissé, alors que la fraction d'éjection pouvait être normale.

Le strain longitudinal global détecte une atteinte infraclinique là où la fraction d'éjection reste dans les valeurs normales. Les écarts mesurés entre patients et témoins sont modestes en valeur absolue, mais constants et statistiquement significatifs : le strain longitudinal global est abaissé dans la polyarthrite rhumatoïde et dans le lupus systémique, et le strain du ventricule droit est abaissé dans la sclérodermie systémique.

Deux conséquences pratiques. La première : chez un patient inflammatoire, un strain abaissé avec une fraction d'éjection normale n'est pas un artefact, c'est le signe attendu. La seconde : ces écarts étant de quelques points, ils n'ont de sens que si l'on compare des examens faits sur la même machine avec le même logiciel — sans quoi la variabilité inter-constructeurs dépasse l'effet cherché.

Deux tableaux contrastés. Une femme de 30 ans, lupus systémique en poussée, présente une dyspnée récente : l'échographie montre une dysfonction ventriculaire gauche globale avec une fraction d'éjection à 41 %. Un homme de 43 ans, syndrome de Churg-Strauss, présente une fraction d'éjection à 35 % avec dilatation ventriculaire gauche et akinésie inféro-postéro-latérale — coronaires saines à la coronarographie. Le second cas est instructif : une anomalie segmentaire, qui évoque d'abord une origine coronaire, peut être purement inflammatoire.

3.4. L'hypertension pulmonaire, cinquième mécanisme

Figure 6 — Les signes échographiques d'hypertension pulmonaire, à chercher systématiquement chez ces patients. Suivez le flux de régurgitation tricuspide à droite, puis les quatre signes indirects : cavités droites dilatées, septum aplati en systole, artère pulmonaire dilatée, veine cave inférieure dilatée. Ces signes indirects deviennent l'essentiel quand la régurgitation tricuspide est absente ou mal alignée — soit environ un patient sur cinq.

L'hypertension pulmonaire complète le tableau, et elle a une particularité : elle peut être le mode de révélation de la maladie inflammatoire, avant toute atteinte myocardique décelable. La sclérodermie systémique en est l'exemple le plus connu, mais le lupus, la connectivite mixte et le syndrome de Sjögren en produisent également.

Le dépistage repose sur la vitesse maximale de régurgitation tricuspide, complétée des signes indirects — dilatation des cavités droites, aplatissement septal, dilatation de l'artère pulmonaire, dilatation de la veine cave inférieure. La démarche est la même que pour toute hypertension pulmonaire, avec deux nuances propres à ce contexte.

La première : chez ces patients, l'atteinte peut être pré-capillaire — vasculaire pulmonaire — ou post-capillaire par dysfonction diastolique gauche, et les deux coexistent souvent. Le rapport E/e' et la taille de l'oreillette gauche aident à trancher, mais l'échographie ne suffit pas à conclure : le cathétérisme droit reste l'examen de référence quand la décision thérapeutique en dépend.

La seconde : la régurgitation tricuspide peut être absente ou mal alignée chez un patient sur cinq environ, et l'absence de flux mesurable ne permet donc jamais d'exclure une hypertension pulmonaire. Il faut alors se reporter entièrement sur les signes indirects.

4. Atteinte valvulaire et racine aortique

Coupe apicale de la valve mitrale, en 2D et en Doppler couleur montrant une fuite.
Figure 7 — Atteinte valvulaire mitrale, en 2D puis en Doppler couleur. À gauche, cherchez l'épaississement irrégulier au niveau de l'appareil mitral. À droite, la même coupe avec le Doppler couleur : le jet occupe une large part de l'oreillette gauche. C'est l'illustration du principe du chapitre — une lésion d'aspect modeste en 2D peut porter une fuite considérable.

Les atteintes valvulaires inflammatoires sont le plus souvent légères ou infracliniques, et se traduisent par une insuffisance bien plus que par une sténose. Leur intérêt n'est pas hémodynamique : il est diagnostique et embolique.

4.1. L'endocardite de Libman-Sacks

Il s'agit de végétations stériles, non bactériennes, préférentiellement mitrales, associées au lupus systémique et au syndrome des antiphospholipides. Une méta-analyse portant sur vingt-trois études et 1 656 patients lupiques retrouve une association forte entre l'atteinte valvulaire et la présence d'un anticoagulant lupique — odds ratio voisin de 5,9 — comme des anticorps anticardiolipine de type IgG, odds ratio voisin de 5,6.

