- Distinguer les deux familles de greffons et le devenir propre à chacune.
- Énoncer les chiffres de perméabilité du greffon veineux aux quatre échéances de référence.
- Expliquer pourquoi le taux d'occlusion reste constant après la première année.
- Opposer le mécanisme de la défaillance précoce à celui de la défaillance tardive.
- Justifier que le risque embolique dépend de l'âge du greffon.
- Décrire les trois mécanismes de l'obstruction microvasculaire au décours d'un geste sur un pont.
- Énumérer les trois causes d'une défaillance précoce de greffon.
- Relier la fraîcheur d'une anastomose au risque de perforation.
- Situer la préférence pour l'artère native et sa classe de recommandation.
- Reconnaître les trois défaillances propres au greffon mammaire interne.
- Comparer le résultat de l'essai de protection distale à celui du registre en usage courant.
- Interpréter le retournement observé entre un et cinq ans avec l'endoprothèse active.
1. Ce qu'on greffe, et ce que chaque greffon devient
1.1. Deux familles de greffons, deux destins
Un pontage aorto-coronaire utilise deux types de conduit, et leur devenir n'a rien de comparable.
- Les greffons artériels : artère mammaire interne — thoracique interne —, artère radiale, artère gastro-épiploïque droite.
- Les greffons veineux : veine saphène interne, plus rarement externe.
Cette différence n'est pas technique, elle est biologique. Une artère greffée reste une artère : elle a la paroi, l'endothélium et la réponse vasomotrice pour lesquels elle est faite. Une veine greffée sur le versant artériel subit une pression cinq à six fois supérieure à celle qu'elle connaissait, et elle doit s'y adapter — c'est l'artérialisation, et c'est le point de départ de tout ce qui lui arrivera ensuite.

1.2. La mammaire interne, et pourquoi elle dure
La perméabilité du greffon mammaire interne est significativement meilleure que celle du greffon veineux, à toutes les échéances — c'est le résultat le plus constant de la chirurgie coronaire, et c'est la raison pour laquelle elle est montée en priorité sur l'artère interventriculaire antérieure.
Elle n'est pas pour autant à l'abri : sa perméabilité décroît elle aussi avec le temps, et elle a ses modes de défaillance propres, qui n'ont rien de commun avec ceux du pont veineux — ils font l'objet de la section 7.
Trois raisons expliquent cette durabilité, et elles se cumulent. L'endothélium mammaire produit du monoxyde d'azote et de la prostacycline en quantité, ce qui limite l'adhésion plaquettaire et la prolifération intimale. Sa paroi est peu épaisse et sa vascularisation propre est assurée par diffusion depuis la lumière, si bien qu'elle ne souffre pas du prélèvement. Et sa média contient peu de cellules musculaires lisses susceptibles de proliférer.
| Greffon | Ce qui le caractérise | Son mode de défaillance propre |
|---|---|---|
| Mammaire interne | Perméabilité la mieux établie ; montée en priorité sur l'interventriculaire antérieure | Sténose de l'anastomose, vol coronaire, vol sous-clavier |
| Artère radiale | Greffon artériel mais très spastique ; sensible à la compétition de flux | Spasme, occlusion précoce si la lésion pontée est peu serrée |
| Veine saphène | Facile à prélever, longueur disponible, calibre large | Hyperplasie fibro-musculaire puis dégénérescence athéromateuse |
1.3. Ce que ce cours suppose acquis
La lecture angiographique d'un réseau ponté — repérer les abouchements, cathétériser un greffon, reconnaître un moignon — est traitée par le cours 91 de cette discipline, L'angiographie des pontages, dont ce cours-ci est la suite directe : celui-là apprend à voir, celui-ci à traiter.
Le no-reflow et l'obstruction microvasculaire sont traités par le cours 88, l'indication de revascularisation et la concertation médico-chirurgicale par le cours 100, les lésions ostiales par le cours 98 — dont relève l'abouchement aortique d'un pont.
2. L'histoire naturelle du pont veineux
2.1. Les chiffres de la série de référence
La série de Fitzgibbon et de ses collègues, qui a suivi plus de cinq mille greffons par angiographie, reste la référence du sujet. Ses chiffres de perméabilité méritent d'être connus tels quels, parce qu'ils fixent l'échelle de temps de toute la discussion.

| Échéance | Perméabilité du greffon veineux |
|---|---|
| Précoce, dans les suites immédiates | 88 % |
| À 1 an | 81 % |
| À 5 ans | 75 % |
| À 15 ans et au-delà | 50 % |
Autrement dit : un pont veineux sur cinq est déjà occlus au bout d'un an, et un sur deux au terme de quinze ans.
