- Expliquer pourquoi une occlusion chronique ne se lit pas comme une sténose et ce que l'angiographie ne montre pas.
- Énoncer les quatre éléments angiographiques à analyser devant une occlusion chronique.
- Justifier le caractère non négociable de la double injection pour conclure sur la longueur et sur le lit d'aval.
- Décrire les conditions d'acquisition requises : champ de 25 cm, absence de collimation, absence de travelling, cinéma prolongé.
- Distinguer un moignon effilé, un moignon abrupt et un capuchon ambigu, et énoncer la portée pratique de chacun.
- Relier la longueur de l'occlusion au risque de passage sous-intimal et situer le seuil de 20 mm.
- Interpréter la qualité du lit d'aval et reconnaître une bifurcation située au niveau de la reprise distale.
- Classer les collatérales selon Rentrop et selon Werner, et énoncer à quelle question répond chaque système.
- Décrire les composantes du score J-CTO et du score PROGRESS-CTO et interpréter correctement leurs taux de succès.
- Établir les trois situations dans lesquelles la désobstruction ne doit pas être tentée.
- Comparer collatérales septales et épicardiques pour le choix d'une voie rétrograde.
- Énoncer les trois seuils d'arrêt d'une procédure de désobstruction et le calcul du volume de contraste admissible.
1. Pourquoi une occlusion chronique ne se lit pas comme une sténose
Devant une sténose, la coronarographie répond à une question simple : quel est le degré de rétrécissement, et faut-il le traiter ? Devant une occlusion chronique, elle ne répond à rien du tout si on la regarde de la même façon. L'artère malade est invisible sur toute la longueur de la lésion : ce qu'on cherche à connaître se trouve précisément là où le produit de contraste n'entre pas. Toute la lecture consiste donc à reconstituer, à partir de ce qui est visible autour, ce qui se passe dans le segment qu'on ne voit pas.
1.1. Ce que l'angiographie montre, et ce qu'elle cache
Une occlusion chronique se présente comme une interruption brutale de l'opacification. En amont, l'artère est normale ou porteuse d'une plaque. En aval, plus rien — ou plutôt, plus rien par la voie normale : le segment distal se remplit, quand il se remplit, par des collatérales venues d'ailleurs. Entre les deux, un segment muet dont on ignore la longueur exacte, la composition, le trajet et le degré de calcification.
Cette zone muette n'est pas un détail technique : c'est l'objet même de la procédure. C'est là que le guide devra passer, c'est là qu'il se perdra si l'analyse a été mauvaise, et c'est la seule partie de l'artère sur laquelle l'angiographie ne fournit aucune information directe. On travaille donc par déduction, à partir de quatre indices situés en périphérie de la lésion.
1.2. Le film, pas l'image
Une sténose se juge sur une image fixe : on mesure un diamètre, on compare à un segment de référence. Une occlusion chronique se juge sur une séquence entière, image par image. Le remplissage collatéral est un phénomène dynamique : il commence tard, progresse lentement, et l'artère d'aval n'apparaît qu'à la fin de l'acquisition. Un opérateur qui arrête le cinéma dès que l'artère injectée s'est vidée n'a tout simplement pas enregistré l'information qu'il cherche.
C'est la raison pour laquelle l'analyse se fait en revoyant la séquence au ralenti, image par image, et non en feuilletant des captures. La convention est bien établie : on regarde le film jusqu'à disparition complète du produit de contraste, y compris quand l'écran paraît vide, parce que c'est exactement à ce moment-là que la reprise distale se dessine.
1.3. Qui lit, et pendant combien de temps
Cette analyse ne se délègue pas à un seul opérateur pendant qu'on prépare le matériel. Elle se fait par toute l'équipe, devant la console, et elle demande de quinze à trente minutes. Ce chiffre surprend souvent : il représente un temps d'analyse supérieur à celui de bien des angioplasties entières. Il est pourtant le meilleur investissement de toute la procédure, parce que chaque minute passée à comprendre le trajet à l'avance est une minute qui ne sera pas passée à chercher un guide égaré, sous rayonnement, avec du produit de contraste qui s'accumule.
Le corollaire est direct et il est le premier des principes que ce cours enseigne : une occlusion chronique ne se traite jamais dans le même temps que la coronarographie diagnostique. Le geste réalisé dans la foulée de l'examen, sans analyse préalable et sans matériel préparé, est celui qui produit les échecs, les complications et les abandons tardifs. On enregistre, on analyse, on programme.

2. Les conditions d'une lecture exploitable
Avant même de parler d'interprétation, il faut que le film soit lisible. Une part importante des occlusions jugées « non analysables » ne le sont pas à cause de la lésion, mais à cause de la façon dont l'acquisition a été faite. Quatre réglages conditionnent tout, et aucun ne s'improvise une fois le patient descendu de la table.
2.1. Le champ et la collimation
Le champ d'acquisition doit être large — un champ de 25 centimètres est la référence pour ce type d'analyse. Le réflexe habituel, qui consiste à resserrer le champ sur la lésion pour gagner en définition, est ici contre-productif : ce qu'on veut voir n'est pas la lésion, c'est le territoire d'aval et les collatérales qui l'alimentent, lesquelles viennent de l'autre côté du cœur.
Pour la même raison, l'acquisition se fait sans collimation. Les volets qui masquent les bords de l'image réduisent l'irradiation, ce qui est légitime en routine, mais ils suppriment exactement les régions périphériques où cheminent les collatérales. Une collatérale épicardique qui contourne la pointe du cœur sort du champ collimaté dans la quasi-totalité des cas.
2.2. La durée d'acquisition
Le cinéma doit se poursuivre jusqu'à disparition complète du produit de contraste. C'est plus long que ce à quoi on est habitué, et cela se traduit par une séquence dont la seconde moitié semble vide. Cette impression est trompeuse : le remplissage rétrograde du segment d'aval survient avec un décalage qui peut atteindre plusieurs cycles cardiaques après l'opacification de l'artère donneuse.