⚠️ Stérile ne veut pas dire bénin Ces végétations n'infectent pas, mais elles embolisent. Devant une végétation chez un patient lupique, la question n'est pas seulement « est-ce infectieux ? » — c'est aussi « ce patient doit-il être anticoagulé ? ». Et devant toute végétation, les hémocultures restent obligatoires : un patient lupique peut aussi faire une endocardite infectieuse.

Les trois maladies qui donnent le plus d'atteintes valvulaires méritent d'être connues avec leurs ordres de grandeur, parce qu'ils orientent la surveillance.

MaladieAnomaliePrévalenceParticularité
Lupus systémiqueMasses (végétations)jusqu'à 30 %L'atteinte valvulaire évolue indépendamment de l'activité de la maladie et de son traitement
Épaississement40–50 %
Régurgitation25–79 %
Spondylarthrite ankylosanteÉpaississement de la racine aortiquejusqu'à 60 %Liée à l'âge et à la durée d'évolution, non à l'activité
Dilatation de la racine aortique25–30 %
Régurgitation valvulaire15–30 %
Polyarthrite rhumatoïdeNodules ou granulomes40–50 %Nodules aortiques ou mitraux ; risque de rupture d'un granulome
Épaississement30–60 %
⚠️ L'atteinte valvulaire ne suit pas la maladie C'est le point contre-intuitif : dans le lupus comme dans la spondylarthrite, l'atteinte valvulaire est temporellement dissociée de l'activité inflammatoire. Une maladie bien contrôlée peut voir sa valve se dégrader, et une poussée peut survenir sans rien changer à la valve. La surveillance échographique ne se relâche donc pas parce que la maladie va mieux.

4.2. Aortite et valve aortique

L'atteinte de la racine aortique s'observe dans la maladie de Horton, la spondylarthrite ankylosante, la maladie de Behçet, la sclérodermie, la dermatomyosite, la connectivite mixte, la polychondrite atrophiante et le syndrome de Cogan. Elle peut entraîner une dilatation progressive de la racine et une insuffisance aortique par défaut de coaptation.

Le point pratique est la reproductibilité de la mesure : ces dilatations évoluent lentement, sur des années, et la décision chirurgicale se prend sur une progression. Mesurer au même endroit, selon la même convention, d'un examen à l'autre, vaut mieux que mesurer précisément une fois.

5. Ce que l'échographie ne sait pas faire

Il est aussi utile de savoir ce que l'examen ne donnera pas. L'échographie ne distingue pas une myocardite lupique d'une myocardite du Churg-Strauss ; elle ne voit pas l'œdème myocardique ; elle ne voit pas la fibrose autrement que par des signes indirects et tardifs. Ces trois limites définissent exactement le domaine de l'imagerie de deuxième ligne.

Question poséeExamen adapté
Y a-t-il une atteinte cardiaque ? Quel retentissement ?Échocardiographie
Y a-t-il un œdème myocardique, une fibrose ?IRM cardiaque
Y a-t-il une inflammation granulomateuse active ?TEP au 18-FDG
Les artères coronaires sont-elles saines ?Coroscanner ou coronarographie

6. Suivre plutôt que diagnostiquer — pour aller plus loin

📘 À partir d'ici Les sections qui suivent dépassent ce qu'on attend d'un dépistage de première intention. Elles s'adressent au lecteur qui suit ces patients dans la durée ou qui prend en charge les formes rares.

La véritable valeur de l'échographie dans ces maladies est longitudinale. Un examen isolé dit peu ; une série d'examens dit beaucoup. Trois usages en découlent.

Dépister avant les symptômes. Chez un patient asymptomatique porteur d'une connectivite, un strain abaissé identifie une atteinte myocardique que rien d'autre ne révèle encore.

Mesurer l'effet du traitement. Une amélioration du strain sous traitement de fond est un argument en faveur d'une atteinte inflammatoire réversible, par opposition à une séquelle fixée.

Surveiller les dimensions aortiques. Dans les aortites, c'est la progression annuelle du diamètre, et non sa valeur ponctuelle, qui pèse dans la décision chirurgicale.

Ce raisonnement longitudinal impose une exigence que l'on sous-estime : la comparabilité des examens. Un suivi n'a de valeur que si les mesures successives ont été prises dans les mêmes conditions — même incidence, même convention de mesure, même machine autant que possible, et idéalement le même opérateur pour les paramètres les plus dépendants de la technique.

Trois précautions suffisent à préserver cette comparabilité. Consigner dans le compte rendu la mesure a été prise, et non seulement sa valeur. Conserver les boucles d'images, pour permettre une remesure ultérieure plutôt qu'une simple lecture de chiffres. Et signaler explicitement tout changement de machine ou de logiciel entre deux examens, car il suffit à créer une variation qui sera lue à tort comme une évolution de la maladie.

