Cours 77 Terrains particuliers et devenir ⏱ 28 min

Anomalies coronaires de l'enfant : le diagnostic qui se joue sur un électrocardiogramme de trente secondes

Un nourrisson en insuffisance cardiaque avec un ventricule gauche dilaté : l'électrocardiogramme sépare en trente secondes une cardiomyopathie idiopathique d'une coronaire mal branchée que la chirurgie guérit. Et, vingt ans plus tard, le même chapitre tue un adolescent sur un terrain de sport.

🎯 Objectifs pédagogiques
  • Énoncer la règle qui gouverne ce cours : devant toute cardiomyopathie dilatée du nourrisson ou de l'enfant, chercher une anomalie coronaire et commencer par un électrocardiogramme
  • Définir la naissance anormale de la coronaire gauche à partir de l'artère pulmonaire et expliquer, en trois temps, le mécanisme du vol coronaire lié à la chute des résistances pulmonaires
  • Reconnaître le tableau du nourrisson de deux à quatre mois qui pâlit et transpire au biberon, et identifier les quatre familles d'étiquettes diagnostiques sous lesquelles il se cache habituellement
  • Décrire les signes électrocardiographiques de l'ALCAPA — onde Q large et profonde des dérivations latérales, rabotage des ondes R — et connaître les limites de leur sensibilité
  • Énumérer les signes échocardiographiques indirects et directs de l'ALCAPA et savoir comment les chercher activement, en particulier le réglage du Doppler couleur
  • Exposer le principe et l'urgence de la réimplantation coronaire, et ce que l'on peut attendre de la récupération ventriculaire et de l'insuffisance mitrale après l'opération
  • Identifier les trois caractères anatomiques des anomalies de naissance aortiques associés à la mort subite du sportif : trajet inter-artériel, trajet intramural, ostium en fente
  • Expliquer pourquoi l'électrocardiogramme de repos et l'épreuve d'effort sont fréquemment normaux dans ces anomalies, et désigner l'examen qui pose le diagnostic
  • Poser le diagnostic clinique de la maladie de Kawasaki, connaître la fenêtre thérapeutique de dix jours des immunoglobulines et l'impact du traitement sur le risque d'anévrisme
  • Situer les autres anomalies coronaires de l'enfant — ARCAPA, atrésie ostiale, fistules, lésions après transfert coronaire, hypercholestérolémie familiale — et leur mode de révélation
Mots-clés anomalies coronaires congénitalesALCAPAsyndrome de Bland-White-Garlandvol coronairecardiomyopathie dilatée du nourrissononde Q de nécroserabotage des ondes Rfibroélastose endocardiquepiliers mitraux hyperéchogènescoronaire droite dilatéeflux rétrograde tronc pulmonaireréimplantation coronairetunnel de TakeuchiARCAPAatrésie de l'ostium coronairefistule coronairenaissance anormale à partir de l'aortetrajet inter-artérieltrajet intramuralostium en fentemort subite du sportifcoroscannermaladie de Kawasakianévrisme coronaire géantimmunoglobulines intraveineusespont myocardiquepilier antéro-latéral

1. Deux maladies sous un même chapitre

Les artères coronaires de l'enfant ne font parler d'elles que de deux façons, et toutes deux sont des urgences de raisonnement plus que de geste.

  • Elles peuvent infarcir le myocarde d'un nourrisson et produire, vers deux à quatre mois, une insuffisance cardiaque avec ventricule gauche dilaté et hypokinétique. C'est la naissance anormale de la coronaire gauche à partir de l'artère pulmonaire — l'ALCAPA. Une maladie curable par une opération, régulièrement étiquetée cardiomyopathie dilatée idiopathique ou myocardite.
  • Elles peuvent tuer brutalement un adolescent en parfaite santé, pendant un match, sans le moindre signe d'alerte. Ce sont les anomalies de naissance à partir de l'aorte, lorsque le premier segment de l'artère chemine entre l'aorte et l'artère pulmonaire.

Ces deux histoires n'ont ni le même âge, ni le même mécanisme, ni le même examen de dépistage. Elles ont un point commun : ce qui manque au diagnostic n'est jamais un appareil, c'est une hypothèse.

1.1. La carte du territoire

GroupeAnomalieComment le myocarde souffreRévélation
Congénitale, naissance sur l'artère pulmonaireALCAPA : coronaire gauche née du tronc pulmonaireVol coronaire après la baisse des résistances pulmonairesNourrisson de 2 à 4 mois : insuffisance cardiaque, ventricule gauche dilaté, fuite mitrale
idemARCAPA : coronaire droite née du tronc pulmonaireMême mécanisme, territoire dépendant plus petitPlus tardive : douleur, syncope d'effort, arythmie, mort subite
Congénitale, naissance sur l'aorteNaissance sur le sinus controlatéral : trajet inter-artériel, intramural, ostium en fenteCompression dynamique à l'effort du segment proximalAdolescent, adulte jeune : angor et syncope d'effort, mort subite. Repos normal
idemAtrésie de l'ostium coronaire gauchePerfusion entièrement dépendante des collatéralesNourrisson, enfant : ischémie, cardiomyopathie, mort subite
Congénitale, anomalie de trajetPont myocardique : trajet intramyocardique d'un segment épicardiqueCompression systolique du segment tunnelliséLe plus souvent asymptomatique et bénin ; rarement angor d'effort de l'adolescent
Congénitale, anomalie de terminaisonFistules coronaires : l'origine est normale, c'est l'abouchement qui ne l'est pasVol par drainage dans une cavité à basse pressionSouffle continu ; si volumineuse : angor, insuffisance cardiaque
AcquiseMaladie de KawasakiVascularite : dilatation, anévrismes, thrombose, sténoseEnfant de 6 mois à 5 ans ; complications immédiates et tardives
idemAprès transfert coronaire : switch artériel, Ross, réimplantationCoudure, tension, compression → fibrose et sténose ostialeÀ tout âge après l'opération ; ischémie souvent silencieuse
idemHypercholestérolémie familialeAthérome précoceEnfance, adolescence : angor, infarctus ; xanthomes, gérontoxon

1.2. Deux chiffres qui situent l'enjeu

L'ALCAPA est rare — environ une naissance vivante sur 300 000 — mais sa mortalité spontanée dans la première année approche 90 %, et cette mortalité est presque entièrement évitable : l'opération rend la fonction ventriculaire à la grande majorité des enfants opérés.

Les anomalies de naissance à partir de l'aorte sont, elles, fréquentes : 0,1 à 0,3 % de la population, soit un à trois individus sur mille. L'immense majorité restera muette toute la vie. Une petite minorité — celle dont le trajet passe entre les gros vaisseaux — figure parmi les toutes premières causes de mort subite du jeune sportif.

🎯 La phrase à emporter Devant toute cardiomyopathie dilatée du nourrisson ou de l'enfant, on cherche une anomalie coronaire — et on commence par un électrocardiogramme. Environ une cardiomyopathie dilatée du nourrisson sur dix est un ALCAPA, et c'est la seule de la liste qui se guérit par une opération. Le tracé coûte trente secondes ; l'erreur coûte une transplantation.

2. L'ALCAPA : la malformation, et le vol coronaire

2.1. Ce que c'est

Le tronc coronaire gauche, au lieu de se connecter au sinus de Valsalva gauche de l'aorte, se connecte au tronc de l'artère pulmonaire, presque toujours sur son sinus postérieur gauche — celui qui fait face à l'aorte. Tout le reste du cœur est normal : la malformation ne tient qu'à quelques millimètres d'implantation. Décrite anatomiquement par Brooks en 1885, elle doit sa description clinique à Bland, White et Garland en 1933, d'où le nom de syndrome de Bland-White-Garland.

2.2. Pourquoi l'enfant va bien à la naissance : le mécanisme en trois temps

Voici le raisonnement central du cours. Il explique le retard diagnostique, et il explique la réversibilité.