2.3. Le travelling, et pourquoi il est proscrit
Suivre le produit de contraste en déplaçant la table pendant l'acquisition — le travelling — est un réflexe naturel et il est ici formellement à éviter. Deux raisons. La première est que le déplacement rend impossible toute mesure : on ne peut pas comparer deux repères qui n'ont pas été enregistrés dans le même cadre. La seconde est qu'en suivant l'artère injectée, on quitte le territoire où se produit le remplissage rétrograde, qui est ailleurs.
La règle pratique est simple : on cadre une fois, largement, et on ne bouge plus. Ce qui sort du champ n'y rentrera pas, ce qui explique pourquoi le cadrage initial mérite d'y consacrer quelques secondes de scopie avant de lancer la séquence.
2.4. Les incidences
Les incidences retenues sont celles qui dégagent le segment occlus sans raccourcissement et qui montrent, sur la même image, l'artère donneuse et l'artère occluse. Pour une occlusion de la coronaire droite alimentée par des septales de l'interventriculaire antérieure, une oblique antérieure gauche crâniale montre les deux ; pour une occlusion circonflexe alimentée par des épicardiques, une oblique antérieure droite caudale est souvent plus parlante. Le principe général : l'incidence doit permettre de suivre la collatérale d'un bout à l'autre, pas seulement d'en voir le départ.
3. La double injection : le geste qui conditionne tout
Si l'on ne devait retenir qu'une seule chose de ce cours, ce serait celle-ci. La double injection — l'injection simultanée de l'artère occluse et de l'artère qui l'alimente par des collatérales — transforme une lecture impossible en une lecture exploitable. Elle figure dans tous les documents de consensus, et elle est le cinquième des dix commandements de la désobstruction.
3.1. Le principe
Deux cathéters sont en place : l'un dans l'artère porteuse de l'occlusion, l'autre dans l'artère controlatérale, celle d'où partent les collatérales. On injecte les deux, avec un décalage volontaire, et l'on obtient sur la même image le moignon proximal d'un côté et la reprise distale de l'autre. La distance entre les deux, mesurée sur une image où les deux extrémités sont visibles simultanément, est la vraie longueur de l'occlusion.
Sans cette manœuvre, on dispose de deux informations dissociées : un moignon sur un film, une reprise distale sur un autre, enregistrés dans des incidences différentes, à des moments différents, avec des positions de table différentes. Les rapprocher relève de l'estimation, pas de la mesure.

3.2. Ce qu'elle change sur chacun des quatre éléments
| Élément analysé | Sur injection simple | Sur double injection |
|---|---|---|
| Capuchon proximal | Visible, mais son rapport à la branche latérale est ambigu | Situé précisément par rapport à la reprise d'aval |
| Longueur de l'occlusion | Surestimée — l'extrémité distale n'est pas visible | Mesurée entre deux extrémités opacifiées |
| Qualité du lit d'aval | Souvent jugée absente à tort | Calibre, qualité et divisions du segment repris |
| Collatérales | Origine visible, terminaison inconnue | Trajet complet, de l'origine à la reconnexion |
Le deuxième point mérite d'être souligné parce qu'il produit une erreur systématique et toujours dans le même sens : l'injection unique surestime la longueur de la lésion. La raison est mécanique — faute de voir où l'artère reprend, on prend pour extrémité distale le premier point où l'on voit reparaître quelque chose, qui est en général situé bien au-delà de la fin réelle de l'occlusion. Comme la longueur est le paramètre qui pèse le plus lourd dans tous les scores de difficulté, cette surestimation fait renoncer à des procédures qui étaient réalisables.
3.3. Pourquoi elle est non négociable
La double injection coûte un deuxième abord artériel, un deuxième cathéter, quelques millilitres de produit de contraste et deux à trois minutes. Elle est parfois présentée comme une manœuvre réservée aux cas difficiles. C'est l'inverse : c'est elle qui permet de savoir si le cas est difficile. Renoncer à la double injection au motif que l'occlusion paraît simple revient à fonder ce jugement de simplicité sur l'examen qui ne permet pas de le porter.
4. Premier élément : le capuchon proximal
Le capuchon proximal est la face d'entrée de l'occlusion, celle que le guide rencontre en premier. C'est la partie la plus fibreuse et souvent la plus calcifiée de la lésion, et sa configuration détermine si le guide entrera dans l'axe de l'artère ou s'il glissera à côté.
4.1. Effilé, abrupt, ambigu
Trois configurations se distinguent, et elles n'ont pas la même signification pratique.
Le moignon effilé se termine en pointe, comme un cône. Il indique l'axe de l'artère : le guide, poussé dans le prolongement du cône, entre dans le bon plan. C'est la configuration la plus favorable, et elle est associée à un meilleur taux de franchissement dans toutes les séries publiées.
Le moignon abrupt se termine à angle droit, sans pointe. Rien n'indique où se trouve l'entrée du canal : le guide bute sur une surface plane et cherche son point de moindre résistance, qui n'est pas nécessairement dans l'axe. C'est un des points comptés dans le score de difficulté japonais et dans plusieurs autres.
Le capuchon ambigu est la situation où l'on ne parvient pas à situer l'entrée de l'occlusion, généralement parce qu'une branche latérale naît juste au niveau du capuchon et masque sa configuration. Le produit de contraste s'engouffre dans la branche, et l'on ne sait plus ce qui relève de l'occlusion et ce qui relève de la division.

4.2. La branche latérale au ras du capuchon
C'est la configuration la plus piégeuse de toute l'analyse. Une branche naissant à l'aplomb immédiat du capuchon a deux effets. Elle rend l'entrée invisible, et elle détourne le guide : poussé vers ce qui paraît être la continuité de l'artère, il part dans la branche, laquelle est perméable, ce qui donne à l'opérateur la fausse impression d'avoir franchi quelque chose.