La mortalité périopératoire, dans la même série, était de 1,4 % pour un premier pontage isolé et de 6,6 % pour une réintervention — chiffre qui pèse lourd dans la décision de reprendre chirurgicalement un patient déjà ponté.
2.2. Un taux d'occlusion linéaire après la première année
La forme de la courbe est aussi instructive que ses points. Après la période précoce, le taux d'occlusion des greffons veineux s'établit à environ 2,1 % par an — une attrition régulière, sans plateau.
Cette linéarité a une conséquence clinique : le pont veineux n'a pas d'âge de sécurité. Un greffon perméable à dix ans n'est pas un greffon durable ; il est un greffon qui n'est pas encore occlus, et son risque annuel reste le même.
Une conséquence pratique en découle pour la surveillance. Puisque le risque est constant et non croissant, la survenue d'un angor chez un patient ponté ne doit jamais être attribuée d'emblée au réseau natif au motif que le pontage est récent : un greffon peut se fermer à deux ans comme à douze. Et symétriquement, un patient asymptomatique à dix ans n'a pas franchi de cap : il a simplement bénéficié de dix tirages favorables.
2.3. La maladie du greffon, distincte de son occlusion
Il faut distinguer deux choses que la même courbe confond souvent. L'occlusion est un événement binaire. La maladie du greffon — l'épaississement pariétal, la plaque — est un processus continu qui la précède de plusieurs années.
Dans la série de référence, cette maladie apparaissait dès la première année, s'accélérait au-delà de deux ans et demi, et concernait 48 % des greffons à cinq ans et 81 % au-delà de quinze ans — dont 44 % rétrécis de plus de moitié. Un greffon perméable n'est donc pas un greffon sain, et c'est précisément la matière de cette maladie qui rendra son angioplastie dangereuse.
3. Deux dégradations, deux mécanismes
3.1. Avant un an : l'artérialisation de la veine
La défaillance précoce du greffon veineux relève d'un mécanisme unique : l'hyperplasie fibro-musculaire. Soumise à un régime de pression artérielle, la veine réagit en épaississant sa couche interne — prolifération de cellules musculaires lisses et dépôt de matrice.
Cet épaississement rétrécit la lumière progressivement et de façon diffuse. Il ne contient ni lipides, ni chape fibreuse, ni thrombus, et cette composition commande une caractéristique décisive pour la suite : le risque d'embolisation distale y est faible.
3.2. Après un an : l'athérosclérose du greffon
Au-delà de la première année, un autre processus s'installe : une véritable dégénérescence athéromateuse, plus rapide, plus friable et plus diffuse que l'athérosclérose d'une artère native. Elle suit les mêmes étapes : plaque lipidique, hémorragie intraplaque, rupture de plaque, puis thrombose de la lumière.

Le calendrier se lit en deux temps. De trois à cinq ans, c'est l'athérosclérose qui domine. Au-delà de cinq ans, c'est l'athéro-thrombose : la plaque se rompt, et le greffon se charge de thrombus.
3.3. Pourquoi cette distinction commande la conduite
| Défaillance précoce, avant 1 an | Défaillance tardive, après 1 an | |
|---|---|---|
| Mécanisme | Hyperplasie fibro-musculaire après artérialisation | Athérosclérose puis athéro-thrombose |
| Contenu de la lésion | Tissu fibro-cellulaire | Lipides, hémorragie, thrombus |
| Risque d'embolisation | Faible | Élevé |
| Aspect angiographique | Rétrécissement diffus et régulier | Lésion irrégulière, souvent avec défect de remplissage |
| Ce qui domine la conduite | La fraîcheur de l'anastomose | La charge thrombotique |
4. Pourquoi un pont veineux embolise
4.1. Une plaque sans chape
L'athérome d'un greffon veineux se distingue de celui d'une artère native par un point qui explique tout le reste : il est mal contenu. La chape fibreuse y est fine ou absente, la plaque est molle, riche en débris lipidiques et souvent hémorragique.
Le résultat est mécanique. Là où la dilatation d'une plaque coronaire native la comprime et la fissure sur place, la dilatation d'une plaque de greffon en libère le contenu dans la circulation d'aval. C'est la différence essentielle entre les deux gestes.
Trois différences histologiques rendent compte de cette fragilité. La chape fibreuse, qui contient la plaque d'une artère native, est ici fine ou absente. Le noyau lipidique est proportionnellement plus volumineux et plus mou. Et la plaque du greffon est fréquemment le siège d'hémorragies intraplaque répétées, qui la fragilisent encore et l'augmentent de volume.
S'y ajoute un facteur mécanique : un greffon veineux est un tube large, souvent de trois millimètres et demi à quatre millimètres et demi, sans branche collatérale sur son trajet. Tout ce qui s'en détache est donc entraîné vers l'anastomose distale, puis vers le lit d'aval, sans qu'aucune bifurcation n'en dérive une partie.