  1. La vie fœtale et les premiers jours. Les résistances pulmonaires sont élevées, la pression dans l'artère pulmonaire est proche de la pression aortique. La coronaire gauche, si mal branchée soit-elle, reçoit un flux antérograde sous une pression de perfusion correcte. Le sang est désaturé, mais il arrive, et dans le bon sens. Le nouveau-né est asymptomatique.
  2. Les premières semaines. Le lit pulmonaire s'ouvre, résistances et pression pulmonaires s'effondrent. La coronaire gauche se retrouve branchée sur le tuyau à basse pression du système : la pression de perfusion chute, le flux antérograde s'épuise, le territoire antérolatéral s'ischémie.
  3. Le vol coronaire. Le cœur tente de se sauver : la coronaire droite, née de l'aorte, se dilate et développe des collatérales. Mais ce sang, arrivé dans la coronaire gauche, ne s'arrête pas dans le muscle : devant lui s'ouvre l'artère pulmonaire, à basse pression. Le flux s'inverse et s'y vide. Le sang traverse le myocarde sans le nourrir. Cercle vicieux : plus la collatéralité se développe, plus elle alimente la fuite.
Figure 1 — Le vol coronaire de l'ALCAPA, en deux temps. À gauche, la période néonatale : les résistances pulmonaires sont élevées, la pression dans le tronc pulmonaire est proche de la pression aortique, et la coronaire gauche anormalement implantée reçoit encore un flux antérograde. À droite, après la chute des résistances pulmonaires : la coronaire droite s'est dilatée et a développé un réseau de collatérales, mais le sang qu'elle envoie traverse le myocarde et se vide dans le tronc pulmonaire à basse pression. Le sens des flèches s'est inversé — c'est cette inversion qui fait la maladie, et non la malformation elle-même.

2.3. Ce que l'ischémie chronique fabrique

Le myocarde antérolatéral et l'apex subissent une ischémie sous-endocardique répétée, puis une nécrose. Quatre conséquences en découlent, et ce sont elles qu'on retrouvera à l'échographie : dilatation et hypokinésie du ventricule gauche ; fibroélastose endocardique, qui rend l'endocarde anormalement brillant ; infarctus des piliers mitraux — surtout du pilier antéro-latéral, dont les deux sources, l'interventriculaire antérieure et la circonflexe, dépendent toutes deux de la coronaire anormale, alors que le pilier postéro-médian reçoit l'interventriculaire postérieure, branche de la coronaire droite restée branchée sur l'aorte — d'où une insuffisance mitrale ischémique ; enfin une instabilité électrique exposant à la mort subite.

2.4. Deux formes cliniques, deux histoires

Forme du nourrisson et de l'enfantForme de l'adulte
Fréquence85 à 90 %10 à 15 %
CollatéralesPauvres : l'ischémie l'emporteAbondantes : le myocarde reste globalement perfusé
TableauInsuffisance cardiaque et cardiomyopathie dilatée avec fuite mitrale, dès les premiers moisLongtemps muette, puis angor, insuffisance mitrale, infarctus, arythmies
Sans traitementMortalité d'environ 90 % avant un anMort subite, pic entre 30 et 40 ans
Ce qui trompeReflux, bronchiolite, myocardite, cardiomyopathie idiopathiqueCardiopathie ischémique, insuffisance mitrale primitive

3. Reconnaître l'ALCAPA chez le nourrisson

3.1. Le nourrisson qui pleure et sue au biberon

Le tableau n'a rien de spectaculaire, et c'est tout le problème. L'enfant a deux à quatre mois. Il présente, de façon répétée, des accès pendant la tétée ou les pleurs : il s'arrête de boire, devient pâle ou grisâtre, transpire abondamment, s'agite, geint, respire vite, puis récupère en quelques minutes.

Ces épisodes sont l'équivalent angineux du nourrisson. Téter et pleurer sont ses deux seuls efforts ; ils augmentent la demande en oxygène d'un myocarde qui ne peut pas augmenter son apport. C'est l'angor d'effort de l'adulte, exprimé dans le seul langage dont dispose un enfant de trois mois.

S'y ajoutent, progressivement, les signes d'insuffisance cardiaque du nourrisson : biberons longs et incomplets, stagnation pondérale, polypnée, sueurs, hépatomégalie, tachycardie, galop (voir, dans la discipline Insuffisance cardiaque, le cours 61, L'insuffisance cardiaque de l'enfant). Un souffle systolique d'insuffisance mitrale, apexien, irradiant vers l'aisselle, est fréquent et parfois seul.

⚠️ Les quatre étiquettes qui retardent Quatre familles d'erreurs, et toujours les mêmes. (1) Reflux gastro-œsophagien ou colique, devant un nourrisson qui pleure, se cambre et refuse le biberon. (2) Bronchiolite ou pneumopathie, dès qu'il est polypnéique — d'autant que la radiographie montre une grosse silhouette cardiaque et des poumons chargés. (3) Myocardite, quand l'échographie montre le ventricule gauche dilaté et hypokinétique. (4) Cardiomyopathie dilatée idiopathique, quand le bilan étiologique revient négatif. Point commun de ces quatre erreurs : personne n'a fait d'électrocardiogramme, ou personne ne l'a lu en cherchant une nécrose.

3.2. La forme de l'enfant plus grand et de l'adulte

Quand la collatéralité est riche, l'enfant franchit la première année. Il se révèle alors par une fatigabilité ou une douleur thoracique d'effort, une insuffisance mitrale d'allure primitive, un trouble du rythme, ou par une mort subite dont le pic se situe entre 30 et 40 ans. L'auscultation peut retrouver un souffle continu discret, sous-claviculaire gauche, produit par la circulation collatérale se déversant dans l'artère pulmonaire.

4. L'électrocardiogramme, qui tranche en trente secondes

4.1. L'onde Q de nécrose latérale

C'est le signe du cours. Chez un nourrisson en insuffisance cardiaque, cherchez dans les dérivations latérales — D1, aVL, V5 et V6 — une onde Q large et profonde : une onde Q de nécrose, celle que l'on décrit chez l'adulte après un infarctus antérolatéral.

Deux critères la définissent : une largeur d'au moins 30 à 40 millisecondes et une profondeur de plus de 3 millimètres. Le premier compte davantage : une onde Q fine et profonde est banale chez l'enfant, dont le septum se dépolarise vigoureusement de gauche à droite. C'est la largeur qui signe la nécrose.

Figure 2 — L'onde Q de nécrose latérale, et le piège qui lui ressemble. À gauche, ce qui est banal chez l'enfant : une déflexion négative profonde mais très étroite, en fin spicule, précédée d'une petite déflexion positive — le septum de l'enfant se dépolarise vigoureusement de gauche à droite, et cet aspect se retrouve indifféremment dans les précordiales droites et gauches. À droite, ce qu'il faut savoir reconnaître : une déflexion négative initiale large d’au moins 30 à 40 millisecondes — c’est-à-dire environ un petit carreau du papier millimétré déroulé à 25 mm/s, où un petit carreau vaut 40 millisecondes — et profonde de plus de 3 millimètres. Le repère de largeur placé sous chaque complexe porte tout le message de la figure : c'est la LARGEUR qui signe la nécrose, et non la profondeur. Deux conditions s'y ajoutent, sans lesquelles le signe ne vaut rien : il doit être systématisé aux dérivations latérales — D1, aVL, V5 et V6 — et s'accompagner du rabotage des ondes R des précordiales gauches. Une déflexion négative profonde et fine, présente aussi bien en V1 qu'en V6, n'est pas une onde Q de nécrose : c'est une onde S.

4.2. Les autres signes du tracé

SigneCe qu'il traduit
Onde Q large et profondeD1, aVL, V5, V6Nécrose antérolatérale. Le plus spécifique. Largeur ≥ 30-40 ms, profondeur > 3 mm
Rabotage des ondes RV4 à V6Perte de masse myocardique latérale : l'onde R s'aplatit puis disparaît, jusqu'à l'aspect QS
Anomalies de ST, ondes T négativesDérivations latéralesIschémie et lésion. Peuvent manquer ou n'apparaître qu'aux accès
Hypertrophie ventriculaire gauchePrécordialesSurcharge du ventricule dilaté. Non spécifique
Tachycardie sinusalePartoutBas débit. Non spécifique

Deux avertissements. La sensibilité n'est pas de 100 % : une minorité d'ALCAPA n'a pas d'onde Q franche, surtout tôt dans l'évolution ; un tracé normal ne dispense jamais de la recherche échographique des coronaires. Et une myocardite peut donner un microvoltage, des troubles diffus de la repolarisation, parfois une pseudo-onde Q : c'est la topographie latérale systématisée, associée au rabotage des R, qui fait la valeur du signe.