Cette configuration est l'une des principales raisons de recourir d'emblée à une approche rétrograde, c'est-à-dire à aborder l'occlusion par son autre extrémité, en passant par les collatérales. Elle est aussi la principale indication d'un coroscanner préalable, qui montre le trajet du segment occlus là où l'angiographie ne montre rien.
4.3. Ce qui rend un capuchon ambigu
- Une branche latérale naissant au niveau même du capuchon, la situation la plus fréquente.
- Une occlusion ostiale, où le capuchon est au ras de l'origine du vaisseau et se confond avec la paroi aortique.
- Des calcifications massives qui rendent le contour du moignon indistinct.
- Une superposition de l'artère occluse et d'un autre vaisseau dans l'incidence choisie — le seul de ces quatre facteurs qui se corrige, en changeant d'incidence.
5. Deuxième élément : la longueur de l'occlusion
La longueur est le paramètre le plus fortement associé à l'échec, et c'est aussi celui qu'on mesure le plus mal. Cette conjonction en fait le point le plus rentable de toute l'analyse.
5.1. Pourquoi la longueur compte autant
La règle est mécanique : plus l'occlusion est longue, plus le risque de passage en sous-intimal est important. Un guide qui progresse dans un segment occlus n'a aucun repère ; il suit le plan de moindre résistance, qui n'est pas toujours la lumière. Chaque millimètre parcouru est une occasion supplémentaire de quitter le plan de l'intima pour se glisser entre les couches de la paroi. Plus le trajet est long, plus la probabilité cumulée d'y passer est élevée.
Le passage sous-intimal n'est pas nécessairement un échec — des techniques entières de désobstruction reposent sur une dissection volontaire suivie d'une rentrée contrôlée dans la vraie lumière. Mais c'est un changement de stratégie, avec un autre matériel, un autre niveau de difficulté et un autre profil de risque. L'anticiper est utile ; le découvrir en cours de route l'est moins.
5.2. Le seuil de 20 millimètres
Vingt millimètres est le seuil retenu dans la plupart des systèmes de cotation : au-delà, la lésion bascule du côté complexe. Le chiffre n'a rien de magique — il correspond au point où, dans les séries de dérivation, la probabilité de franchissement décroche. Il sert de repère, pas de règle absolue : une occlusion de 25 millimètres bien effilée, sans calcification, avec un aval magnifique, reste une bonne indication.
| Paramètre | Profil simple | Profil complexe |
|---|---|---|
| Diamètre du vaisseau | Supérieur à 3 mm | Inférieur à 3 mm |
| Longueur de l'occlusion | Inférieure ou égale à 20 mm | Supérieure à 20 mm |
| Calcifications | Absentes | Importantes |
| Sinuosités | Faibles | Importantes |
| Moignon | Visible | Invisible |
| Visualisation de l'aval | Bonne | Absente |
| Occlusions multiples | Non | Oui |
| Occlusion ostiale | Non | Oui |
5.3. La mesure et ses pièges
La longueur se mesure entre l'extrémité distale du moignon proximal et l'extrémité proximale du segment repris par les collatérales, sur une image où les deux sont opacifiés simultanément — c'est-à-dire sur une double injection, et sur elle seule. Trois pièges à éviter.
- Le raccourcissement. Une incidence qui prend l'artère en enfilade raccourcit le segment mesuré et fait paraître courte une occlusion longue. Mesurer dans l'incidence où le segment est le plus étendu, pas la plus jolie.
- La surestimation par injection simple, déjà exposée : elle joue toujours dans le sens de l'excès.
- Le trajet non rectiligne. Une artère sinueuse occluse ne se mesure pas à la règle entre deux points : la distance réelle que le guide devra parcourir suit la courbure, et elle est plus longue que la corde.
Quand l'incertitude persiste — capuchon ambigu, aval mal vu, trajet douteux —, le coroscanner apporte ce que l'angiographie ne peut pas fournir : le trajet du segment occlus lui-même, sa longueur réelle, et la répartition de ses calcifications. Il ne remplace pas la coronarographie, il la complète sur le point précis où elle est aveugle.

6. Troisième élément : la qualité du lit d'aval
Le lit d'aval est le segment situé au-delà de l'occlusion, celui qu'on cherche à reperfuser. Sa qualité conditionne deux choses : la faisabilité technique du geste — un guide doit atterrir quelque part, une endoprothèse doit se déployer dans un vaisseau de calibre suffisant — et son intérêt clinique, puisque rouvrir une artère qui ne mène nulle part n'apporte rien.
6.1. Ce qu'il faut voir
Trois caractéristiques se relèvent sur le segment repris : son calibre, la qualité de sa paroi, et ses divisions.
Le calibre se compare au segment d'amont, en tenant compte du fait qu'une artère non perfusée depuis des mois est en général plus fine qu'elle ne le sera après reperfusion — le remodelage positif qui suit la reperfusion fait remonter le calibre à distance, sur des contrôles réalisés à huit à douze mois. Un vaisseau d'aval qui paraît grêle sur l'angiographie initiale ne condamne donc pas la procédure, mais un vaisseau franchement inférieur à 2 millimètres sur toute sa longueur pose la question de l'intérêt du geste.
La qualité de la paroi importe autant : un segment d'aval diffusément malade, irrégulier sur toute sa longueur, annonce un résultat médiocre même en cas de franchissement réussi, parce qu'il faudra couvrir une longueur considérable d'endoprothèse dans un vaisseau de mauvaise qualité.