4.2. L'obstruction microvasculaire
Ce qui est libéré chemine jusqu'au lit d'aval et l'obstrue par trois mécanismes qui se cumulent, tous traités au cours 88.

- Les athéro-embols obstruent mécaniquement les artérioles.
- Ils déclenchent un spasme de la microcirculation.
- Les thrombo-embols entraînent une agrégation plaquettaire locale.
Cliniquement, cela se traduit par ce que le cours 88 décrit : ralentissement du flux, phénomène de non-reflux, élévation des marqueurs, parfois infarctus constitué — alors même que le greffon lui-même est parfaitement ouvert sur l'image finale.
4.3. Ce que cela coûte en pratique
Le risque embolique aigu au cours d'une angioplastie de pont veineux est de l'ordre de 15 %, et il est directement lié à la charge thrombotique de la lésion — donc à l'âge du greffon.
Ce risque n'est pas seulement immédiat. L'angioplastie de pont veineux représente environ 5 à 15 % du volume total des angioplasties, et elle se distingue par un pronostic à distance médiocre : un taux de resténose de l'ordre de 30 à 60 % selon les séries, et une progression de la maladie qui touche à la fois le greffon et le réseau natif.
L'ordre de grandeur de la population concernée mérite d'être connu : dans un grand registre américain, un cinquième environ du volume d'angioplasties concernait des patients ayant un antécédent de pontage, et 6 % portaient sur un pont veineux.
5. La dégradation précoce
5.1. Sa fréquence, selon le type de greffon
La défaillance précoce d'un greffon est plus fréquente qu'on ne le croit, et les chiffres varient selon la méthode de détection. Évaluée par angiographie peropératoire, elle concerne jusqu'à 12 % des greffons ; mais une minorité seulement — de l'ordre de 3 % — est cliniquement apparente.
Les séries publiées donnent des fourchettes qui se recoupent mal, ce qui reflète la diversité des méthodes plutôt qu'une vraie divergence : de l'ordre de 3 à 12 % pour les greffons veineux, 3 à 4 % pour l'artère radiale, et une fourchette très large pour l'artère mammaire interne, de 1 à 25 % selon les travaux.
5.2. Ses trois causes
- Un greffon défectueux — lésion de prélèvement, veine de mauvaise qualité, spasme du greffon artériel.
- Une erreur technique d'anastomose — sténose du point de suture, torsion, greffon trop long ou trop court.
- Une compétition de flux avec le réseau natif — lorsque l'artère pontée n'est pas assez sténosée pour que le flux préfère le greffon, celui-ci se ferme faute d'être utilisé.
La troisième cause mérite d'être retenue, parce qu'elle est contre-intuitive : un greffon peut se fermer parce que la lésion qu'il contournait n'était pas assez serrée. C'est un argument supplémentaire en faveur de la mesure de pression avant le pontage, exposée au cours 100.
5.3. Que faire devant une défaillance précoce
Trois options se discutent — reprise chirurgicale, angioplastie, traitement médical — et le choix dépend du territoire menacé et de l'état du patient. Une contrainte domine cependant la discussion, et il faut la connaître avant toute autre.
La reprise chirurgicale est théoriquement la réponse la plus complète, mais elle se paie : la mortalité d'une réintervention est plusieurs fois celle d'un premier pontage — 6,6 % contre 1,4 % dans la série de référence. Elle se réserve aux défaillances de greffon menaçant un territoire étendu chez un patient opérable.
Le traitement médical est légitime lorsque le territoire concerné est limité, que le patient est stable et que la défaillance est découverte sur un contrôle plutôt que sur un événement. C'est la situation la plus fréquente, puisque seule une minorité des défaillances précoces est cliniquement apparente.
L'angioplastie occupe l'espace intermédiaire, et c'est elle qui demande le plus de précautions.
6. La dégradation tardive : quelle cible ?
6.1. Pont ou artère native
Un patient ponté depuis huit ans consulte pour un angor. La coronarographie montre un pont veineux serré, et l'artère native qu'il contournait, occluse ou très malade. Sur quoi intervenir ?
La réponse a changé avec les données. Traiter le pont paraît plus simple : la lésion est courte, le vaisseau large, l'accès direct. Mais elle expose aux deux problèmes qui font l'objet des sections techniques — l'embolie et la resténose. Traiter l'artère native est souvent plus difficile, parfois beaucoup — il s'agit fréquemment d'une occlusion chronique —, mais le résultat est durable et il ne dépend plus d'un conduit qui vieillira.
Une troisième considération départage souvent les deux, et elle est rarement formulée : que restera-t-il si l'on échoue ? Échouer sur l'artère native laisse le pont intact et la possibilité d'y revenir. Échouer sur le pont — par une embolisation distale, une dissection ou une occlusion — peut coûter le territoire entier, puisque le pont était sa seule source. L'asymétrie du risque d'échec penche donc du même côté que la recommandation.