4.3. La radiographie de thorax

Elle n'apporte pas le diagnostic, mais elle est presque toujours faite avant, pour un motif respiratoire : cardiomégalie franche, arc inférieur gauche débordant, pointe abaissée, surcharge veineuse pulmonaire. Lue comme une pneumopathie, elle fait perdre des semaines ; lue comme une cardiomégalie, elle conduit à l'échographie.

Figure 3 — Radiographie de thorax de face. Attention à l'âge : la maturité des clavicules et de la ceinture scapulaire montre qu'il s'agit d'un grand sujet, et non du nourrisson de deux à quatre mois — la forme tardive de la maladie existe, et donne la même image. Ce qu'il faut voir : une cardiomégalie franche, avec index cardiothoracique très augmenté, arc inférieur gauche débordant et pointe abaissée. C'est tout ce que le cliché apporte, et c'est déjà beaucoup : ce film est presque toujours réalisé avant le diagnostic, pour un motif respiratoire. Lu comme une pneumopathie, il fait perdre des semaines ; lu comme une cardiomégalie, il conduit à l'échographie. En revanche, la redistribution vasculaire vers les sommets, souvent décrite dans la surcharge veineuse pulmonaire, n'est pas objectivable sur ce cliché argentique numérisé : ne la cherchez pas ici.
Figure 3 — Radiographie de thorax de face. Attention à l'âge : la maturité des clavicules et de la ceinture scapulaire montre qu'il s'agit d'un grand sujet, et non du nourrisson de deux à quatre mois — la forme tardive de la maladie existe, et donne la même image. Ce qu'il faut voir : une cardiomégalie franche, avec index cardiothoracique très augmenté, arc inférieur gauche débordant et pointe abaissée. C'est tout ce que le cliché apporte, et c'est déjà beaucoup : ce film est presque toujours réalisé avant le diagnostic, pour un motif respiratoire. Lu comme une pneumopathie, il fait perdre des semaines ; lu comme une cardiomégalie, il conduit à l'échographie. En revanche, la redistribution vasculaire vers les sommets, souvent décrite dans la surcharge veineuse pulmonaire, n'est pas objectivable sur ce cliché argentique numérisé : ne la cherchez pas ici.

5. L'échocardiographie : ce qu'il faut chercher activement

C'est ici que se joue la partie. L'échographie voit immédiatement le ventricule gauche dilaté et hypokinétique — et si l'on s'arrête là, on écrit « cardiomyopathie dilatée ». Les signes qui redressent le diagnostic ne sautent pas aux yeux : on ne les voit que si on les cherche.

5.1. Ce que l'on voit sans chercher

Ventricule gauche dilaté et hypokinésie globale, avec fraction d'éjection effondrée (voir, dans la discipline Échocardiographie, le cours 11, La fonction systolique du ventricule gauche) ; insuffisance mitrale par dysfonction du pilier et dilatation de l'anneau (voir le cours 17, Les insuffisances mitrales) ; oreillette gauche dilatée et pressions de remplissage élevées.

5.2. Les trois signes indirects qu'il faut aller chercher

Premier signe — les piliers mitraux et l'endocarde hyperéchogènes. Dans une myocardite, le muscle est gris et homogène. Dans un ALCAPA, l'endocarde et surtout les piliers mitraux — au premier chef le pilier antéro-latéral, celui que nourrissent l'interventriculaire antérieure et la circonflexe, c'est-à-dire l'artère malade — sont anormalement brillants, blancs, presque calcaires : c'est la cicatrice de l'ischémie chronique, la fibroélastose. Un pilier blanc chez un nourrisson en insuffisance cardiaque est une anomalie coronaire jusqu'à preuve du contraire — et c'est lui qui explique la fuite mitrale.

Figure 4 — Échocardiographie, coupe apicale quatre cavités. Regardez d'abord l'échelle : le secteur descend à 15 centimètres, il ne s'agit donc pas du cœur d'un nourrisson mais d'un sujet plus grand. Le ventricule gauche est dilaté, mais ce n'est pas ce qu'il faut regarder ici : observez la brillance anormale de l'endocarde et de l'appareil mitral, qui tranchent en blanc, presque calcaires, sur le gris du myocarde. C'est la traduction échographique de la fibroélastose endocardique et de l'ischémie chronique. Deux précautions avant de conclure : cette brillance se juge en temps réel, avec un gain réglé normalement, et par comparaison avec le myocarde voisin — un arrêt sur image trop gagné la fabrique. Cela dit, la règle demeure : un pilier blanc chez un enfant en insuffisance cardiaque est une anomalie coronaire jusqu'à preuve du contraire.
Figure 4 — Échocardiographie, coupe apicale quatre cavités. Regardez d'abord l'échelle : le secteur descend à 15 centimètres, il ne s'agit donc pas du cœur d'un nourrisson mais d'un sujet plus grand. Le ventricule gauche est dilaté, mais ce n'est pas ce qu'il faut regarder ici : observez la brillance anormale de l'endocarde et de l'appareil mitral, qui tranchent en blanc, presque calcaires, sur le gris du myocarde. C'est la traduction échographique de la fibroélastose endocardique et de l'ischémie chronique. Deux précautions avant de conclure : cette brillance se juge en temps réel, avec un gain réglé normalement, et par comparaison avec le myocarde voisin — un arrêt sur image trop gagné la fabrique. Cela dit, la règle demeure : un pilier blanc chez un enfant en insuffisance cardiaque est une anomalie coronaire jusqu'à preuve du contraire.

Deuxième signe — la coronaire droite dilatée. Chez un nourrisson normal, elle est fine et difficile à suivre. Ici, elle est grosse, sinueuse, immédiatement visible en parasternal petit axe à la base. Ce n'est pas un détail anatomique : elle vascularise deux territoires au lieu d'un, et sa dilatation est la signature de la circulation collatérale. Le seuil à connaître est simple, et il se mesure en petit axe : rapport entre le diamètre de la coronaire droite et celui de l'anneau aortique supérieur à 0,14. La technique de mesure et les autres critères chiffrés sont détaillés en section 10.

Troisième signe — les flux anormaux au Doppler couleur. Trois choses, dans cet ordre :