🎯 Une évolution se démontre, elle ne se déduit pas Devant une différence entre deux examens, la première question n'est pas « la maladie a-t-elle progressé ? » mais « ces deux mesures sont-elles comparables ? ». Dans ces pathologies lentes, la majorité des « aggravations » observées sur des mesures isolées sont des variations de technique.

7. Sarcoïdose cardiaque — pour aller plus loin

Figure 8 — L'aspect échographique de la sarcoïdose cardiaque à ses deux phases. À gauche, la phase aiguë avec épaississement pariétal focal ; à droite, la phase cicatricielle avec amincissement hyperéchogène du septum basal. C'est cette seconde image qu'on confond avec une séquelle d'infarctus — et la confusion a une conséquence, puisque la sarcoïdose se traite.

La sarcoïdose cardiaque est une infiltration granulomateuse du myocarde. L'échographie y a une faible sensibilité comparée à l'IRM et à la TEP, mais elle est souvent le premier examen réalisé — d'où l'intérêt d'en connaître les signes, même imparfaits.

  • Dysfonction systolique globale ou régionale, caractéristiquement non systématisée à un territoire coronaire, et dysfonction diastolique de type restrictif ;
  • Épaississement pariétal focal en phase aiguë, puis amincissement focal hyperéchogène en phase cicatricielle — le septum basal est le siège le plus évocateur, et son atteinte est corrélée aux troubles de conduction ;
  • Anévrysme inférolatéral hyperéchogène ;
  • Atteinte du ventricule droit pouvant mimer une dysplasie arythmogène.
⚠️ Le piège du septum basal aminci Un amincissement hyperéchogène du septum basal chez un patient sans antécédent coronaire doit faire évoquer une sarcoïdose, non une séquelle d'infarctus. La confusion est fréquente, et elle a une conséquence : la sarcoïdose se traite, la séquelle non.

8. Syndrome hyperéosinophile — pour aller plus loin

Le syndrome hyperéosinophile associe des éosinophiles au-delà de 1,5 G/L pendant plus de six mois et une atteinte d'organe. L'atteinte cardiaque évolue en trois phases successives, et chacune a une traduction échographique propre.

PhaseMécanismeÀ l'échographie
1. NécrotiqueInflammation endomyocardiqueSouvent normale ou peu parlante
2. ThrombotiqueThrombose et oblitération apicale, ventricule gauche et droitComblement apical, apex « amputé »
3. FibrotiqueFibrose endomyocardiquePhysiologie restrictive, insuffisance auriculo-ventriculaire

L'apex comblé est le signe à connaître : il transforme un ventricule d'apparence normale en cavité raccourcie, et il se manque si l'on ne regarde pas l'apex avec une attention particulière — c'est la région la plus souvent tronquée par un mauvais réglage de profondeur.

9. Points clés à retenir

⭐ Points clés à retenir
  • Devant une maladie inflammatoire systémique, explorer quatre cibles et non une seule : péricarde, myocarde, valves, racine aortique.
  • L'échographie affirme et quantifie l'atteinte cardiaque ; elle ne donne presque jamais l'étiologie, qui reste clinico-biologique.
  • Le diagnostic de péricardite aiguë demande deux critères sur quatre — un épanchement isolé ne suffit pas.
  • Quatre péricardites sur cinq restent idiopathiques ; les causes auto-immunes représentent moins de 10 % des cas.
  • Les cinq signes d'alarme — fièvre, évolution torpide, épanchement au-delà de 2 cm, tamponnade, échec des anti-inflammatoires — imposent hospitalisation et bilan étiologique.
  • Le risque coronarien est multiplié par deux dans la polyarthrite rhumatoïde et par trois dans le lupus : toujours envisager la maladie coronarienne devant des symptômes.
  • Le strain longitudinal global est plus sensible que la fraction d'éjection pour l'atteinte infraclinique, à condition de comparer des examens faits sur la même machine.
  • Une anomalie de cinétique segmentaire n'implique pas une origine coronaire : le Churg-Strauss peut la produire avec des coronaires saines.
  • L'endocardite de Libman-Sacks donne des végétations stériles mais emboligènes, fortement associées à l'anticoagulant lupique et aux anticardiolipines IgG.
  • Devant toute végétation, y compris chez un patient lupique, les hémocultures restent obligatoires.
  • En sarcoïdose, l'amincissement hyperéchogène du septum basal est le signe le plus évocateur, corrélé aux troubles de conduction.
  • Dans le syndrome hyperéosinophile, chercher le comblement apical : c'est la phase thrombotique, et elle se manque si l'apex est mal dégagé.
  • La valeur de l'échographie ici est longitudinale : le suivi apporte davantage que l'examen isolé.