6.2. Ce que dit la recommandation
Elle est explicite et elle penche : l'angioplastie de l'artère native doit être préférée à celle du pont veineux lorsqu'elle est techniquement possible, en classe IIa.
Retenez la formulation exacte, parce qu'elle est nuancée : « doit être envisagée », et « si techniquement possible ». Ce n'est pas une obligation, c'est une préférence à examiner à chaque fois — et l'examiner suppose d'avoir regardé l'artère native avant de se décider pour le pont, ce qui n'est pas toujours fait.
6.3. Quand l'artère native n'est pas une option
Trois situations la rendent impraticable ou déraisonnable : une occlusion chronique dont le franchissement échoue ou n'est pas tenté ; un lit d'aval de mauvaise qualité, qui rend le bénéfice attendu incertain ; et une situation d'urgence, où le temps manque pour une procédure longue.
Dans ces cas, le pont redevient la cible — et tout ce que les sections 10 et 11 exposent s'applique alors.
7. Le pontage artériel : trois situations distinctes

7.1. La sténose de l'anastomose
C'est la défaillance la plus fréquente du greffon mammaire, et elle siège presque toujours au point de jonction avec l'artère native, non sur le corps du greffon. Elle relève d'une angioplastie qui ressemble à celle d'une lésion coronaire ordinaire : lésion courte, calibre modéré, pas de charge thrombotique.
La difficulté est ailleurs — dans l'abord. Le cathétérisme sélectif d'une mammaire interne exige une sonde adaptée et une voie d'abord cohérente ; il est traité au cours 91.
Un point de vocabulaire évite une confusion fréquente : on distingue l'anastomose distale, entre le greffon et l'artère native, de l'anastomose proximale, entre le greffon et l'aorte — cette dernière n'existant que pour les greffons veineux et les greffons artériels libres, non pour une mammaire pédiculée qui garde son origine sous-clavière. Une lésion de l'anastomose proximale d'un pont veineux est une lésion aorto-ostiale, et relève de tout ce que le cours 98 en dit.
7.2. Le vol coronaire par collatérale persistante
Une branche collatérale du greffon mammaire — le plus souvent une artère thoracique latérale — laissée perméable au moment de la chirurgie peut détourner une part du débit destiné au territoire ponté. Le greffon est alors perméable, l'anastomose est correcte, et pourtant le patient reste angineux.
Le diagnostic se fait à l'angiographie sélective, en constatant l'opacification préférentielle de la branche parasite. Le traitement est son occlusion percutanée.
Le traitement de cette collatérale mérite une nuance. Toutes les branches perméables ne volent pas : il faut que le débit détourné soit suffisant pour appauvrir le territoire ponté, ce qui suppose une branche de calibre appréciable et un lit d'aval de basse résistance. Une petite collatérale visible à l'angiographie n'explique pas à elle seule un angor, et l'occlure sans autre argument revient à traiter une image.
7.3. Le vol sous-clavier
C'est la situation la plus élégante à reconnaître, et la seule dont la cause siège en dehors du cœur. Une sténose ou une occlusion de l'artère sous-clavière en amont de la naissance de la mammaire interne inverse le flux dans le greffon : au lieu d'alimenter le cœur, la mammaire alimente le bras.
Deux signes doivent y faire penser : un angor déclenché par l'effort du membre supérieur gauche, et une asymétrie tensionnelle entre les deux bras. Le traitement est l'angioplastie de la sous-clavière, non celle du greffon — qui est sain.
8. Ce qui a changé dans la recommandation
8.1. Le déclassement des systèmes de protection embolique
La révision de 2018 de la recommandation européenne comporte une liste de déclassements, et l'un d'eux concerne directement ce cours : les dispositifs de protection distale pour l'angioplastie de pont veineux ont été déclassés en IIa.

Ce déclassement demande une explication, parce qu'il paraît contredire un essai randomisé positif — et c'est précisément ce qui en fait un cas d'école. Il est exposé à la section 10.
8.2. Ce que ce déclassement enseigne sur la méthode
Un essai randomisé conduit dans des centres sélectionnés, sur des patients sélectionnés, par des opérateurs entraînés au dispositif, ne préjuge pas de ce que le même dispositif donnera en usage courant. C'est ce qu'on appelle l'écart entre l'efficacité théorique et l'efficacité réelle, et il est ici documenté par un registre de près de cinquante mille procédures.
Retenez la leçon générale plutôt que le cas particulier : un dispositif dont le maniement est délicat perd son bénéfice dès qu'il sort des mains qui l'ont testé, et peut même devenir nuisible.