  • un flux rétrograde dans le tronc de l'artère pulmonaire — un petit jet, souvent diastolique, qui entre dans l'artère au lieu d'en sortir, au niveau de son sinus postérieur gauche. C'est le sang volé qui revient. Il est lent : il faut baisser l'échelle de vitesse pour le voir ;
  • un flux inversé dans la coronaire gauche elle-même, dirigé vers l'artère pulmonaire ;
  • chez l'enfant plus grand, un réseau de flux intramyocardiques et septaux abondants et mosaïqués, qui correspond à la circulation collatérale. Ce piqueté se prend volontiers pour une petite communication interventriculaire ou pour une fistule.
Figure 5 — Doppler couleur sur la paroi ventriculaire : les collatérales intramyocardiques. La boîte couleur est volontairement étroite et posée sur le muscle. On y distingue deux foyers de flux nettement séparés, chacun de petite taille et bien délimité — un foyer superficiel mêlant rouge et bleu, un foyer bleu plus profond — entourés d'un myocarde dont l'échostructure reste lisible. C'est cet aspect ponctué et discret, au sein de l'épaisseur du muscle, qui traduit la circulation collatérale développée pour suppléer le territoire gauche. Deux conditions pour lire cette image sans se tromper. D'abord, l'échelle de vitesse est basse — ± 0,58 m/s — parce que ces flux sont lents : c'est ce réglage qui les fait apparaître. Mais à une limite de Nyquist aussi basse, un flux de cavité parfaitement banal se replie lui aussi — c'est l'aliasing — et se colore en mosaïque : il faut donc repérer la limite entre cavité et myocarde avant d'attribuer un signal au muscle, et se méfier des nappes colorées larges et confluentes, qui sont des flux de cavité et non des collatérales. Ensuite, ce piqueté est un signe d'anomalie coronaire — et le piège classique est de le prendre pour une petite communication interventriculaire ou pour une fistule.
Figure 5 — Doppler couleur sur la paroi ventriculaire : les collatérales intramyocardiques. La boîte couleur est volontairement étroite et posée sur le muscle. On y distingue deux foyers de flux nettement séparés, chacun de petite taille et bien délimité — un foyer superficiel mêlant rouge et bleu, un foyer bleu plus profond — entourés d'un myocarde dont l'échostructure reste lisible. C'est cet aspect ponctué et discret, au sein de l'épaisseur du muscle, qui traduit la circulation collatérale développée pour suppléer le territoire gauche. Deux conditions pour lire cette image sans se tromper. D'abord, l'échelle de vitesse est basse — ± 0,58 m/s — parce que ces flux sont lents : c'est ce réglage qui les fait apparaître. Mais à une limite de Nyquist aussi basse, un flux de cavité parfaitement banal se replie lui aussi — c'est l'aliasing — et se colore en mosaïque : il faut donc repérer la limite entre cavité et myocarde avant d'attribuer un signal au muscle, et se méfier des nappes colorées larges et confluentes, qui sont des flux de cavité et non des collatérales. Ensuite, ce piqueté est un signe d'anomalie coronaire — et le piège classique est de le prendre pour une petite communication interventriculaire ou pour une fistule.

5.3. Le signe direct : voir la coronaire naître de l'artère pulmonaire

Le signe direct est la visualisation de l'origine anormale sur le tronc pulmonaire. C'est le plus difficile à obtenir chez un nourrisson agité, et le seul qui ferme le diagnostic. Il se cherche en parasternal petit axe à hauteur des gros vaisseaux et en incidence parasternale haute, en balayant le pourtour du tronc pulmonaire.

La condition préalable est simple : savoir où sont les coronaires normales. En petit axe à la base, on suit les trois sinus de la racine aortique — ostium gauche sur le sinus postérieur gauche, le sinus coronaire gauche, vers 4 heures ; ostium droit sur le sinus antérieur droit, le sinus coronaire droit, vers 11 heures ; le troisième sinus, postérieur droit, est le sinus non coronaire. L'analyse des ostiums coronaires fait partie de l'échographie cardiaque pédiatrique normale, au même titre que le retour veineux ou la crosse aortique.

Figure 6 — Où sont les coronaires normales : le schéma horaire des ostiums. Coupe parasternale petit axe à hauteur des gros vaisseaux, telle qu'elle s'affiche à l'écran. La racine aortique occupe le centre ; la chambre de chasse droite et le tronc pulmonaire l'enroulent en avant et sur sa gauche. Les trois sinus se répartissent ainsi : le sinus antérieur droit — le sinus coronaire droit — d'où naît la coronaire droite, dont l'ostium se cherche vers 11 heures ; le sinus postérieur gauche — le sinus coronaire gauche — d'où naît le tronc coronaire gauche, dont l'ostium se cherche vers 4 heures ; et le sinus postérieur droit, qui est le sinus non coronaire. Savoir cela, c'est savoir où regarder. Deux réserves de méthode : un ostium ne s'affirme jamais sur un arrêt sur image, il se trouve en balayant lentement le pourtour de la racine en temps réel ; et la position horaire dépend de l'orientation de la sonde, elle donne une direction de recherche, pas une preuve. Ce repérage doit faire partie de tout examen échocardiographique pédiatrique et de tout bilan de sportif.

5.4. La synthèse

SigneValeurComment le chercher
Ventricule gauche dilaté, hypokinétiqueNon spécifiqueApicale 4 cavités, TM parasternal
Piliers et endocarde hyperéchogènesÉvocateurRegarder la brillance, pas seulement la cinétique
Insuffisance mitrale ischémiqueÉvocateur en contexteDoppler couleur apical
Coronaire droite dilatéeFortement évocateurPetit axe à la base, mesure du calibre
Flux rétrograde dans le tronc pulmonaireFortement évocateurDoppler couleur, échelle de vitesse basse
Flux collatéraux intramyocardiquesÉvocateur chez l'enfant plus grandDoppler couleur sur le septum
Naissance de la coronaire gauche sur le tronc pulmonaireSigne direct, diagnostiquePetit axe des gros vaisseaux, parasternal haut

Une règle pratique pour finir : la conjonction de plusieurs signes indirects suffit à imposer la recherche du signe direct, au besoin par angioscanner. On ne renonce pas au diagnostic sous prétexte que l'origine anormale n'a pas été vue à l'échographie.

🎯 La règle du compte rendu Dans toute échographie faite pour une dysfonction ventriculaire gauche de l'enfant, le compte rendu doit comporter une phrase explicite sur les coronaires : « origine des deux artères coronaires visualisée et normale », ou « origine coronaire non concluante ». Écrire « cardiomyopathie dilatée » sans cette phrase, c'est laisser au dossier une question que personne ne rouvrira.

6. Traiter l'ALCAPA : réimplanter la coronaire

6.1. Le principe, et l'urgence

Le traitement est chirurgical, et il s'impose dès que le diagnostic est posé. Il n'y a pas de traitement médical de l'ALCAPA. En attendant le bloc, on se limite à ce qui sécurise l'enfant : diurétiques prudents, inotropes si le débit est bas, oxygène, correction de l'anémie. Attendre, c'est laisser mourir du myocarde.

⚠️ Ce qu'il ne faut pas prescrire avant la revascularisation Pas de vasodilatateur systémique, pas d'inhibiteur de l'enzyme de conversion. Dans l'ALCAPA préopératoire, la totalité du ventricule gauche est perfusée par un flux collatéral dont le moteur est la pression diastolique aortique : la pression de perfusion coronaire est la différence entre cette pression et la pression télédiastolique du ventricule gauche. Abaisser la postcharge et la pression diastolique chez un nourrisson déjà en bas débit diminue cette perfusion et majore le vol coronaire. Le raccourci « insuffisance cardiaque, donc inhibiteur de l'enzyme de conversion » est ici un contresens physiopathologique.

Le but est de rétablir une circulation à deux artères nées de l'aorte. La technique de référence est la réimplantation directe : sous circulation extracorporelle, le chirurgien détache le tronc coronaire gauche du tronc pulmonaire avec une collerette de paroi — un « bouton » —, referme l'artère pulmonaire et réimplante ce bouton sur l'aorte. Les alternatives sont détaillées en section 10.

6.2. Ce que la chirurgie répare, et à quel rythme

La grande leçon de cette maladie est que le myocarde n'était pas mort : il était sidéré et hibernant. Rendez-lui du sang à pression correcte et il recommence à travailler. Deux nuances : la récupération n'est pas immédiate — les premiers jours postopératoires sont souvent difficiles, avec support inotrope prolongé et parfois assistance circulatoire de courte durée ; la fonction se normalise le plus souvent vers le sixième mois. Et l'insuffisance mitrale, parce qu'elle est ischémique, régresse en règle avec la revascularisation : on ne la répare généralement pas dans le même temps chez le nourrisson, sauf si elle est massive.

6.3. Le pronostic

Il est bon, et c'est ce qui rend le diagnostic manqué si coûteux : mortalité opératoire faible, récupération de la fonction ventriculaire à la règle, vie ultérieure normale pour la plupart. Persistent parfois une insuffisance mitrale résiduelle et une dysfonction modérée, qui justifient un suivi prolongé.

⭐ La comparaison qu'il faut avoir en tête Une cardiomyopathie dilatée idiopathique du nourrisson évolue vers la transplantation ou le décès dans une proportion importante des cas. Un ALCAPA opéré récupère le plus souvent une fonction ventriculaire normale en six mois. Ces deux enfants arrivent aux urgences avec la même échographie. Ce qui les sépare tient dans un tracé de trente secondes et dans deux minutes de Doppler couleur.