10. Pièges fréquents

⚠️ Pièges fréquents
  • Conclure à une péricardite devant un épanchement isolé, sans douleur ni frottement ni anomalie électrique — il faut deux critères sur quatre, et les autres causes d'épanchement sont nombreuses.
  • Attribuer tout symptôme cardiaque à la maladie de fond et laisser passer un syndrome coronarien chez un patient jeune dont on n'attendait pas d'athérome.
  • Se rassurer sur une fraction d'éjection normale alors qu'elle reste longtemps normale dans les atteintes inflammatoires débutantes.
  • Comparer des strains mesurés sur des machines différentes : la variabilité inter-constructeurs dépasse l'écart que l'on cherche à mettre en évidence.
  • Interpréter une anomalie segmentaire comme forcément coronaire — les vascularites en produisent avec des coronaires saines.
  • Oublier les hémocultures devant une végétation chez un patient lupique, en supposant d'emblée qu'elle est stérile.
  • Arrêter l'examen à la première anomalie trouvée et ne pas explorer les trois autres cibles, alors que les atteintes multiples sont la règle.
  • Confondre un septum basal aminci hyperéchogène avec une séquelle d'infarctus, et laisser passer une sarcoïdose qui, elle, se traite.
  • Négliger l'apex et manquer le comblement thrombotique du syndrome hyperéosinophile, souvent tronqué par un réglage de profondeur inadapté.
  • Mesurer la racine aortique à un endroit différent d'un examen à l'autre, ce qui rend toute progression ininterprétable.
  • Chercher l'étiologie dans l'image plutôt que dans le contexte clinique et biologique, où elle se trouve presque toujours.
  • Considérer une atteinte valvulaire inflammatoire comme sans conséquence parce qu'elle est hémodynamiquement légère, en oubliant son risque embolique.
  • Omettre de répéter l'examen : un examen isolé dit peu de chose dans ces maladies, dont l'atteinte cardiaque se lit dans l'évolution.

Sources

  1. MESSAOUDI Y. Cardiopathie inflammatoire non-infectieuse : signes échocardiographiques associés aux cardiopathies inflammatoires. Diaporama de cours, CEC d'Échocardiographie, Faculté de Médecine de Sousse (FMS) ; 2025-2026. document interne, non publié
  2. Imazio M. Pericardial involvement in systemic inflammatory diseases. Heart. 2011;97(22):1882-92. doi:10.1136/heartjnl-2011-300054
  3. Adler Y, Charron P, Imazio M, et al. 2015 ESC Guidelines for the diagnosis and management of pericardial diseases. Eur Heart J. 2015;36(42):2921-64. doi:10.1093/eurheartj/ehv318
  4. Ikonomidis I, Makavos G, Katsimbri P, et al. Imaging Risk in Multisystem Inflammatory Diseases. JACC Cardiovasc Imaging. 2019;12(12):2517-37. doi:10.1016/j.jcmg.2018.06.033
  5. Slart RHJA, Glaudemans AWJM, et al. A joint procedural position statement on imaging in cardiac sarcoidosis: from the Cardiovascular and Inflammation & Infection Committees of the European Association of Nuclear Medicine, the European Association of Cardiovascular Imaging, and the American Society of Nuclear Cardiology. Eur Heart J Cardiovasc Imaging. 2017;18(10):1073-89. doi:10.1093/ehjci/jex146
  6. Zuily S, Regnault V, Selton-Suty C, et al. Increased risk for heart valve disease associated with antiphospholipid antibodies in patients with systemic lupus erythematosus: meta-analysis of echocardiographic studies. Circulation. 2011;124(2):215-24. doi:10.1161/CIRCULATIONAHA.111.028522
  7. Polito MV, Hagendorff A, Citro R, et al. Loeffler's Endocarditis: An Integrated Multimodality Approach. J Am Soc Echocardiogr. 2020;33(12):1427-41. doi:10.1016/j.echo.2020.09.002

Cours de la Pr Ag Yosra Messaoudi, Faculté de Médecine de Sousse.

Carte mentale interactive — dépliez/repliez les branches pour explorer le cours.

14 cartes de révision — retournez la carte, puis auto-évaluez-vous.

Entraînement libre : correction après chaque réponse, non enregistrée.

Créez un compte pour passer l’examen et suivre vos résultats.