6.2. La bifurcation à la reprise
Un point d'analyse particulier mérite d'être cherché systématiquement : la position des divisions par rapport à l'extrémité distale de l'occlusion. Quand l'artère se divise juste au niveau de la reprise — le cas typique étant une occlusion de la coronaire droite se terminant au niveau du trépied, ou une occlusion de l'interventriculaire antérieure se terminant sur une division —, le risque de perdre une des branches devient réel dès qu'on envisage une technique de dissection-rentrée.
La raison est directe : la dissection crée un plan sous-intimal qui contourne le segment occlus, et la rentrée se fait plus loin, en aval. Si une branche naît entre le point de sortie du plan de dissection et le point de rentrée, elle est laissée en dehors du circuit — le plan sous-intimal passe devant son ostium et l'écrase. Cette branche, jusqu'alors perfusée par les collatérales, est perdue.

6.3. Quand l'aval ne se voit pas
L'absence de visualisation du lit d'aval est l'un des trois motifs formels de ne pas tenter la désobstruction. Mais l'affirmation demande une précaution majeure : elle ne vaut que si l'absence de visualisation persiste malgré la double injection. Un aval non vu sur injection simple ne veut rien dire du tout, et c'est probablement la conclusion abusive la plus fréquente de toute la lecture des occlusions chroniques.
La séquence de vérification est donc invariable : double injection, cinéma prolongé jusqu'à disparition complète du contraste, champ large sans collimation, incidence adaptée. Si dans ces conditions l'aval reste invisible, la conclusion est recevable. Elle ne l'est pas autrement.
7. Quatrième élément : les collatérales
Les collatérales assurent deux fonctions dans ce contexte, et il est essentiel de ne pas les confondre. Elles perfusent le territoire d'aval, ce qui explique que ces patients aient rarement une nécrose constituée — c'est leur fonction physiologique. Et elles constituent une voie d'accès potentielle pour aborder l'occlusion par l'autre bout — c'est leur fonction interventionnelle. Les deux ne se cotent pas avec les mêmes outils.
7.1. La classification de Rentrop : le remplissage
La cotation de Rentrop décrit le degré de remplissage rétrograde obtenu par les collatérales, en quatre grades, du grade 0 — absence de remplissage visible — au grade 3, remplissage complet du segment épicardique en aval de l'occlusion. Elle est ancienne, simple, universellement comprise, et elle répond à la question « le territoire est-il alimenté ? ».
Elle a une limite décisive pour notre propos : elle décrit le résultat du remplissage, pas le conduit qui le permet. Un remplissage de grade 3 peut être obtenu par un réseau diffus de dizaines de canaux minuscules dont aucun n'est franchissable par un guide. À l'inverse, une seule connexion large et bien individualisée peut ne donner qu'un remplissage partiel tout en constituant une excellente voie d'accès. Rentrop ne permet donc pas de préparer une voie rétrograde.
7.2. La classification de Werner : la connexion
C'est précisément le vide que comble la classification proposée par Werner et ses collaborateurs, qui cote non pas le remplissage mais le calibre de la connexion elle-même, entre l'artère donneuse et l'artère occluse.
| Grade | Définition | Portée pratique |
|---|---|---|
| CC0 | Aucune connexion continue visible entre artère donneuse et artère occluse | Voie rétrograde non envisageable par ce canal |
| CC1 | Connexion continue filiforme | Franchissable, mais au prix d'un matériel très fin et d'un risque accru |
| CC2 | Connexion mimant une branche collatérale — « side branch like », de calibre égal ou supérieur à 0,4 mm | La configuration la plus favorable à un abord rétrograde |
Ce travail portait sur cent patients porteurs d'une occlusion évoluant depuis plus de deux semaines, avec confrontation de la cotation angiographique à la mesure invasive de la fonction collatérale ; la variabilité inter-observateurs y était de l'ordre de 10 %, ce qui en fait un outil reproductible d'un lecteur à l'autre.
Certains auteurs ajoutent à cette description un grade supplémentaire pour les connexions épicardiques directes de plus d'un millimètre, parfois appelées collatérales de Grantham. Il faut savoir que ce grade ne fait pas partie de la description originale : le citer sans le préciser expose à une confusion avec le système publié.

7.3. Rentrop et Werner : deux questions différentes
| Rentrop | Werner | |
|---|---|---|
| Ce qui est coté | Le remplissage du territoire d'aval | Le calibre de la connexion |
| Question à laquelle elle répond | Le myocarde est-il perfusé ? | Un guide peut-il passer par là ? |
| Usage principal | Pronostic, viabilité, compréhension clinique | Planification d'un abord rétrograde |
| Grades | 0 à 3 | CC0 à CC2 |
Les deux se relèvent, et un compte rendu complet mentionne les deux. Confondre l'une avec l'autre conduit à des erreurs de planification dans les deux sens : renoncer à une voie rétrograde parce que le remplissage est modeste, ou la programmer parce que le remplissage est complet alors qu'aucun canal individuel n'est franchissable.
8. Les scores de difficulté
Une fois les quatre éléments relevés, plusieurs systèmes de cotation permettent d'en agréger la valeur pronostique. Aucun ne remplace l'analyse ; tous servent à en formaliser la conclusion et, surtout, à en parler au patient et à l'équipe avec des chiffres plutôt qu'avec des impressions.
8.1. Le score japonais J-CTO
Le plus utilisé. Il a été construit sur 494 occlusions natives, avec un critère de jugement volontairement objectif : le franchissement du guide en moins de trente minutes — choisi précisément pour s'affranchir du biais lié à l'opérateur, un « succès de procédure » dépendant autant de l'obstination de celui qui la mène que de la lésion elle-même.
Cinq variables, un point chacune : calcification, coudure du trajet, moignon abrupt, longueur supérieure à 20 millimètres, et antécédent de tentative infructueuse sur la même lésion. La somme classe la lésion en quatre catégories — facile pour 0, intermédiaire pour 1, difficile pour 2, très difficile pour 3 et plus.