8.3. Ce qui reste établi
Deux points ne sont pas remis en cause. Préférer l'artère native au pont veineux, en classe IIa. Et, lorsqu'on traite le pont, utiliser une endoprothèse active plutôt qu'une endoprothèse nue — recommandation qui vaut pour toute angioplastie coronaire, et dont la section 11 montre qu'elle mérite une nuance importante sur ce terrain particulier.
9. Aborder un pont : cathéters et principes — pour aller plus loin
9.1. Le choix de la sonde selon le greffon
Un pont veineux ne s'aborde pas comme une coronaire native : son abouchement siège sur l'aorte ascendante, à une hauteur et selon un angle qui dépendent du territoire ponté. Le choix de la sonde en découle.
| Greffon | Sondes usuelles |
|---|---|
| Pont veineux sur la coronaire droite | Judkins droite, multipurpose, Amplatz gauche, Amplatz droite |
| Pont veineux sur une marginale | Judkins droite, multipurpose, Amplatz gauche |
| Pont veineux sur l'interventriculaire antérieure | Judkins droite, multipurpose, Amplatz gauche |
| Mammaire interne gauche | Judkins droite ou sonde mammaire dédiée, selon la voie d'abord |
Retenez la logique plutôt que la liste : plus l'abouchement est haut et antérieur, plus une courbe de type Judkins droite convient ; plus il exige un ancrage, plus on remonte vers une courbe d'Amplatz. Le repérage des abouchements est traité au cours 91.
9.2. Le pont artériel
Le cathétérisme sélectif d'une mammaire interne gauche dépend d'abord de la voie d'abord : une sonde mammaire dédiée depuis l'abord fémoral ou radial gauche, une courbe de Judkins droite lorsque l'anatomie s'y prête. Un cathéter de six French suffit dans la grande majorité des cas.
Deux précautions valent d'être rappelées : la mammaire est fragile et se dissèque facilement au cathétérisme, et le trajet est long — un matériel de longueur suffisante doit être prévu avant de commencer.
Un troisième point mérite d'être anticipé : la longueur de travail. Un pont veineux abouché haut sur l'aorte ascendante et allant jusqu'à une marginale distale impose un trajet plus long qu'une coronaire native abordée par voie radiale. Vérifier avant de commencer que le ballon, l'endoprothèse et, le cas échéant, le dispositif de protection atteindront la lésion évite une interruption de procédure au plus mauvais moment. La même vérification vaut pour le calibre du cathéter : un dispositif de protection ou une aspiration exigent souvent six French au minimum, et il est plus simple de commencer avec le bon cathéter que d'en changer une fois le guide en place.
9.3. Deux principes qui valent avant tout geste sur un pont
10. Le premier problème : l'embolie distale — pour aller plus loin
10.1. Ce qu'on peut faire sans matériel : le stenting direct
La première parade ne coûte rien : ne pas prédilater. Chaque inflation supplémentaire sur une plaque friable est une occasion de libérer du contenu ; implanter l'endoprothèse directement en supprime une.
Une cohorte consécutive de plus de cinq cents patients a comparé cette stratégie à l'implantation après prédilatation et a retrouvé un devenir clinique favorable au stenting direct. Le raisonnement est mécanique autant que statistique : moins de passages, moins de matière libérée.
La limite est évidente : le stenting direct suppose une lésion franchissable et un calibre estimable sans dilatation préalable. Sur une lésion très serrée ou très calcifiée, il n'est pas praticable.
Deux précisions accompagnent cette stratégie. Elle suppose d'avoir estimé le calibre du greffon avant de le franchir, ce que l'angiographie fait mal sur un vaisseau dilaté et irrégulier — c'est l'une des rares indications où l'imagerie endocoronaire, traitée au cours 95, apporte quelque chose sur un pont. Et elle ne dispense pas de la postdilatation : si le résultat est insuffisant, il faudra dilater, et le bénéfice recherché s'amenuise.
10.2. L'environnement pharmacologique
Deux voies ont été explorées, et elles n'ont pas eu le même sort.
Les antagonistes des récepteurs plaquettaires GPIIb/IIIa par voie intraveineuse n'apportent pas de bénéfice dans cette indication — c'est un résultat négatif, établi et souvent ignoré. La raison est instructive : l'obstruction est ici avant tout mécanique, faite de débris athéromateux, et une inhibition plaquettaire ne dissout pas des débris.