7. Naître du mauvais sinus : la mort subite du sportif

7.1. Ce dont on parle

Il s'agit d'une naissance anormale d'une artère coronaire à partir du sinus aortique controlatéral — le sigle anglais, très employé, est AAOCA. L'artère naît bien de l'aorte, mais du mauvais sinus, et doit rejoindre son territoire par un chemin détourné. Deux formes dominent : la coronaire droite née du sinus gauche, de loin la plus fréquente, et la coronaire gauche née du sinus droit, plus rare mais beaucoup plus dangereuse, parce que le territoire menacé est celui du ventricule gauche tout entier.

Tous les trajets ne se valent pas : une circonflexe née de la coronaire droite et passant derrière l'aorte est en règle bénigne. Ce qui tue, c'est le trajet inter-artériel.

7.2. Trois anatomies qui tuent

Caractère anatomiqueCe qu'il fait
Trajet inter-artérielLe segment proximal chemine entre l'aorte et le tronc pulmonaire. À l'effort, les deux gros vaisseaux se distendent et l'écrasent
Trajet intramuralLe premier centimètre chemine dans l'épaisseur même de la paroi aortique, que la distension d'effort aplatit
Ostium en fente, angle aiguL'orifice n'est pas rond mais ovale et écrasé — « en bouche de poisson » — et l'artère part tangentiellement. Le débit y est limité dès que la demande augmente

Ces trois caractères sont souvent associés chez le même patient, et c'est leur combinaison qui fait le risque. S'y ajoutent, plus rarement, l'hypoplasie du segment proximal et la crête ostiale.

Un mot enfin sur le pont myocardique, qu'il faut savoir distinguer de tout ce qui précède : c'est l'anomalie coronaire la plus fréquente, et le premier diagnostic différentiel qui vient à l'esprit devant une douleur thoracique d'effort de l'adolescent. Ce n'est pas une anomalie de naissance mais une anomalie de trajet : un segment épicardique — le plus souvent le tiers moyen de l'interventriculaire antérieure — s'enfonce sur quelques millimètres dans l'épaisseur du myocarde, qui le comprime à chaque systole. Ni le mécanisme ni la conduite à tenir ne sont ceux du trajet inter-artériel : la compression est systolique, alors que le remplissage coronaire se fait en diastole, et le pont myocardique est le plus souvent asymptomatique et bénin — il ne justifie ni restriction sportive systématique ni geste chirurgical.

Figure 7 — Les trois anatomies qui tuent à l'effort. Au centre, une coupe transversale de la base du cœur : la coronaire née du sinus controlatéral se glisse dans l'espace étroit entre l'aorte et le tronc pulmonaire, et s'y trouve pincée en sablier lorsque les deux gros vaisseaux se distendent à l'effort — c'est le trajet inter-artériel. Autour, les deux autres caractères péjoratifs : l'ostium en fente, ovale et écrasé, avec un départ à angle très aigu, et le trajet intramural, où le premier segment de l'artère chemine dans l'épaisseur même de la paroi aortique. Ces trois caractères sont souvent associés chez le même patient.

7.3. Le tableau : rien, puis la mort

Le mécanisme est une ischémie dynamique, purement liée à l'effort. Au repos, la coronaire circule sans gêne : le cœur est normal, la fonction est normale, l'électrocardiogramme est normal. Et surtout, une épreuve d'effort normale ne rassure pas et n'élimine pas le diagnostic : elle est fréquemment normale chez des sujets qui mourront ensuite subitement.

Les manifestations, quand elles existent, sont toutes des manifestations d'effort : angor, syncope ou lipothymie, troubles du rythme ventriculaires, mort subite par fibrillation ventriculaire, le plus souvent pendant ou immédiatement après l'exercice. Chez beaucoup de victimes, la mort subite est la première manifestation.

⚠️ Les quatre signaux d'alarme du sujet jeune Ces quatre situations imposent d'explorer l'origine des coronaires — et non de rassurer : une syncope survenue à l'effort (et non après, debout, dans une file d'attente) ; une douleur thoracique d'effort ; un arrêt cardiaque récupéré ; une mort subite inexpliquée dans la famille avant 50 ans. Une syncope d'effort chez un sportif n'est jamais vasovagale tant qu'on n'a pas éliminé une cause structurelle ou rythmique.

7.4. L'examen qui pose le diagnostic

Le raisonnement est le suivant : il ne s'agit pas d'un problème de fonction, qu'un test d'effort mettrait en évidence, mais d'un problème d'anatomie. C'est donc l'imagerie de l'origine et du trajet proximal qui tranche. Le coroscanner est l'examen de référence chez l'adolescent et l'adulte : il montre le sinus d'origine, le trajet inter-artériel, la forme de l'ostium, la longueur du segment intramural. L'IRM cardiaque en est l'alternative sans rayonnement, utile chez l'enfant et pour le suivi. L'échocardiographie transthoracique, en parasternal petit axe à la base, voit très souvent l'origine des deux coronaires chez l'enfant : excellent examen de première intention, à condition de chercher les ostiums — mais sa négativité chez un adolescent peu échogène ne suffit pas.

📚 Renvoi — le cœur du sportif Le bilan cardiovasculaire du sportif et la place de l'échographie dans le dépistage sont traités dans la discipline Échocardiographie : voir le cours 06, L'échocardiographie du sportif. Retenez-en ici une chose : la recherche de l'origine des deux artères coronaires en parasternal petit axe est un temps obligatoire du protocole, pas une option.

7.5. Le principe du traitement

Le traitement est chirurgical et vise à supprimer la compression : le geste de choix est le déplafonnement du segment intramural, qui ouvre le toit du tunnel intra-aortique pour recréer un ostium large dans le sinus correct. Alternatives : réimplantation du bouton coronaire, ostioplastie, pontage. En attendant l'évaluation, la règle est la restriction de l'activité physique intense et de la compétition. Les indications sont développées en section 12.

8. Les anomalies coronaires acquises : la maladie de Kawasaki d'abord

8.1. Une vascularite qui s'attaque aux coronaires

La maladie de Kawasaki est une vascularite aiguë fébrile des artères de moyen calibre, décrite au Japon par Tomisaku Kawasaki en 1967. Elle touche surtout l'enfant de 6 mois à 5 ans et constitue, dans les pays développés, la première cause de cardiopathie acquise de l'enfant. Son intérêt tient tout entier à sa complication coronaire.

8.2. Le diagnostic est clinique

Il n'existe aucun test diagnostique. Le diagnostic repose sur une fièvre d'au moins cinq jours, souvent supérieure à 39-40 °C et résistante aux antipyrétiques, associée à au moins quatre des cinq signes suivants.

CritèreCe qu'on voit
ConjonctiviteBilatérale, bulbaire, non purulente
Atteinte buccopharyngéeLèvres rouges, sèches, fissurées ; langue framboisée ; érythème de l'oropharynx
ÉruptionPolymorphe, non vésiculeuse ; érythème périnéal fréquent
ExtrémitésÉrythème palmoplantaire et œdème dur ; plus tard, desquamation péri-unguéale
Adénopathie cervicaleSouvent unilatérale, > 1,5 cm. C'est le critère le plus souvent absent

S'y ajoutent une irritabilité très marquée, presque constante et très évocatrice, des troubles digestifs, des arthralgies, et un syndrome inflammatoire franc.

⚠️ La forme incomplète, la plus dangereuse Chez le nourrisson de moins de six mois, la maladie se présente souvent de façon incomplète : fièvre prolongée inexpliquée avec seulement deux ou trois critères. Or ce sont précisément ces formes qui donnent le plus d'anévrismes, parce qu'elles sont traitées tard. Toute fièvre inexpliquée de plus de cinq jours chez un nourrisson doit faire évoquer un Kawasaki et faire demander une échocardiographie.

8.3. L'atteinte coronaire

L'inflammation détruit la média : la paroi se dilate, puis se déforme en anévrismes. Sans traitement, 15 à 25 % des enfants en développent ; traités à temps, moins de 5 %. L'échocardiographie doit être faite dès la suspicion, puis répétée.