Dans la cohorte de dérivation, la probabilité de franchissement en moins de trente minutes était de 87,7 %, 67,1 %, 42,4 % et 10,0 % pour ces quatre catégories, et de 92,3 %, 58,3 %, 34,8 % et 22,2 % dans la cohorte de validation.
8.2. Le score PROGRESS-CTO
Développé plus tard sur 781 procédures menées selon l'approche hybride, avec cette fois le succès technique comme critère de jugement — succès obtenu dans 92,9 % des cas de la série. Quatre variables retenues en analyse multivariée, un point chacune : ambiguïté du capuchon proximal, tortuosité modérée à sévère, occlusion siégeant sur la circonflexe, et absence de collatérales dites interventionnelles.
Sa comparaison directe au score japonais dans la cohorte de validation donne des performances voisines — aires sous la courbe de 0,720 et 0,746 respectivement, la différence n'étant pas significative. Autrement dit, les deux scores disent à peu près la même chose avec des variables différentes, ce qui est plutôt rassurant sur la robustesse de l'analyse sous-jacente.
8.3. Les autres scores, et ce qu'ils partagent
Plusieurs autres systèmes coexistent — CL, ORA, CASTLE — construits sur des populations et des critères différents. Plutôt que de les mémoriser, il est plus instructif de regarder quelles variables reviennent d'un score à l'autre.
| Variable | J-CTO | PROGRESS | CL | ORA | CASTLE |
|---|---|---|---|---|---|
| Antécédent de pontage | — | — | — | ✔ | ✔ |
| Âge | — | — | — | ✔ | ✔ |
| Moignon | ✔ | ✔ | ✔ | — | ✔ |
| Tortuosité | ✔ | ✔ | — | — | ✔ |
| Longueur | ✔ | — | ✔ | ✔ | ✔ |
| Calcification | ✔ | — | ✔ | — | ✔ |
| Collatérales | — | ✔ | — | ✔ | — |
| Tentative antérieure | ✔ | — | — | — | — |
| Antécédent d'infarctus | — | — | — | — | ✔ |
Quatre variables traversent la majorité des systèmes : le moignon, la longueur, la calcification et la tortuosité. Ce sont exactement les paramètres relevés dans l'analyse des quatre éléments. Les scores ne sont donc pas des outils supplémentaires à apprendre : ce sont des mises en forme chiffrées de la lecture qu'on vient de faire.

8.4. Ce que les scores ne disent pas
Trois limites doivent accompagner tout usage de ces cotations. La première est qu'un score élevé n'est pas une contre-indication : il annonce une procédure longue et difficile, chez un opérateur entraîné, dans un centre équipé — pas une procédure impossible. La deuxième est qu'aucun de ces scores ne prédit les complications ; ils prédisent le succès technique, ce qui n'est pas la même chose. La troisième est qu'ils ont été construits sur des populations d'opérateurs experts : leurs chiffres ne se transposent pas tels quels à une activité occasionnelle.
9. Décider : tenter, différer, renoncer
L'analyse conduit à l'une de trois conclusions, et les trois sont des réponses légitimes.
9.1. Les situations où l'on ne tente pas
Trois situations font renoncer, et elles se rapportent toutes à la faisabilité technique.
- Des calcifications sévères sur le trajet de l'occlusion, qui rendent le franchissement improbable et le passage sous-intimal quasi certain.
- L'absence de visualisation du lit d'aval malgré la double injection — avec l'insistance déjà donnée sur ces cinq derniers mots.
- Des occlusions très longues et très sinueuses, où la conjonction de la distance à parcourir et de l'absence de repère rend le trajet imprévisible.
Ces trois situations ne sont pas des interdits absolus dans les centres à très haut volume, qui disposent de techniques pour chacune. Elles constituent le seuil raisonnable pour une activité ordinaire, et les franchir suppose de savoir précisément pourquoi on le fait.
9.2. Ce qui se décide avant la salle
Trois éléments relèvent de la consultation, pas de la table de cathétérisme, et ils ont été détaillés dans le cours consacré à l'indication — cours 104 de cette discipline, Faut-il ouvrir cette occlusion chronique ? : la réalité des symptômes, la viabilité du territoire concerné, et la démonstration d'une ischémie inductible dans ce territoire. L'analyse angiographique dont traite ce cours-ci ne remplace aucun des trois. Elle répond à une question différente — « est-ce faisable, et à quel prix ? » — et cette question n'a de sens que si la première, « est-ce utile ? », a reçu une réponse positive.
9.3. Ce qu'on dit au patient
La complexité de la lésion et le taux de réussite attendu s'expliquent au patient — c'est le quatrième des dix commandements et ce n'est pas une formalité. Un patient informé qu'il s'agit d'une procédure longue, dont le succès n'est pas garanti, et qui pourra être interrompue en cours de route sans que cela constitue un accident, aborde le geste et une éventuelle interruption tout autrement qu'un patient à qui l'on a annoncé une angioplastie ordinaire.
Le score de difficulté sert utilement à cette conversation, à condition d'en donner la bonne lecture : le chiffre de succès final, pas celui du franchissement en trente minutes.
10. Réaliser la double injection — pour aller plus loin
La manœuvre paraît simple et se rate régulièrement. Les erreurs de réalisation aboutissent à des images inexploitables, c'est-à-dire au résultat même qu'on cherchait à éviter, avec en prime le produit de contraste et l'irradiation dépensés.
10.1. Les abords
Deux cathéters guides sont nécessaires, l'un dans l'artère porteuse de l'occlusion, l'autre dans l'artère donneuse. La configuration classique fait appel à deux abords artériels distincts, radial et fémoral, ou bilatéral.