Les vasodilatateurs intracoronaires, en revanche, agissent sur la composante spastique de l'obstruction microvasculaire. Plusieurs protocoles coexistent, sans supériorité démontrée de l'un sur l'autre.
| Agent | Ce qu'il vise |
|---|---|
| Adénosine | Vasodilatation microcirculatoire ; administrée en perfusion intragreffon avant l'implantation dans les protocoles étudiés |
| Nitroprussiate de sodium | Donneur de monoxyde d'azote, action directe sur le muscle lisse |
| Vérapamil | Inhibiteur calcique, utilisé seul ou associé à un antagoniste plaquettaire en intragreffon |
| Nicardipine | Inhibiteur calcique dihydropyridinique |
Retenez la hiérarchie : ces agents traitent le spasme, ils ne traitent pas l'obstruction mécanique. Ils complètent une prévention, ils ne la remplacent pas.
10.3. Les systèmes de protection, et l'essai qui les a établis
Trois familles de dispositifs existent, et elles diffèrent par l'endroit où elles arrêtent les débris.
- Occlusion distale avec aspiration : un ballon occlut le greffon en aval de la lésion, le sang stagnant est aspiré après le geste. Il protège complètement mais interrompt le flux.
- Filtres distaux : un panier poreux capture les débris tout en laissant passer le sang. Il ne protège que ce que ses pores retiennent.
- Occlusion proximale avec aspiration : le greffon est occlus en amont, ce qui permet de franchir la lésion sous protection — avantage propre à cette famille.
L'essai SAFER a établi le principe. Sur 801 patients randomisés entre implantation sur un dispositif de protection distale et implantation sur un guide conventionnel, le critère principal — décès, infarctus, pontage en urgence ou nouvelle revascularisation de la lésion à trente jours — est survenu chez 9,6 % des patients protégés contre 16,5 % des témoins, soit une réduction relative de 42 %.

Le détail éclaire le mécanisme : la réduction portait sur l'infarctus — 8,6 % contre 14,7 % — et sur le non-reflux — 3 % contre 9 %. Et le bénéfice persistait chez les 61 % de patients ayant reçu un antagoniste plaquettaire, ce qui confirme que la protection mécanique fait autre chose que la pharmacologie.
10.4. Ce que la vraie vie a montré
Un registre américain a suivi près de 50 000 procédures d'angioplastie de pont veineux dans plus de mille centres. Les dispositifs de protection y étaient utilisés dans 21 % des cas — et le résultat contredit l'essai.

Leur emploi s'accompagnait d'un excès de complications de procédure, faible mais significatif sur chacune : non-reflux dans 3,9 % contre 2,8 %, dissection dans 1,3 % contre 1,1 %, perforation dans 0,7 % contre 0,4 %, infarctus périprocédural dans 2,8 % contre 1,8 %. Et à trois ans, le risque ajusté d'événements n'était pas réduit.
11. Le second problème : la resténose — pour aller plus loin
11.1. Ballon ou endoprothèse
La question a été tranchée tôt, et dans un sens qui mérite d'être connu avec sa nuance. L'essai américain qui a comparé endoprothèse nue et ballon seul sur des lésions de pont veineux a retrouvé un meilleur succès de procédure — 92 % contre 69 % — et un meilleur devenir clinique à distance : 73 % contre 58 % de patients libres de décès, infarctus, reprise chirurgicale ou nouvelle revascularisation de la lésion.
La nuance est instructive : la resténose angiographique, elle, n'était pas significativement réduite — 37 % contre 46 %, avec un p à 0,24. Le bénéfice de l'endoprothèse tenait au résultat immédiat et au gain de calibre, non à une prévention de la resténose. Et elle se payait d'un excès de complications hémorragiques, 17 % contre 5 %, dans le contexte antithrombotique de l'époque.
Un essai européen ultérieur, sur cent cinquante patients, a confirmé l'avantage clinique de l'endoprothèse : revascularisation du vaisseau cible à un an de 14,5 % contre 31,4 %, et survie sans événement de 76,3 % contre 60,0 %.
Retenez la leçon de méthode que porte cet écart entre les deux critères : sur un pont veineux, la resténose angiographique et le devenir clinique ne se suivent pas nécessairement. Un dispositif peut améliorer le second sans agir sur la première — parce qu'il évite des occlusions aiguës, des dissections et des reprises précoces — et l'inverse est vrai aussi, comme la section suivante le montre.
11.2. Endoprothèse nue ou active, à un an
L'essai ISAR-CABG a randomisé 610 patients porteurs d'une lésion de novo de pont veineux entre endoprothèse active et endoprothèse nue. À un an, le résultat est net et favorable à l'endoprothèse active.
| Critère à 1 an | Endoprothèse active | Endoprothèse nue | Rapport de risque |
|---|---|---|---|
| Décès, infarctus ou revascularisation de la lésion cible | 15 % | 22 % | 0,64 — intervalle 0,44 à 0,94, p = 0,02 |
| Revascularisation de la lésion cible | 7 % | 13 % | 0,49 — intervalle 0,28 à 0,86, p = 0,01 |
| Mortalité toutes causes | 5 % | 5 % | Pas de différence |
| Thrombose d'endoprothèse certaine ou probable | 1 % | 1 % | Pas de différence |
11.3. Le retournement à cinq ans
Le suivi prolongé du même essai est le résultat le plus intéressant de tout ce cours, et il inverse la conclusion précédente sans la contredire.