Figure 8 — L'évolution des lésions coronaires de la maladie de Kawasaki. Sur un même arbre coronaire, les quatre aspects étagés que l'on rencontre : segment de calibre normal, dilatation fusiforme régulière, anévrisme sacciforme, puis anévrisme géant en chapelet suivi d'un rétrécissement serré à son extrémité aval, où stagne un thrombus. La ligne de partage est là : les petits anévrismes régressent dans environ la moitié des cas, les anévrismes géants — 8 mm ou plus — ne régressent pas et se compliquent de thrombose et de sténose.

L'évolution a deux versants. D'un côté, une régression est possible dans environ la moitié des cas à un ou deux ans, essentiellement pour les petits anévrismes. De l'autre, les anévrismes géants — au-delà de 8 mm — ne régressent pratiquement jamais : ils se thrombosent, et des sténoses se constituent à leurs extrémités, exposant à l'infarctus et à la mort subite du jeune adulte (voir le cours 30, Les syndromes coronariens aigus).

⚠️ Ce qui empêche la thrombose Un anévrisme géant impose d'associer une anticoagulation — antivitamine K ou héparine de bas poids moléculaire — à l'aspirine, et un suivi spécialisé à vie : l'antiagrégant seul ne suffit pas. Modalités, surveillance et revascularisation sont développées en section 12.

8.4. Le traitement : la fenêtre des dix jours

Le traitement associe des immunoglobulines intraveineuses à 2 g/kg en perfusion unique et de l'aspirine. Le point capital est le calendrier : les immunoglobulines doivent être administrées dans les dix premiers jours de fièvre, idéalement avant le septième. C'est ce délai, et lui seul, qui divise par cinq le risque d'anévrisme.

L'aspirine est donnée à dose anti-inflammatoire pendant la phase fébrile : 30 à 50 mg/kg/j en quatre prises dans le schéma européen et japonais, 80 à 100 mg/kg/j dans le schéma nord-américain, poursuivie jusqu'à 48 à 72 heures d'apyrexie ; elle est ensuite relayée par une dose antiagrégante de 3 à 5 mg/kg/j en une prise pendant six à huit semaines, ou à vie s'il existe des anévrismes. Rappelons la règle générale de l'aspirine prolongée chez l'enfant : vaccination antigrippale et antivaricelleuse, et suspension du traitement en cas de varicelle ou de syndrome grippal fébrile, en raison du risque de syndrome de Reye.

8.5. Les autres anomalies acquises

  • Après transfert coronaire. Toute chirurgie qui déplace les coronaires expose à une sténose ostiale secondaire : switch artériel de la transposition (voir, dans cette discipline, le cours 70, La transposition des gros vaisseaux), intervention de Ross, réimplantation d'un ALCAPA. Mécanisme mécanique — coudure, tension, compression — aboutissant à la fibrose puis à la sténose. Le piège est que cette ischémie est souvent silencieuse chez l'enfant.
  • Hypercholestérolémie familiale. À évoquer devant des antécédents familiaux d'accident coronaire précoce et des signes physiques : xanthomes, xanthélasma, gérontoxon chez un sujet jeune. La forme homozygote donne des accidents coronaires dès l'enfance (voir le cours 33, Les dyslipidémies).

9. Embryologie et anomalies des cardiopathies conotroncales — pour aller plus loin

📘 À partir d'ici Les sections suivantes développent le niveau du mastère de cardiopathie congénitale et pédiatrique. Le socle qui précède suffit pour le deuxième cycle.

9.1. Les coronaires ne naissent pas de l'aorte : elles s'y connectent

La phrase paraît anodine ; elle explique presque toutes les anomalies de ce cours. Les coronaires ne bourgeonnent pas depuis la racine aortique : elles se forment à distance, dans l'épicarde, à partir du proépicarde, puis migrent vers la voie d'éjection et s'y connectent secondairement.

Or le myocarde de la voie d'éjection n'est pas homogène : le domaine sous-aortique est attractif pour les bourgeons coronaires, le domaine sous-pulmonaire répulsif. Les coronaires pénètrent donc l'aorte au point le plus proche de leur trajet épicardique, tout en évitant l'artère pulmonaire. Trois conséquences : une anomalie de signalisation laisse un bourgeon se connecter au territoire pulmonaire — ALCAPA ou ARCAPA ; un bourgeon peut se connecter au mauvais sinus aortique, d'où un trajet de rattrapage inter-artériel, rétro-aortique ou pré-pulmonaire — les AAOCA ; une connexion peut ne pas se perméabiliser — l'atrésie ostiale.

9.2. Pourquoi la rotation de la voie d'éjection commande la position des ostiums

La position des ostiums dépend du degré de rotation de la voie d'éjection, qui déplace le domaine sous-pulmonaire. C'est pourquoi les anomalies de rotation conotroncale s'accompagnent presque toujours d'une anatomie coronaire particulière : tronc artériel commun, ventricule droit à double issue, tétralogie de Fallot, transposition des gros vaisseaux, atrésie pulmonaire à septum ouvert.

  • Transposition des gros vaisseaux. L'anatomie coronaire, décrite par la classification de Leiden, conditionne la faisabilité du switch artériel : les coronaires doivent être détachées puis réimplantées sur la néo-aorte. Une coronaire à trajet intramural ou une coronaire unique compliquent le transfert et pèsent sur le risque opératoire.
  • Tétralogie de Fallot. Connaître la variante où l'interventriculaire antérieure naît de la coronaire droite et croise l'infundibulum pulmonaire : elle interdit la ventriculotomie infundibulaire à cet endroit et modifie la stratégie chirurgicale. Environ 5 % des tétralogies.

10. ALCAPA : critères fins, imagerie et techniques chirurgicales — pour aller plus loin

10.1. Les seuils échographiques

CritèreSeuil ou performanceCommentaire
Coronaire droite / anneau aortique> 0,14Traduit la dilatation compensatrice. Simple à mesurer en petit axe, il normalise le calibre à la taille de l'enfant. Un Z-score de calibre coronaire peut lui être substitué
Flux inversé dans la coronaire gaucheSensibilité 100 %, spécificité 91 %Le meilleur signe non invasif publié. Impose une échelle de vitesse basse et un balayage patient
Flux diastolique anormal dans le tronc pulmonaireQualitatifJet entrant au sinus postérieur gauche

Le calibre coronaire se mesure de bord interne à bord interne, en systole, sur le segment proximal, en évitant les zones de branchement.

10.2. Coroscanner et coronarographie

L'angioscanner coronaire est l'examen de confirmation le plus employé : origine, trajet, calibre, cartographie des collatérales. Chez le nourrisson il exige une machine rapide, et il n'est pas indispensable lorsque l'échographie a vu l'origine anormale.

Figure 9 — Angioscanner coronaire, reconstruction volumique, vue antérieure. La racine et l'aorte ascendante, sectionnées, sont segmentées en rose ; le tronc et les branches de l'artère pulmonaire en bleu-vert. Deux réseaux coronaires épicardiques de gros calibre descendent sur les faces du cœur, l'un rattaché au versant aortique, l'autre au versant pulmonaire. Une précaution de lecture, qui vaut pour tout rendu volumique : la couleur est attribuée par la segmentation de l'opérateur ; elle guide l'œil, elle ne démontre pas à elle seule une continuité anatomique, et l'ostium lui-même n'est pas visible sous cet angle — c'est sur les coupes natives que se prouve la connexion de la coronaire gauche au tronc pulmonaire. Ce que l'image montre en revanche sans ambiguïté, c'est le calibre : des artères coronaires dignes de celles d'un adulte chez un enfant, signature de la circulation de suppléance.
Figure 9 — Angioscanner coronaire, reconstruction volumique, vue antérieure. La racine et l'aorte ascendante, sectionnées, sont segmentées en rose ; le tronc et les branches de l'artère pulmonaire en bleu-vert. Deux réseaux coronaires épicardiques de gros calibre descendent sur les faces du cœur, l'un rattaché au versant aortique, l'autre au versant pulmonaire. Une précaution de lecture, qui vaut pour tout rendu volumique : la couleur est attribuée par la segmentation de l'opérateur ; elle guide l'œil, elle ne démontre pas à elle seule une continuité anatomique, et l'ostium lui-même n'est pas visible sous cet angle — c'est sur les coupes natives que se prouve la connexion de la coronaire gauche au tronc pulmonaire. Ce que l'image montre en revanche sans ambiguïté, c'est le calibre : des artères coronaires dignes de celles d'un adulte chez un enfant, signature de la circulation de suppléance.