Une alternative existe pour l'analyse diagnostique : l'utilisation d'un même abord fémoral de 8 French dans lequel on passe deux cathéters diagnostiques de 4 French. Elle évite un deuxième point de ponction pour un examen dont on ne sait pas encore s'il débouchera sur une procédure. Elle ne convient évidemment pas à la phase interventionnelle, qui exige deux cathéters guides de calibre suffisant.
10.2. La séquence d'injection
L'ordre et le rythme comptent autant que le reste.
- Injecter d'abord l'artère donneuse. C'est elle qui met le plus de temps à révéler le segment d'aval, puisque le contraste doit parcourir tout le réseau collatéral.
- Attendre une à deux secondes avant d'injecter l'artère occluse. Ce délai permet aux deux opacifications de coïncider sur les images qui comptent — celles où l'on veut voir simultanément le moignon et la reprise.
- Ne pas déplacer la table pendant toute la durée de l'acquisition.
- Poursuivre le cinéma jusqu'à disparition complète du produit de contraste des deux côtés.
Injecter les deux artères strictement en même temps est l'erreur la plus commune : le segment d'aval apparaît alors après que l'artère occluse s'est déjà vidée, et l'on retrouve les deux informations dissociées qu'on voulait réunir.
10.3. La double injection pendant la procédure, pas seulement avant
La double injection n'est pas un examen préalable qu'on abandonne une fois la procédure engagée : c'est un outil de contrôle permanent. Elle sert à trois moments décisifs.
Elle permet d'abord de reconnaître un passage sous-intimal, en montrant que le guide chemine en dehors du trajet dessiné par la reprise controlatérale. Elle permet ensuite de confirmer la position distale du guide avant d'avancer un microcathéter — vérification dont l'omission expose à progresser avec un matériel plus rigide dans un plan qui n'est pas le bon. Elle permet enfin de positionner l'endoprothèse, en montrant l'extrémité distale de la lésion que l'injection antérograde ne peut pas révéler.
11. Choisir une collatérale pour la voie rétrograde — pour aller plus loin
Quand l'abord antérograde échoue ou paraît d'emblée voué à l'échec — capuchon ambigu, occlusion longue, tentative antérieure infructueuse —, l'occlusion peut être abordée par son extrémité distale, en faisant cheminer un guide à travers une collatérale. Le choix de cette collatérale se fait sur l'analyse angiographique préalable, et il détermine largement le succès et le risque du geste.
11.1. Septales et épicardiques
| Collatérales septales | Collatérales épicardiques | |
|---|---|---|
| Avantages | Pas de risque de tamponnade en cas de perforation ; la dominance d'un canal y est moins marquée, donc plusieurs options | Calibre plus large que les septales ; passage généralement mieux toléré |
| Inconvénients | Passage parfois douloureux ; tortuosité importante, source d'échec | Perforation exposant à la tamponnade ; trajets plus longs |
La différence essentielle tient à la conséquence d'une perforation. Une septale perforée saigne dans le septum interventriculaire, qui est un espace clos : le saignement se tamponne de lui-même et l'incident reste le plus souvent sans gravité. Une épicardique perforée saigne dans le péricarde, et la tamponnade est alors une possibilité immédiate. Cette asymétrie explique que les septales soient privilégiées en première intention chaque fois qu'elles sont utilisables, malgré leur calibre plus modeste et leur tortuosité.
11.2. La collatérale interventionnelle
Toutes les collatérales visibles ne sont pas utilisables. On appelle collatérale interventionnelle celle qui peut effectivement accueillir un guide et le conduire jusqu'à l'extrémité distale de l'occlusion. Trois conditions la définissent : un calibre suffisant, un trajet dont la tortuosité reste franchissable, et une terminaison qui rejoint le vaisseau cible en aval de l'occlusion et non une branche accessoire.
C'est cette notion, et non le grade de Rentrop, qu'utilise le score PROGRESS-CTO : l'absence de collatérale interventionnelle y compte pour un point. La cotation de Werner est l'outil qui s'en approche le plus, une connexion de grade CC2 constituant le meilleur candidat.

11.3. Ce que l'analyse préalable doit établir
Avant d'engager une voie rétrograde, l'analyse doit avoir répondu à quatre questions : quelle artère donneuse, quel canal précisément, quel trajet ce canal emprunte-t-il d'un bout à l'autre, et où rejoint-il le vaisseau cible. La quatrième est celle qu'on néglige le plus souvent, et c'est celle qui fait perdre le plus de temps en salle : un canal qui rejoint le vaisseau cible trop en aval, ou qui se termine dans une branche latérale, ne permet pas d'atteindre l'extrémité distale de l'occlusion.
Ces quatre réponses supposent d'avoir suivi la collatérale sur toute sa longueur, dans une incidence où elle ne se superpose pas — ce qui ramène aux conditions d'acquisition exposées en début de cours, et explique pourquoi elles ne sont pas négociables.
12. Sécurité de la procédure et règles d'arrêt — pour aller plus loin
La désobstruction d'une occlusion chronique est la procédure coronaire qui consomme le plus de temps, de produit de contraste et de rayonnement. C'est aussi celle où l'obstination coûte le plus cher. Les règles qui suivent sont les garde-fous établis par la pratique.
12.1. L'injection antérograde une fois le guide engagé
Une fois le guide engagé dans l'occlusion, ou a fortiori dans un plan sous-intimal, l'injection antérograde par le cathéter guide est proscrite. La pression injectée dans un plan de dissection l'étend, transforme une dissection localisée en une dissection extensive, et peut compromettre définitivement le lit d'aval — c'est-à-dire détruire ce qu'on est venu sauver.
Le contrôle se fait donc par l'injection controlatérale, qui opacifie le vaisseau par les collatérales sans mettre le plan de dissection sous pression. Quand une opacification antérograde est indispensable, elle se fait à travers le microcathéter, à faible volume et à faible pression, ce qui limite l'extension.