À cinq ans, le critère principal ne sépare plus les deux groupes : 55,5 % contre 53,6 %, rapport de risque de 0,98. Mais une interaction significative avec le temps révèle ce qui s'est passé — le rapport de risque était de 0,64 pendant la première année, et de 1,24 entre un et cinq ans.
La revascularisation de la lésion cible le montre plus nettement encore. Elle était significativement moindre avec l'endoprothèse active à un an, avec un rapport de risque de 0,49 ; elle devient significativement plus fréquente ensuite, avec un rapport de risque de 2,02, intervalle de 1,32 à 3,08 et un p à 0,001.
11.4. Ce qu'il faut en conclure
La conclusion est nuancée, et c'est celle que porte la conclusion de votre support : la question « endoprothèse nue ou active ? » revient au début de son histoire. En pratique, trois éléments l'orientent.
- L'endoprothèse active reste le choix par défaut, conformément à la recommandation générale.
- Chez un patient dont l'espérance de vie ou l'observance rendent l'échéance d'un an déterminante, son avantage est réel.
- Chez un patient qu'on suivra longtemps, cet avantage ne doit pas être présenté comme durable — et la surveillance doit tenir compte d'une reprise possible entre la deuxième et la cinquième année.
12. Ce qui reste ouvert — pour aller plus loin
12.1. Les stratégies alternatives
La protection embolique n'étant pas toujours praticable, plusieurs approches ont été proposées pour limiter l'embolisation autrement. Aucune n'est établie, et il faut les connaître comme des pistes plutôt que comme des règles.
| Stratégie | Le raisonnement | Ce qui manque |
|---|---|---|
| Endoprothèse sous-dimensionnée, rapport de 0,9 pour 1 | Moins comprimer la plaque, donc en libérer moins | Risque de malapposition et de sous-expansion |
| Expansion à basse pression | Même raisonnement, appliqué à la pression plutôt qu'au calibre | Même réserve, et pas d'essai dédié |
| Endoprothèse auto-expansible | Expansion progressive, moins traumatique | Données limitées sur ce terrain |
| Endoprothèse couverte | Emprisonner la plaque derrière une membrane | Résultats décevants sur la resténose et l'occlusion |
Une remarque commune à ces quatre pistes : toutes cherchent à moins agresser la plaque, et toutes se heurtent à la même contrepartie — moins agresser, c'est aussi moins ouvrir. Le compromis entre l'embolisation immédiate et la sous-expansion résiduelle, qui prépare la resténose, n'a pas de solution générale et se décide lésion par lésion.
12.2. Les limites des systèmes de protection
Elles expliquent une bonne part de l'écart entre l'essai et la vraie vie, et il faut les avoir en tête avant de compter sur un dispositif.
- Un greffon occlus ne peut pas être protégé : il n'y a pas d'aval à protéger avant de l'avoir rouvert.
- Le diamètre du pontage doit être compatible avec le dispositif, ce qui n'est pas toujours le cas.
- Les lésions ostiales, à l'abouchement aortique, et les lésions distales, près de l'anastomose, laissent trop peu de longueur pour déployer une protection en aval.
- Les ponts séquentiels, qui alimentent plusieurs territoires, ne se protègent pas d'un seul dispositif.
- Et le dispositif doit être disponible au moment du geste, ce qui suppose de l'avoir anticipé.
Ces cinq limites ont une conséquence qu'il faut énoncer : la décision d'utiliser une protection se prend avant la procédure, pas pendant. Constater au moment de franchir la lésion que le greffon est trop étroit, que la lésion est trop distale ou que le dispositif n'est pas disponible, c'est découvrir trop tard qu'on n'aura pas de protection — et avoir engagé le geste sans en tenir compte.
12.3. Les quatre exigences qui referment le sujet
Elles reprennent la conclusion de votre support et lui donnent son ordre. Considérer d'abord l'artère native, qui est préférable quand elle est abordable. Dater le greffon, parce que son âge décide du risque embolique. Réserver la protection distale aux patients sélectionnés, plutôt que d'en faire une routine que les données ne soutiennent pas. Et informer le patient que la question de la resténose n'est pas close : quel que soit le dispositif implanté, un pont veineux traité reste un pont veineux vieillissant.
13. Points clés à retenir
- Perméabilité du greffon veineux : 88 % en précoce, 81 % à un an, 75 % à cinq ans, 50 % à quinze ans. Après la période précoce, l'occlusion progresse d'environ 2,1 % par an, sans plateau.