La coronarographie n'est pas obligatoire. Ses trois indications méritent d'être retenues telles quelles : suspicion d'ALCAPA sans visualisation possible de l'origine anormale ; bilan de cardiomyopathie dilatée négatif, pour exclure formellement une anomalie coronaire avant de conclure à une forme idiopathique — c'est là son indication la plus importante ; lésions associées à préciser. Elle montre alors la coronaire droite dilatée, le réseau collatéral, et l'opacification rétrograde de la coronaire gauche puis du tronc pulmonaire : l'image du vol coronaire.

10.3. Quelle technique chirurgicale

TechniquePrincipePlace et limites
Réimplantation directePrélèvement du bouton coronaire, fermeture de l'artère pulmonaire, réimplantation sur l'aorteTechnique de choix. Restaure une anatomie à deux ostiums aortiques. Artifices d'allongement si la distance est grande
Tunnel intrapulmonaire (Takeuchi)Fenêtre aorto-pulmonaire puis tunnel intrapulmonaire conduisant le sang aortique jusqu'à l'ostium anormalSi la réimplantation directe est techniquement difficile. Complications propres : fuite ou obstruction du tunnel, sténose pulmonaire supravalvulaire
Pontage + ligature de l'origine pulmonairePontage mammaire ou veineux, plus ligatureRecours, surtout chez le grand enfant et l'adulte. Devenir du greffon chez un enfant en croissance
Ligature simpleFermeture de l'origine pulmonaire sans revascularisationAbandonnée : supprime le vol mais laisse le territoire gauche aux seules collatérales

10.4. Le péri-opératoire et le suivi

  • Sortie de circulation extracorporelle difficile : ventricule sidéré, bas débit ; support inotrope prolongé, parfois assistance circulatoire de courte durée.
  • Insuffisance mitrale résiduelle : réévaluée à distance ; une fuite qui persiste après récupération ventriculaire relève d'une plastie secondaire.
  • Sténose de la coronaire réimplantée : complication tardive souvent silencieuse, dépistée par imagerie de perfusion ou angioscanner.
  • Suivi : fonction segmentaire et strain longitudinal, qui démasque des anomalies régionales alors que la fraction d'éjection est redevenue normale (voir le cours 09, Le strain myocardique) ; épreuve d'effort et imagerie d'ischémie chez le grand enfant.

11. ARCAPA, atrésie ostiale et fistules coronaires — pour aller plus loin

11.1. La naissance de la coronaire droite à partir de l'artère pulmonaire

L'ARCAPA est plus rare que l'ALCAPA. La physiopathologie est la même — vol proportionnel à la baisse des résistances pulmonaires et au calibre de l'ostium — mais le territoire dépendant est plus petit et la tolérance meilleure. Trois particularités : elle est associée à d'autres lésions dans environ un tiers des cas (communication interventriculaire, tétralogie de Fallot, sténose pulmonaire, sténose aortique) ; elle se révèle plutôt par des douleurs thoraciques, malaises ou syncopes d'effort, syndrome coronarien aigu, troubles du rythme, mort subite ; elle est une cause très rare de cardiomyopathie dilatée, essentiellement si la coronaire droite est dominante. Traitement : réimplantation sur l'aorte, ou pontage avec ligature de l'origine pulmonaire.

11.2. L'atrésie de l'ostium coronaire gauche

Ici, la coronaire gauche est bien en continuité avec l'aorte, mais son ostium est atrétique ; parfois le tronc commun gauche est absent. La perfusion dépend entièrement de la circulation collatérale venue de la coronaire droite, d'où ischémie chronique et cardiomyopathie. Le tableau associe syncopes, insuffisance cardiaque, infarctus, angor, avec un risque élevé de mort subite ; la découverte est parfois faite à l'âge adulte. L'échographie montre le même endocarde et les mêmes piliers hyperéchogènes que dans l'ALCAPA. Le piège est majeur : la coronaire gauche paraît connectée à l'aorte — il faut donc vérifier le flux, et non se contenter de l'image bidimensionnelle. Traitement : pontage aorto-coronaire.

11.3. Les fistules coronaires

Communication anormale entre une coronaire et une cavité cardiaque ou un vaisseau ; 0,2 à 0,4 % des anomalies cardiaques congénitales.

Origine%Site de drainage%
Coronaire droite50Ventricule droit41
Coronaire gauche42Oreillette droite26
Les deux5Artère pulmonaire17
Sinus coronaire7
Oreillette gauche / ventricule gauche5 / 3
Veine cave supérieure1

Le drainage se fait très majoritairement dans les cavités à basse pression, ce qui explique le caractère continu du flux et du souffle. Les petites fistules sont asymptomatiques. Les larges donnent un vol coronaire avec angor, une insuffisance cardiaque par shunt gauche-droite, des arythmies, une endocardite, exceptionnellement une rupture. À l'examen : souffle continu, de siège variable — à ne pas confondre avec un canal artériel persistant. Le traitement des fistules symptomatiques ou volumineuses est la fermeture, percutanée le plus souvent, ou chirurgicale.

12. Indications de l'AAOCA et suivi du Kawasaki — pour aller plus loin

12.1. Ce que recommandent les sociétés savantes pour l'AAOCA

Les recommandations AHA/ACC 2018 sur les cardiopathies congénitales de l'adulte, complétées par le consensus d'experts de 2017, structurent la décision. Logique générale : la symptomatologie et l'ischémie décident, l'anatomie module.

SituationConduiteClasse
AAOCA du sinus gauche ou droit, avec symptômes ou preuve d'ischémie attribuables à l'artère anormaleChirurgie recommandéeI / B-NR
Coronaire gauche née du sinus droit, sans symptôme ni ischémieChirurgie raisonnableIIa / C-LD
AAOCA avec arythmies ventriculairesChirurgie raisonnableIIa / C-EO
Patient asymptomatique, sans ischémie ni caractère anatomique péjoratif — trajet intramural, ostium en fente, angle aiguChirurgie ou surveillanceIIb / B-NR

Deux commentaires. La coronaire gauche née du sinus droit est traitée plus volontiers, même asymptomatique : le territoire menacé est trop grand pour parier sur la surveillance. Et la mention explicite du trajet intramural, de l'ostium en fente et de l'angle aigu dans le texte de la recommandation dit assez que ces caractères doivent figurer dans tout compte rendu d'imagerie : ce sont eux qui font basculer une classe IIb vers une décision opératoire.

12.2. Gestes chirurgicaux et question du sport

Le déplafonnement du segment intramural est le geste de référence : il crée un ostium large dans le bon sinus et supprime la compression — avec un risque propre d'atteinte de la commissure aortique et d'insuffisance aortique. La réimplantation du bouton coronaire s'emploie quand le trajet n'est pas intramural ; l'ostioplastie, la translocation du tronc pulmonaire et le pontage restent des solutions particulières. Côté sport : restriction de la compétition et des efforts intenses pendant l'évaluation ; après chirurgie, reprise envisagée après un délai, sous réserve d'une épreuve d'effort et d'une imagerie satisfaisantes, décision prise en centre spécialisé et discutée avec l'adolescent et sa famille.

12.3. Classer les anévrismes de Kawasaki

La classification actuelle repose sur le Z-score — le nombre d'écarts-types au calibre attendu pour la surface corporelle. Elle a remplacé les seuils en millimètres absolus, inadaptés à un enfant qui grandit.