12.2. Ne pas abîmer le lit d'aval
Le principe gouverne toute la procédure : le lit d'aval est ce qu'on est venu reperfuser, et il est réparable tant qu'il n'a pas été détruit. Une tentative qui échoue en laissant le lit d'aval intact peut être reprise plus tard, éventuellement par un autre opérateur ou par une autre voie. Une tentative qui échoue en ayant disséqué le segment distal ferme définitivement cette possibilité, et convertit un échec réversible en perte définitive.
C'est aussi ce qui justifie qu'une tentative antérieure infructueuse compte comme un point dans le score japonais : la seconde tentative se fait sur une anatomie modifiée par la première.
12.3. Les trois seuils d'arrêt
Savoir s'arrêter est le dixième commandement, et il s'énonce avec trois seuils chiffrés — leur intérêt étant précisément d'être des chiffres, décidés à froid, opposables à l'obstination du moment.
| Seuil | Valeur | Ce qu'il protège |
|---|---|---|
| Durée de procédure | 3 heures | La fatigue de l'opérateur et de l'équipe, et le risque qui en découle |
| Produit de contraste | Plus de 4 fois le débit de filtration glomérulaire estimé, exprimé en millilitres | Le rein |
| Dose de rayonnement | Air kerma supérieur à 5 grays | La peau du patient — risque de radiodermite |

Le seuil de contraste demande une explication, parce que sa formulation surprend : on prend le débit de filtration glomérulaire estimé, on multiplie ce nombre par quatre, et l'on obtient un volume en millilitres à ne pas dépasser. Un patient dont le débit estimé est de 60 mL/min ne devrait donc pas recevoir plus de 240 mL de produit de contraste. Le support de cours écrit « clairance de la créatinine » là où le consensus européen écrit « débit de filtration glomérulaire estimé » : les deux grandeurs sont voisines en pratique, la formulation retenue ici est celle de la publication. Le calcul se fait avant la procédure et la valeur s'écrit au tableau, pas dans la tête de l'opérateur.
12.4. Les autres commandements
Trois principes complètent ceux qui précèdent et méritent d'être cités pour ce qu'ils disent de la nature du geste. Ne pas débuter une désobstruction en état de fatigue — la procédure est longue et exige une attention soutenue de bout en bout. Disposer avant de commencer d'une trousse complète, microcathéter et jeu de guides couvrant les différentes situations, parce qu'on ne va pas chercher du matériel au milieu d'un franchissement. Et réduire activement contraste et irradiation tout au long du geste, plutôt que de les constater à la fin.
13. Points clés à retenir
- Devant une occlusion chronique, on ne lit pas la lésion — invisible — mais ce qui l'entoure : le capuchon proximal, la longueur, le lit d'aval, les collatérales.
- L'analyse se fait par toute l'équipe, image par image, et demande 15 à 30 minutes. Elle ne se fait jamais dans le même temps que la coronarographie diagnostique.
- La double injection est la condition de toute conclusion valable : sans elle, ni la longueur ni le lit d'aval ne sont évaluables.
- L'injection unique surestime systématiquement la longueur de l'occlusion, et fait renoncer à des procédures faisables.
- L'acquisition se fait en champ 25, sans collimation, sans travelling, jusqu'à disparition complète du produit de contraste.
- Un moignon effilé indique l'axe de l'artère ; un moignon abrupt ne l'indique pas ; un capuchon ambigu est celui qu'on ne voit pas, le plus souvent masqué par une branche latérale.
- Au-delà de 20 mm de longueur, la lésion bascule du côté complexe dans la plupart des systèmes de cotation.
- Une bifurcation au niveau de la reprise distale contre-indique la dissection-rentrée à cet endroit, pas la procédure.
- Rentrop cote le remplissage du territoire ; Werner cote le calibre de la connexion. Seule la seconde permet de préparer un abord rétrograde.
- Le score J-CTO prédit le franchissement du guide en moins de 30 minutes, pas le succès final, qui est bien plus élevé.
- Quatre variables traversent la plupart des scores : moignon, longueur, calcification, tortuosité — exactement ce que relève l'analyse des quatre éléments.
- On ne tente pas devant des calcifications sévères, une absence de lit d'aval malgré double injection, ou une occlusion très longue et très sinueuse.
- Les septales sont privilégiées pour la voie rétrograde parce qu'une perforation y saigne dans un espace clos, contrairement aux épicardiques.
- Trois seuils d'arrêt, posés avant de commencer : 3 heures, contraste supérieur à 4 fois le débit de filtration glomérulaire estimé, en millilitres, air kerma supérieur à 5 grays.
14. Pièges fréquents
- Conclure sur une injection unique. C'est l'erreur mère, dont dérivent la plupart des autres : longueur surestimée, lit d'aval jugé absent, collatérale mal identifiée. Un dossier sans double injection est un dossier à refaire.
- Arrêter le cinéma quand l'artère injectée s'est vidée. Le remplissage rétrograde survient après. Une séquence écourtée fait conclure à tort à l'absence d'aval.
- Collimater pour réduire l'irradiation. Légitime en routine, contre-productif ici : les collatérales cheminent précisément dans les régions que les volets masquent.
- Suivre le contraste en déplaçant la table. Le travelling rend toute mesure impossible et fait sortir du champ le territoire où se produit la reprise.
- Confondre moignon abrupt et capuchon ambigu. Le premier est visible et de forme défavorable, le second est invisible. Un moignon effilé peut être ambigu s'il est masqué par une branche.
- Mesurer la longueur dans l'incidence la plus flatteuse. Une artère prise en enfilade est raccourcie : c'est l'incidence où le segment paraît le plus long qui est la bonne.
- Conclure à l'absence de lit d'aval sans avoir fait la double injection. La règle des trois motifs de renoncement contient les mots « malgré la double injection », et ils ne sont pas décoratifs.