- La maladie du greffon précède son occlusion de plusieurs années : elle touche 48 % des greffons à cinq ans et 81 % au-delà de quinze ans.
- Avant un an, la défaillance est une hyperplasie fibro-musculaire après artérialisation : pas de lipides, pas de thrombus, risque embolique faible.
- Après un an, c'est une dégénérescence athéromateuse, puis une athéro-thrombose au-delà de cinq ans : risque embolique élevé.
- La première question devant tout pont à dilater est : quel âge a ce greffon ?
- La plaque du greffon est mal contenue : la dilater libère son contenu au lieu de le comprimer. Le risque embolique aigu est de l'ordre de 15 %.
- La défaillance précoce concerne jusqu'à 12 % des greffons à l'angiographie peropératoire, dont environ 3 % sont cliniquement apparents. Trois causes : greffon défectueux, erreur d'anastomose, compétition de flux.
- Devant une anastomose fraîche, l'angioplastie expose à la perforation : viser l'artère native quand c'est possible.
- Préférer l'angioplastie de l'artère native à celle du pont veineux lorsqu'elle est techniquement possible — classe IIa.
- Trois défaillances propres au greffon mammaire : sténose de l'anastomose, vol coronaire par collatérale persistante, vol sous-clavier — que révèle une asymétrie tensionnelle entre les deux bras.
- L'essai SAFER a montré une réduction des événements à trente jours par la protection distale — 9,6 % contre 16,5 % —, portée par l'infarctus et le non-reflux.
- Le registre de près de 50 000 procédures a montré l'inverse en usage courant : plus de non-reflux, de perforations et d'infarctus périprocéduraux, sans bénéfice à trois ans. D'où le déclassement en IIa.
- L'endoprothèse active diffère la resténose sans la supprimer : bénéfice net à un an, rapport de risque de 0,49 sur la reprise ; puis reprise plus fréquente entre un et cinq ans, rapport de risque de 2,02.
14. Pièges fréquents
- Traiter un pont veineux comme une coronaire native. La plaque y est mal contenue : la dilater libère son contenu au lieu de le comprimer.
- Ne pas dater le greffon avant de le dilater. Avant un an et après un an, ce ne sont ni le même mécanisme, ni le même risque, ni la même conduite.
- Croire qu'un greffon perméable est un greffon sain. La maladie du greffon précède son occlusion de plusieurs années et concerne près de la moitié des greffons dès cinq ans.
- Croire qu'un greffon ancien est « stabilisé ». Le taux d'occlusion reste d'environ 2,1 % par an sans plateau : il n'y a pas d'âge de sécurité.
- Aller sur le pont sans avoir regardé l'artère native. La recommandation la préfère quand elle est techniquement abordable, et l'examiner suppose de l'avoir cherchée avant de choisir.
- Dilater au contact d'une anastomose de quelques jours. Le point de suture n'est pas cicatrisé, et le risque est la perforation.
- Oublier la compétition de flux devant une occlusion précoce de greffon. Un pont peut se fermer parce que la lésion qu'il contournait n'était pas assez serrée.
- Prédilater par réflexe. Chaque inflation supplémentaire sur une plaque friable est une occasion d'embolisation ; le stenting direct en supprime une.
- Compter sur un antagoniste plaquettaire intraveineux pour prévenir l'embolisation. L'obstruction est mécanique et faite de débris ; l'inhibition plaquettaire n'y change rien, et le résultat négatif est établi.
- Confondre ce que traitent les vasodilatateurs et ce que traite une protection. Les premiers agissent sur le spasme, la seconde sur les débris. Ils se complètent, ils ne se remplacent pas.
- Utiliser un système de protection en routine. En usage courant, il s'accompagne de plus de non-reflux, de dissections et de perforations, sans bénéfice à trois ans — d'où son déclassement.
- Conclure que la protection distale ne marche pas. Elle marche dans les mains qui l'ont testée et sur des anatomies compatibles ; ce qui ne marche pas, c'est son emploi systématique.
- Compter sur une protection devant un greffon occlus, une lésion ostiale ou un pont séquentiel. Aucune de ces trois configurations ne s'y prête.
- Présenter l'endoprothèse active comme une solution durable à la resténose du pont. Elle la diffère : le bénéfice acquis la première année est repris entre la deuxième et la cinquième.
- Attribuer à l'endoprothèse active un bénéfice de survie sur ce terrain. Ni le décès ni l'infarctus ne diffèrent, à aucune échéance : l'enjeu est le nombre de reprises.
- Traiter un angor du patient ponté sans mesurer la tension aux deux bras. Un vol sous-clavier se reconnaît là, et son traitement n'est pas sur le greffon.
Sources
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Cours de la Pr Ag Yosra Messaoudi, Faculté de Médecine de Sousse.