CatégorieDéfinitionSignification
Pas d'atteinteZ < 2Calibre normal
Dilatation simple2 ≤ Z < 2,5Le plus souvent transitoire
Petit anévrisme2,5 ≤ Z < 5Régression fréquente
Anévrisme moyen5 ≤ Z < 10 et diamètre < 8 mmRégression possible, surveillance prolongée
Anévrisme géantZ ≥ 10 ou diamètre ≥ 8 mmNe régresse pas. Thrombose, sténose, infarctus, mort subite

12.4. Traiter et suivre les anévrismes

  • Antiagrégation par aspirine pour les atteintes petites et moyennes, tant que persiste l'anomalie.
  • Anticoagulation associée pour les anévrismes géants : le sang y stagne dans une cavité dilatée à paroi lésée, le risque thrombotique est majeur.
  • Surveillance échocardiographique au diagnostic, à une ou deux semaines, à quatre à six semaines, puis prolongée selon la sévérité ; épreuves d'ischémie, angioscanner et coronarographie aux stades sévères.
  • Revascularisation — angioplastie ou pontage — en cas de sténose significative avec ischémie.
  • Résistance aux immunoglobulines : 10 à 20 % des enfants restent fébriles après la première perfusion. Seconde perfusion, corticoïdes ou biothérapies. Ces enfants font le plus d'anévrismes.

13. Points clés à retenir

⭐ Points clés à retenir
  • Devant toute cardiomyopathie dilatée du nourrisson ou de l'enfant, chercher une anomalie coronaire, et commencer par un électrocardiogramme.
  • L'ALCAPA est la naissance du tronc coronaire gauche sur le tronc pulmonaire : 1 pour 300 000 naissances, mortalité spontanée d'environ 90 % avant un an, guérison par la chirurgie.
  • Le vol coronaire explique le décalage : les résistances pulmonaires élevées protègent le nouveau-né ; leur chute inverse le flux, et le sang collatéral traverse le myocarde pour se vider dans l'artère pulmonaire.
  • Tableau : nourrisson de deux à quatre mois qui pleure, pâlit et transpire au biberon — l'équivalent angineux —, avec insuffisance cardiaque et souffle d'insuffisance mitrale.
  • Signe électrique : onde Q large et profonde en D1, aVL, V5 et V6 — largeur ≥ 30-40 ms — avec rabotage des ondes R des précordiales gauches.
  • Trois signes échographiques à chercher activement : piliers mitraux et endocarde hyperéchogènes, coronaire droite dilatée, flux rétrograde dans le tronc pulmonaire — échelle de vitesse basse.
  • Traitement : réimplantation directe de la coronaire gauche sur l'aorte, dès le diagnostic. Fonction récupérée le plus souvent vers le sixième mois ; l'insuffisance mitrale régresse d'ordinaire sans geste propre. Avant le bloc, ni vasodilatateur ni inhibiteur de l'enzyme de conversion : la perfusion du ventricule gauche dépend de la pression diastolique aortique.
  • Les anomalies de naissance à partir de l'aorte touchent 0,1 à 0,3 % de la population et sont une des premières causes de mort subite du jeune sportif. Ce qui tue : trajet inter-artériel, trajet intramural, ostium en fente.
  • Chez eux, électrocardiogramme et échographie de fonction sont normaux au repos, et une épreuve d'effort normale n'élimine pas le diagnostic. Le diagnostic est anatomique : coroscanner, IRM, échographie en petit axe. Une syncope ou une douleur d'effort chez un sujet jeune impose d'explorer les coronaires.
  • La maladie de Kawasaki est la première cause de cardiopathie acquise de l'enfant : fièvre ≥ 5 jours et quatre des cinq critères. Immunoglobulines 2 g/kg dans les dix premiers jours : le risque d'anévrisme passe de 15-25 % à moins de 5 %. Les anévrismes géants — 8 mm ou Z ≥ 10 — ne régressent pas et imposent d'associer une anticoagulation à l'aspirine.

14. Pièges fréquents

⚠️ Pièges fréquents
  • Conclure à une cardiomyopathie dilatée idiopathique ou à une myocardite sans électrocardiogramme. C'est le piège du cours : le tracé sépare une maladie curable d'une indication de transplantation.
  • Attendre une douleur thoracique chez un nourrisson. Il ne dit pas qu'il a mal : il pleure, pâlit, transpire et refuse le biberon. Ces accès sont l'angor.
  • S'arrêter à « ventricule gauche dilaté et hypokinétique ». Les signes qui redressent le diagnostic — piliers brillants, coronaire droite dilatée, flux rétrograde pulmonaire — ne se voient que si on les cherche.
  • Chercher le flux rétrograde avec une échelle de vitesse haute. Ce flux est lent : réglé pour des jets valvulaires, le Doppler couleur ne le montre pas.
  • Prendre le piqueté coloré du septum pour une communication interventriculaire ou une fistule. Ce sont les collatérales intramyocardiques : un signe d'anomalie coronaire, pas un shunt.
  • Éliminer une anomalie coronaire sur un électrocardiogramme normal. Sa sensibilité n'est pas de 100 % : un tracé normal ne dispense ni de l'échographie ni de la recherche des ostiums.
  • Appeler « onde Q de nécrose » une onde S profonde et fine. Chez l'enfant, une déflexion négative profonde mais étroite des précordiales gauches est banale — et elle existe alors aussi en V1, V2 et V3, donc sans systématisation latérale. Ce qui signe la nécrose, c'est la largeur, au moins 30 à 40 ms, dans les dérivations latérales D1, aVL, V5 et V6.
  • Vouloir réparer d'emblée l'insuffisance mitrale du nourrisson. Elle est ischémique et régresse en règle après revascularisation ; le geste supplémentaire allonge la circulation extracorporelle sans bénéfice démontré.
  • Croire qu'une échographie normale au repos élimine une anomalie de trajet chez un sportif. Ce qu'il faut regarder n'est pas la fonction mais l'origine des deux coronaires, en parasternal petit axe.
  • Se rassurer sur une épreuve d'effort normale. Elle est fréquemment normale chez les porteurs d'un trajet inter-artériel, y compris chez ceux qui mourront subitement : un test négatif n'élimine rien. L'examen qui tranche est anatomique.
  • Banaliser une syncope d'effort chez un adolescent. La syncope vasovagale survient à l'arrêt, debout, dans la chaleur ou l'émotion. La syncope pendant l'effort est structurelle ou rythmique jusqu'à preuve du contraire.
  • Attendre les cinq critères complets pour traiter un Kawasaki. Les formes incomplètes du nourrisson font le plus d'anévrismes ; toute fièvre inexpliquée de plus de cinq jours chez un nourrisson justifie une échocardiographie.
  • Voir la coronaire gauche « connectée à l'aorte » et s'en contenter. Dans l'atrésie ostiale, l'image bidimensionnelle est trompeuse : il faut vérifier le flux, pas seulement la continuité apparente.

Sources

  1. MESSAOUDI Y. Anomalies coronaires chez l'enfant. Diaporama du Mastère de cardiopathie congénitale et pédiatrique, Faculté de Médecine de Sousse ; 18 février 2021. document interne, non publié
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  3. Baumgartner H, De Backer J, Babu-Narayan SV, et al. 2020 ESC Guidelines for the management of adult congenital heart disease. Eur Heart J. 2021;42(6):563-645. doi:10.1093/eurheartj/ehaa554
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  9. Basso C, Maron BJ, Corrado D, Thiene G. Clinical profile of congenital coronary artery anomalies with origin from the wrong aortic sinus leading to sudden death in young competitive athletes. J Am Coll Cardiol. 2000;35(6):1493-501. doi:10.1016/s0735-1097(00)00566-0
  10. Newburger JW, Takahashi M, Beiser AS, et al. A single intravenous infusion of gamma globulin as compared with four infusions in the treatment of acute Kawasaki syndrome. N Engl J Med. 1991;324(23):1633-9. doi:10.1056/NEJM199106063242305

Cours de la Pr Ag Yosra Messaoudi, Faculté de Médecine de Sousse.

Carte mentale interactive — dépliez/repliez les branches pour explorer le cours.

15 cartes de révision — retournez la carte, puis auto-évaluez-vous.

Entraînement libre : correction après chaque réponse, non enregistrée.

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