- Utiliser Rentrop pour planifier une voie rétrograde. Un remplissage complet peut venir d'un réseau de canaux tous infranchissables. C'est Werner qu'il faut relever.
- Citer un grade CC3 comme s'il appartenait à la classification de Werner. Il n'y figure pas : le système publié s'arrête à CC2.
- Annoncer au patient le chiffre du franchissement en 30 minutes. Pour un score J-CTO de 3 ou plus, ce chiffre avoisine 10 à 22 % quand le succès de la lésion approche les trois quarts. La confusion est grave dans ses conséquences.
- Traiter un score élevé comme une contre-indication. Il annonce une procédure longue et difficile, à confier à un opérateur entraîné — pas une procédure impossible.
- Attendre d'un score qu'il prédise les complications. Ces systèmes prédisent le succès technique, ce qui est une autre question.
- Faire une désobstruction dans la foulée de la coronarographie. Le premier des dix commandements l'interdit, et le motif est l'absence d'analyse et de matériel préparé.
- Injecter en antérograde une fois le guide dans l'occlusion. La pression étend le plan de dissection et peut détruire le lit d'aval qu'on est venu rouvrir.
- Avancer un microcathéter sans avoir confirmé la position distale du guide. Un matériel rigide poussé dans un faux trajet transforme une dissection récupérable en perforation.
- Décider des seuils d'arrêt en cours de procédure. À cet instant l'opérateur est engagé et le jugement n'est plus disponible. Les trois chiffres se posent avant de commencer.
- Croire que l'analyse angiographique crée l'indication. Elle répond à « est-ce faisable ? ». La question « est-ce utile ? » se règle avant, sur les symptômes, la viabilité et l'ischémie.
Sources
- Messaoudi Y. Réaliser et analyser une coronarographie lors d'une occlusion chronique. CEC de Cardiologie Interventionnelle, Faculté de Médecine de Sousse. 69 diapositives. document interne, non publié
- Galassi AR, Werner GS, Boukhris M, et al. Percutaneous recanalisation of chronic total occlusions: 2019 consensus document from the EuroCTO Club. EuroIntervention. 2019;15(2):198-208. doi:10.4244/EIJ-D-18-00826
- Werner GS, Ferrari M, Heinke S, et al. Angiographic assessment of collateral connections in comparison with invasively determined collateral function in chronic coronary occlusions. Circulation. 2003;107(15):1972-1977. doi:10.1161/01.CIR.0000061953.72662.3A
- Rentrop KP, Cohen M, Blanke H, Phillips RA. Changes in collateral channel filling immediately after controlled coronary artery occlusion by an angioplasty balloon in human subjects. J Am Coll Cardiol. 1985;5(3):587-592. doi:10.1016/s0735-1097(85)80380-6
- Morino Y, Abe M, Morimoto T, et al. Predicting successful guidewire crossing through chronic total occlusion of native coronary lesions within 30 minutes: the J-CTO (Multicenter CTO Registry in Japan) score as a difficulty grading and time assessment tool. JACC Cardiovasc Interv. 2011;4(2):213-221. doi:10.1016/j.jcin.2010.09.024
- Tanaka H, Morino Y, Abe M, et al. Impact of J-CTO score on procedural outcome and target lesion revascularisation after percutaneous coronary intervention for chronic total occlusion: a substudy of the J-CTO Registry. EuroIntervention. 2016;11(9):981-988. doi:10.4244/EIJV11I9A202
- Christopoulos G, Kandzari DE, Yeh RW, et al. Development and validation of a novel scoring system for predicting technical success of chronic total occlusion percutaneous coronary interventions: the PROGRESS CTO score. JACC Cardiovasc Interv. 2016;9(1):1-9. doi:10.1016/j.jcin.2015.09.022
- Brilakis ES, Grantham JA, Rinfret S, et al. A percutaneous treatment algorithm for crossing coronary chronic total occlusions. JACC Cardiovasc Interv. 2012;5(4):367-379. doi:10.1016/j.jcin.2012.02.006
- Wu EB, Brilakis ES, Mashayekhi K, et al. Global chronic total occlusion crossing algorithm: JACC state-of-the-art review. J Am Coll Cardiol. 2021;78(8):840-853. doi:10.1016/j.jacc.2021.05.055
- Joyal D, Thompson CA, Grantham JA, Buller CE, Rinfret S. The retrograde technique for recanalization of chronic total occlusions: a step-by-step approach. JACC Cardiovasc Interv. 2012;5(1):1-11. doi:10.1016/j.jcin.2011.10.011
- Rathore S, Katoh O, Matsuo H, et al. Retrograde percutaneous recanalization of chronic total occlusion of the coronary arteries: procedural outcomes and predictors of success in contemporary practice. Circ Cardiovasc Interv. 2009;2(2):124-132. doi:10.1161/CIRCINTERVENTIONS.108.838862
- Opolski MP, Achenbach S, Schuhbäck A, et al. Coronary computed tomographic prediction rule for time-efficient guidewire crossing through chronic total occlusion: insights from the CT-RECTOR multicenter registry. JACC Cardiovasc Interv. 2015;8(2):257-267. doi:10.1016/j.jcin.2014.07.031
- Okuya Y, Saito Y, Takahashi T, et al. Impact of myocardial bridge on late lumen enlargement in distal reference segments after recanalization of coronary chronic total occlusion. Int J Cardiovasc Imaging. 2021;37(3):775-782. doi:10.1007/s10554-020-02075-1
- Lichtenwalter C, Banerjee S, Brilakis ES. Dual guide catheter technique for treating native coronary artery lesions through tortuous internal mammary grafts: separating equipment delivery from target lesion visualization. J Invasive Cardiol. 2010;22(4):E78-E81. PubMed 20440050
Cours de la Pr Ag Yosra Messaoudi, Faculté de Médecine de Sousse.